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Accord mineur pour danger majeur
1 Mars 2001 - EnvironnementSur le même thèmeQue faire quand l'intérêt économique d'un pays qui se trouve être la plus grande puissance mondiale l'emporte sur l'intérêt écologique global ? Les États-Unis persistent à retarder l'application du Protocole de Kyoto. Un retard qui pourrait avoir des conséquences irréversibles.
Refusant récemment de ratifier le protocole de Kyoto, le Président des États-Unis compromet le consensus international qui permettrait de diminuer les émissions de gaz à effet de serre à l'échelle mondiale.
W. Bush ne s'adapte pas au climat de Kyoto.
En novembre 2000, George W. Bush, ancien PDG de compagnie pétrolière, s'était déjà déclaré contre la ratification de Kyoto lors de la conférence sur le réchauffement climatique de la Haye. Les accords prévoyaient alors pour les pays très industrialisés une diminution des émissions de gaz à effet de serre en 2008-2012 de 5,2 % en moyenne par rapport à 1990, les objectifs variant selon les pays (moins 8 % pour l'Union Européenne, moins 7 % pour les États-Unis, moins 6 % pour le Japon et le Canada, 0 % pour la Russie).
Depuis, Bush, qui n'est plus seulement un candidat inquiétant, n'a pas changé de position : il attend toujours pour parapher le protocole des engagements de maîtrise des émissions polluantes des pays en développement. Or, sur les soixante-dix-sept pays concernés, qui n'ont pas d'engagements chiffrés de réduction, seulement trente ont apporté leur signature.
Rappelons que le protocole de Kyoto, qui ne peut entrer en vigueur qu'une fois ratifié par 55 pays représentant 55 % des émissions de CO2 des pays développés, s'appuie sur de bons vieux " mécanismes de marché ". La pollution atmosphérique annuelle, compte-tenu des objectifs de réduction fixés, est considérée à la manière d'un capital qu'il faut gérer à l'échelle mondiale sans l'augmenter. _Dans ce cadre, il est possible aux pays signataires d'acheter ou de vendre des crédits, surnommés parfois avec ironie les " permis de polluer ". Ainsi, les " gros pollueurs ", tels que les États-Unis, le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, auront la possibilité d'acheter des droits d'émission aux plus vertueux, ou d'en acquérir en aidant les pays en développement à se doter de leurs propres technologies. Européens, Japonais et Russes sont prêts à s'accorder sur les modalités d'application, mais sans Washington, l'impact de la ratification perd de sa valeur puisque les États-Unis, qui représentent 4% de la population mondiale, sont les plus gros pollueurs de la planète avec 25% des émissions. Il semble aujourd'hui difficile de sortir la négociation de l'impasse où des intérêts économiques clairement affichés l'ont confinée, au mépris des alarmes toujours plus nombreuses des scientifiques.Il fait chaud, trop chaud !
Pourtant, il n'est pas besoin d'être spécialiste pour comprendre que le changement climatique qui se profile constitue un problème majeur, un risque écologique mais aussi politique et économique.
Interviewée l'été dernier dans L'Express*, Sylvie Joussaume, experte mondiale en climatologie, rappelle qu'en vingt mille ans les écarts de température n'ont été que de cinq degrés, tandis qu'il est prévu qu'au cours des cent prochaines années les températures moyennes augmentent de 1 à 3,5 degrés Celsius. Le XXIème siècle sera-t-il celui d'un réchauffement traduit par une fonte des glaciers, des inondations et des désertifications, la disparition des terres arables, l'extension de maladies tropicales de plus en plus difficiles à soigner ?
D'après Sylvie Joussaume, " le climat de notre planète varie naturellement, en fonction de la quantité d'énergie qu'elle reçoit du soleil, de l'activité volcanique... Mais il est influencé aussi par l'action de l'homme. " D'où l'importance d'accélérer le rythme des réunions internationales telles que le symbolique Sommet de la Terre, qui a eu lieu à Rio en 1992, et de parvenir à des accord fermes, nécessaires mais peut-être pas suffisants. Car, d'après Sylvie Joussaume, " même si la communauté internationale réussit à réduire les émissions de gaz nocifs, un changement climatique se produira malgré tout. Il faut s'y préparer ".
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