Année de césure : nos propositions

Notre système scolaire met une forte pression sur ses élèves et ses étudiants, il impose un parcours rectiligne dont il est complexe de dévier (passer son bac, faire ses études, obtenir son premier emploi), et donne l’impression que tout est joué à 18 ans, voire avant.

L’EXCEPTION FRANÇAISE

En France, pour reprendre les termes de Cécile Van de Velde, les jeunes doivent « se placer », ce qui laisse peu de place à l’autonomie, à la recherche de soi, à l’expérimentation de projets et/ou de trajectoires. La France est d’ailleurs le pays où l’âge moyen des inscrits de l’enseignement supérieur est le plus faible (21,5 ans, contre 26,6 au Danemark, 26 au Royaume-Uni et 25,5 ans en Suède). Elle impose un modèle de réussite unique au sein duquel il faudrait obtenir une licence en 3 ans, un master en 5 ans et être inséré professionnellement à 23 ans. Les parcours atypiques sont stigmatisés au lieu d’être valorisés, ce qui peut créer un sentiment d’échec très fort chez un grand nombre d’étudiants. La société française construit des diplômés avant de construire des adultes.

Dans les autres pays européens, il est plus facilement accepté que les jeunes opèrent des phases de transition entre emploi, études, et autres expériences. Le principe des années de césure, notamment, y est mieux accepté. Celles-ci sont considérées comme un temps de construction personnelle du jeune, qui participe de sa formation au même titre que les études.

Nous pensons que notre système scolaire devrait évoluer sur ce point, en encourageant les années de césure dans le parcours des jeunes (qui sont aujourd’hui l’apanage des seules grandes écoles), comme d’ailleurs toutes les expériences pouvant relever de l’éducation non formelle.

Or, un étudiant en césure est considéré comme un étudiant décrocheur par les universités, ce qui pénalise l’établissement (pas d’attribution d’emplois dans le cadre de la contractualisation, baisse de la dotation financière et mauvaise réputation).

 

LEVER LES FREINS ADMINISTRATIFS ET CULTURELS

Afin de lever les freins administratifs, et surtout culturels, qui existent chez les étudiants et au sein de la communauté universitaire, nous proposons la création d’un cadre conventionnel entre les étudiants et les établissements concernés, garantissant :

  • Le principe d’une sélection anticipée pour la rentrée universitaire suivant l’année de césure ;
  • La réinscription administrative de l’étudiant, ce qui permettrait à ce dernier de maintenir les avantages liés à son statut, et à l’établissement de savoir qu’il s’agit d’un étudiant en césure, et non d’un décrocheur ;
  • La reconnaissance des expériences réalisées pendant l’année de césure, qu’il s’agisse d’une expérience de mobilité, de volontariat, d’engagement associatif ou autre. Selon nous, cette reconnaissance ne doit pas passer par l’attribution de crédits ECTS, mais par un accompagnement personnalisé de l’étudiant dans une démarche d’identification et de valorisation des compétences acquises dans le cadre de son expérience. L’accompagnement pourra notamment prendre appui sur le Portefeuille d’Expériences et de Compétences (PEC) ;
  • L’édition d’un livret comprenant des témoignages d’étudiants et des infos pratiques (relatives, notamment, au cadre conventionnel détaillé ci-dessus) serait un beau signal envoyé par l’Institution quant à la reconnaissance de l’année de césure comme une étape utile dans le parcours d’un jeune.

Du côté de l’enseignement supérieur, il nous paraîtrait intéressant de mettre en place :

  • Un indicateur qui rende compte des étudiants qui font une année de césure (et qui ne seraient donc pas considérés comme décrocheurs) ;
  • Un indicateur qui mesure leur taux de réussite scolaire ainsi que leur taux d’insertion après la césure, comparé aux autres étudiants. En effet, nous ne disposons pas, en France, de données statistiques sur la question. Elles permettraient pourtant d’infirmer la croyance (que notre expérience de terrain nous amène à contester fortement) que l’année de césure constitue un risque d’accroître le décrochage des étudiants.
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