Service civique « universel », Animafac met les points sur les i

Lors d’une récente intervention télévisée, le président de la République a fait une annonce sur la mise en place d’un service civique « universel ». Il s’agirait, aux côtés de l’engagement de service civique, de développer des modalités d’engagement courtes (2 à 3 mois) et non indemnisées. Bérénice Jond, présidente d’Animafac répond à trois questions et évoque la position du réseau vis-de-vis de cette annonce présidentielle. 

Que pense Animafac de cette annonce ?

Je dois avouer que l’annonce présidentielle nous a beaucoup surpris, pour plusieurs raisons.

En cette année où l’engagement associatif a été désigné grande cause nationale et quelques mois après la signature de la charte des engagements réciproques entre l’Etat, les collectivités territoriales et le Mouvement associatif, une annonce sur la création d’un service civique universel, sans aucune concertation préalable avec le secteur associatif, a de quoi décontenancer. D’autant que les contours de ce dispositif sont particulièrement flous, voire franchement préoccupants.

Le Président de la République a ainsi annoncé un service civique universel qui « ne coûterait rien », « de temps limité, deux mois, trois mois » et non indemnisé.

Soyons clairs : un engagement non indemnisé, c’est du bénévolat, ni plus, ni moins ! Cela existe depuis longtemps et on ne voit pas très bien ce que l’Etat vient faire là-dedans. On est en droit d’attendre des pouvoirs publics qu’ils encouragent et facilitent les opportunités de s’engager, notamment dans le cadre d’une politique éducative, aujourd’hui encore très fermée aux expériences non-formelles. En revanche, créer un nouveau « machin » dans lequel on fait entrer des missions bénévoles, c’est un contresens, tant au regard de ce qu’est le bénévolat – un espace de liberté qui s’épanouit en dehors de tout cadre institutionnel – qu’au regard de l’objectif d’universalité affiché. Car tout le monde ne peut pas se permettre de s’engager deux ou trois mois sans indemnité !

Par ailleurs, nous sommes gênés d’entendre un propos commencé par « on a besoin de cohésion dans notre pays » se finir par l’annonce de la création d’un nouveau dispositif pour les jeunes, comme si ce manque de cohésion leur était particulièrement imputable. Là encore, rappelons que les jeunes s’engagent autant que leurs aînés. C’est même la tranche d’âge qui tire l’engagement bénévole vers le haut (cf. enquête France bénévolat). La recherche permanente d’une plus grande cohésion est toujours la bienvenue mais elle doit concerner tout le monde.

Quel est le lien avec le service civique tel qu’il existe aujourd’hui ?

Justement, il ne faut pas que cette annonce vienne mettre à mal la dynamique engagée autour du service civique tel qu’il existe aujourd’hui. Depuis sa création en 2010, l’engagement de service civique a fait ses preuves auprès des jeunes (le nombre de demandes est quatre fois supérieur au nombre de missions proposées) comme auprès des structures qui les accueillent.

Aussi, gardons le cap sur l’engagement de service civique, qui a été fixé par le président de la République lui-même : celui d’atteindre 100 000 jeunes engagés d’ici 2017. C’est la condition sine qua non pour inscrire durablement le service civique dans la culture de notre pays. Gardons aussi le cap sur les spécificités de cette forme particulière de volontariat : une durée significative (au moins 6 mois), un accompagnement de la personne volontaire et une indemnité. C’est indispensable pour que cette expérience d’engagement soit une étape de vie transformatrice dans le parcours d’un ou d’une jeune et qu’elle soit accessible à tous, et notamment aux profils les plus éloignés de l’engagement.

Animafac travaille beaucoup avec les établissements d’enseignement supérieur pour lever les freins à l’engagement des étudiants. De quelle manière ?

Je vais prendre un exemple récent. Nous souhaitons qu’à l’image du statut de sportif de haut niveau ou du statut d’étudiant entrepreneur, les établissements d’enseignement supérieur puissent faire bénéficier les étudiants exerçant des responsabilités associatives importantes de dispositions particulières (dispense d’assiduité, choix d’un contrôle continu ou terminal, validation de l’expérience associative comme un stage si cela est cohérent pédagogiquement avec le cursus suivi, etc.). Ces derniers pourront ainsi plus facilement concilier études et engagement, voire pour certains d’entre eux, études, engagement et petit job. Nous avons signé une convention de partenariat avec l’université Sorbonne Nouvelle il y a quelques semaines pour expérimenter ce dispositif lors du 2e semestre. Nous avons également rencontré l’université de Nantes et l’université de Lyon 2, qui se sont montrées intéressées par la démarche. Nous continuerons sur cette lancée en 2015, avec l’ambition que d’autres universités reprennent cette idée à leur compte.

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