Universités, faites le pari des associations étudiantes

Cette tribune a été publiée le mardi 23 octobre 2012 sur le site www.educpros.fr


Alors que se pose la question de la réussite de tous les étudiants dans le cadre des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, notre réseau d’associations étudiantes appelle les acteurs de l’enseignement supérieur, et en premier lieu les universités, à faire le pari des associations étudiantes !

Une promesse pour la société

Alors que plus d’un étudiant sur dix est engagé au sein d’associations étudiantes, les établissements d’enseignement supérieur sont encore trop nombreux à ne pas marquer d’intérêt particulier pour cet aspect de la vie universitaire. Seule la représentation étudiante, qu’elle s’inscrive dans le mouvement syndical ou la tradition corporatiste, trouve réellement sa place au sein de l’institution. Les engagements associatifs, sans visée représentative, souffrent d’un manque de reconnaissance de la part des établissements. L’implication associative présente pourtant de nombreux atouts auxquels ces derniers ne peuvent rester insensibles.

Nous pouvons mesurer l’utilité sociétale de l’engagement associatif étudiant au moins à trois niveaux. Elle se mesure tout d’abord dans la créativité sociale dont ces projets font souvent preuve et qui mériterait d’être mieux mise en valeur. L’engagement associatif représente en effet un incroyable espace d’expérimentation où le gout du risque se conjugue avec la capacité à innover, tout en permettant un droit à l’erreur. C’est là sa plus grande richesse, faite de spontanéité, d’esprit d’initiative et d’astuce, convoqués quotidiennement pour agir sur son environnement.

Les associations sont également des acteurs de la culture démocratique en ce qu’elles offrent des espaces d’apprentissage du civisme, habitudes de participation qui perdurent généralement bien au-delà du temps étudiant.

Par ailleurs, en termes de formation extra-académique et pré-professionnelle, existe-t-il une meilleure école de la responsabilité et de l’investissement personnel que les associations ? Le projet qui soude chacun des membres à un dessein collectif constitue un bon avant-goût de ce que seront les exigences humaines (d’entente, de compromis personnel, mais aussi de créativité et d’initiative) et professionnelles du monde de travail.

« Plus on réussit à être étudiant, mieux on réussit »

Malgré des progrès notables, les campus restent bien souvent tristes et froids et n’offrent pas les conditions qui permettraient de lutter contre l’un des premiers fléaux qui touche les étudiants : le mal-être qui constitue, entre autres, un frein à la réussite universitaire.

L’absence de vie et d’animation sur les campus incite de très nombreux étudiants à déserter l’université sitôt leurs cours achevés. Comment alors créer un sentiment d’appartenance à la communauté universitaire ? Les travaux du sociologue Stéphane Beaud mettent pourtant en évidence l’importance de l’acculturation à l’université. Les étudiants qui ne se créent pas d’habitudes universitaires restent peu sur les campus en dehors des heures de cours, fréquentent moins que les autres la bibliothèque universitaire, ou même la cafétéria, réussissent moins bien leurs études et tendent à revoir leurs ambitions professionnelles à la baisse. Les étudiants issus des familles populaires, qui conservent un fort ancrage dans leur cercle social antérieur, sont particulièrement pénalisés par ce phénomène. Le développement des associations, qui favorisent l’animation des campus et intègrent les étudiants au sein d’un groupe rassemblé autour de projets collectifs, apporte des éléments de réponse à ce problème de « transition identitaire ».

Le développement de la vie associative étudiante nous paraît d’autant plus essentiel qu’elle est un facteur d’attractivité supplémentaire pour un campus. Quelle meilleure publicité pour un établissement d’enseignement supérieur que de voir l’une de ses associations récompensée pour ses initiatives ?

Une prise de position par l’institution en faveur de l’engagement aurait un impact certain sur les motivations des étudiants. Ailleurs en Europe, l’institution favorise davantage la vie associative qu’en France. A nos établissements désormais d’en prendre conscience et d’effectuer, à leur tour, ce travail de valorisation et d’incitation à l’engagement associatif.

Bérénice Jond, présidente et Coline Vanneroy, déléguée générale du réseau Animafac

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