Développé par Animafac en 2009, le programme Bénévolat et compétences permet aux étudiants de valoriser les compétences acquises au cours de leur expérience associative.

 

Véritable fourmilière, le monde associatif étudiant est également un gigantesque laboratoire citoyen et démocratique. Partout en France, des jeunes se consacrent à des projets ambitieux, innovants et parfois fous. Certains se mobilisent pour fonder une cantine scolaire au coeur du Honduras tandis que d’autres érigent une ville éphémère à partir de matériaux de récupération et de déchets industriels. Certaines structures s’investissent en faveur de la défense des droits et de l’égalité. D’autres luttent contre l’analphabétisme en initiant le public aux délices de la littérature…

 

Et au cœur de ces démarches, les étudiants créent et accumulent une expérience considérable. Une expérience qui ne demande qu’à être valorisée pour prendre toute sa dimension dans un parcours professionnel. C’est justement là que le dispositif Bénévolat et Compétences intervient. Par l’analyse de leur expérience associative et l’identification de savoir-faire et savoir-être acquis dans ce cadre, il permet aux étudiants de valoriser un certain nombre de compétences utiles dans leurs démarches d’insertion professionnelle.

 

10 avril : le jour le plus long !

 

Hasard des calendriers, ce mercredi 10 avril, les membres du réseau Animafac portent ce dispositif et le présenteront lors de débats et de tables rondes importantes. A Rennes, la présidente d’Animafac, Bérénice Jond interviendra dans le cadre des rencontres de la vie associative lors d’un brunch autour de Bénévolat et compétences (à partir de 11h). Bastien Engelbach, responsable du programme, interviendra quant à lui à l’Assemblée nationale pour participer à une table-ronde sur « les dispositifs de reconnaissance des compétences et des savoir-faire hors du système scolaire et la validation des acquis de l’expérience« .

 

Enfin ce soir à 17h, Coline Vanneroy, déléguée générale du réseau, participera à la conférence-débat « Les compétences acquises dans le cadre non formel », organisée par l’INJEP en partenariat avec l’AFEV et Animafac. Cet événement est ouvert au grand public !

Pour vous inscrire, c’est par ici.

 

Transférabilité, un processus en cours

 

Après deux ans d’expérimentation qui ont validé l’intérêt d’un tel programme, les formations Bénévolat & compétences sont toujours organisées partout en France à destination des membres du réseau Animafac. Mais ce programme a également vocation à être proposé à de nouvelles structures ; certaines comme l’association Autre Monde, les Eclaireuses et Eclaireurs de France ou la Fédération de la Marne de la Ligue de l’Enseignement se sont d’ores et déjà réappropriées B&C pour le proposer à leurs bénévoles.

Tout voir

S’occuper de son association représente le plus souvent un engagement important, exigeant que l’on y consacre du temps et de l’énergie. Mais outre la satisfaction qu’un tel engagement apporte lorsque l’on voit son projet aboutir, il est également l’occasion d’acquérir des compétences.

 

Qu’il s’agisse de conduire un projet, de mener des équipes ou de faire de la communication autour d’un événement, toutes ces actions sont autant d’expériences pré-professionnalisantes, qu’il est possible de mettre en avant sur un CV, dans une lettre de motivation, ou lors d’un entretien d’embauche.

 

En d’autres termes, l’engagement associatif peut représenter un véritable atout pour l’insertion professionnelle. Pourtant, trop souvent, cette expérience est reléguée au bas du CV, dans la partie « autres » ou « loisirs ». Faire cela revient à priver sa candidature de la mention d’une expérience souvent significative, soit par modestie, soit parce qu’il est difficile d’identifier et de formuler les compétences acquises par leur pratique bénévole.

Depuis plusieurs années, Animafac propose donc le programme Bénévolat et compétences, réalisé avec la participation de professionnels des ressources humaines.

 

L’objectif de ces formations est de vous fournir une méthode pour :

  • identifier les compétences acquises lors de son parcours associatif
  • savoir les valoriser afin d’en faire un atout dans sa démarche d’insertion professionnelle, mais aussi pour tout autre projet d’avenir.

Chaque journée de formation est marquée par trois temps forts :

1. des travaux en groupe, pour établir la liste des compétences acquises grâce à sa pratique associative et réfléchir à la manière de l’intégrer sur son CV
2. une restitution des travaux en groupe qui donnera lieu à des commentaires et analyses de la part de professionnels des ressources humaines
3. des exercices de présentation orale, menés par ces mêmes professionnels des ressources humaines, pour apprendre, en situation, à parler de son expérience bénévole face à un recruteur.

 

Planning des formations

 

Besançon : mardi 16 Avril de 10h à 17h à la Maison des étudiants de l’Université de Franche-comté

Grenoble : mardi 16 avril de 10h à 17h, à EVE, 701 Av. Centrale, domaine universitaire à Saint Martin d’Hères

Lille : mercredi 10 Avril de 10h à 17h, co-organisée avec le CRIJ Nord-pas-de-Calais

Lyon : mercredi 10 Avril de 10h à 17h, à la Maison des assos de la Croix-Rousse, 28 rue Denfert Rochereau

Marseille : jeudi 18 Avril de 10h à 17h, au CRIJPA, 93 la Canebière à Marseille

Montpellier : vendredi 19 Avril, Salle Charles Camproux, Université Paul Valéry Montpellier III

Nantes : jeudi 25 Avril de 9h30 à 17h, co-organisée avec La FAL44, 9 rue des Olivettes

Paris : jeudi 18 avril de 10h à 17h, jeudi 30 mai de 10h à 17h, jeudi 4 juillet de 10h à 17h, à la Maison des initiatives étudiantes, 50 rue des Tournelles (métro Bastille ou Chemin vert)

Strasbourg : jeudi 18 Avril de 10h à 17h, au Centre Bernanos/intervenant de l’AFIJ

Rennes : mardi 23 avril au CRIJ Bretagne, 4 cours des Alliés.

 

Pour en savoir plus sur ces différentes sessions, n’hésitez pas à contacter nos relais locaux !

Responsable de projets Accès à l’emploi au sein d’IMS Entreprendre pour la Cité, Katia Marembert voit dans Bénévolat & compétences un outil efficace pour amener les jeunes à mieux considérer leur expérience associative afin en tirer parti. Témoignage…

 

De nombreux étudiants s’engagent au sein d’associations, portant des projets ambitieux et originaux. Citoyenneté, développement durable, lutte contre les discrimination, médias ou solidarités… leur démarche couvre tous les champs du débat public et leur permet d’acquérir une expérience importante. Une expérience qu’ils ne perçoivent toutefois pas à sa juste valeur. Selon Katia Marembert, « il reste tout un travail à effectuer sur la verbalisation de l’expérience, la mise en avant des acquis et des compétences ainsi que leur hiérarchisation face à un potentiel recruteur ». Convaincue que le programme Bénévolat et compétences est un outil utile et efficace pour y remédier, elle assure qu’il permet aux jeunes de « prendre du recul, s’arrêter un instant afin d’analyser la situation ; le tout afin de de passer d’une simple implication à une expérience véritable. »

 

Les jeunes se sous-estiment

 

Regroupant plus de 230 entreprises engagées dans des démarches de responsabilité sociétale, IMS Entreprendre pour la Cité dresse un constat que Katia Marembert résume simplement : « Les jeunes arrivent face aux recruteurs en étant persuadés de n’avoir aucune expérience ». Une impression souvent erronée qu’il faut corriger. S’ils se sous-estiment, l’expression-même de leurs compétences reste à parfaire. Et plutôt que quelques lignes jetées sous l’intitulé Loisirs, les entreprises attendent des jeunes qu’ils mettent en mots un vécu et des savoir-faire. Des compétences qui leur parlent. « La première chose à faire face à les jeunes est de cibler leur vécu et d’en tirer des compétences pour les mettre en avant. Les jeunes ont vraiment tendance à se sous-évaluer alors qu’au contraire, leur parcours associatif et professionnel prouve qu’ils ont de nombreuses compétences », assure-t-elle.

 

Ne pas négliger son expérience associative, ne pas la sous-estimer… Katia Marembert voit dans ces parcours une richesse à laquelle un recruteur peut être sensible, si le candidat l’exprime clairement.

 

Pour en savoir plus sur les projets portés par IMS Entreprendre pour la Cité, rendez-vous sur le site de l’association.

Régis Cortesero est chargé d’études et de recherche sur les pratiques et politiques éducatives à l’INJEP. Auteur notamment de « La socialisation politique des jeunes. Au-delà du déclin de l’institution », il nous en dit plus sur la place de la valorisation des compétences au sein du monde associatif étudiant.

 

Comment le monde associatif s’est-il approprié la notion de compétences ?

 

Il n’est pas certain que le monde associatif se soit véritablement approprié la notion de compétences, justement. Cette notion est entrée dans le vocabulaire du monde associatif très récemment, sous l’impulsion, notamment, des politiques européennes de reconnaissance des compétences acquises dans le secteur de l’éducation dite « non-formelle » (éducation populaire, animation etc.), ainsi que des déclinaisons hexagonales de ces politiques, comme par exemple le portefeuille des compétences des bénévoles développé par le ministère en charge de la Vie associative.

 

La notion de compétence s’est donc plutôt imposée au secteur associatif parce que les politiques publiques en font la promotion. Et la question de l’appropriation de cette notion constitue un enjeu lié à l’identité et la spécificité du secteur associatif : celui-ci saura-t-il redéfinir la notion en fonction de ses propres orientations et traditions, ou bien se placera-t-il au service d’une conception des compétences élaborée par d’autres, dans d’autres secteurs (école et université, monde de l’entreprise etc.) ?

 

Pourquoi et à quel moment la valorisation des compétences acquises en association est-elle devenue un enjeu ?

 

La stratégie de valorisation des compétences acquises dans le secteur associatif est très liée à l’évolution des politiques éducatives de l’Union européenne.

 

Les institutions européennes ne peuvent intervenir directement sur les systèmes scolaires nationaux. Le monde associatif constitue un terrain d’intervention qui leur permet de développer une politique éducative tout en respectant la souveraineté des états membres.

 

Mais cet effet d’opportunité n’explique pas tout : aux yeux des promoteurs de ces politiques, le secteur associatif possède des vertus éducatives qui lui sont propres : lieu d’un engagement volontaire, les choses apprises dans le monde associatif sont plus facilement appropriées par les jeunes parce qu’ils les perçoivent plus facilement comme utile au développement de leur individualités, plus proches de leurs « goûts ». De plus, les associations sont « dans » la société. Elles opèrent au cœur de la « vie ». Les savoirs que l’on y acquière ou que l’on met en œuvre dans une activité associative présentent plus facilement un sens, alors que l’école « décontextualise » les savoirs, les transforme en savoirs « purement scolaires ».

 

Quel regard portez-vous sur l’expérience associative et son impact sur une recherche professionnelle ?

 

Les responsabilités que l’on peut prendre dans le secteur associatif sont proches de celles que l’on peut rencontrer dans le monde du travail. Il faut s’astreindre à une discipline collective, répondre de ses actes face aux autres etc… Les activités aussi : organiser un évènement, monter un dossier administratif, faire le diagnostic d’une situation…. De fait, le monde associatif peut très bien fonctionner comme une sorte de terrain d’entrainement pour la vie active, où l’on acquière des aptitudes qui seront « utiles » dans le monde du travail.

 

La question est alors de faire prendre conscience à tous (responsables associatifs, bénévoles et volontaires, employeurs, acteurs et décideurs du secteur de la formation…) de ces processus d’acquisition de compétences ; c’est tout l’enjeu des dispositifs de valorisation tels que les portfolio, portefeuilles de compétences etc.

 

Quelles sont, selon vous, les compétences que permettent plus particulièrement de développer une expérience associative ?

 

C’est peut-être justement là la question clé.

 

On s’interroge énormément sur la contribution du secteur associatif à « l’employabilité » des jeunes, grâce aux compétences qu’ils y acquièrent en s’engageant. Mais c’est alors faire l’impasse sur ce qui fait la singularité du monde associatif : univers où l’on s’engage pour des valeurs, pour l’intérêt collectif, pour des « causes » politiques, morales, culturelles, esthétiques. Ce qui s’apprend-là ne relève pas seulement de savoir-faire instrumentaux, de la capacité à réaliser correctement telle ou telle tâche, d’adopter telle ou telle attitude propice au travail en équipe ou à la gestion d’une relation avec un client. Il s’agit de compétences morales, de « vertus citoyennes », d’une capacité à juger de ce qui est souhaitable ou non pour soi et pour autrui, pour la collectivité, le respect des personnes, la sauvegarde de la planète…. Il s’agit aussi de compétences politiques, une connaissance pratique des institutions locales ou nationales, la découverte de la négociation, de ses règles, de ses pièges et de ses exigences, par exemples pour obtenir une subvention ou une aide publique.

 

Toutes ces compétences n’ont pas forcément de valeur directe sur le marché du travail. Elles ne rendent pas forcément plus « productifs ». Pourtant elles ont une valeur. Elles marquent les conduites des personnes dans tous les domaines de leur vie, au travail et ailleurs. Tout le problème est alors de les valoriser, de continuer de les valoriser, si la « fonction » du monde associatif est de constituer une sorte de terrain de stage pour futurs salariés. Et là, on retombe sur la question de l’appropriation de la notion de compétence par le secteur associatif : celui-ci parvient-il aujourd’hui à faire valoir la nécessité et la légitimité de ces compétences si particulières qui s’acquièrent en son sein, faces aux critères d’employabilités auquel il est soumis ? Parvient-li à défendre la valeur (et donc la nécessaire valorisation), par exemple, de la capacité à se conduire selon des principes de solidarité et de responsabilité, y compris dans l’entreprise (souvent décrit comme un monde du « chacun pour soi »)?

 

Existe-t-il, selon vous, des professions plus propices à considérer une expérience associative comme un élément majeur sur un CV ?

 

On manque aujourd’hui de recul, et surtout de travaux de recherche, pour pouvoir traiter ce type de question. Les travaux très partiels conduits en France font cependant ressortir une faible influence de l’expérience associative sur la probabilité de décrocher un entretiens d’embauche. D’autres travaux de plus grande ampleur menés dans d’autres pays font ressortir une influence positive. Mais à l’heure actuelle, ces résultats sont trop fragiles pour qu’on puisse se risquer à les interpréter.

 

Dans quelle mesure l’expérience et les compétences acquises au travers d’un engagement associatif devraient-elles être mieux considérées dans le cursus des étudiants ?

 

On pourrait en attendre une diversification du recrutement social des étudiants, et, par ricochet, une diversification du recrutement social des élites.

 

Sur un plan plus strictement académique, cette diversification pourrait également avoir quelques vertus en matière de recherche et de production scientifique, car la science n’est pas la pure activité d’un esprit désincarnée : les questions que les scientifiques se posent et qui font avancer les connaissance comportent toujours une dimension sociale et politique. Elles restent liées à des positions et des expériences de la vie et de la société « depuis » lesquelles elles se posent et s’imposent. Ici comme ailleurs, la diversité des expériences et de trajectoires amplifie la créativité, et élargie les perspectives de connaissance, de savoirs et de vie collective.

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