Contre le harcèlement sexuel, le Clasches éveille les consciences !

Association née en 2003, CLASCHES se mobilise pour dénoncer les cas de harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur. Sensibilisation sur le terrain, écoute, conseils et élaboration d’un guide, la structure se bat sur tous les fronts et s’engage aux côtés des victimes. En 2013, Marion, membre de CLASCHES, nous en disait plus sur la philosophie du projet qui se poursuit toujours aujourd’hui.

Quelques mots sur le concept ?

A la base, la structure est un collectif regroupant des doctorant-e-s en sciences sociales et humaines. C’est devenu une association en 2003. Son but était de dénoncer le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur et la recherche tout en faisant pression pour que ces cas de harcèlement et les personnes victimes soient visibles et que les mentalités changent. Petit à petit, notre expérience et nos savoir-faire ont été mis à la disposition des collectifs, des associations et des personnes qui souhaiteraient en savoir plus sur cette problématique. Nous proposons donc des formations, des conseils et un accompagnement dans le montage de projets.

Le terme de victimes renvoie-t-il uniquement aux étudiant-e-s et doctorant-e-s ou s’ouvre-t-il à tous les acteur-rice-s d’un établissement ?

Le terme de « victime », seul, est déjà assez excluant. Il contribue à enfermer les personnes concernées dans un carcan, un cadre. Nous parlons davantage de personnes victimes de harcèlement. Au niveau de notre travail, nous récoltons surtout des témoignages d’étudiant-e-s et de doctorant-e-s. Des personnes qui, parfois, n’arrivent même pas à mettre des mots sur cette expérience. Toutes les personne de l’enseignement supérieur et de la recherche sont concerné-e-s : les enseignant-e-s et/ou chercheur-e-s, les personnel-le-s administratifs, techniques, socio-médicaux…

Depuis 2003, l’association a-t-elle remarqué une évolution dans ce domaine ?

Il y a eu une évolution au sujet de l’appréhension de ces questions et de la loi. En 2012, une loi concernant le harcèlement sexuel a été votée. Un élément majeur pour nous. L’association a d’ailleurs été auditionnée à plusieurs reprises par les parlementaires aux côtés d’autres structures. Mais ça ne va pas encore assez loin.

Sur le terrain, la problématique est toujours la même. Pourquoi ? Parce que le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche tient beaucoup à conserver une certaine image. L’image d’un lieu de savoirs lisse où tous les acteurs sont consacrés au savoir, où il est difficile d’aller au bout des procédures et même de les entamer. Il y a une réelle volonté de dissimuler le problème et de faire comme si ça n’existait pas.

Face à ce problème, l’action des associations sur le terrain permet à de plus en plus de personnes de dénoncer les cas de harcèlement. Les langues se délient un peu. Mais il reste encore beaucoup à faire.

Mis à part l’action du CLASCHES et des structures associatives, les acteurs de l’enseignement supérieur disposent-t-ils d’outils ou de personnes ressources au sein des établissements ?

A Lille, il existe une cellule de veille sur le harcèlement sexuel. C’est un cas unique en France. Ca fixe un peu l’état de la situation à l’échelle du pays. Dans l’idéal, il faudrait que chaque établissement dispose d’une personne référente sur ces questions. Les chargé-e-s de mission égalité, obligatoires dans les universités depuis la loi Fioraso, pourraient assurer cette mission, mais il y a un évident défaut de formation.

A notre niveau, ça fait « juste » 11 ans qu’on le fait. Bien entendu, il y a sans doute eu d’autres personnes dans le passé pour dénoncer ces actes. Mais à l’échelle nationale, on ne voit pas grand chose de concret. Une représentante universitaire me disait lors d’une journée dédiée à ces questions qu’elle n’imaginait pas que le problème était aussi grave et qu’elle aimerait disposer de temps de formation adaptés.

A terme, le CLASCHES peut-il espérer faire changer les choses ?

Nous l’espérons. Dans les premiers temps, nous avions lancé une pétition pour dénoncer cette situation. Elle avait été relayée par les médias Les choses avaient déjà évolué à l’époque. Pareillement, le CLASCHES avait été sollicité pour discuter de l’élaboration de la loi de 2012 et d’une circulaire spécifique à l’enseignement supérieur et la recherche. Mais nous ne sommes pas nombreux et nombreuses. Il faudrait vraiment que le mouvement s’étende et que toutes les universités comptent des structures mobilisées sur ces questions.

Quelques mots sur le guide que l’association met en place ?

Cet outil est dédié aux personnes qui sont victimes ou pensent être victimes de harcèlement sexuel, mais aussi aux personnes qui peuvent être témoins. Il va permettre de donner les infos et contacts nécessaires pour se défendre. Il sera diffusé à partir du 25 novembre, journée européenne de lutte contre les violences faites aux femmes. Que pourra-t-on y trouver ? Une définition précise du harcèlement sexuel, une réflexion sur la difficulté d’exprimer ce harcèlement en tant que violence, une autre sur la situation au sein des établissements d’enseignement supérieur, des infos relatives à l’identification des situations, les contacts utiles au sein des établissements, les recours juridiques notamment disciplinaires… Tout ce qu’il faut pour savoir se défendre.

MISE À JOUR 2015 : ce guide contre le harcèlement dans l’enseignement supérieur a été publié, retrouvez-le en libre accès ici.

Un dernier mot ?

Au cours de nos activités, nous avons fait un constat. Personne, au sein du monde de l’enseignement supérieur, ne sait réellement définir le harcèlement sexuel. Personne ne sait réellement comment réagir face à une victime, comment prendre en compte les témoins… Avec ce guide, nous espérons que les gens apprennent à se défendre. Nous voulons enclencher un rouage permettant d’améliorer les procédures et que de vrais changements de fond interviennent.

Pour en savoir plus sur les activités et projets du CLASCHES, connectez-vous sur le site du collectif.

>> http://clasches.fr/

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