Anahita est la déesse Perse de la pureté et de la fécondité, maîtresse de la guerre et du destin des hommes. Pour l’association du même nom, la déesse, par ses qualités, encourage les hommes qui aiment les femmes et qui sont convaincus que ce sont elles qui détiennent le destin de l’Homme. Située à Poitiers, Anahita milite pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Histoire d’une association intimement liée à celle de son fondateur et président, Ahmad Mohammadi, et de son pays d’origine, l’Iran.

 

 

Ahmad Mohammadi est en thèse à la faculté de droit de Poitiers. Son sujet : la notion de procès équitable dans la procédure pénale iranienne. Un sujet sensible puisqu’en Iran, une femme devant la loi vaut la moitié d’un homme. Concrètement, au tribunal par exemple, le témoignage de deux femmes équivaut à celui d’un homme.

En Iran, être une femme aujourd’hui, c’est être cultivée, avoir fait des études, tout en se pliant à des lois discriminatoires mises en place par un gouvernement patriarcal.

En effet, les femmes iraniennes ont toujours été présentes sur la scène politique, sociale et même historique puisque deux impératrices ont régné en Iran à l’époque de l’empire Perse. Les Iraniennes ont obtenu le droit de vote il y a plus de 50 ans. Elles ont toujours été présentes, même en nombre infime, au parlement iranien et encore aujourd’hui, où ce dernier est constitué majoritairement par des fondamentalistes religieux, il y a treize femmes députées. Par ailleurs, les femmes sont plus diplômées que les hommes puisque 65% des étudiants sont des étudiantes.

Pourtant malgré ces acquis, le gouvernement actuel a instauré un certain nombre de lois discriminatoires envers les femmes. Parmi elles, l’interdiction pour une femme de voyager sans l’autorisation de son mari ou les difficultés insurmontables qu’elles peuvent rencontrer pour divorcer alors qu’un homme, lui, a toute autorité à prendre quatre épouses qu’il peut répudier sans aucune justification.

 

 

Tango afghan

C’est face à cette situation ambiguë et suite aux élections présidentielles de 2005 en Iran qu’ Ahmad, en France depuis 4 ans, a décidé de réagir et de s’engager pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Cet engagement a pris forme dans le premier projet d’Anahita, « Tango afghan », à l’origine de la fondation de l’association la même année.

Tango afghan, c’est l’histoire de deux amours, ceux d’Ahmad pour l’Iran et la danse. Danseur durant ses temps libres, il a tout testé : le rock, la salsa, la danse folk…, mais c’est le tango argentin qui a retenu son attention : « j’ai eu la liberté de danser et ainsi d’apprendre à me connaître. En Iran, la femme qui danse est très mal vue et, d’une manière générale les gens dansent peu ». A travers ce spectacle, Ahmad a voulu parler de cette femme qu’il ne pouvait connaître à cause de ces lois, ce voile qui cache tout. Constitué de 4 tableaux, Tango afghan raconte les différences entre les hommes, les femmes et les libertés de chacun. D’un côté la femme du tango argentin, libre, fière et proche de l’homme et, de l’autre, la femme iranienne sous une burqa afghane, masquée et distante. Pourtant, la femme iranienne sous le voile malgré la burqa est une femme et le redevient à travers le spectacle :« sa féminité, sa sensualité transparaîssent dans la danse, sous la burqa, on voit des talons hauts et le bas d’une robe de tango » explique Ahmad.

La préparation du projet a demandé plus d’un an, le temps de rassembler des danseurs, amateurs et professionnels, et de monter la chorégraphie. Finalement, en septembre 2006, ce ne sont pas moins de 350 spectateurs qui sont venus applaudir le Tango Afghan. Le spectacle n’est pas une remise en cause d’une culture ou d’une religion, puisqu »Ahmad est lui-même musulman, mais une dénonciation de ce qui est imposé aux femmes. Pour le président d’Anahita, ce spectacle symbolise une « petite tragédie humaine » : le point d’affrontement de deux légitimités, celle de la danse argentine par la légitimité de danser et celle de la burqa, légitime de par la loi iranienne et musulmane qui interdisent de danser. »

Aujourd’hui, ce qui interpelle Ahmad, c’est de voir toute cette émulation médiatique autour de la burqa : « il y a plus de quatre ans, nous avons déjà abordé ce sujet avec le spectacle Tango Afghan, mais ce n’est que maintenant que les médias s’y intéressent ! Pour Anahita, la polémique autour de la burqa n’a plus lieu d’être, c’est un sujet dépassé ! Le vrai sujet est celui de l’égalité des droits de l’homme et de la femme ! » s’exclame le président de l’association.

 

 

Partenaires pour une égalité

Si l’Iran est important puisque c’est le pays d’origine d’Ahmad, et qu’il ne peut faire l’impasse sur ce qu’il est, le président insiste largement sur le fait qu’ « Anahita n’est pas une association communautaire ou iranienne, mais intervient sur Poitiers et la région pour l’égalité des sexes dans le monde ». Anahita s’est donc bien ancrée dans le paysage poitevin en s’entourant de nombreux partenaires avec lesquels elle organise des actions en faveur de la lutte pour les droits de l’homme. L’association est notamment partenaire de la Fondation de l’université de Poitiers, ou de la Ligue des Droits de l’Homme. Ces partenariats sont un atout pour Anahita qui reçoit de leur part, un soutien parfois financier mais surtout matériel et moral. En contrepartie, elle annonce systématiquement les événements de ses partenaires sur la région. L’essentiel, explique Ahmad, « c’est d’avoir des résultats d’abord à l’université et à Poitiers. Nous intervenons donc beaucoup au niveau local ». Par exemple, lors de la semaine de lutte contre les discriminations, l’association a demandé aux équipes de Poitiers, lors des événements sportifs, de porter des tee-shirts  » Ensemble pour la diversité  » et d’introduire le match par un discours en faveur de la démocratie ou l’égalité entre les Hommes. Anahita travaille également beaucoup avec les collégiens et les lycéens pour lesquels elle intervient autour de thèmes comme la paix, le racisme ou la citoyenneté. En partenariat avec la Ligue de l’enseignement et le Crij de Poitou-Charentes, elle a notamment organisé un débat sur les discriminations en présence du représentant de la HALDE et des animations de rue autour des droits de l’Homme et au sujet des discriminations. Anahita a également promu des outils de sensibilisation, comme une clé USB dans laquelle se trouve un kit, composé d’images explicatives des différentes discriminations, des textes de lois et des coordonnées de personnes ressources.

 

 

 

Un prix nobel pour un prix citoyen

C’est grâce à ces partenariats que l’association a pu organiser en 2008 la venue de Shirin Ebadi, avocate iranienne et lauréate du prix Nobel de la Paix en 2003, puis lancer le prix Shirin Ebadi en 2010.

Après une invitation conjointe de l’association et de l’université de Poitiers, l’avocate a accepté de venir en France pour donner une série de conférences sur l’Islam et les droits de la femme et a reçu le titre de docteur Honoris Causa de l’université de Poitiers en présence de l’ensemble du corps enseignant, des étudiants et des personnalités de la Ville de Poitiers et de la Région Poitou-Charentes. A cette occasion, l’association s’est chargée d’organiser tout le séjour de Shirin Ebadi à Poitiers. Conférences à l’université, rencontre avec 120 élèves du collège Henri IV, séances de dédicaces dans une grande librairie, visite du palais de justice et rencontre des hauts magistrats de la ville, l’avocate n’est restée que deux jours à Poitiers mais le planning était particulièrement bien chargé. « C’est un travail très long et lourd à gérer entre les différents partenaires, l’université, la ville, et entre deux pays, la France et l’Iran. Par ailleurs, comme il y avait beaucoup de partenaires, les validations entre chaque décision étaient parfois longues et il a fallu faire preuve de beaucoup de tact et de diplomatie », explique Ahmad.

 

Depuis cette visite, l’association Anahita s’est étendue à plus largement à la question des droits de l’Homme, de la citoyenneté et de l’engagement étudiant en lançant le prix Shirin Ebadi. Cette ouverture est naturelle pour Ahmad qui explique que « malgré l’engagement certain des étudiants, les actions de lutte contre les discriminations sont peu valorisées ». Ce prix récompensera donc les projets et les actions contribuant à la protection des droits de l’Homme, à la promotion de l’égalité des sexes et à la lutte contre les discriminations. Que ce soient des Animations musicales dans les prisons, l’incitation au rugby féminin ou la sensibilisation des étudiants sur les violences faites aux femmes, les projets candidats devront avoir pour points communs, la défense de la citoyenneté et des valeurs universelles. Lors de la remise des prix qui aura lieu en mars 2011, à l’occasion de campus en festival qui se déroule chaque année à Poitiers, l’association recevra Shirin Ebadi qui remettra en personne les trois prix, de 1000, 2000 et 3000 euros aux lauréats.

 

A cette occasion, Anahita envisage également d’inviter aux côtés de Shirin Ebadi, Simone Veil et Ségolène Royal afin de « donner à cet événement une vision large des droits de l’homme à travers trois personnes aux parcours et engagements sociaux et politiques différents ». En attendant, les étudiants qui le souhaitent ont tout l’été pour mettre en oeuvre leur projet et déposer leur candidature à partir du 1 octobre 2010.

 

 

Plus de renseignements :

 

www.prixshirinebadi.fr – info@prixshirinebadi.fr

www.facebook.com / anahita poitiers

 

 

Soyons sociaux
Réagir c'est agir