L’initiative

Animafac veut donner aux responsables associatifs étudiants l’opportunité de mener une réflexion sur le drame de la Shoah, et plus largement sur les questions d’antisémitisme et de racisme. Un programme national, destiné à 80 responsables associatifs étudiants, a débuté à partir de mars 2007. Ces étudiants seront par la suite porte-parole de ce message de sensibilisation une fois de retour sur leur lieu d’étude. Le programme se décompose en plusieurs temps :
– Un voyage de sensibilisation sur le lieu de mémoire d’Auschwitz-Birkenau, du 30 mars au 1 avril 2007 ;
– Un séminaire de formation à Paris, les 14 et 15 avril 2007 ;
– Des évènements locaux initiés par les participants au projet, entre avril et juin 2007.

 

Pourquoi ce programme ?
Tous autant que nous sommes dans le réseau Animafac, nous appartenons à des associations étudiantes, au sein desquelles nous menons des initiatives civiques, solidaires ou culturelles. Notre dénominateur commun, c’est de partager ensemble un certain nombre de valeurs, parmi lesquelles la solidarité, la tolérance et la volonté de lutter contre tous les préjugés, contre l’antisémitisme et le racisme.

Nous avons tous envie d’agir, concrètement, pour construire un projet de société plus juste et plus solidaire. Mais pour construire un avenir meilleur, il nous faut préserver la mémoire du passé. Parce que sans racines, nous nous perdons nous-mêmes. Sans connaissance du passé, nous n’en tirons aucune leçon. Et c’est à ce moment là que les pires drames peuvent ressurgir.

Nous sommes donc face à nos responsabilités. Notre génération sera la dernière à pouvoir rencontrer des témoins vivants, et ce sera ensuite à nous d’assumer la tâche de la transmission. C’est pour cela qu’Animafac a décidé de mener ce travail pour renouveler et généraliser le travail de mémoire au sein du monde étudiant.

 

Tout voir

Le voyage à Auschwitz
30 mars – 1er avril 2007

VENDREDI -> Journée préparatoire au Mémorial de la Shoah

Matin
10h – 11h -> Accueil des participants – Présentation du projet
11h – 12h -> Conférence au Mémorial : « Les formes de crime nazi contre les juifs »
Intervenant : Iannis Roder, agrégé d’histoire et consultant pédagogique au Mémorial de la Shoah.
12h-13h15 -> Conférence au Mémorial : « Les déportations »
Intervenant : Tal Bruttmann, historien.

Après-midi
14h00 – 15h15 -> Visite du Mémorial
15h45 – 17h -> Conférence : « Les formes multiples et singulières de la judéophobie »
Intervenant : Philippe Boukara, enseignant à Sciences Po Paris, responsable de la formation au Mémorial de la Shoah

Soir
Départ pour Cracovie (Départ d’Orly : 21h05 > Arrivée à Cracovie : 23h25)

 

SAMEDI -> Journée visite des camps Auschwitz / Birkenau

Matin / Après-midi
8h -> Départ pour Auschwitz
9h30 – 17h -> Visite d’Auschwitz / Birkenau
18h – 19h30 -> Visite du centre historique juif de Cracovie (avec guide) ou Quartier libre.

Soir
20h30 -> Dîner

DIMANCHE -> Retour sur Paris

Départ de Cracovie : 12h00 > Arrivée à Orly : 14h20

 



La formation à Paris
14 et 15 avril 2007

SAMEDI ->Journée connaissance

Matin
10h00-12h30 -> Tour de table des associations et retour sur le voyage à Auschwitz

Après-midi
14h-15h30 -> Conférence « La résistance juive en France et en Europe »
Intervenant : Frida Wattenberg, Anciens de la Résistance Juive
15h30-16h30 -> Présentation du projet de l’association Hachomer Hatzaïr « Frères juifs, frères tutsis, frères humains »
17h-18h30 -> Conférence « Les génocides du 20ème siècle »
Intervenant : Yves Ternon, auteur de Guerres et génocides au XX siècle (éd. Odile Jacob)

DIMANCHE > Journée pédagogie / transmission

Matin
9h30 -> Accueil des participants
10h-11h15 -> Atelier en plénière « Quelle pédagogie de la Shoah ? » Intervenant : représentant de l’UEJF (Union des étudiants juifs de France).
11h30-13h -> Le témoignage des derniers rescapés des camps.
Intervenant : Henri Borland et Ida Grinspan

Après-midi
14h00-15h15 -> Tour de table des projets des associations – Présentation des outils pédagogiques

15h30-17h -> Atelier pédagogiques:

– « Atelier Conférence »
Intervenant : Philippe Boukara, universitaire / Animateur Animafac

– « Atelier Projections »
Intervenant : Ophir Lévy / Animateur Animafac

– « Atelier Expositions »
Intervenant : Didier Pasamonik, éditeur / Animateur Animafac

En savoir plus et lire le mot du Mémorial de la Shoah et la Fondation pour la mémoire de la Shoah

 

 

Vendredi, 9h. Les avignonnais débarquent du train, les strasbourgeois qui poireautent depuis 5h30 dans un troquet commencent à se dégourdir les jambes, beaucoup se sont levés aux aurores. Les Parisiens ou ceux qui ont eu la possibilité d’arriver jeudi soir ont grappillé un peu de sommeil en plus, mais ce n’est plus l’heure, le rendez-vous est à 9h45 et il est temps de s’engouffrer dans le métro.
C’est là que le périple commence, en plein cœur du marais, à quelques mètres de la rue des Rosiers. Le mémorial y a pris place entre les synagogues et les rues cossues du quartier où,  » depuis près de neuf siècles, la communauté juive s’est installée, a développé des commerces et de l’artisanat, a accueilli les réfugiés des premiers pogroms d’Europe de l’Est, et a connu sous l’occupation les rafles et la déportation vers les camps nazis d’où peu sont revenus « .

But de cette journée de formation parisienne : aborder le voyage à Auschwitz en ayant au préalable ancré en soi un certain nombre de repères, sur cette histoire de la Shoah que tous ont étudiée à l’école mais qui par nature nous échappe. A l’entrée du mémorial, le contrôle de sécurité est digne d’un aéroport : certains se font recaler par le rayon X pour cause de  » coupe-ongles de compèt’  » détecté dans leurs bagages. La queue s’allonge, de toute façon on laisse passer les groupes scolaires en priorité. Tout se déroule néanmoins dans un grand calme, le lieu en impose.

10h20. Les quatre-vingts responsables associatifs de France et de Navarre désormais présents descendent dans l’auditorium.

10h45.Mélanie Gratacos, déléguée générale d’Animafac, ouvre la matinée en rappelant le sens de ce programme, et pourquoi le réseau d’associations étudiantes s’est engagé dans le projet « Devoir de vérité et travail de mémoire ». Philippe Boukara, coordinateur de la formation pour le Mémorial de la Shoah, en trace les grandes lignes.

11h. Place à Iannis Roder et Tal Brutmann, historiens. Tous prennent frénétiquement des notes, enregistrent. C’est qu’à la fin, il s’agira pour chacun de retransmettre ce contenu à travers des actions associatives dans sa région. Dans les têtes, inconsciemment, le chemin commence à se faire sur la façon dont ils choisiront mener un travail sur les questions de racisme et d’antisémitisme.

Midi. Tandis que beaucoup découvrent les bagles, petits pains ronds typiques de la cuisine juive qui constituent notre panier-repas, les preneurs de son et d’images font le plein de cassettes vierges, piles et autres batteries rechargées pour ne pas perdre une miette de ce qui va suivre.

14h. Visite du musée du mémorial de la Shoah. Scindés en trois groupes, nous nous attardons dans les dédales du « mur des noms », où sont inscrits les noms des 76 mille juifs déportés de France. Mais pourquoi ces cailloux, au pied des murs ? Dans la tradition juive, nous explique notre guide, plutôt qu’orner la mémoire des défunts de fleurs, on l’honore par des cailloux blancs : symboles sobres du passage, et de l’éternité puisqu’impérissables.

C’est quoi, être juif ? Le judaïsme est une religion de laquelle découle une culture, des traditions. En fait, nombreux sont ceux qui aujourd’hui se disent et se sentent juifs, sans être pratiquants : le judaïsme ne se résume donc pas à la religion.

Direction la crypte, hommage au martyre juif inconnu. Troublante ressemblance avec la tombe au soldat inconu ? Les architectes s’en sont directement inspirés. Si le reccueillement individuel des familles peut s’élaborer dans l’espace du mur des noms ; cette crypte, « assez froide et anonyme » selon les mots mêmes du guide, permet les cerémonies collectives et officielles.

Interdit aux juifs et aux chiens. Déambulations dans les salles du musée du mémorial, où sont retracées les étapes qui menèrent au pire. On évoque le régime de Vichy, et le jour où les juifs de France se sont vu intimer l’ordre d’aller se faire recenser. A partir de là, c’est l’engrenage : les panneaux « interdit aux juifs et aux chiens » dans les parcs et les bus, l’interdiction d’exercer un métier à responsabilités, les postes de radio qu’on vient chercher, puis les bicyclettes, les comptes en banque qu’on saisit… Peu à peu, tout un secteur de la population se voit privé de ses loisirs, de l’accès au travail, des moyens de circuler librement, d’être informé… Jusqu’au jour où ils n’ont plus rien, et il devient beaucoup plus facile de les arrêter.
Depuis 60 ans, parce qu’on sait où ça a mené, il est interdit de recenser en France les personnes selon leur appartenance ethnique ou religieuse. Un sujet sensible aujourd’hui, alors que se pose la question d’autoriser les statistiques ethniques pour justement mieux lutter contre les discriminatrions.

Fichiers juifs. Sont exposées devant nous des quantités de petites boîtes, remplies de fiches cartonnées, comme celles que conservaient avant l’ère numérique les documentalistes des biliothèques, pour garder trace des ouvrages empruntés. Sauf que ce ne sont pas des titres d’ouvrages, ce sont des noms de personnes qui sont inscrits : il s’agit des archives des « fichiers juifs » datant de Vichy.

Le ghetto de Varsovie. Les nazis étaient obsédés par la « pureté de la race » : isoler les juifs était leur souci majeur, comme on l’aurait fait en cas d’épidémie. Les juifs étaient comparés à une bactérie dans la propagande nazie, tout comme les tutsis ont été comparés aux cafards dans le génocide rwandais.

Chine. Une vitrine nous intrigue : en 1942, 20 mille juifs vivaient à Shangaï en Chine, qui avaient fui les persécutions nazies !

Jérémie cherche Yzieu sur la carte. Montpelliérain, il est allé à la maison d’Izieu voici quelques semaines. 46 enfants juifs de toute l’Europe y avaient été protégés par des gens de Montpellier et d’Izieu, avant que Klaus Barbie ne les déporte à Auschwitz.

Auschwitz, pour finir. Nous n’avons pas eu le temps de faire une visite exhaustive : notre guide se concentre sur quelques points, conscient qu’il nous faut avoir tous les éléments sur Auschwitz en tête avant de nous rendre sur les lieux. Auschwitz devenu le symbole de l’extermination des juifs, et de l’organisation systématique et planifiée de cette extermination. Dont l’emplacement avait été choisi parce que situé à un noeud ferroviaire, d’où pourraient facilemennt affluer des juifs déportés de toute l’Europe.

Un camp qui ne va cesser de s’agrandir. Il nous en livre la disposition fin 1944 :
– Auschwitz 1 : une seule chambre à gaz, principalement un camp de travail.
– Auschwitz 2 dit Birkenau : quatre chambres à gaz, où fin 1944, 1500 personnes par heure étaient tuées, 24 heures sur 24.
– Auschwitz 3 dit Buna-Monowitz
Soit un complexe de 40 km carrés, avec une quarantaine de camps gravitant autour des trois points centraux. 1,3 million de déportés y seront exterminés dans les chambres à gaz, dont 1,1 million de juifs.

Les marches de la mort. Fin de la visite du musée du mémorial, fin de la guerre en quelques mots. Les alliés débarquent en Normandie, les Russes approchent par le front de l’Est, et les nazis paniquent sentant l’arrivée imminente de l’armée rouge. Ils détruisent tous les documents, dynamitent les chambres à gaz, abattent les déportés les moins valides, emmènent les autres à pied vers les camps de concentration les plus proches. Auschwitz -Bergen Belsen : 15 jours de marche sans pouvoir s’arrêter. Ceux qui s’arrêtent sont abattus, et ils sont nombreux. En décembre 1944, on mesure 30 cm de neige en Pologne.

Un point conclusif qui a son importance : jusqu’à la fin de la guerre, les trains de déportés juifs sont prioritaires sur les convois d’armement ou de soldats allemands blessés. Il est donc plus important pour les nazis de tuer des juifs que de soigner les blessés ou de gagner la guerre.

Les trois photos qui interpellent Baptiste de Strabourg. (Ces photos ont été prises le lendemain à Auschwitz, où elles sont exposées tout comme au mémorial de la Shoah).

Baptiste, de Strasbourg, chuchote. « J’ai lu un bouquin sur ces photos précisément. Ce sont les seules traces photographiques du gazage et de la crémation pendant que les choses se déroulaient, à la différence des photographies prises par les armées à la fin de la guerre. En fait c’est un membre du Sonderkommando qui tirait les corps, qui a réussi a faire venir de la pellicule photographique et un appareil. » Un exploit pour un déporté juif alors que même les SS devaient respecter des consignes très strictes interdisant l’entrée toute caméra ou appareil photo dans les camps. « Cachés, ils ont réussi à prendre 4 photos. La quatrième on ne voit rien, elle est loupée. C’est à Auschwitz, en juillet 1944. Ils risquaient leur vie en faisant ça. »

16h. Retour dans l’auditorium. Philippe Boukara revient sur les siècles d’antisémitisme qui ont précédé le génocide juif. Attablés sur nos pupitres, on noircit encore des feuilles et des feuilles de papier de ces informations précieuses.

17h. Marche au pas de course pour prendre le RERB à Saint Michel, qui nous conduira à l’aéroport d’Orly.

19h. On y est, plus qu’à s’installer dans la queue d’enregistrement des bagages. Grignotage de diner en attendant d’embarquer. Pour certains, c’est la première fois qu’ils prennent l’avion.

Minuit. Cracovie. Le polonais dans les hauts-parleurs, les petites maisons remplies de charme. Direction l’auberge de jeunesse, des fenêtres du car on aperçoit l’imposant château qui surplombe la ville, le « Wawel ». Répartition des chambres, Ahmed et Marie donnent les clés dans la bonne humeur malgré l’heure avancée.

Des petits groupes partent humer la ville de nuit, pas trop tard tout de même. Une longue journée nous attend. Un thé-palabre avec les bouilloires qui jalonnent les couloirs de l’auberge de jeunesse, et hop au lit.

 

  • « Ce qui est bien, c’est que des associations ayant un lien direct, comme des associations n’ayant aucun rapport avec l’Histoire, de cinéma par exemple, s’intéressent à ce sujet ».Tal Bruttmann est historien. Il donne son sentiment sur la participation des responsables associatifs au programme, et parle des enjeux de la recherche qu’il entreprend.
  • « J’ai trouvé ce groupe très intéressant et je pense qu’il en sortira de très bonnes choses. J’ai chez ressenti chez vous une véritable écoute, un intérêt très important, et j’en garderai un très bon souvenir. » Iannis Roder est professeur agrégé d’Histoire et Géographie en collège en Seine-Saint-Denis, et consultant pédagogique au Mémorial de la Shoah. Avec Tal Bruttmann, ils nous a accompagnés tout au long du voyage.
  • « Au lycée on bossait surtout pour les notes. Là j’ai pu toucher du doigt, si je peux m’exprimer ainsi, ce qui s’est réellement passé »Harouna Kaboré est président de l’association des étudiants burkinabés de France, AEBF. Il est aussi administrateur d’Animafac. L’AEBF est une section de l’Union générale des étudiants burkinabés. hkab24@yahoo.fr
  • « On se disait qu’après un événement d’une telle ampleur, un autre génocide ne pourrait avoir lieu. Et le Rwanda est arrivé. »Amélie Mukunzahirwe est membre de l’Association des étudiants rwandais de Lille. aerl.association@gmail.com association_aerl@yahoo.fr
  • « La chose qui ma frappé, je n’ai pas arrêté d’y penser depuis, c’est que c’est tellement surdimensionné… »Alvaro Luna est responsable de l’association Colcrea, Etudiants et créateurs colombiens en France, qui siège à Paris.colcrea@aol.com http://www.colcrea.org
  • « J’ai remarqué qu’il y a une espèce d’anesthésie, une incapacité à parler des choses. Mettre des mots dessus c’est très difficile. »Sarah Jamali est membre de Rézodoc, Association Pluridisciplinaire des Docteurs et Doctorants des Universités Aix-Marseille. bureau@rezodoc.org http://www.rezodoc.org
  • « Sur place, je n’ai pas ressenti grand-chose, j’étais bien caché derrière mon appareil photo »Jean-Jacques Ingremeau est membre du journal de l’ENSTA (Ecole nationale supérieure de techniques avancées), à Paris. journal@ensta.fr
  • « La transmission n’est pas toujours évidente. J’ai eu très vite besoin d’en parler autour de moi, mais selon la réceptivité de mes interlocuteurs, l’échange passe plus ou moins.  » Emmanuel Lemoine est secrétaire du journal Europa, bimestriel nantais gratuit d’une quarantaine de pages, rédigé par des bénévoles de toute l’Union européenne. Il est aussi relais associatif d’Animafac à Nantes. asso@journaleuropa.infocommunication@journaleuropa.info http://www.journaleuropa.info

 

 

Parties prenantes du programme « travail de mémoire, devoir de vérité » organisé par le réseau Animafac et soutenu par la Fondation pour la mémoire de la Shoah, des associatifs étudiants ont souhaité organiser une double exposition artistique et pédagogique au sein de la MIE, afin de rendre compte de ce qu’ils ont vu, entendu, et ressenti.

Salle 1
 » Un mur de mots, paroles spontanées sorties de la bouche des participants recueillies après le week-end…. des photos couleur ou de petits soldats de plomb, tels des témoins, se sont glissés sur un paysage de ruines… et des dessins réalisés au fusain où le noir et blanc rappellent l’atmosphère pesante ressentie sur place… »
Ensemble, avec ces trois supports bien différents, nous avons voulu retranscrire ce qu’il y a de plus personnel, enfoui au plus profond des émotions de chacun.
Aurélie Berlet
Aurélie Cenno
Jean Charles Teullier

Salle 2
 » Comment filmer Auschwitz aujourd’hui « 
60 ans se sont écoulés depuis la libération des camps d’Auschwitz. 60 ans. Aujourd’hui encore, se rendre sur les ruines d’Auschwitz semble une expérience dont il est impossible de ressortir indemne. Mais une fois de retour, comment en rendre compte à ceux qui ne l’ont pas vu ? Comment raconter ? Comment montrer ? Tout exposer ? Suggérer ? Voiler ? Que choisir ? La question mérite d’être posée. Une série d’extraits de films ou de montages personnels d’une durée de 1h30 seront projetés en continu.
Rémy Besson
Mélanie Gaussorgues

Salle 3
Par la diffusion d’extraits de textes à entendre et à lire, nous voulons montrer comment se construit un discours génocidaire et l’écho qu’il peut trouver dans une population.
Des textes comme celui d’Hannah Arendt,des lois de Nuremberg, du protocole de Wannsee où fut « organisé la solution finale » mis en parallèle avec le discours du président du gouvernement intérimaire rwandais, Théodore Sindikubwabo, invitant la population à « se mettre au travail » nous questionnent sur notre nature humaine. Une série de photographies illustrera la mise à mort systématique orchestrée par l’Etat. Sans vouloir mettre sur le même plan les génocides rwandais et juif, nous souhaitons montrer qu’il existe néanmoins des similitudes flagrantes.
Lancia Mafoua
Ketty Valence

Salle 4
Les erreurs du passé nous servent-elles réellement de leçon ? Savons-nous tirer les enseignements qu’elles nous donnent ? L’exposition qui aura lieu dans la salle du conseil interpellera les visiteurs sur la situation actuelle au Darfour, en la comparant sans ambiguïté avec certains évènements de la Shoah, afin de montrer l’importance d’une mobilisation internationale contre les exactions commises actuellement. Les séries de photos ramenées d’Auschwitz ou au Darfour permettront une illustration des actes commis, et une meilleure compréhension des évènements. Des textes explicatifs viendront renseigner le public.
Geoffrey Perrichon

Les jeudis étudiants, késaco ?
Les jeudis étudiants sont des activités hebdomadaires organisées à La Maison des Initiatives Etudiantes (MIE) dans le but de dynamiser la vie de la maison et de proposer aux étudiants des conférences, projections, débats sur des sujets d’actualités, et divers ateliers comme la découverte de l’improvisation théâtrale, ou du Yoga.

Télécharger le programme

Contacter les jeudis étudiants : 01 49 96 49 96 ou mmartane@animafac.net

 

 

Samedi, la visite du camp d’Auschwitz-Birkenau

Départ de l’auberge de jeunesse

6h-7h L’afflux matinal aux douches s’est finalement bien passé. Lève-tôt et lève-tard s’échelonnent dans un ballet plus ou moins réveillé.

8h Le jeu du moment : trouver le petit restaurant où l’on prend le petit dèj. Certains ont retenu le parcours indiqué la veille sur une carte de la ville, pour d’autres, c’est un peu plus laborieux. A force de chassés croisés une troupe finit par trouver l’entrée d’où émanent de bonnes odeurs de café.
Les accros de nutella se délectent des gros pots qui trônent sur les tables. Rapidement à nouveau, les rues. Sous la lumière du jour, le tramway de Cracovie exhibe ses charmes, les petites boutiques de chocolat-pâtes-vodka aussi.
Iannis et Tal, les historiens dont nous avons bu les paroles au mémorial de la Shoah, sont là : ils ont pris l’avion avec nous de Paris. Leur bonne humeur est contagieuse. Ho, hisse dans les deux cars qui, stationnés devant l’auberge, nous attendent.

9h Le car démarre, pour un trajet d’une heure. Voisins et voisines font mieux connaissance, échangent salutations associatives et blagues de voyage. Par la fenêtre, la campagne défile.


10h Auschwitz-Birkenau, on y est. Sous nos yeux, une grande bâtisse rouge. Les rayons de soleil donnent au tout une atmosphère surréelle. Rires pour exorciser, regards. Démarches mal assurées. Certains prennent déjà des photos, acroupis sur les rails.

Après ce temps d’aterrissage et d’apprivoisement des lieux nécessaire, Iannis et Tal nous emmènent pour une boucle pédestre chargée de sens : nous nous éloignons du camp, prenant le chemin que faisaient les déportés à l’envers. Nous ferons une pause à l’endroit où les convois s’arrêtaient, déversant leur flot de déportés depuis toute l’Europe. Puis nous reprendrons cette fois-ci dans l’autre sens le chemin que les déportés parcouraient à pied, avant d’être sélectionnés soit pour le camp de travail soit pour la chambre à gaz.


« Eux c’est leur vie quot’ quoi »
Les semelles crissent sur le gravier, on marche, le camp derrière nous. A la vue des maisons qui bordent la route, Ahmed s’interroge sur le lien que les habitants entretiennent avec ce lieu de mémoire.

Sur la question du terme « génocide »
Iannis, le Cambodge, un génocide ou pas ?


« Vous êtes ici sur un quai, c’est ce qu’on appelle la Judenramp »

Iannis plante le décor : » Ils ne se doutent absolument pas de l’endroit où ils arrivent. »


« Ils ont tout pris, tout volé ».
On refait le chemin dans l’autre sens, parcourant les derniers mètres que les déportés faisaient en train avant d’arriver au camp. « Ce sont les déportés eux-mêmes qui ont construit le camp, qui ont construit ces rails », explique Yannis. « C’est bien rationnel », commente une associative : tout était pensé.
« Notez que parmi ceux qui sont arrivés par le premier convoi qui part le le 17 mars de France et arrive à Auschwitz le 1er avril 1942, et bien fin avril, plus de la moitité est morte. »

« On est au milieu de nulle part »
A l’entrée, Tal nous décortique avec la rigueur qui est sienne le plan du camp. L’occasion de mieux comprendre le complexe d’Auschwitz, en réalité une myriade de camps. Et son histoire : du camp pour prisonniers polonais tel qu’il avait été pensé au départ, au camp de concentration et d’extermination tel que les Russes l’ont découvert à la fin de la guerre, il a constemment évolué.
Tal précise avant de rentrer à Birkenau : « Vous allez visiter deux lieux en même temps : un camp de concentration, et un centre de mise à mort. Et c’est pas la même chose. Pour certaines personnes qui arrivent, elles vont survivre. Dans des conditions effroyables, mais elles survivent. Pour d’autres, une ou deux heures après leur arrivée, ce sont des morts. »

« Vous êtes d’ou en France ? De partout ! »
Notre peloton se scinde en trois groupes pour suivre des accompagnateurs polonais francophones durant la visite du camp. Wojtech sera notre guide.

« Les prisonniers étaient l’un à côté de l’autre, sans intimité, sans dignité »
On commence par visiter le baraquement où les déportés qui arrivaient au camp de concentration étaient mis en quarantaine. Et d’abord, les latrines.

Le débat Nous sommes effarés. Avec le système des Kapos, déportés qui coopèrent et facilitent la discipline, il suffit de 3 ou 4 000 SS pour contrôler un camp de 130 000 prisonniers. « C’est en bois, aujourd’hui on casserait tout ! » Un débat animé suit. Pas si simple : le système des kapos pour régir l’univers concentrationnaire avait été pensé dès 1933, les déportés étaient affaiblis, déhumanisés, travaillaient 11h par jour, avaient la diarée, ne parlaient pas la même langue, avaient une espérance de vie de 3-4 mois, voyaient des exécutions sommaires quotidiennes… Et malgré tout ça, de nombreuses insurrections ont eu lieu dans les camps.


C’est facile d’être solidaire à l’université, à l’école Mais là… « Tout se vendait, en fait, les gamelles, les morceaux de fil, les chaussures » explique Sarah, qui a lu Si c’est un Homme de Primo Lévy.

Les chambres à gaz. Tout est fait pour éviter la panique : illusion de prendre sa douche une fois sur place, quantité de baraquements rassurants, point d’eau maquillé en piscine… Les déportés, s’ils avaient parfois entendu parler des chambres à gaz, se disaient en regardant par les ouvertures du train qu’ils ne devait pas être arrivés dans des camps de ce type-là.

Arbeit macht frei. On passe sous le fameux portique « Arbeit macht frei ». Cette entrée que nous avons tous en tête, a été en fait construite fin 1944.

Une fois dans Auschwitz 1, nous découvrons les différents suplices qui étaient réservés aux prisonniers politiques polonais, que Radija de Dijon évoque dans son interview.

Wojtech évoque aussi un espace dit le « Canada », en référence au film La ruée vers l’or, où sont triées par des déportés juifs toutes les affaires qui étaient confisquées aux juifs quand ils descendaient du train

Les lunettes amoncelées, telles des araignées à mille pattes. La visite se termine par le musée d’Auschwitz, où sont exposés les milliers de chaussures, de cheveux, de valises, de lunettes trouvés entassés dans le Canada par les Russes à la fin de la guerre, et qui étaient réutilisés par les nazis pour soutenir l’effort de guerre.

Nous découvrons aussi des milliers de photos des juifs tués à Auschwitz exposées sur un mur, qui retracent leur vie avant la guerre : les sorties en famille, le soleil, les lettres, les amours, les envies d’études et d’avenir, les amitiés. Une formidable joie de vivre émane de ces photographies.

17h Départ. On se rassemble de nouveau devant le car. Marion, qui a oublié le cache de sa caméra dans la chambre à gaz, repart le chercher. Le camp est presque désert désormais. Soudain, alors qu’elle y était rentrée sans apréhension aucune avec le reste du groupe quelques minutes plus tôt, elle n’ose plus y pénétrer. Allez, on inspire, on y va, c’est bon, c’est récupéré. Le car démarre.

18h Le quartier juif de Cracovie. Une fois arrivés à Cracovie, ceux qui ont encore quelques forces suivent une guide polonaise dans les rues chaleureuses du quartier juif. Du moins dans ce qu’il reste de ce quartier juif historique : si la ville comptait 65000 juifs avant la guerre, elle ne compte aujourd’hui que 160 familles juives. Cette balade nous emmènera dans la petite cour où Spielberg filma des scènes reproduisant le ghetto de Varsovie dans son film « La liste de Schindler », et en particulier le fameux escalier sous lequel se cachent les héros. A la fin du parcours, elle nous laisse avec un conte philosophique, dont voici la teneur :

Isaac vivait dans une forêt reculée, et était très pauvre. Toutes les nuits, il faisait le même rêve étrange : il se rendait sur un pont de Cracovie, et il y trouvait un trésor. Il aimait son foyer et ne l’aurait quitté pour rien au monde. Un jour pourtant, tenaillé par la faim, il se décida à partir. Après des jours de marche, il gagna le pont de Cracovie. Il y resta lundi, rien ne se passa. Il y resta mardi, rien ne se passa. Mercredi, jeudi, vendredi et samedi non plus. Le dimanche, un homme qu’il croisait chaque jour vint lui demander ce qu’il faisait là. Isaac lui expliqua son rêve. L’homme explosa de rire : « C’est complètement insensé ! Moi-même, je rêve toutes les nuits qu’un pauvre nommé Isaac creuse sous l’arbre de son jardin et y trouve un trésor, je ne vais pas me mettre à la recherche de tous les Isaac de ce pays ! ». Isaac se précipita chez lui et trouva dans son jardin le fameux trésor.
« Vous-même êtes venus de France jusqu’ici, peut-être trouverez-vous à votre retour le trésor qui se cache chez vous ! conclut-elle.

20h Repas ensemble, dans une bonne auberge polonaise où l’on échange avec les serveurs en… allemand. « Ein klein bier bitte » : on éponge la fatigue dans les discussions et les rires partagés.

Dernière nuit à Cracovie. Certains prennent l’air nocturne, rigolent ensemble et évacuent les émotions de la journée en prenant un verre ou en se défoulant sur la piste de danse. La nuit cracovienne est décidément cosmopolite et très vivante, nous découvrons un pays de la « nouvelle Europe » en plein essor, dont la jeunesse n’aspire qu’à vivre, à croquer cette existence à pleines dents.

Dimanche, le retour

10h. Les uns et les autres tentent de liquider leurs derniers zlotys à l’aéroport de la manière la moins stupide possible. A ce jeu, on ramène des boîtes de chocolats fourrées de pâte gluante à la fraise ou à la banane ou, moins périssable, des journaux en polonais. L’attente est propice pour interroger au micro des responsables associatifs et nos deux historiens.

12h. Après les oublis et pertes de carte d’identité de rigueur (heureusement, le consulat donne un laisser-passer), nous embarquons pour Paris. Cracovie se fait de plus en plus petite du hublot. Les bagages solidement chargées de documents photographiques, sonores et vidéos, chacun essuie une larme intérieure, se détend en faisant la hola dans l’avion.

14h. Orly, les adieux. Enfin les au-revoir : dans deux semaines, les quatre-vingts responsables associatifs de la France entière se retrouvent à Paris, pour mettre réfléchir aux projets qu’ils mèneront en tant qu’ambassadeurs. Le temps de digérer tout ça. Et de dormir.

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