Comment la Fondation Abbé Pierre réussit sa com’, les conseils d’Yves Colin

À l’occasion de la sortie de notre guide « Booster la communication de son association » nous avons interrogé Yves Colin, directeur de la communication de la Fondation Abbé Pierre. Rien de tel qu’un professionnel pour donner de bons conseils sur la communication des associations.

Pourquoi diriez-vous que la communication est importante pour une association ?

La communication est essentielle pour les assos car beaucoup d’entre elles ont un rôle à la fois social et interpellatif. La communication est donc nécessaire pour porter leur cause dans l’espace public de manière à ce que leur problématique soit considérée par la société civile et les pouvoirs publics.

De plus, beaucoup d’associations dépendent en partie de la générosité des citoyens, de donateurs réels ou potentiels. Par la communication on rend des comptes sur les actions que l’association conduit avec leur argent. Ce double objectif justifie très largement que les associations mettent des moyens dans la communication.

 

Y a-t-il une recette pour faire une communication créative et impactante ?

S’il y avait une recette, je pense que je serais très riche ! Évidemment, la communication – comme toutes les matières de sciences humaines – ne peut pas souffrir de simplification de l’ordre de la recette.

On est toujours en recherche d’un équilibre entre les différents éléments sur lesquels on a besoin de communiquer. Ce sont souvent des éléments complexes qu’il faut simplifier ou vulgariser pour toucher le public le plus large possible. Nous sommes sans cesse confrontés à cette difficulté. La communication est une histoire de curseur qu’il faut placer correctement. Car notre objectif est également, comme tout émetteur dans l’espace public, d’apparaître, d’être impactant, et pour cela on risque quelque fois d’être racoleur. Le Conseil d’administration peut également avoir des exigences particulières vis-à-vis de l’association et donc de sa communication. C’est un critère à prendre en compte également.

En résumé, il n’y a pas de recette mais c’est une histoire de curseur à placer entre la possibilité d’impacter dans l’espace public et le fait de respecter les valeurs de l’association et des personnes. Ce dernier point est notamment très important à prendre en compte pour les assos qui doivent faire face à la représentation de la victime dans leur communication. On se doit d’être vigilant dans notre communication afin de toujours être respectueux de la dignité de la personne.

 

Comment avez-vous élaboré votre campagne Abbé Road ?

Nous avons d’abord fait le constat d’un besoin. Nous avions un travail particulier à effectuer auprès des jeunes. Pour deux raisons essentielles, c’est la catégorie d’âge qui souffre le plus des problématiques de logement et du phénomène des marchands de sommeil. Réagir à ce problème était donc l’objectif de la campagne.

Nous avons souhaité utiliser le vecteur le plus impactant à notre sens sur la jeunesse : la musique. À partir de là, nous avons donc articulé l’opération initiale autour d’une première médiatisation avec 22 artistes avec qui nous avons produit 2 singles. Par la suite, nous avons entamé notre vrai travail de sensibilisation des jeunes publics dans les festivals d’été. Nous nous y sommes installés avec un bus aménagé en outil de sensibilisation. À l’intérieur, nous avions reproduit une chambre indigne reflétant la situation des victimes de mal logement. Il y avait également un espace d’accueil pour échanger et discuter avec les festivalier.e.s.

Nous avons terminé ce tour par un concert à La Cigale. L’occasion également de faire le bilan de cette campagne. C’était impossible de s’engager sur un projet musical sans jouer de la musique sur une scène. Cette opération a été un vrai succès, le Conseil d’administration y a été très sensible et a donc souhaité que nous repartions sur la route cette année (retrouvez le programme d’Abbé Road 2015 ici).

 

Pourquoi un tel succès ? Est-ce dû aux outils que vous avez choisi ?

Les outils étaient adaptés au public et au lieu, oui. Je pense que nous avons su être juste dans notre communication et nous avons réussi à nous adapter au public que nous visions. Nous avons aussi bénéficié du fruit de notre expérience, car ce n’était pas la première fois que nous nous rendions dans un festival. Ce succès s’explique également par le fait que notre campagne faisait écho à une réalité rencontrée et ressentie par le jeune public. Nous n’avons pas fait découvrir le mal logement aux jeunes mais nous avons mis le doigt sur quelque chose d’inacceptable. Enfin, nous proposions des pistes de solutions et des moyens d’agir contre ce phénomène, à la fois de manière offensive avec la signature d’une pétition et en réponse à notre rôle social avec la publication d’un guide du logement à l’usage des jeunes. Ce guide a pour objet de les accompagner tout au long de leurs démarches face au logement.

 

Pour finir, quels conseils donneriez-vous à une association qui souhaiterait remettre à plat sa communication ?

La première étape est d’être clair sur son identité.  Avant de communiquer, il faut savoir qui on est et ce que l’on a à dire. La deuxième étape est de bien étudier ses publics. Il faut se poser plusieurs questions : à qui l’association s’adresse ? Quels sont les vecteurs porteurs sur ces publics ? Quels sont les champs lexicaux qui vont leur parler et quels vecteurs iconographiques ou audiovisuels vont les convaincre ? En commençant par ces 2 étapes, il y a assez peu de chance de se planter. Bien évidemment cela doit être considéré en fonction des moyens disponibles. Mais les moyens ne sont jamais un barrage. Si les messages, les intentions et l’identité sont clairs, on peut toujours trouver un moyen de se débrouiller.

 

Pour en savoir plus sur la Fondation Abbé Pierre, rendez-vous sur son site internet et sur sa page Facebook.

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