Dominique Reynié est professeur des universités en science politique à l’Institut d’études politiques de Paris. Directeur de l’Observatoire inter-régional du politique, il est également membre de l’Association française de science politique.


Y a-t-il une opinion publique européenne ?

D.R. : Oui ! Il existe des questions propres aux Européens : l’harmonisation des diplômes, l’euro ou encore la Constitution commune. Ces sujets font apparaître un espace commun de réflexion entre les Européens. Les sondages d’opinion montrent d’ailleurs qu’il existe un grand nombre de sujets à propos desquels se dégage une opinion européenne. Enfin, au cours de l’année 2003 des dizaines de millions de personnes ont manifesté, dans le monde entier, contre l’intervention militaire en Irak. 80% étaient des Européens ! Il y a bien eu alors, et pour la première fois, l’expression d’une opinion publique européenne. Elle apparaissait même, pour la première fois peut-être, aux yeux du monde.

 

Les jeunes jouent-ils un rôle particulier dans la construction de l’Europe ?
D.R. : Oui, mais de manière très inégale. Dans chacun des pays composant l’Union, les étudiants sont les plus favorables à l’Europe. Ils forment l’embryon de la future société civile européenne. Les étudiants forment l’avant-garde de ce nouveau monde dont nous espérons l’avènement. En revanche, les jeunes non-diplômés sont parmi les plus eurosceptiques. Ils éprouvent le sentiment de faire les frais de cette nouvelle organisation du monde.

 

Les jeunes s’engagent davantage dans des actions à l’échelle mondiale qu’à celle de l’Union. L’ambition européenne peut-elle à nouveau mobiliser ?
D.R. : En tout cas, elle devrait les mobiliser. Les jeunes doivent s’engager à l’échelle de l’Union, dans l’action associative, politique, syndicale, mais aussi sportive ou culturelle. Ils ne faut, hélas, pas trop compter sur les aînés. Ils fatiguent ! L’Europe est vieillissante. Cela détermine l’émergence d’un puissant conservatisme, d’une propension croissante à l’immobilisme. Si les jeunes ne s’engagent pas, nous risquons de connaître une phase de régression.

 



En savoir plus :

D. Reynié, « La Fracture occidentale. Naissance d’une opinion européenne », Ed. de La Table Ronde.

 

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