Pour apprendre, il y a d’autres lieux que l’école. Les concepts de société de la connaissance et d’éducation tout au long de la vie démontrent qu’il est possible d’apprendre à tous moments, en tous lieux et à tout âge. A l’ère des nouvelles technologies et de l’échange permanent d’informations, les opportunités d’apprentissages n’ont de cesse de se multiplier.

En ce sens on distingue de l’éducation formelle, celle qui se déroule durant la période de scolarité obligatoire, l’éducation informelle et l’éducation non-formelle. Cette dernière est caractérisée par ceci qu’elle se déroule selon un processus établi, mais sans validation et en faisant prévaloir l’échange, l’initiative et l’égalité entre les participants.

L’éducation non-formelle offre donc l’opportunité de mieux se connaître et d’approfondir ses connaissances, compétences et aptitudes tout au long de sa vie.

Comment se définit l’éducation non-formelle ? Quelle place est-elle amenée à occuper dans nos sociétés ? Pourquoi et comment faut-il en développer la reconnaissance ? Comment les associations investissent-elles ce champ de l’éducation non-formelle ?

 

Tout voir

Quand « l’école est finie », devons-nous pour autant cesser d’apprendre ? Non, évidemment ! Le temps personnel de chacun offre des multiples possibilités d’apprendre, et d’augmenter ses connaissances et compétences. C’est ici que peut intervenir l’éducation non-formelle.

Où se situent les différences entre l’éducation formelle, l’éducation non-formelle et l’éducation informelle ? Ces trois expressions désignent des modalités particulières de l’éducation qui, pour être distinctes, n’en sont pas moins complémentaires en ceci qu’elles répondent toutes à un même objectif : permettre d’acquérir et d’approfondir des connaissances et des savoir faire. À l’heure où l’idée d’éducation tout au long de la vie s’installe comme une donnée largement acceptée, il est utile de comprendre ce qui distingue chacune de ces approches de l’éducation et de prendre conscience de leur complémentarité pour saisir toutes les opportunités d’apprentissage qu’elles sont susceptibles de nous offrir.

Définition de l’éducation non-formelle

Ce que l’on nomme éducation non-formelle se distingue de l’éducation dite formelle et de l’éducation dite informelle.

L’éducation formelle renvoie à ce que l’on désigne habituellement et le plus spontanément lorsque l’on parle d’éducation. Il s’agit de la formation qui nous est dispensée dans un cadre officiel et reconnu. L’éducation formelle est donc l’éducation prise en charge par le système scolaire et l’ensemble des composantes qui le constituent depuis la maternelle jusqu’à l’enseignement supérieur. Si la plupart d’entre nous établissons spontanément une correspondance entre éducation et éducation dite formelle il serait cependant par trop restrictif de limiter le champ de la première à cette modalité particulière, tant les opportunités d’apprendre sont nombreuses en dehors du cadre scolaire.

Il nous arrive ainsi d’apprendre des choses sans même nous en rendre compte ! Lorsque nous refaisons le monde autour d’un café avec des amis par exemple, nous apprenons à exposer notre point de vue sur un sujet, à recevoir de nouvelles données de la part d’autres personnes ainsi qu’à les intégrer au débat et à notre propre discours. Autant d’opportunités d’apprendre de soi, sur soi et par les autres ! Et dans des champs très larges qui mettent en jeu aussi bien des connaissances précises de certains faits que des aspects très pratiques comme la capacité à mener une discussion suivie ou à laisser la place à la parole de l’autre.

Entre l’éducation formelle et l’éducation informelle, se situe l’éducation non-formelle. Elle est dispensée dans un temps défini comme étant un temps de formation, sur une base volontaire, sans pour autant donner lieu à des évaluations et à la délivrance de titres certifiant la bonne acquisition de ce qui a été enseigné.

Comment fonctionne l’éducation non-formelle ?

L’éducation non-formelle ne se définit cependant pas uniquement en négatif. Elle n’est pas simplement ce qui n’est ni l’éducation formelle ni l’éducation informelle, mais se distingue par tout un ensemble de traits qui lui sont propres. Ces caractéristiques qui donnent à l’éducation non-formelle sa spécificité relèvent en premier lieu de la méthode de formation et d’enseignement qui y est employée.

L’éducation non-formelle propose donc ainsi un temps de formation et d’apprentissage clairement désigné comme tel, sans que pour autant celui-ci ne conduise à une validation finale sous la forme d’un examen destiné à évaluer ce qui a été appris. Cette absence d’évaluation finale correspond à l’état d’esprit dans lequel elle est dispensée. En effet, basée sur la seule liberté de ceux qui y participent, elle cherche à faire prévaloir l’esprit d’initiative chez le participant, qui est placé sur un pied d’égalité avec celui qui apprend. Autonomie, esprit d’initiative, démocratie, échange, tels sont les maîtres mots de l’éducation non-formelle, qui propose, sur un format ouvert, d’apprendre des choses par le biais de dispositifs qui permettent une participation active de tous.

Le Manuel pour la pratique de l’éducation aux droits de l’homme avec les jeunes liste les caractéristiques suivantes pour distinguer l’éducation non-formelle :

– « elle est volontaire ;
– accessible à tous ;
– il s’agit d’un processus organisé à visée éducative ;
– elle est participative et centrée sur l’apprenant ;
– elle vise à l’acquisition de capacités préparant à la vie et à une citoyenneté active ;
– elle est fondée sur un apprentissage aussi bien individuel qu’en groupe, dans le cadre d’une approche globalement collective ;
– elle est globale et structurée ;
– elle est fondée sur l’action et l’expérience, à partir des besoins des participants. » [1]


Ce que l’on y apprend

Cette approche de l’éducation, où le participant prend une part active et s’implique directement dans le processus d’apprentissage, n’est pas sans conséquence quant à la nature de ce qui y est transmis. Indépendamment du contenu même de la formation, des connaissances et des compétences qu’elle est censée permettre d’acquérir, la méthode propre à l’éducation non-formelle permet à la fois un apprentissage de l’autonomie et de la participation.

Reposant sur une démarche volontaire, elle place l’apprenant dans une situation de meilleure connaissance de lui-même, l’apprend à s’analyser, à faire le point sur ses aptitudes et ses compétences, tout en l’habituant à prendre des initiatives au sein d’un groupe et à mesurer leurs impacts. C’est cette démarche de participation qui fait de l’éducation non-formelle une formidable école de la citoyenneté.

L’éducation non-formelle permet donc tout autant la transmission de savoirs que de savoir-faire et de savoir-être. Fondée sur l’échange et la libre initiative, ayant pour leitmotiv l’idée de permettre d’ « apprendre en apprenant », l’éducation non-formelle est un apprentissage de soi et des autres, aux atouts multiples, qui peut être suivie tout au long de sa vie, et valorisée à différents niveaux. Elle permet d’acquérir des compétences, de mener des actions innovantes, et en ce sens, elle est susceptible d’accompagner chaque citoyen dans son devenir civique et professionnel.

Notes

[1] Repères – Manuel pour la pratique de l’éducation aux droits de l’homme avec les jeunes, Brander, P. et al. , Conseil de l’Europe, 2002. Ce guide est disponible dans plus de 20 langues à cette adresse : www.coe.int/compass. Il est également consultable pour partie à partir du Mini-compendium de l’éducation non-formelle

A consulter :

le site Infed.org, présenté comme l’encyclopédie de l’éducation non-formelle, très complet, propose de nombreuses ressources sur le sujet : articles d’introduction générale et entrées de type encyclopédique sur des points plus particuliers ; un outil précieux, réservé cependant aux anglophones.

« Stratégie de Lisbonne », « économie de la connaissance », « éducation tout au long de la vie ». Autant de concepts et d’expressions largement usités mais qui demeurent, au final, relativement méconnus. Ils sont pourtant au cœur du développement futur de nos sociétés et l’éducation non-formelle y occupe une place privilégiée.

L’éducation non-formelle se distingue de l’éducation formelle en ceci qu’elle ne repose pas sur un système avec ses règles et ses codes établis, mais qu’elle met plutôt en avant l’idée que l’apprentissage est un processus, susceptible d’être poursuivi en dehors du système formel, et ce à toutes les périodes de la vie. Elle contribue donc à la promotion de l’idée d’une « éducation tout au long de la vie », laquelle recouvre une grande importance dans le déploiement de la stratégie de Lisbonne. Mais que désigne en réalité la stratégie de Lisbonne ? Quels sont les développements et les orientations qu’elle impulse ? Dans quelle mesure peut-on affirmer qu’elle accorde un rôle croissant à l’éducation non-formelle ?

La stratégie de Lisbonne

La stratégie de Lisbonne, fréquemment citée dans les médias, n’est jamais, ou très rarement, explicitée. Pourtant, la définition de la stratégie de Lisbonne constitue un moment important dans l’orientation de la politique conduite par les pays européens et établit le socle des réponses que ceux-ci entendent apporter aux enjeux soulevés par la mondialisation.

Pour évoquer sa genèse, il faut remonter à l’année 2000. Le vocabulaire de la crise ne servait alors qu’à évoquer des périodes passées, et le climat général était plutôt à l’optimisme. Pour les dirigeants des quinze pays membres qui composaient alors l’Union européenne, dans une conjoncture économique qui « ne s'[était] jamais avérée aussi prometteuse depuis une génération », il fallait se « saisir des opportunités offertes par la nouvelle économie pour, entre autres, éradiquer le fléau social que représente le chômage ». Réuni dans la capitale du Portugal, pays alors président de l’Union européenne, le Conseil européen extraordinaire met en place la stratégie de Lisbonne qui, malgré les changements de conjoncture, reste au cœur du projet de développement européen. Elle a connu en 2005 de premiers ajustements, visant à accélérer sa réalisation.

La stratégie de Lisbonne se laisse résumer par cette formule : permettre le développement d’une « économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale, dans le respect de l’environnement ». Pour l’accomplissement de cet objectif, cinq domaines d’actions politiques ont été établis et précisés :

– la société de la connaissance : promotion de la recherche et du développement ainsi que d’une généralisation de l’usage des technologies de l’information et de la communication ; élévation du niveau général d’études pour permettre à chacun de faire face aux mutations de la société ; développement d’opportunités d’apprentissage
– le marché intérieur : réduction des entraves à la libre circulation des marchandises et à la mise en place d’un marché unique
– l’environnement des entreprises : création d’un environnement favorable à la création et à la pérennisation d’entreprises
– le marché du travail : amélioration du taux d’emploi de la population européenne pour garantir une hausse de la cohésion sociale
– l’environnement durable.

L’idée d’éducation tout au long de la vie joue un rôle central dans ce cadre, puisqu’elle fait partie des finalités assignées à deux des cinq volets de l’action à mener en faveur de la réalisation de la stratégie de Lisbonne. Se donner les outils pour promouvoir l’éducation tout au long de la vie impacte en effet sur le développement d’une société de la connaissance, en permettant à chacun d’améliorer ses connaissances et compétences en les adaptant aux évolutions de la société, et sur le marché du travail, en œuvrant à l’amélioration continue de l’employabilité de chacun selon les besoins du marché du travail.

La stratégie de Lisbonne constitue donc l’axe prioritaire du modèle européen de développement, caractérisé par l’esprit d’innovation, le développement d’une société de la connaissance, l’amélioration de la compétitivité couplés au souci d’une cohésion sociale. Elle cherche à dessiner les contours d’une société future et à donner à l’Europe les moyens de s’y adapter. Dans cette optique, l’éducation tout au long de la vie joue un rôle important, ce qui implique qu’une plus grande place et une meilleure reconnaissance soient accordées à l’éducation non-formelle.

Quelle place pour l’éducation non-formelle dans ces évolutions ?

Accorder à l’éducation tout au long de la vie un rôle central implique que l’on réfléchisse à une meilleure complémentarité entre éducation formelle, éducation informelle et éducation non-formelle et qu’existe pour cette dernière des formes de valorisation, par la reconnaissance de son rôle dans l’acquisition de compétences et de connaissances.

Le Pacte européen pour la jeunesse, adopté par le Conseil en mars 2005, dont l’objectif principal est d’ « améliorer l’instruction, la formation, la mobilité, l’insertion professionnelle et l’inclusion sociale des jeunes européens », s’inscrit ouvertement dans la stratégie de Lisbonne. Dans ce cadre, et suivant les objectifs qu’il s’est fixé, le Pacte européen pour la jeunesse accorde une place importante à l’éducation non-formelle et inclut dans ses mesures pour l’éducation, la formation et la mobilité, la poursuite d’une réflexion sur la validation de l’apprentissage non-formel.

Cette réflexion a permis le développement d’outils de références, servant à identifier et faire valoir les compétences acquises par ce biais. Au premier rang figure l’élaboration d’un référentiel des compétences clefs pour l’éducation tout au long de la vie. Au nombre de neuf, ces compétences clefs sont des compétences transversales, appelées à être appliquées et à évoluer tout au long de la vie de chacun, dans chacune des phases d’apprentissage et de travail qu’il sera amené à traverser. Elles se décomposent comme suit :

– communication dans la langue maternelle
– communication dans une ou plusieurs langues étrangères
– compétence mathématique et compétences de base en sciences et technologies
– compétence numérique
– apprendre à apprendre
– compétence sociale et civique
– esprit d’initiative et d’entreprise
– sensibilité et expression culturelles, créativité.

La réflexion sur les compétences clefs trouve un écho dans le modèle européen de CV, l’Europass, qui accorde une place importante à la déclinaison des compétences de chacun selon différentes catégories (aptitudes et compétences sociales, organisationnelles, techniques, informatiques, artistiques et autres), en plus de l’espace habituel dévolu au descriptif des expériences passées. On retrouve également ces compétences clefs dans le Youthpass, certificat attestant la participation au programme « Jeunesse en action », décrivant les projets qui y ont été menés et donnant des repères pour identifier les apprentissages qui y ont été faits.

L’éducation non-formelle : une réponse aux défis de la société de la connaissance

Dans un contexte européen qui met l’accent sur la nécessaire évolution et adaptation des compétences aux circonstances nouvelles et où prime l’idée du développement d’une société de la connaissance, le rôle de l’éducation non-formelle semble tout à fait central. Parce qu’elle repose sur le volontariat, elle habitue à l’idée que l’apprentissage peut se faire à tous moments de la vie ; parce qu’elle accorde une certaine autonomie à chacun des participants, elle habitue à l’échange, à la prise d’initiatives et à l’innovation.

L’éducation non-formelle répond au défi de la société de la connaissance en ceci qu’elle propose des formes d’apprentissage adaptées à chacun, permettant ainsi le développement de compétences tout au long de la vie tout en reposant sur le pouvoir d’initiatives et de création de chacun des citoyens.

Comme telle, elle est appelée à être complémentaire de l’éducation formelle, car elle habitue à un apprentissage par l’action, centré sur l’idée d’acquisition de compétences. Elle contribue utilement à la formation de chacun des citoyens, car « [prenant en compte] le développement global de l’individu et, dans une large mesure, l’expérience personnelle de l’apprenant », elle propose une « autre façon d’apprendre », liée à des objectifs d’ « intégration et [de] participation active des apprenants dans la société à tous les égards », en proposant un « cadre approprié pour répondre aux aspirations individuelles et aux besoins pour développer des compétences créatives et sociales ». [1]

Notes

[1] Étude sur les liens entre l’éducation formelle et non-formelle, Direction de la Jeunesse et du Sport, Strasbourg, mars 2003, Du Bois-Reymond, M.

 

Appelée à jouer un rôle croissant au sein d’une société de la connaissance, car permettant de donner corps à l’idée d’une éducation tout au long de la vie, l’éducation non-formelle doit pouvoir bénéficier de mécanismes de reconnaissance et de valorisation. Un enjeu central, car cette reconnaissance ne doit pas s’acquérir au détriment du rejet de l’évaluation qui fait sa spécificité.

Si, ainsi que l’affirme le Youth Forum dans un de ses documents, « il est essentiel que chacun apprenne et accumule des compétences, tout au long de la vie et dans tous les aspects de celle-ci » et si « l’éducation non-formelle est une composante essentielle du processus d’éducation et de formation tout au long de la vie » [1], il apparaît alors qu’il faut repenser les critères de l’éducation, pour ne pas la restreindre à l’éducation formelle et accorder une plus grande place à l’éducation non-formelle. Par conséquent, celle-ci doit pouvoir bénéficier d’une meilleure reconnaissance et d’outils permettant d’attester et de faire valoir les compétences qu’elle permet d’acquérir.

Cependant, le principe même de l’établissement de mécanismes de reconnaissance de l’éducation non-formelle ne va pas de soi, dans la mesure où celle-ci repose d’abord sur la participation volontaire de chacun et sur le refus de l’établissement de normes d’évaluation séparant les « bons élèves » des « mauvais élèves ». « Le dilemme de l’éducation non-formelle réside dans le fait que, d’une part, on voudrait que les éléments d’apprentissage et que les compétences soient reconnus et valorisés et, d’autre part, on voudrait éviter de décourager les jeunes par des normes trop formelles. » [2]

Comment résoudre ce dilemme et conférer à l’éducation non-formelle une forme de reconnaissance sans pour autant la dénaturer ?

Les formes de la reconnaissance

Une partie de la réponse à ce problème se situe dans la précision du type de reconnaissance que l’on entend accorder. Cette reconnaissance ne doit pas uniquement renvoyer à des normes objectives permettant d’établir la qualification ou l’employabilité d’une personne. Elle doit, en premier lieu, permettre à chacun d’effectuer un retour sur soi et son parcours pour l’aider à identifier et mettre des mots sur ce qu’il a accompli. La reconnaissance porte en premier lieu sur l’individu et sur son accomplissement personnel au sein de la société où il s’inscrit, et non sur un individu formé selon certaines conventions, répondant fidèlement à des normes qui l’assigneraient d’office à telle ou telle position. En d’autres termes, il s’agit d’abord de voir en quoi l’éducation non-formelle permet de s’accomplir personnellement en tant qu’individu et que citoyen, pour ensuite, sur la base d’une mise en mots de ce parcours, identifier les savoir-faire et savoir-être qui y sont associés et les atouts qu’ils donnent, notamment pour la recherche d’un emploi.

Ainsi que l’indique H.-J. Schild dans un article de la revue Coyote (magazine à destination des travailleurs de jeunesse), « la qualification (et la description) de ce que font les jeunes dans des activités de jeunesse peut s’avérer nécessaire, non pas principalement pour améliorer l’employabilité, mais pour les encourager à l’égard de la citoyenneté, du développement personnel et de la confiance en soi » [3]. La reconnaissance de l’éducation non-formelle doit donc être une manière de considérer chacun dans l’ensemble de son parcours. Aussi doit-elle reposer sur l’identification de compétences transversales, mobilisables tout au long de la vie, telles que la capacité à gérer une équipe, à suivre un projet ou encore à faire preuve de qualités d’écoute et à prendre en compte les avis des autres dans un processus de communication interpersonnelle.

Avec quel outil construire la reconnaissance ?

Les outils adaptés à la reconnaissance de l’éducation non-formelle et permettant d’en mesurer les apports doivent donc répondre à deux critères : témoigner de l’acquisition de compétences plutôt que d’un savoir mesurable ; reposer sur l’auto-évaluation ou l’évaluation par les pairs, pour maintenir ainsi le principe d’égalité et le refus d’une hiérarchisation trop marquée entre les participants.Dans cette optique, l’outil nommé « portfolio » semble être le plus indiqué pour accompagner les démarches d’évaluation des compétences acquises dans le cadre de l’éducation non-formelle. Un portfolio est un outil qui permet à son possesseur de prendre du recul sur son parcours et ses expériences. Il permet de les compiler, de les analyser pour ainsi être à même de déceler ce que chacune d’entre elles a appris et apporté en termes de compétences. Le portfolio permet de donner appui à une démarche d’évaluation personnelle de son parcours, en proposant des outils d’analyse du type tableaux, référentiels de compétences, etc.

Cette reconnaissance se construit aujourd’hui avec des outils précis, qui bénéficient pour beaucoup d’entre eux du soutien institutionnel européen. L’Europe a ainsi engagé une large réflexion sur la définition d’un référentiel des neuf compétences clefs de l’apprentissage tout au long de la vie, et a également mis en place un modèle de CV dont elle cherche à généraliser l’usage, l’Europass, où la déclinaison de compétences prend une place importante. D’autres programmes ont également été impulsés sous l’égide de l’Europe, notamment le Youthpass, certificat de participation au programme de service civil volontaire européen, s’appuyant, pour la description des missions accomplies, sur les neuf compétences clef évoquées ci-dessus.

La reconnaissance des apports de l’éducation non-formelle repose donc d’abord une démarche personnelle, qui consiste en l’identification et l’auto-évaluation de son parcours et de ses compétences. Elle est un enjeu important, qui doit s’accompagner de démarches de sensibilisation, car elle permet de faire valoir la spécificité des apports de l’éducation non-formelle, et des atouts qu’elle donne à chacun en tant que citoyen pour trouver sa place au sein de la société.


Notes

[1] « Reconnaissance de l’éducation non-formelle : confirmer les compétences réelles des jeunes dans la société de la connaissance », document politique adopté par le Youth Forum le 11 -12 novembre 2005

[2] Caroline Vink, « Certification et évaluation de l’éducation non-formelle » in Mini-compendium de l’éducation non-formelle H.-J. Schild, « L’impact de l’apprentissage tout au long de la vie sur l’apprentissage non-formel de la jeunesse », Coyote, 6, 11.02 ; des extraits de cet article sont également présents dans le Mini-compendium de l’éducation non-formelle.

 

Pouvez-vous présenter en quelques mots l’AIESEC et son action ?

David Cahané : L’AIESEC est une ONG internationale créée il y a 60 ans. Elle est présente dans 107 pays, implantée dans plus de 1 700 écoles et compte 35 000 membres.
L’AIESEC développe un programme de stages à l’international pour permettre aux étudiants de partir à l’étranger. Elle a également un ensemble d’activités liées à son fonctionnement, autour de la communication, des finances, du recrutement, etc. La structuration en équipes de l’AIESEC permet de prendre des responsabilités dans chacun de ces domaines, en fonction de ses souhaits.

Nous proposons aux étudiants ce que l’on nomme l’ « AIESEC expérience » qui passe par plusieurs étapes : une première étape d’apprentissage, puis la prise de responsabilités au sein d’un pôle et enfin la prise en charge d’une équipe ; il est également possible d’intercaler une phase à l’international.

L’adhésion à l’AIESEC permet la « participation à un environnement global d’apprentissage ». Pourriez-vous présenter les différentes formes de formation proposées par l’AIESEC ?

David Cahané : L’environnement d’apprentissage proposé par l’AIESEC repose sur six éléments :

– la possibilité, lors de conférences par exemple, d’entamer un travail de réflexion, dans une démarche introspective, afin de découvrir ce qui est important pour soi, les choix qui pourraient avoir un impact sur notre vie et savoir ainsi, par exemple, quelles compétences l’on souhaiterait développer plus particulièrement pour la suite de notre parcours

– la gestion d’une équipe, en général d’une dizaine de personnes, pour des missions de recrutement par exemple

– des cercles d’apprentissage, qui permettent des échanges et des débats autour de sujets comme le développement durable, l’économie ou d’autres, sur la base d’une présentation qui a été effectuée au préalable par une personne

– des séminaires et des conférences, qui peuvent être des conférences organisationnelles, ou des conférences montées avec des partenaires extérieurs – des entreprises – pour proposer un apprentissage sur un aspect précis ; entre les conférences de formation locales, les conférences nationales (4 par an en France réunissant 200 personnes) et les conférences internationales, il se tient au moins une réunion de l’AIESEC par semaine

– le mentoring, soit la possibilité pour chaque membre de choisir un mentor, par exemple un ancien de l’AIESEC, dans le secteur d’activités qu’il souhaite rejoindre, pour dialoguer avec lui, bénéficier de conseils à échelle personnelle et ainsi commencer à se constituer un réseau

– le site Internet myaiesec.net, qui propose un système de recherche par mots-clefs pour accéder aux différentes ressources documentaires (articles, wikis, etc.)

L’AIESEC est une plateforme, ce qui signifie que tous ces éléments de formation sont indépendants les uns des autres et qu’ils ne constituent pas des passages obligés pour les membres. Nos membres peuvent construire d’eux-mêmes leur parcours, en fonction de leurs préférences et de leurs attentes. Il s’agit de pouvoir apprendre en faisant, et d’apprendre sur soi à chaque étape, de découvrir ce que l’on est capable de faire, les compétences que l’on parvient à développer.


L’AIESEC affiche l’ambition d’offrir un modèle de développement de soi pour les jeunes. Quelles sont les expériences vécues par les jeunes à l’AIESEC ?

David Cahané : Je me baserai sur mon expérience personnelle pour répondre. J’ai découvert l’AIESEC il y a deux ans et demi, au moment de mon entrée en école d’ingénieurs. J’ai été attiré par l’aspect international de l’AIESEC et ai souhaité m’y investir sur le plan de la communication. J’ai commencé par réaliser des matériaux de communication, puis j’ai fait de la relation entreprise et organisé des meetings pour vendre nos contrats de stages à l’international.

Je me suis ensuite dirigé vers l’équipe qui gère le programme international. J’y ai organisé des recrutements pour les départs en stage à l’international, ce qui m’a permis d’apprendre à communiquer vers les étudiants puis de sélectionner les candidats en menant des entretiens et enfin de les coacher jusqu’à leur départ.

L’étape suivante, après avoir été élu vice-président au niveau local, a été la prise en charge du pôle échange de l’AIESEC. J’ai ainsi dirigé une équipe de dix personnes qui s’est occupée, entre autres, de la préparation et de l’envoi de trente étudiants français à l’étranger.

J’ai par la suite moi-même effectué un stage en Tanzanie, où j’ai contribué au développement de l’accès aux nouvelles technologies dans des endroits donnés. Je voulais voir si j’étais prêt à effectuer un travail sur le terrain, dans un contexte international et dans une optique humanitaire.

Après mon stage, j’ai rejoint l’équipe au niveau national et ai été élu vice-président de l’AIESEC France.

À chacune des étapes de mon parcours au sein de l’AIESEC, qui n’a été en rien planifié, je me suis découvert et ai pu développer des compétences.


Peut-on dire que l’ « AIESEC expérience » est complémentaire de la formation dispensée au niveau académique ?

David Cahané : Pour beaucoup d’étudiants, seules les associations donnent une expérience concrète qu’il est ensuite possible de valoriser. Dans mon établissement par exemple, peu de bases sont données pour l’apprentissage de la gestion d’équipes par exemple. L’association permet d’apprendre au quotidien ce qu’on sera ensuite amené à développer tout au long de sa carrière, en offrant un espace qui permet de tenter des choses.


Quels atouts cette expérience donne-t-elle pour la poursuite de son parcours ?

David Cahané : De mon point de vue, l’AIESEC permet d’acquérir des compétences transversales, car on y touche à tout. On y apprend à mûrir son projet, en se connaissant mieux et en découvrant ses forces et faiblesses, tout en se forgeant une solide expérience valorisable du point de vue professionnel et en apprenant à travailler dans un environnement international.


Existe-t-il des programmes d’accompagnement à destination des membres de l’AIESEC pour les aider à valoriser leur parcours au sein de l’association ?

David Cahané : Oui. Pour conclure son expérience à l’AIESEC, nous proposons des séminaires « heading for the future ». Il est proposé à ceux qui partent de récapituler leur expérience, de comprendre ce qui leur a plu, ce qu’ils ont envie de développer pour la suite et d’entamer ainsi un travail d’identification de leurs compétences.

 

Pouvez-vous présenter l’AEGEE en quelques mots ?

Laure Onidi : L’AEGEE (Association des États générauxdes étudiants de l’Europe) a été créée en 1985 par des étudiants de grandes écoles à Paris. C’est une plateforme européenne de discussion et de création de projets qui a pour but l’intégration des étudiants européens par l’échange d’idées et des projets concernant notamment la citoyenneté active, l’éducation supérieure et les échanges interculturels.

Son fonctionnement est très démocratique et laisse une large place à la discussion : le bureau (Comité directeur), basé à Bruxelles, est renouvelé tous les ans et les statuts sont régulièrement changés. Elle se structure en 250 groupes locaux, avec la particularité de ne pas avoir de plateforme nationale. Elle regroupe également onze groupes de travail sur des thématiques comme l’éducation ou la culture.

Sans avoir la prétention d’être représentative, l’AEGEE essaie néanmoins de porter la voix des étudiants à Bruxelles. Une personne est responsable des rapports avec les institutions européennes, tâche qu’elle partage avec le président.

Parmi les principaux projets que nous portons figure l’organisation d’universités d’été, dans un nombre de villes compris entre 90 et 120 chaque année. Une université d’été peut consister à permettre de faire du tourisme culturel, par l’organisation de visites thématiques, ou encore à suivre des cours de langue ou simplement découvrir une région.


Quel a été votre parcours au sein de l’AEGEE ?

Laure Onidi : J’ai découvert l’AEGEE à Cologne, dont je suis devenue responsable des relations publiques de la branche locale. J’ai ensuite rejoint l’association au niveau européen, en travaillant sur le projet visant à promouvoir l’initiative citoyenne européenne, soit la possibilité pour les citoyens européens de déposer des propositions de loi auprès du Parlement, possibilité aujourd’hui prévue par le Traité de Lisbonne. Après cela, j’ai rejoint le bureau du groupe de travail européen des Relations publiques (PRWG).

J’ai ensuite rejoint le comité directeur comme directrice des projets et j’ai été présidente, mandat que j’ai achevé au 1er septembre dernier. Depuis, je continue de rester active au niveau local, en tant que formatrice et je suis également trésorière de l’Académie, groupe de travail au niveau européen qui organise les formations de l’association.

Quelles sont les opportunités d’apprentissage offertes par l’AEGEE ?

Laure Onidi : L’AEGEE organise des formations au sein des « European schools », pour apprendre à gérer les relations publiques, à lever des fonds ou encore l’usage des nouvelles technologies. Des sessions de formations de formateurs sont également organisées. Ces formations se font à deux niveaux : un premier niveau d’apprentissage de gestion d’une branche locale, un deuxième niveau d’apprentissage de gestion de projets internationaux.

Ces formations se font selon les principes de l’éducation non-formelle et leur format a récemment évolué pour abonder davantage encore dans ce sens. Auparavant les journées de formation se structuraient en une matinée de présentation et une après-midi dédiée au travail de groupe avec des simulations de situation. Désormais, la journée entière de formation se structure sur la réflexion de groupe et l’échange de bonnes pratiques.

Les universités d’été s’inscrivent également dans cette logique d’éducation non-formelle, puisque, par exemple, les cours de langue qui y sont proposés ne se font par selon un format classique mais passent par la discussion et l’apprentissage en commun. Les autres apprentissages qui se font lors des universités d’été passent par des jeux et par l’échange mutuel.


Que permettent d’apprendre ces formes d’apprentissage non-formelles basées sur la participation ?

Laure Onidi : Par rapport à mon expérience, cela m’a permis de réaliser qu’ensemble on peut faire une différence – que 1 + 1 font parfois plus que 2 – et qu’être un citoyen actif, c’est se donner les moyens de changer les choses.

L’éducation non-formelle nous place dans des situations où l’on est confronté à soi-même et nous apprend ainsi à dépasser nos limites. Elle nous place également dans des situations où l’on est confronté aux autres et apprend à être confronté à des différences qu’on ne peut ignorer, à comprendre les autres. La dimension interculturelle nous oblige à avoir du recul et à réaliser que ce qui est évident pour quelqu’un ne l’est pas pour tous et qu’il faut être capable de s’adapter.

L’éducation non-formelle incite à continuer à s’ouvrir à de nouvelles choses et à se développer en permanence.


Comment fonctionnent les formations de l’AEGEE ? Quelles sont leurs finalités ?

Laure Onidi : La méthode de formation de l’AEGEE est de faire travailler les gens pour les faire réfléchir sur eux-mêmes. Par exemple en « Public relations european school », lors d’une session qui visait à apprendre à savoir comment se comporter face à une caméra, les formateurs ont demandé aux gens de se mettre en situation de simulations d’interviews et les ont filmés. Le fait de se voir ensuite a marqué beaucoup de personnes qui ont participé à cette formation. Elles ont alors pu analyser leur propre comportement face à une caméra, prendre du recul par rapport à elles-mêmes et ainsi prendre conscience de leur image face aux autres.

Sur le plan de la finalité, les formations répondent à un souci de ressources humaines : il s’agit de se donner les moyens de mobiliser au mieux le capital humain présent à chaque section locale, de créer une cohérence et de motiver les gens à faire plus pour l’association et, au-delà, pour la société.

Les formations cherchent à transmettre des bases en gestion, en relations publiques ou autres domaines utiles à la conduite de projets ; à développer une dynamique pour faire se créer des liens et permettre le développement de projets ; à permettre un développement de soi en faisant prendre conscience à chacun de son potentiel.

Mais les formations de l’AEGEE sont également porteuses d’une dimension idéaliste et veulent véhiculer l’idée qu’on peut changer la société et la faire bouger. Elles reposent sur la transmission de valeurs propres au travail de jeunesse : la solidarité, l’échange interculturel, la mobilité, la démocratie, le fait d’être un citoyen actif, le volontariat, etc.


Qu’apprend-on à l’AEGEE ?

Laure Onidi : À l’AEGEE, une des choses que l’on apprend est que le développement personnel est très important pour l’épanouissement d’une personne et que l’apprentissage tout au long de la vie est une des clés de réussite d’une vie bien remplie.

Outre les apprentissages pratiques, comme la gestion de projets, la demande de subventions, la prise de parole en public, etc., on apprend à de prendre du recul sur son propre travail, à reconnaître ses erreurs et à apprendre de celles-ci. L’AEGEE a un fonctionnement très flexible et évolutif, qui permet d’apprendre de ses erreurs et de savoir s’adapter pour toujours rebondir. Avec du recul, ce qui pouvait parfois apparaître comme un manque de structuration est une manière de s’organiser qui permet d’apprendre à ne pas rester bloqué dans une structure figée et nous pousse sans cesse à évoluer et chercher une meilleure structure.

Pour beaucoup l’AEGEE est une école de la vie. C’est un bon endroit pour faire ses expériences et être armé pour la suite de son parcours. L’on y fait des apprentissages qui peuvent ensuite servir dans les futurs emplois ainsi que dans les relations avec les autres et avec le pouvoir.


Comment ces apprentissages sont-ils valorisés pour la suite du parcours de chacun ? L’AEGEE propose-t-elle des outils ou des dispositifs d’accompagnement pour l’identification et la valorisation des compétences acquises dans son cadre ?

Laure Onidi : Il n’y a pas de système d’accompagnement allant en ce sens. Il y a eu quelques initiatives de contacts auprès d’entreprises pour qu’elles diffusent auprès de nous des annonces et que nous leur diffusions des profils, mais cela n’a pas fonctionné. Face à ces questions, il y a plusieurs réactions, d’un côté ceux qui veulent mettre en avant l’idée de désintéressement (approche idéologique), de l’autre ceux qui disent que l’expérience suivie à l’AEGEE est formatrice et qui veulent la mettre en avant.

Dans les faits, les choses se font en fait de façon naturelle. Beaucoup sont conscients à la fin de leur expérience de ce que celle-ci leur a appris et la mettent spontanément en avant lorsqu’ils commencent à rechercher un emploi. De plus l’AEGEE c’est aussi l’appartenance à un cercle d’amis, ce qui permet de se constituer un réseau et il est déjà arrivé que des membres recommandent d’autres membres pour certains jobs.

Il n’y a donc pas de système en place et les initiatives entamées en ce sens ont plutôt suscité un certain rejet, mais dans la suite du parcours de chacun cette valorisation se fait finalement d’elle-même.

 

Pourriez-vous définir l’éducation non-formelle en quelques mots ?

Michal Kadera : Nous avons mené une discussionapprofondie sur ce sujet il y a de cela quelques années. Par « éducation non-formelle », nous entendons un processus d’éducation organisé qui s’effectue en dehors du système officiel d’enseignement et de formation et qui, en général, ne débouche pas sur une validation.

Quelles sont les caractéristiques propres à l’éducation non-formelle ?

Michal Kadera : Comme vous le savez, il existe une distinction entre l’éducation formelle, l’éducation non-formelle et l’éducation informelle. Il n’est probablement pas nécessaire de décrire l’éducation formelle, qui se fait en salle de classe, avec sa distinction classique entre professeurs et élèves. Dans le processus d’éducation informelle, l’apprentissage se fait de manière moins consciente et celui qui apprend n’a souvent pas conscience qu’il est en train d’apprendre.

L’éducation non-formelle, elle, a ceci de particulier que la participation de ceux qui apprennent se fait sur une base volontaire. Ils prennent par conséquent une part active dans le processus d’apprentissage et ont conscience du fait qu’ils sont en train d’apprendre.

Pourquoi l’éducation non-formelle est-elle importante dans un contexte d’apprentissage tout au long de la vie ? Pensez-vous qu’avec le développement d’une société de la connaissance l’éducation non-formelle est appelée à prendre une part croissante dans le système éducatif général ?

Michal Kadera : Permettez-moi de considérer l’importance de l’éducation non-formelle de deux points de vue. Les ministres européens de l’Education ont défini il y a quelques années l’éducation tout au long de la vie comme étant l’ensemble des activités d’apprentissage entreprises au cours de l’existence dans le but d’améliorer ses connaissances, aptitudes et compétences dans une perspective personnelle, civique, sociale et/ou relative à l’accès à un emploi.

Comme vous pouvez le constater, il n’y est fait référence à aucune forme d’éducation ; il est seulement question de connaissances, d’aptitudes et de compétences. Mais le plus important à relever dans cette définition est l’idée de continuité.

Les pays membres de l’Union européenne se sont engagés en 2002 à avoir 12% de la population adulte dans un processus d’éducation tout au long de la vie d’ici à 2010. Vont-ils atteindre cet objectif ? Il est évident que ce ne sera pas le cas pour la plupart d’entre eux. Il est extrêmement difficile et couteux de renvoyer des adultes dans des salles de classe et de les engager dans des systèmes d’éducation formelle. La solution est l’éducation non-formelle. Elle peut être dispensée à des moments qui conviennent à chacun et, en leur proposant un investissement actif, motiverait des adultes à participer. Mais la réalité montre que les organismes en charge de l’éducation non-formelle ont toujours besoin de beaucoup de support et de reconnaissance pour relever ce défi.

Si l’on considère l’éducation en se plaçant du point de vue d’un « client » – un employeur cherchant un employé qualifié pour son entreprise – ce qui compte est le résultat, les capacités et compétences concrètes dont est capable de faire preuve la personne en recherche d’emploi. Malheureusement, les employeurs estiment souvent que les jeunes diplômés ne savent faire preuve que de leurs connaissances mais manquent de compétences réelles et peinent à adapter la théorie à la pratique. L’éducation non-formelle, à l’inverse, se concentre sur les compétences et les aptitudes. Elle est par conséquent complémentaire de l’éducation formelle et permet à celui qui apprend de développer le maximum de ses capacités en vue aussi bien d’améliorer sa position sur le marché de l’emploi que de se développer sur le plan personnel.

Ces deux exemples – la participation des adultes dans l’éducation tout au long de la vie et les lacunes de l’éducation formelle en terme de délivrance des compétences et aptitudes attendues sur le marché du travail – montrent clairement qu’une société de la connaissance ne deviendra pas réalité aussi longtemps que l’on ne reconnaîtra pas que toutes les formes d’éducation revêtent une importance égale dans le processus global d’apprentissage de chaque individu. Bien sûr, il faut garder présentes à l’esprit les opportunités et les limites de chaque forme d’éducation. J’ai la ferme conviction que l’éducation non-formelle est en essor et que son importance ne va cesser de s’accroître au cours des prochaines années. Elle est de plus en plus reconnue par les décideurs politiques ainsi que par la communauté éducative et les gens sont davantage conscient de son existence et de sa contribution au parcours d’apprentissage de chacun.


Pensez-vous que l’éducation non-formelle a besoin d’une meilleure reconnaissance ? Pourquoi ?

Michal Kadera : L’éducation non-formelle ne peut pleinement jouer un rôle dans le parcours d’apprentissage de chacun qu’à la seule condition d’être reconnue. Par conséquent, une meilleure reconnaissance de celle-ci est une nécessité. Une telle reconnaissance est cependant conditionnée par de nombreux aspects.

Nous devons nous assurer en premier lieu de la reconnaissance politique des dispensateurs d’éducation non-formelle, que ce soit par exemple les organisations non gouvernementales de jeunesse. Les autorités publiques doivent avoir conscience de ce qui a trait à l’éducation non-formelle, de son importance, de son impact, et supporter ses acteurs avec des outils appropriés (cadre légal, dispositifs de reconnaissance, financements, etc.). En second lieu, nous devons nous assurer de la reconnaissance sociale de l’éducation non-formelle, aussi bien pour ceux qui l’organisent que pour ceux qui en bénéficient. Très souvent, l’éducation non-formelle est faite par et pour des volontaires. La société se doit de reconnaître leur travail comme relevant de l’éducation et non pas comme étant une simple activité de détente pendant le temps libre. Enfin, en troisième lieu, nous devons nous concentrer sur la reconnaissance des résultats de l’apprentissage individuel comme le cœur de l’éducation non-formelle.

Selon vous, quelles voies pourraient être empruntées pour améliorer la reconnaissance de l’éducation non-formelle ? Au cours des dernières années, quelles initiatives allant dans ce sens ont été entreprises (par exemple au niveau de l’Union européenne) ?

Michal Kadera : Au cours des dix dernières années, pour le Forum européen de la jeunesse (YFJ), la reconnaissance de l’éducation non-formelle a figuré parmi les priorités les plus importantes. Nous avons tout d’abord contribué au développement du concept et ensuite à sa mise en œuvre pratique. C’est en partie pour cela que le travail de jeunesse est aujourd’hui considéré par la Commission européenne comme étant le domaine le plus avancé dans la reconnaissance de l’éducation non-formelle. Nous avons réussi à lancer un débat politique sur ce sujet avec des institutions parmi lesquelles l’Union européenne, le Conseil de l’Europe, l’UNESCO et la Banque mondiale.

Ce processus plutôt politique a été récemment renforcé par un premier déploiement d’outils concrets, tels que le Cadre européen des certifications (CEC) et son application dans les cadres nationaux de qualifications, à l’Europass et au Youthpass qu’a développés l’Union européenne, aussi bien que le portfolio européen pour les travailleurs de jeunesse du Conseil de l’Europe.

En se basant sur les expériences positives associées aux outils mentionnés ci-dessus, nous estimons pouvoir aller de l’avant en nous engageant dans deux directions. Il nous faut premièrement nous assurer que tous les instruments existants sont pleinement mis en œuvre dans les pays membres et répondent le plus possible à leurs objectifs. Deuxièmement, nous ne devons pas nous limiter à réfléchir sur les instruments existants : il est essentiel de chercher et d’être ouvert à de nouveaux outils et à de nouvelles idées, qui impliqueraient par exemple davantage de parties prenantes dans la reconnaissance de l’éducation non-formelle, notamment les partenaires sociaux.

Quelles sont les positions du YFJ sur le sujet ? Quelles actions ont été menées par le YFJ pour faire mieux connaître auprès de l’opinion l’éducation non-formelle et ses bénéfices ?

Michal Kadera : Notre priorité est la reconnaissance de l’éducation non-formelle. Par conséquent nous ne cessons de travailler sur les trois niveaux où elle est impliquée : reconnaissance politique, reconnaissance sociale et les résultats de l’apprentissage individuel. Pour nous, la reconnaissance implique également la responsabilité des organisations de jeunesse en tant qu’acteurs pour améliorer la qualité de l’apprentissage. Par conséquent, nous avons développé l’année dernière un concept de « cadre d’assurance de la qualité », basé sur des indicateurs et venant de la réalité spécifique de l’éducation non-formelle telle que dispensée par les organisations de jeunesse.

Nous avons récemment démarré notre projet pilote qui a pour objectif de tester le concept proposé d’assurance de la qualité (AQ) en pratique. Les objectifs de notre projet sont d’augmenter la volonté et la capacité des organisations de jeunesse à œuvrer dans le sens de l’assurance de la qualité de l’éducation non-formelle, de tester le modèle théorique d’assurance de la qualité et d’accroître auprès des principales parties prenantes la reconnaissance de l’éducation non-formelle et des organisations de jeunesse comme des dispensatrices sérieuses de celle-ci, capables d’en garantir la qualité.

À côté de l’insistance sur la question de la qualité, nous n’avons de cesse de nous faire l’avocat de l’éducation non-formelle à tous les niveaux possibles. Nous avons accueilli avec bienveillance le fait que la stratégie de Lisbonne renouvelée, dans le champ de l’éducation – le suivi du programme « Education et formation 2010 » actuellement discutée par les ministres européens de l’Education – mette l’accent de manière similaire sur l’éducation non-formelle.

 

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