La ministre de l’enseignement supérieur Valérie Pécresse annonçait hier à l’AFP qu’elle travaillait pour mettre en place d’une vidéothèque numérique à l’attention des étudiants. L’objectif de cette structure, développée avec le Conseil de la création artistique, est de mettre les chefs d’oeuvre du 7ème art à la portée de tous les étudiants. Un projet correspondant à une démarche de démocratisation de la culture chère à Mille Visages. Pour Malik Rumeau, réalisateur et responsables du pôle cinéma/théâtre de l’association francilienne, le constat est clair : le manque d’information constitue un obstacle à l’essor de la culture populaire. Interview…


Après la mise en service du site Gallica en 1997, (regroupant aujourd’hui plus d’un million de volumes numérisés), par la BNF, en quoi l’émergence d’une telle vidéothèque peut-elle s’inscrire dans une démarche de démocratisation de la culture?

 

Pour tout vous dire, je n’étais pas au courant de ce projet. Je travaille à Mille Visages depuis 2006 et le premier problème que l’on rencontre dans la démocratisation de la culture, c’est l’information. Lorsque l’on travaille avec la jeunesse au quotidien, on se rend compte que ce ne sont pas forcément les moyens ou les interlocuteurs qui viennent à manquer. Pouvoir accéder à tel site, telle formation, tel outil… Ce sont les ponts de communication pour des jeunes qui sont souvent en difficulté d’insertion et qui n’ont tout simplement pas les informations les plus importantes.

Lors de vos projets, avez-vous pu quantifier, analyser un attrait des jeunes de quartiers populaires pour la culture cinématographique?

 

Tout à fait. Le cinéma est l’art le plus populaire. C’est également le plus démocratique. Lors d’un stage que nous avons organisé à la rentrée, je me suis occupé d’un atelier portant sur la direction d’acteurs. La plupart des questions qui m’étaient alors posées concernaient la provenance des DVD que j’avais apportés. Je me suis retrouvé face à des gens de près de 30 ans qui ne savaient pas ce qu’était une médiathèque. Nous avons des participants qui viennent d’Evry, de Corbeil (91), des villes où le fonds documentaire est phénoménal et dont on ne retrouverait pas l’équivalent dans des bibliothèques privées. Mais personne ne leursdonne d’informations.

 

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A l’heure du streaming, des blockbusters et de la 3D, dans quelle mesure les étudiants de 2010 peuvent-ils trouver un attrait dans des films tels que le Dictateur, Certains l’aiment chaud ou Metropolis?


Ce sont avant tout de grands films populaires. Pour citer Marguerite Duras lorsqu’on lui reprochait de faire des films inaccessibles et compliqués, je dirais que les gens sont assez éduqués. Ils ont la culture du cinéma même s’il s’agit parfois d’une culture dirigée vers un style de cinéma bien défini. Les jeunes ont une grande culture cinématographique qui provient souvent des films qui passent à la télévision. Nous faisons de l’éducation à l’image mais nous n’avons pas la prétention de dire que les gens que nous rencontrons ne sont pas instruits. Nous essayons de les emmener sur d’autres terrains pour leur montrer autre chose.

 

 

Au delà de ce projet de vidéothèque numérique, quelles actions concrètes sont menées par le gouvernement et ses représentants locaux dans les quartiers où vous travaillez?

 

La question est délicate. J’ai vécu une partie de mon adolescence à Evry et j’ai vu les services de proximité progressivement disparaître. Par la suite, je me suis engagé dans le monde associatif où j’ai notamment vu un centre de loisirs pour jeunes ouvert dans un simple appartement. On vit une sorte de transition depuis une dizaine d’années. Mis à part les forces de l’ordre, on assiste à un retrait des pouvoirs publics dans ces quartiers. En revanche, l’Etat investit et subventionne le milieu associatif. De par leur connaissance du terrain, les associations ont une mission de proximité très importante et peuvent apporter des valeurs au travers de disciplines d’excellence, le sport, l’art…

 

 

Dans une démarche de démocratisation de la culture, quelles pistes restent à explorer par le monde associatif?

 

L’optimisation des outils mis à notre disposition. L’exemple du théâtre en Essonne est frappant. On n’y développe pas assez les outils dont on dispose déjà. Il existe tout une série de scènes, de grosses structures, de centres culturels qui font de la programmation mais très peu de production. Le département a pris beaucoup de retard et plutôt que de développer de nouveaux moyens, il faut lancer de nouvelles choses à partir du terrain. Au lieu de cela, on fait venir énormément de troupes de l’extérieur. Il n’y a pas d’aide réelle qui permette de lancer des projets. De même pour les médiathèques. Le département dispose d’infrastructures de premier ordre. Mais un travail est-il fait pour générer de vrais pôles d’éducation populaire? Il manque un vrai processus de réciprocité entre les autorités et le monde associatif.

 

Outre la démocratisation de la culture, la ministre de l’enseignement supérieur a récemment signé une convention sur l’égalité des chances. Retrouvez l’interview de Gilbert Branchet, président du CAELIF, qui se confie sur l’urgence de lutter contre toutes les formes de discrimination.

Crédits photo : 1000 visages
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