Vecteur de citoyenneté européenne, la mobilité étudiante a été encouragée depuis la naissance de l’Union Européenne. Programme Erasmus, accords bilatéraux… Tous les étudiants ont aujourd’hui la possibilité d’intégrer un tour d’Europe à leur cursus. Mais la saisissent-ils vraiment ? Quel bilan peut-on faire d’Erasmus vingt ans après ? Nous verrons également comment, en accueillant les étudiants européens ou en nouant des contacts avec les structures estudiantines de l’Union, des associations étudiantes s’investissent pour encourager la mobilité de leurs pairs.

LES ÉTUDIANTS BOUGENT L’EUROPE

Miser sur la jeunesse pour véhiculer la citoyenneté européenne. Voilà le pari qu’a voulu faire l’Europe en lançant le programme Erasmus. Un pari réussi puisqu’ils sont aujourd’hui des milliers à parcourir l’Europe durant leurs études… Retour sur la saga Erasmus et portrait de ces étudiants français qui décident de prendre le large.

 

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Tout le monde connaît aujourd’hui ce célèbre programme de soutien à la mobilité des étudiants européens. Mais comment a-t-il vu le jour dans les dédales des institutions européennes ? 20 ans d’histoire, 20 ans de bilan…


Il y a 21 ans de cela, Erasme n’était encore qu’un savant néerlandais du 15e siècle, connu pour avoir sillonné l’Europe à la recherche de nouveaux savoirs. Ce n’est qu’en 1987 que son nom latinisé, Erasmus (European Community action scheme for the mobility of university), devient le symbole d’une mémorable année de fête, de rencontres, de voyages, voire d’études, pour des générations d’étudiants. Un retour à la tradition « humaniste » résultant de plusieurs années de réflexion et de lobbying…

Dès 1969, le Conseil de l’Europe s’interroge sur les moyens d’encourager la mobilité des étudiants, jugés trop figés dans les systèmes nationaux. La solution envisagée est alors l’administration de bourses conséquentes afin de permettre à ceux qui le souhaitent de poursuivre leurs études en dehors de leur territoire. Ces préconisations restent cependant lettre morte.

En 1971, c’est au tour des ministres de l’Éducation des États membres de lancer le débat en s’accordant sur la nécessaire mise en place d’un cadre de coopération dans le domaine de l’enseignement. C’est chose faite en 1973 : un réseau transnational entre établissements de l’enseignement supérieur européen est mis en place, comprenant des échanges financés par la Communauté européenne. Ces « joints studies programs » posent les premiers jalons du futur programme Erasmus…

La Commission européenne va, à partir de 1976, encourager leur développement, persuadée qu’il faut miser sur la jeunesse pour développer la notion de citoyenneté européenne. Est alors imaginé un « Tour d’Europe » à l’image de celui qu’effectuaient des humanistes tels que… Erasme. Afin d’encourager la mobilité des étudiants et la coopération entre établissements, le Conseil des ministres de l’Éducation définit, en 1983, un cadre permettant une meilleure reconnaissance des périodes d’études et diplômes à travers l’Union. Il propose également de nouvelles aides financières, des systèmes d’hébergement et la simplification de certaines démarches administratives.

Et Erasmus fut…


Malgré ces notables évolutions, la mise en place d’un véritable programme de mobilité piétine. Deux acteurs vont donner l’impulsion nécessaire à la création d’Erasmus. Le nouveau président de la Commission Européenne, d’abord. Dès son arrivée en 1985, Jacques Delors affiche des objectifs ambitieux pour la mobilité étudiante en Europe : 10 % de la population estudiantine doit partir étudier hors de son territoire.

C’est une association étudiante qui va faire le reste du travail. Créée en 1985, l’AEGEE, Association des états généraux des étudiants de l’Europe, connaît très vite un succès fulgurant auprès de la jeunesse communautaire passant, en quelques années de 350 à 10 000 membres. L’association va profiter de sa notoriété pour militer en faveur d’un programme de mobilité pour les étudiants. Début 1987, son président Franck Biancheri rencontre plusieurs grands responsables européens. En France, il obtient de François Mitterrand qu’il s’engage à soutenir le projet. Un acharnement qui va payer : le 15 juin 1987, le conseil des ministres de l’Éducation adopte le programme Erasmus.

Vingt ans après…

Quel bilan peut-on aujourd’hui tirer de ce programme qui a fêté ses vingt printemps l’an dernier ? Première réussite notable : pas un étudiant européen ne peut aujourd’hui ignorer l’existence et les opportunités qu’offre Erasmus. Avec un budget en perpétuelle croissance depuis deux décennies, ce dispositif, intégré au programme éducatif Socrates depuis 1995, a réussi à mobiliser, chaque année, un peu plus de candidats au départ. Cette mobilité accrue a obligé les établissements nationaux à s’européaniser et à ouvrir leurs portes aux étudiants du vieux continent. Enfin, Erasmus a considérablement encouragé la mobilité des jeunes européens, y compris hors de l’Union : ils représentent aujourd’hui le deuxième contingent d’étudiants poursuivant un cursus à l’étranger.

Pour autant, le dispositif est loin d’avoir atteint son objectif d’une mobilité de 10 % de la population étudiante européenne. Erasmus mobilise aujourd’hui à peine 2% de la jeunesse communautaire. Manque de reconnaissance des compétences acquises hors du territoire, difficile intégration dans certains cursus, bourses trop limitées pour permettre aux jeunes à bas revenus de partir, hébergement compliqué par l’augmentation du prix des loyers dans les grandes capitales européennes… La liste des écueils est longue, mais n’enlève rien à un constat : parce qu’ils ont accueillis des étudiants étrangers ou qu’ils ont eux-mêmes effectué un séjour hors de leur territoire, la jeunesse d’aujourd’hui se sent bel et bien citoyenne européenne.

 

Mobiles, mais pas très aventureux, plutôt issus d’école, de préférence en filière commerciale dans des établissements d’Ile-de-France ou de Rhône-Alpes… Voilà le portrait type de l’étudiant français candidat pour un voyage d’étude à l’étranger.


Casaniers les étudiants français ? Loin de là… Ils seraient même les plus nombreux, après les Allemands, à partir faire leurs classes hors du territoire hexagonal. Chaque année, 20 000 jeunes profitent du dispositif Erasmus, et près de 14 000 d’accords bilatéraux pour effectuer une année d’échange avec une faculté européenne. Qui sont ces élèves qui décident de partir et quelles sont leurs motivations ?

Premier constat : lorsqu’ils décident de prendre leur envol, les étudiants français préfèrent le train. Que ce soit via Erasmus ou des accords bilatéraux, les trois quarts des départs se font, en effet, à destination de quatre pays frontaliers : l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou le Royaume-Uni. Ce dernier pays rassemble près de 35 % des expatriés, preuve que l’apprentissage de la langue anglaise constitue l’une des principales motivations des étudiants.

Outre la proximité géographique et les opportunités linguistiques, l’offre de formation semble un critère important dans le choix des étudiants français. Ceux suivant des cursus courts préfèreront ainsi la Belgique et le Royaume-Uni, spécialistes de ce type de formations. Les adeptes d’enseignement longs et théoriques se dirigeront quant à eux vers l’Espagne, l’Allemagne ou la Suède.

Profil commercial ou ingénieur.

Parmi les élèves voyageurs, on constate également une très forte représentation des commerciaux et ingénieurs qui comptent, à eux seuls, pour près de 45 % des effectifs. Un fait qui s’explique en grande partie par le dynamisme des écoles, publiques et privées. Plus « multinationales » les écoles jouent plus volontiers le jeu de la concurrence internationale des établissements, initiée par l’ouverture des frontières. Persuadée qu’en exportant leurs élèves, elles seront plus attractives pour les étudiants européens, elles intègrent mieux « l’année à l’étranger » dans leurs cursus et valorisent cette expérience.

Pour autant, les universités ne restent pas en marge de l’européanisation des cursus, exportant massivement leurs élèves des filières LEA (20% des effectifs), leurs étudiants en sciences sociales (8%) et leurs juristes (7%). Friandes d’accords bilatéraux, les facs proposent des doubles diplômes et multiplient les échanges entre laboratoires de recherche. Seules certaines filières, comme les mathématiques et la médecine, pour lesquels une année de césure s’avère inutile, voire pénalisante dans le cursus des élèves, restent exclues de ce processus, avec à peine 1 à 3 % de départs.

Certaines régions, enfin, se montrent plus dynamiques que d’autres dans l’incitation au départ. C’est sans surprise l’Ile-de-France, plus gros pôle estudiantin de l’hexagone, qui exporte la majorité des étudiants avec plus de 3000 départs en 2000-2001. La région la plus dynamique reste pourtant, de loin, le Rhône-Alpes qui, malgré un nombre bien inférieur d’étudiants, envoyait, à la même période près de 2500 jeunes vers les universités européennes. La palme de l’établissement le plus « mobile » de France, revient tout de même à une université de la région PACA : l’Université de Provence à Marseille.

 

Sources

La mobilité des étudiants français en Europe : rôle des programmes communautaires et des coopérations bilatérales, étude réalisée par Dominique Rosselle et Anne Lentiez. Direction générale de la coopération internationale et du développement. Décembre 2002
Les étudiants étrangers en France et français à l’étranger, Jérôme Fabre et Magda Tomasini. INSEE, 2006
Les échanges européens Erasmus, CEREQ. novembre 2007
Les étudiants et leurs conditions de vie en Europe : principaux résultats du rapport Eurostudent 2005, Nadia Amrous et Ronan Vourc’h. Observatoire national de la vie étudiante. Septembre 2005

 

L’ACCUEIL DES ÉTUDIANTS EUROPÉENS : CLÉ DE LA MOBILITÉ

Difficile de débarquer dans un système universitaire étranger dont on ne connait rien… La multiplication des réseaux d’étudiants Erasmus rend pourtant aujourd’hui le voyage plus aisé. Portraits d’associations et mode d’emploi pour vous lancer.

Résolument festive, l’association Échanges permet aux étudiants d’ailleurs de s’intégrer en partageant fêtes, discussions multilingues et découverte du patrimoine hexagonale. De quoi donner goût à la France, même aux plus sceptiques.


Des professeurs et des étudiants qui s’associent pour permettre aux Erasmus et élèves étrangers de faire la fête, telle est l’improbable genèse de l’association Échanges à Avignon. Créée en 2000, la structure fait, depuis, le bonheur du campus. « Beaucoup de Français s’inscrivent pour retrouver l’ambiance Erasmus quand ils en reviennent. Et on trouve évidemment beaucoup d’étrangers de toutes nationalités, avec une majorité d’Espagnols » témoigne le président d’Échanges, Stéphane Huet. Un signe qui ne trompe pas : quand les Espagnols sont de la partie, c’est bien que la fête n’est pas loin. L’association ne compte d’ailleurs plus les témoignages de satisfaction de ses anciens. « Quand ils repartent dans leur pays d’origine, les étudiants étrangers parlent de nous dans leurs facs. Certains étudiants Erasmus nous connaissent avant même de débarquer à Avignon. »

Et le rôle des professeurs dans cette réussite n’est pas à négliger, car si les étudiants sont aussi satisfaits des programmes que propose Échanges, c’est en partie grâce à eux. « Les enseignants à l’origine du projet étaient de la section Français Langue étrangère (FLE). Ils rencontrent donc de très nombreux étrangers qui se confient à eux, leur racontent ce qu’ils aimeraient faire à Avignon, ce qu’ils voudraient connaître de la culture française », raconte Stéphane. Et grâce aux liens privilégiés qu’entretient le corps professoral avec l’association, leurs désirs se font rapidement réalités.

Au programme, donc, quelques morceaux choisis du patrimoine hexagonal : visites des joyaux du sud de la France, de Montpellier à l’île de Porquerolles, découverte des joies enivrantes des ferias du sud-ouest, petit week-end sous l’éclairage de la fête des lumières à Lyon. Verdict : les étudiants étrangers qui adhèrent à l’association Échanges « ADOOOORENT » la France. C’est sûr, ça change de l’image du Parisien ronchon dans le métro à l’heure de pointe…

Tandems de langues.
Tout au long de l’année, l’association propose, en outre, de nombreux projets visant à mieux intégrer les étudiants d’Europe et d’ailleurs à la vie universitaire. À commencer par des tandems de langue permettant à Français et étrangers d’échanger, par exemple, quelques heures de papotage en Allemand contre une discussion dans la langue de Molière. Des fêtes sont organisées dans des bars et sur le campus. À l’occasion des 20 ans d’Erasmus, l’association a également animé deux journées consacrées à l’Europe. « Avant qu’Échange ne propose ce type de soirées, mélangeant toutes les nationalités, les étudiants avaient plutôt tendance à se regrouper en communautés » explique Stéphane.

Toutes ces idées, Échanges les a largement puisées dans le panel des activités mises en place, un peu partout en France, par des associations d’accueils d’étudiants étrangers. « Aux premières rencontres Animafac auxquelles j’ai participé, j’ai pu rencontrer une association nantaises qui m’a fait connaître de nombreux projets. Nous sommes également entrés en contact avec Méli-Mélo, une association de Poitiers avec qui nous entretenons, depuis, des liens réguliers. » Comme eux, Méli-Mélo propose à ces étudiants des échanges de langue et un forum de discussion invitant anciens et nouveaux Erasmus à discuter avec les Français.

Car, au-delà de l’ambiance festive, c’est un véritable pont entre jeunes de toute l’Europe que proposent ces associations, véritables promoteurs de mobilité. « On crée et garde de nombreux contacts avec les Erasmus qui passent par Avignon. C’est aussi ce que viennent chercher les Français qui adhèrent à l’association : des connaissances qu’ils pourront ensuite recontacter quand ils voyageront à travers l’Union ou voudront partir une année à l’étranger » témoigne Stéphane, qui, récemment en voyage à Cracovie, a ainsi pu passer une soirée avec une Polonaise rencontrée sur les bancs de la fac. Des contacts qui ne s’arrêtent d’ailleurs pas à l’Union : à Avignon, où bon nombre d’étudiants étrangers viennent du Canada ou d’Amérique du Sud, l’ouverture des frontières se conjugue au niveau mondial. L’année prochaine, on pourra ainsi retrouver au bureau d’Échanges des Français… mais aussi une Colombienne et une Québécoise.

En savoir plus : http://assoechanges.free.fr

 

En facilitant l’intégration des étudiants européens venus étudier à Besançon, l’AEIB a non seulement pour but de rendre leur expatriation plus facile, mais aussi de susciter des envies de mobilité chez les jeunes Français.


Pas facile de débarquer, un beau matin, dans une ville dont on ne connaît ni la langue, ni les coutumes, encore moins les habitants. Cette expérience, des étudiants de Besançon ont pu la vivre au cours de leur année Erasmus. Certains ont eu la chance d’être accueilli et accompagné. D’autres, comme Julien Pea parti un an à Londres, ont dû affronter seuls la jungle du système universitaire. Il en revient avec une envie, celle de créer une structure permettant d’accompagner l’intégration des jeunes européens venus passer un an à Besançon, où rien n’était jusque-là prévu pour eux.

« Au retour de cette année à l’étranger, on était beaucoup à avoir eu cette réflexion. Soit parce que nous avions été bien accueillis et que nous trouvions de notre devoir de faire la même chose pour nos concitoyens européens. Soit parce que, au contraire, on ne l’avait pas été du tout et que cela nous avait manqué. » En 2005, l’AEIB, association des étudiants internationaux de Besançon, fait donc sa première rentrée universitaire. Aux côtés des guichets d’accueil de l’université, elle propose aux étudiants étrangers d’adhérer à l’association.

 

Intégrer les étudiants étrangers dans la vie du campus.

Première activité proposée : un jeu de piste autour de la ville, permettant d’initier les nouveaux venus à l’Histoire et aux coutumes de Besançon, mais aussi à ses bons plans. En partenariat avec la Mairie, l’AEIB propose, à l’issue de cette journée, un pot d’accueil et une soirée pour les participants. Puis, tout au long de l’année, fêtes, dîners, sorties touristiques à travers la France et temps d’échanges viennent faciliter l’intégration de ces jeunes Européens. Un programme en théorie infaillible même si, reconnaît Julien, l’ambiance peut radicalement changer d’une année sur l’autre : « L’année dernière la cohésion entre étudiants étrangers et leurs échanges avec les Français étaient extraordinaires. On était tous très tristes de les voir partir. Cette année, ils ont tendance à se replier plus sur leur communauté, à rester entre eux. »

La qualité des services proposés par l’AEIB a, en tout cas, fait l’unanimité au sein de l’université qui finance aujourd’hui pleinement les activités de l’association. «Ce qui est incroyable pour une structure aussi jeune que la notre » précise Julien. Afin de renforcer son poids et de bénéficier des conseils avisés d’autres associations travaillant sur les mêmes thématiques, l’AEIB s’est très vite affiliée à ESN (Erasmus student network), mais aussi à Animafac. Une mise en réseau qui lui a donné les armes pour candidater à l’organisation de la prochaine assemblée plénière des associations Erasmus de toute l’Europe en mars 2008. Choisie devant Rome, l’AEIB aura pour mission d’organiser la venue d’une centaine d’associatifs à Besançon. On y discutera accueil des étudiants étrangers, mais aussi mobilité. « Car accueillir des étudiants Erasmus et permettre aux Français de discuter avec eux de leur expérience, c’est aussi inciter les étudiants de l’hexagone à partir, à prendre conscience de l’abolition des frontières européennes. »

Pour en savoir plus :
www.erasmus-besancon.com
www.esn.org

 

Que savons-nous de la vie associative étudiante au Belarus ou en Ukraine ? La réponse se situe, malheureusement, bien souvent entre « pas grand chose » et « rien du tout ». Une lacune à laquelle l’association nantaise La Pèch’ s’efforce de remédier : soutien à la vie démocratique au Belarus, rencontre avec des associations caucasiennes à travers un Euroforum très dynamique…

« Là-bas, il y a la dictature et tout le monde s’en fout. » Tout le monde sauf les militants de La Pêch’ qui, depuis qu’ils ont découvert ce qui se tramait derrière les murs du Belarus, dernière dictature européenne, sont bien décidés à faire qu’on s’y intéresse. En 2004, alors que l’association vient juste d’être créée, ils sont neuf à partir en reportage dans ce petit pays coincé entre la Russie, l’Ukraine, la Lituanie et la Pologne. « On ne voulait pas que ce soit seulement un voyage de tourisme, alors on a rencontré énormément de gens là-bas, des journalistes, des historiens, des associations travaillant sur l’explosion de Tchernobyl… » raconte Ulrich Huyguevelde, président de La Pêch’ et initiateur du projet. De cette expédition, ils tirent des articles, bien sûr, mais aussi une exposition photo qui traversera la France et poursuivra même son voyage au-delà des frontières de l’hexagone.

En 2006, ils décident de retourner dans le pays, pour couvrir les élections législatives cette fois. « La tension était plus palpable. On a assisté à des manifestations durant lesquels les forces de l’ordre ont tiré sur la foule. Et puis c’était beaucoup plus difficile de parler avec des Biélorusse : pour eux, traîner avec des étrangers était très dangereux » se souvient Ulrich. Pas question pour autant de baisser les bras. Aujourd’hui, ils s’emploient à soutenir la création d’associations étudiantes dans le pays et ont déjà permi à plusieurs étudiants de venir passer quelques temps à Nantes.

Euro-forum Caucase.

Du beau boulot pour une si jeune association ? C’est que cette volonté de créer des liens avec les jeunes originaires des pays de l’ex-URSS, Ulrich et ses camarades l’ont développé il y a déjà bien longtemps, au cours d’un voyage en Ukraine alors qu’ils étaient encore lycéens. Les voilà déjà convaincus de la nécessité de mieux connaître leurs voisins de l’Est. A quatre, ils créent donc une association dans le but d’initier un jumelage entre leur lycée de Guérande et des établissements ukrainiens. Une mission menée à son terme en moins de deux ans.

Passés à la fac, ils décident de profiter de leurs études pour continuer sur cette voie. La Pêch’ voit le jour en 2004. Le voyage au Bélarus sera leur premier projet, mais au fil du temps et des rencontres, leurs ambitions vont s’étoffer. Lors d’un voyage en Géorgie et en Arménie, destiné à mieux connaître le Caucase du Sud, ils rencontrent de jeunes arméniens qui leur font part de leurs difficultés à communiquer avec leurs voisins d’Azerbaïdjan en raison du conflit de frontière qui oppose les deux pays. La Pêch’ se porte alors volontaire pour les aider à communiquer.

L’Euroforum Caucase est né. Très vite, il va dépasser le simple cadre de l’échange bilatéral. Six associations adhèrent à ce réseau international : trois venant de l’Union Européenne (Espagne, France, Pologne) et trois du Caucase (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan). Leur but ? Organiser des forums de discussions sur des thèmes transversaux et se donner ainsi les moyens de mieux se connaître. La première rencontre aura lieu en Géorgie, sur le thème du Caucase. Après plusieurs jours de discussions, les participants repartent avec la ferme intention de donner suite au projet. A Nantes, La Pêch’ organise un colloque « Le Cau’quoi ». Les Espagnols, eux, militent auprès de leur université et parviennent à initier un cursus sur l’histoire des pays du Caucase. La Pologne enfin, mettra en place de nombreux cafés-débats tandis que, côté Caucasiens, on fournit les outils.

Aidés par la Commission Européenne, l’Euroforum se retrouve une nouvelle fois à Nantes en mai 2007. Les discussions portent cette fois sur les politiques de jeunesse et les attentes des pays du Caucase quant à leur entrée dans l’Union. « Notre but est de relayer l’information et les attentes de ces jeunes qui vont bientôt intégrer l’Europe politique » explique Ulrich. « Cela nous permet également de mettre en commun nos connaissances et nos pratiques, de voir ce qui marche et ne marche pas et de tenter, ensuite, d’en tirer le meilleur dans nos pays respectifs. »

Eduquer à l’Europe.

Au-delà de ces projets menés main dans la main avec l’Europe de l’Est, c’est également une autre vision de l’Europe que tente de promouvoir La Pêch’. Depuis un an déjà, ils prodiguent dans les lycées des cours de sensibilisation à l’Europe. « On entend parfois des propos hallucinants de méconnaissance et de suspicion » raconte Ulrich. En septembre, ils proposeront également un voyage à Bruxelles aux étudiants, afin de leur faire mieux connaître les institutions. Ulrich, lui, partira prochainement approfondir ses connaissances de l’Est en étudiant quelques mois en Russie. Quand on a le virus d’une grande Europe qui dépasse les frontières…

En savoir plus :

http://www.lapech.com

 

Tous les étés, les bénévoles des associations Dessine moi un sourire de Croatie, Bosnie, Italie et France se retrouvent dans des villages marqués par la guerre en ex-Yougoslavie pour redonner le goût du jeu aux enfants.


Quand on parle solidarité internationale, on imagine volontiers des étudiants partis explorer les terres lointaines d’Afrique ou d’Amérique du Sud en quête de projets d’aide au développement. Pourtant à nos portes, les pays d’Europe de l’Est, parfois dévastés par la guerre, souvent dans des situations économiques, politiques et sociales désastreuses, reçoivent beaucoup plus rarement la visite de ces jeunes associatifs. Peut-être est-ce ce constat qui a poussé, voici huit ans, une salariée de l’association Acteur de Solidarité, Élise, à monter un projet d’animation pour les enfants d’ex-Yougoslavie.

Un projet qui a bien failli ne pas voir le jour puisque, quelques semaines avant le départ, Acteur de Solidarité périclite et disparaît. Trop investie, Élise décide de ne pas laisser tomber et de partir quand même, avec les bénévoles qu’elle a recrutés pour l’occasion. Cet été-là, ils partiront en Croatie, dans un village au cœur de l’une des zones de conflit les plus violentes de la guerre qui a frappé, quatre ans auparavant, l’ex-Yougoslavie. Rejoints par des étudiants de Zagreb qui serviront de traducteurs, ils proposent jeux, activités manuelles et artistiques aux enfants. De retour en France, séduits, les bénévoles décident de constituer l’association Dessine moi un sourire pour renouveler l’expérience, tous les ans.

L’association étudiante a d’abord pour ambition de former, pendant ses voyages, de jeunes Croates et Bosniaques à l’animation afin qu’ils puissent prendre, à terme, le relais. Cette idée ne verra jamais le jour, mais elle permet aux membres de Dessine moi un sourire de rencontrer de nombreux étudiants motivés dans ces pays. En 2000, une association jumelle est créée en Croatie. Quelques années plus tard, la formule fait également des émules en Italie ou un Dessine moi un sourire version romaine est mise en place.

Échanges de jeunes animateurs d’Est et d’Ouest.

Ces liens entre jeunes européens permettent à l’association d’obtenir des financements du programme jeunesse de la Commission européenne. « Pas négligeables », précise Sigolène Saunier, vice-présidente de l’association. « Environ 70 % du prix des trajets et un forfait journalier à hauteur de 20 euros par jour et par personne pendant la durée du voyage. »
Un forum Internet est créé afin qu’associatifs français, italiens, croates et bosniaques communiquent entre eux tout au long de l’année, pour monter le projet. Chaque année, outre des discussions sur le jeu et l’animation, les Dessine moi un sourire se fixent un thème de réflexion qui sera ensuite utilisé comme fil rouge pour les activités proposées aux enfants durant l’été. L’année dernière, c’est sur la notion de frontière qu’ils ont décidé de se pencher. « Ça nous a permis de nous rendre compte de sacrées différences de mode de vie. Lorsqu’on est Français ou Italien et qu’on veut partir visiter un pays étranger, on met un peu d’argent de côté et on y va. Pour les Serbes et Bosniaques, c’est tout simplement impossible. D’abord parce qu’ils ont souvent beaucoup moins de moyens, mais surtout parce que quitter leur pays est loin d’être aussi simple que pour nous » raconte Sigolène.

Chaque été, les bénévoles de différentes nationalités se retrouvent, quinze jours durant, dans quatre villages bosniaques et croates. « Les habitants nous accueillent très chaleureusement. Il faut dire qu’ils ne voient pas beaucoup de touristes dans le coin : on est bien loin de côtes ! » La présence de bénévoles « locaux » sachant décoder certaines énigmes est un atout considérable. « Il nous est arrivé de voir des enfants à l’écart des autres. Heureusement que les associatifs croates étaient là pour nous expliquer que les autres ne voulaient pas jouer avec lui parce qu’il était Serbe. C’est difficile pour nous de le deviner. Eux s’en rendent comptent à la sonorité des noms… » se souvient Sigolène qui ajoute : « Mais notre ignorance a parfois du bon. On fait jouer les enfants tous ensemble, sans distinction. » De l’intérêt d’un projet qui mêle cultures et nationalités.

En savoir plus : http://dessinemoiunsourire.free.fr/

 

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