Bertrand Badie est professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris, directeur de collection aux Presses de Sciences Po, directeur du cycle supérieur de relations internationales de Sciences Po.

 

Estimez-vous fondé le reproche fait aux consignes de paix d’être souvent imposées « par le haut » ?

B.B. : On change de grammaire dans les relations internationales. Les relations conflictuelles n’échappent pas à la règle. Autrefois, les guerres se réduisaient à la confrontation de violences politiques produites par les Etats. L’imposition de la paix « par le haut » s’inscrivait donc dans la ligne des relations inter-étatiques. Aujourd’hui en revanche, nous sommes de plus en plus souvent confrontés à des conflits intra-étatiques, dont la violence est plus sociale que politique. Dans ce cas, l’arsenal des méthodes classiques par le haut a donc d’autant moins de chances d’aboutir.

 

Comment faire en sorte d’impulser ces consignes « par le bas » ?

B.B. : Face à ces nouvelles formes de conflit, nous assistons à une transformation de la grammaire guerrière de la paix : diplomatie préventive plus qu’actions de puissance. Dans un cadre de décomposition sociale avancée et de guerre civile, c’est à l’intérieur du tissu social qu’il faut agir. Concrètement, il s’agit d’œuvrer à une mise en relation des acteurs sociaux, ONG, associations, de bâtir à nouveau les identités dans leur diversité, de reconstruire un contrat social déchiré. En somme, de réinventer une société.

 

Le tissu associatif peut-il avoir un rôle à jouer en matière de relais (voire d’impulsion) des consignes de paix sur le terrain ?

B.B. : Le tissu associatif gagne un vrai statut dans la résolution des conflits actuels, où il s’agit d’inventer ou réinventer les solidarités, de repenser l’intégration. On passe ainsi d’une grammaire de la puissance – militaire et diplomatique – à une grammaire de l’intégration.

 

Dernières publications de Bertrand Badie : La diplomatie des droits de l’Homme : entre éthique et volonté de puissance, Paris, Fayard, 2002 – Un monde sans souveraineté, Paris, Fayard, 1999.

 

 

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