L’année de césure : une chance encore loin d’être reconnue

Notre système est fondé sur un modèle de réussite unique qui ne laisse pas ou peu de place à l’expérimentation individuelle ou à l’innovation. Alors qu’elles sont plébiscitées par les étudiants des grandes écoles et valorisées au sein de leurs cursus, les années de césure restent mal perçues par la communauté universitaire. Les parcours  atypiques ne sont pas valorisés par l’université, les étudiants doivent obtenir leur licence en 3 ans et leur master en 5 ans.

Dans le cas contraire, c’est la double peine. Les étudiants sont stigmatisés, cela développe un sentiment d’échec qui a des conséquences aussi bien sur l’image qu’ils ont d’eux-mêmes que sur celle renvoyée par la société, l’école, les parents, etc. Parallèlement, l’université se voit elle aussi sanctionnée, si des étudiants décident, pour une raison ou pour une autre, de faire leur licence en 4 ans. Les indicateurs les considèrent comme décrocheurs, l’établissement est alors moins bien classé et voit sa dotation budgétaire diminuée.

Deux étudiants, Myriam et Alain, nous parlent de leur expérience et de leurs itinéraires atypiques.

« On m’a vraiment déconseillé de le faire mais le résultat est là : j’ai obtenu une place en master »

Myriam revient tout juste d’une année de césure qu’elle a passée en Amérique latine. Là-bas, elle a pu travailler au sein d’un orphelinat péruvien avant de se lancer dans un grand tour du continent. Lorsqu’elle prend la décision de faire une césure, elle rencontre tout un tas de résistances, on lui conseille de passer d’abord son master. On argue qu’elle aura tout le temps après ses études pour ce type d’aventure : « Concrètement, ce choix n’est sans doute pas compris par tout le monde. On m’a vraiment déconseillé de le faire. Mais le résultat est là. Cette expérience m’a nourrie». Seul problème, et c’est ici que le système se contredit, le master qu’elle visait exigeait une certaine connaissance du terrain, très difficile à obtenir en parallèle d’un cursus linéaire qui ne laisse que peu de place à l’expérimentation.

Cette année de césure a été bénéfique sur bien des aspects, elle a permis à Myriam, d’une part, d’obtenir une place en master et, d’autre part, de se forger, de se confronter au terrain et donc de prendre du recul sur ses projets et son parcours.

In fine, cette année de césure permettra à Myriam, au sortir de son master « Etudes et Développement » au sein de l’Institut des Etudes sur le développement économique et social, d’allier connaissances théoriques et compétences.

« Cette année de césure m’a permis de gagner en maturité et en assurance »

Étudiant associatif engagé, Alain décide en juin 2013 de se présenter à la Présidence du Réseau Français des Etudiants pour le Développement Durable (REFEDD), réseau qui regroupe une centaine d’associations qui ont pour activité ou pour intérêt le développement durable, la sensibilisation au développement durable, etc. Cependant, Alain constate rapidement qu’il sera très difficile, voire impossible, de concilier ce mandat de président avec un master. « J’avais envie de devenir président du REFEDD. Je pensais que ce serait passionnant mais que je ne pourrais malheureusement pas jongler entre ce mandat et mon cursus… jusqu’à ce que je découvre que Dauphine propose un diplôme intégrant la césure ».

Cette fois soutenu par l’équipe enseignante de son établissement, Alain décide donc de prendre le temps de se consacrer à son engagement. Son année de césure touche à sa fin et le bilan réalisé par Alain est plus que positif : en tant que président du REFEDD, il a la responsabilité d’un budget de 200 000 euros, a fait de la représentation politique, de la gestion de projets, a appris à manager deux salariés et une dizaine de volontaires en service civique, à sensibiliser un public large aux questions de développement durable, et bien d’autres choses encore.  « Le fait de prendre la parole en public, de gérer des dossiers et des budgets importants, m’a fait gagner en maturité et en confiance. C’est une expérience bénéfique à tous les niveaux ».

Malgré un bilan très positif, Alain et Myriam demeurent des exceptions au sein d’un système français linéaire et hiérarchisé. L’année de césure nécessite un investissement humain mais aussi financier que peu d’étudiants peuvent se permettre ce qui continue à la rendre socialement discriminante.

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