Parce que certains considèrent encore qu’être homosexuel n’est pas  » tout à fait normal «  A jeu égal continue depuis 15 ans à soutenir les jeunes gays et lesbiennes. Une mission d’écoute à laquelle viennent s’ajouter des actions de sensibilisation du grand public. Leur but ? Pouvoir, un jour, être considérés comme des étudiants banals…

 

« On ne voit pas pourquoi on devrait se cacher ni avoir honte de ce que nous sommes. » Présidente d’À jeu égal, l’association LGBT des étudiants de l’université de Grenoble, Anne Barrabé en est convaincue : pour faire accepter l’homosexualité partout et par tous, les gays et lesbiennes doivent se faire plus visibles pour devenir des éléments banals du paysage quotidien. « Les gens qui n’ont pas l’habitude de côtoyer des homosexuels nous regardent comme des curiosités. »

 

Il y a 15 ans, c’est pour éviter ces regards trop lourds et souvent trop douloureux qu’À jeu égal est créée. « L’homosexualité était alors encore plus mal connue et acceptée qu’aujourd’hui. Des étudiants ont donc eu l’idée de fonder cette association, conçue comme un lieu d’écoute pour ceux qui se posaient des questions sur leur sexualité ou qui, tout simplement, voulaient passer un moment avec des gens qui ne les jugeaient pas, avec lesquels ils pouvaient rester eux-mêmes » explique Anne. Un rôle d’écoute qui reste le cœur d’action de l’association. Tous les jeudis soirs, les bénévoles, formés par des professionnels ou des anciens, assurent une permanence et reçoivent ceux qui ont besoin de se confier. Plus de 200 personnes passent chaque année dans les locaux d’À jeu égal, « pour la plupart homosexuels ou en questionnement, mais certains viennent aussi pour comprendre ce que vit un ami ou un membre de leur famille. »

 

Plus qu’une épaule réconfortante, À jeu égal se veut également un lieu de convivialité, « un point de chute pour ceux qui ne se sentent pas acceptés par leur famille ou par leurs proches et qui ont besoin de souffler. » Chaque semaine, les membres de l’association se retrouvent pour des sorties ludiques. L’occasion de discuter et d’échanger de manière plus informelle.


De l’écoute à la sensibilisation.

Au fil des années, À jeu égal a également souhaité porter ce message de tolérance et d’acceptation de soi au-delà de la communauté gay et lesbienne. Auprès des jeunes collégiens et lycéens d’abord, « qui n’entendent souvent que la voix de leurs parents, mais qui sont à un âge où l’on peut déconstruire ses préjugés. » Pour partir à la rencontre des adultes, jeunes et moins jeunes, l’association a également créé plusieurs outils permettant d’amener le quidam à aller au-delà de ses idées reçues. « Nous avons mis au point un questionnaire apportant des informations ou posant des questions, et qui nous permet d’aller à la rencontre des gens dans la rue. On leur explique, par exemple, que la communauté gay représente près de 10 % de la population ou que les jeunes homosexuels se suicident treize fois plus que leurs pairs hétérosexuels. » Une sensibilisation qui donne lieu aux réactions les plus diverses. « Il nous arrive de recueillir des insultes homophobes très violentes. Parfois aussi on tombe sur des gens qui ont l’air très ouverts, mais qui se ferment complètement dès qu’on leur parle de la possibilité que l’un de leurs proches soit homosexuel. »


Jeu de rôle contre l’homophobie.

Une mise en situation que l’association a souhaité mettre en forme dans un jeu de rôle, le « Parcours de vie ». Chacun y reçoit une fiche de rôle, de la mère ultra catholique au banquier homophobe en passant, bien sûr, par le jeune gay souhaitant faire son coming out. À chaque rencontre, et pour chaque réaction négative, le jeune homosexuel perd des points de vie, correspondant à l’état de son moral. « L’idée est de montrer aux gens à quel point leurs réactions peuvent influer sur la vie quotidienne de quelqu’un qui se cherche et qui a besoin de soutien » explique Anne.

Chaque année, enfin, À jeu égal organise un grand festival d’une semaine, les Phobofolies. Au programme, des stands de sensibilisation, du théâtre de rue, des improvisations. « L’année dernière on avait organisé une grande impro faisant intervenir le public. Il y avait un stand de « repérage des homosexuels », puis des ateliers de « remédiation » pour les guérir. Nous voulions tourner en dérision toutes ces idées reçues comme quoi les homosexuels seraient malades ou pas normaux. Beaucoup ont joué le jeu et ont compris l’humour, mais d’autres n’ont pas du tout saisi le second degré et nous félicitaient en disant qu’on avait bien raison de tenter de soigner l’homosexualité ! » Décourageant ? Sans doute, mais Anne ne se démonte pas pour autant. « Pour la prochaine édition, on tentera de trouver une autre formule pour faire passer notre message. » Avec le sourire toujours, et la ferme volonté de faire comprendre qu’en matière de choix sexuels, nous sommes tous à jeu égal.

 

Pour en savoir plus : www.ajeuegal.org

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