L’association Orion permet aux déficients visuels la pratique de la voile avec le plus d’autonomie possible, les sensations liées au vent offrant un panel de repères exploitables sans la vue.

 
Jour de Brest, sur les flots. Mathieu, en maîtrise de Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps), barre un voilier, les yeux fermés. Non pas qu’il connaisse la mer comme sa poche, mais pour mieux sentir le sens du vent. Soudain, la question : que donneraient des expériences de voile avec des non-voyants dans le cadre de son mémoire ? Sitôt, dit sitôt fait : il rencontre à l’Institut pour l’insertion des personnes déficientes visuelles (Ipdv) Bruno, un ancien motard ayant perdu la vue. Tous deux poursuivent l’aventure et fondent l’association Orion.

Aujourd’hui, ce repaire d’étudiants en Staps et autres voileux accueille des non-voyants venus de toute la France pour y naviguer. Mathieu y cultive son goût des expériences : en doctorat, il cherche désormais à développer des cartes numériques virtuelles tactiles qui permettront d’appréhender le déplacement du voilier en temps réel. Pour l’instant, l’association se contente d’utiliser des cartes dont les traits de côtes sont repassés en relief. Sur le pont, des boutons donnent de façon vocale la position géographique, la vitesse, le cap.

Efficace : Ti Jean, non-voyant, est le premier à informer l’équipage de la nécessité de virer, la digue du port de commerce étant à 500 mètres ! De nuit, Ti Jean barre même mieux que Mathieu. Un atout lors de la Transmanche 2004 qu’ils ont effectuée en double.

Empire des sens. Les gros gilets de sauvetage, avec leurs collerettes à l’arrière, empêchent la sensation utile du vent sur le visage ? Ils sont illico remplacés par des gilets fins, gonflés automatiquement au contact de l’eau.  » Tout est lié : les marins écoutent l’écoulement de l’eau sur laquelle glisse l’engin, les voiles qui fasseyent, sentent les vibrations le long de la coque, la gîte du bateau… « . Des pré-réglages sont définis par des scotchs sur les écoutes de grand voile, pour qu’après un ajustement grossier, les marins affinent, comme sur un instrument de musique. Une équation aux mille variables peu explicables. Ti Jean tente de traduire à Mathieu au plus près les sensations qui le font agir sur l’eau. Mais parfois, la technicité laisse place à l’instinct :  » Je le sens, c’est tout « . Michèle, 41 ans, n’a jamais vu de sa vie. Un jour en mer, elle peine à barrer, et une fois le spi levé, la tâche lui est encore plus laborieuse. Se met alors à discuter avec Ti Jean.  » Elle barrait admirablement bien. Depuis on lui dit : Michèle, ne pense pas aux voiles ! « .

Ecouter la chronique !

 

Soyons sociaux
Réagir c'est agir