Vincent Bonhomme est doctorant en biologie de l’évolution à Montpellier, président de l’association Plume ! – réseau de vulgarisation scientifique – et vice-président d’Animafac.

Considérez-vous que l’engagement associatif soit un phénomène important, témoin d’une nouvelle approche de la politique par les jeunes ?

C’est un fait, le monde associatif dans son ensemble est un des piliers de notre société. En terme de nombre de jeunes, peu d’entre nous sommes engagés dans les associations. Cependant, nous nous rendons peu à peu compte que l’association est aussi un cadre pour mener des actions de groupe, une façon de se politiser. Je pense qu’il n’y a pas de meilleure école, notamment citoyenne. Les associations étudiantes sont souvent considérées comme des animatrices de campus, or les dirigeants politiques doivent comprendre que c’est une chance pour nous et pour eux que de disposer d’un vivier associatif dynamique sur leur campus, et bien souvent au-delà de leurs murs.

Comment définiriez-vous la politique ?

En optant pour son étymologie stricte et son sens originel : l’animation et l’organisation de la cité, par des groupes d’individus qui partagent des valeurs. Les partis politiques, les syndicats et les associations ont en commun cette idée de rassemblement, mais autour de valeurs, d’actions, d’objectifs et de gestion qui diffèrent selon le cadre en question.

En quoi l’engagement associatif est-il politique ?

L’engagement associatif est par définition un engagement, et tout engagement, que l’on en ait conscience ou pas, a une dimension politique. Il y a dans l’association l’idée d’une construction commune, ce qui est politique par nature. C’est quelque chose que je n’ai pas compris tout de suite, mais je pense que tous les dirigeants d’association, quelles que soient leur taille, leur thématique ou leurs actions, sont politiquement engagés. Qu’il s’agisse d’organiser des soirées de gala et/ou d’œuvrer pour un monde plus juste, les actions sont diamétralement opposées mais elles ont un sens et comportent une même dimension sous-jacente d’interactions entre humains.

Pourquoi les associations attirent-elles plus les jeunes aujourd’hui que les formations traditionnelles, comme les partis politiques ou les syndicats ?

L’associatif est une sorte de vulgarisation de l’engagement : on peut y être bénévole sans trop de responsabilités. Adhérer à un parti ou à un syndicat a en revanche une dimension partisane explicite. L’associatif est globalement perçu comme un lieu d’échange et de divertissement, qui fait peut être moins peur aux étudiants qu’un parti ou un syndicat, qui ont par nature une dimension de défense active d’idées, de valeurs partagées au sein de la structure.

Dans quelle mesure peut-on dire que l’association constitue une forme d’éducation à la citoyenneté ?

Dans les associations on prend conscience que l’on peut être acteurs de nos sociétés, que l’on peut organiser des choses et que dans l’absolu tout est possible. Si nous pouvons tous devenir acteurs de nos sociétés, ce n’est cependant pas un sentiment universellement partagé : l’école ne nous le dit jamais clairement et nous fournit encore moins souvent les outils. Que ce soit en organisant un tournoi de pétanque ou en montant une action de solidarité internationale, on s’empare de la société dans laquelle on vit, on exerce notre citoyenneté, bien plus fréquemment, sinon activement, qu’avec une carte d’électeur.

L’éducation à la citoyenneté dans le cadre associatif se fait « sur le tas ». Une association ne se conçoit – normalement – que par un fonctionnement démocratique. C’est une œuvre co-construite, impliquant écoute, partage, bref, une recherche de consensus fort et créatif entre associés passés, présents et à venir. Dans la pratique, l’associatif amène à connaître, sinon comprendre, l’environnement législatif et administratif dont il faut tenir compte pour mener à bien son projet. Tout cela est en soi une forme d’éducation à la citoyenneté, aussi bien pour le dirigeant, que pour le bénévole ou même pour celui qui bénéficie de l’activité de l’association.

Dans la diversité des formes d’engagement des jeunes, peut-on identifier des orientations et des valeurs fédératrices ou du moins dominantes ?

J’ai le sentiment que le dénominateur commun des actions associatives va dans le sens de valeurs progressistes de partage, de lutte contre les discriminations et les inégalités. Mais peut-être que cette impression est biaisée par ma propre perception du monde associatif. Une corpo subventionnée par des entreprises pour organiser des soirées ou par l’université pour organiser des vacances au soleil est-elle une association selon la définition précédente ? Je n’émets pas de critiques, juste des regrets : à titre personnel, je trouve dommage d’être capables de rassembler autant de personnes et de ne pas dépasser le cadre strictement individualiste.

En ce qui me concerne, mes principaux acquis scientifiques m’ont été donnés par l’université, mais je ne pourrais guère m’en servir en dehors du monde professionnel. En revanche, je pense que la pratique associative m’a donné une vision bien plus large du monde qui m’entoure, et finalement m’a même très directement aidé dans mon cursus.

C’est un constat et non un procès, mais peu d’étudiants encore se saisissent des possibilités ouvertes par l’engagement associatif. L’impulsion doit venir des responsables politiques à tous les niveaux, mais l’opinion ne change guère spontanément et s’il faut adopter une rhétorique utilitariste, c’est à nous de prouver qu’agir pour autre chose que pour l’avenir que l’on nous promet n’est pas du « temps perdu ». Le slogan de la Conférence des président d’université (CPU) est « l’université est une chance, saisissons-la ». Je rajouterai volontiers que le fait associatif en sera également une, si on a l’ambition de lui permettre d’exercer son plein potentiel.

 

* Lire le dossier « Les jeunes et la politique : un rapport à réinventer »

Soyons sociaux
Réagir c'est agir