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Chronique d’une conduite suicidaire
16 Juillet 2007Sur le même thèmeSeule population à ne pas avoir profité de la baisse de la mortalité sur les routes, les 15-24 ans sont chaque année plus nombreux à mourir dans des accidents de voitures ou de deux roues. Quelques éléments pour comprendre cette surmortalité.
Pourquoi continuent-ils de mourir sur les routes ? Alors que, depuis 2002, les efforts déployés par le gouvernement et les associations ont permis de réduire significativement le nombre de morts sur la route, les jeunes, eux, sont toujours plus nombreux à être victimes d’accidents. La part des 15-24 ans dans l’ensemble des tués ne cesse d’augmenter. Ils représentent aujourd’hui 23 % des victimes de la route, alors qu’ils ne constituent que 13 % de la population. Une sur-représentation qui n’a rien d’extraordinaire, puisqu’on la retrouve dans l’ensemble des pays européens, mais dont la France détient tout de même le triste record. En 2006, voitures et deux roues restent la première cause de mortalité chez les jeunes. 48 % des jeunes hommes âgés de 15 à 19 ans décèdent sur les routes.
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette surmortalité. Première d’entre elles, selon Pierre Sibi de l’Observatoire national interministériel de sécurité routière (ONISR) (1), à l’origine d’une étude sur l’accidentalité des jeunes : ces derniers utiliseraient plus de deux-roues, véhicule très vulnérable. Chez les 15-17 ans, qui n’ont pas encore le permis, on constate sans surprise que les tués sont presque toujours des cyclomotoristes. Chez les 18-24 ans, même si la majorité des accidents concernent des véhicules de tourisme, la part des accidents dûs aux deux-roues est loin d’être négligeables.
Minimisation des risques.
Deuxième explication : les jeunes auraient moins profité de la réduction de la vitesse sur les routes, à laquelle on impute pour grande part les progrès réalisés en matière de sécurité routière. Respectaient-ils déjà mieux les vitesses que les autres conducteurs ou n’ont-ils pas modifié leurs comportements ? Une étude IFOP sur « les jeunes et la sécurité routière » permet d’apporter quelques éléments de réponse. 90 % des jeunes connaissent les limitations de vitesses et les jugent, en majorité, justifiées. Pourtant, ils sont beaucoup plus nombreux que le reste de la population à avouer les enfreindre. Et à la question « Pourquoi roulez-vous plus vite que les vitesses autorisées ? », 42 % répondent : « parce que j’aime rouler vite ». L’étude montre, de plus, une minimisation des risques liés à la vitesse chez les jeunes. « Ils sont sensibles aux questions de sécurité, ont une connaissance poussée des règles et les considèrent de surcroît justifiées. Néanmoins, cette posture générale n’a qu’une incidence limitée sur leurs comportements » conclue l’enquête.
Cette minimisation des risques et cette tendance à enfreindre plus volontiers les lois se retrouvent pour l’ensemble des infractions routières. Les 18-24 ans connaissent mieux que les autres adultes les limitations d’alcool et la majorité considèrent que conduire en ayant bu plus de trois verres représente un risque vital. Pourtant, à peine la moitié d’entre eux déclarent faire attention à leur consommation d’alcool avant de prendre le volant et seuls 36 % refusent de monter dans une voiture dont le conducteur a trop bu. Pire, on constate un important décalage entre la perception des effets liés à l’alcool et celle du danger à conduire ivre : en moyenne, les jeunes considèrent que leurs capacités sont réduites au bout de 2,8 verres... Mais que conduire ne devient dangereux qu’à plus de 4 verres. Un décalage qui n’est pas sans incidence sur la mortalité des jeunes puisque 35,7 % décèdent dans des accidents où l’alcool est impliqué.
Soirées, danger.
Le port de la ceinture à l’arrière des voitures reste également négligé par les jeunes adultes. Si 99 % portent régulièrement leur ceinture à l’avant, ils ne sont que 70 % à adopter le même comportement lorsqu’ils sont passagers du véhicule. L’étude de l’ONISR estime ainsi que quelque 500 vies auraient pu être sauvées si toutes les personnes présentes dans les voitures de tourisme accidentées avaient été attachées.
Mais le principal décalage avec les plus de 24 ans réside dans le moment où ont lieu ces accidents. Alors que, chez les adultes, 60 % des accrocs ont lieu durant la journée, les jeunes, eux, meurent sur la route essentiellement la nuit. Un tiers des victimes sont tuées dans les nuits de vendredi à dimanche : alcool, fatigue après une fête achevée tardivement, petites routes pour rentrer de discothèques ou de maisons d’amis isolées... Les soirées étudiantes et lycéennes sont aujourd’hui considérées comme les principales responsables de la surmortalité des jeunes. Pouvoirs publics et associations s’entendent autour d’un mot d’ordre : apprendre aux jeunes à se détendre... Mais à rentrer en vie.
(1) Intervention lors des Université d’automne jeunes et sécurité routière les 18 et 19 novembre 2006.
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