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Contribution d’Animafac pour la mission d’information sur la santé et la protection sociale des étudiants
6 Décembre 2006 - Prévention des risquesSur le même thèmeDans le cadre de la mission d’information parlementaire sur la santé et la protection sociale des étudiants présidée par le député UMP Laurent Wauquiez, de nombreuses structures étudiantes ont été entendues pour apporter leurs commentaires et propositions sur ce sujet. Animafac, qui compte parmi ses membres de nombreuses associations préoccupées de prévention santé, a été auditionnée le 12 septembre. Voici sa contribution. Téléchargez également le rapport Wauquiez rendu le 6 décembre.
En préambule, Animafac tient à remercier la commission de son invitation. Sans être, par sa nature généraliste, un réseau associatif spécialisé en matière de santé, Animafac compte parmi ses membres de nombreuses associations étudiantes préoccupées des problématiques de prévention et de santé. Ce n’est pas un hasard : la sécurité routière aussi bien que la lutte contre le SIDA sont des sujets qui ont été portés par le monde associatif avant d’être pris en charge par les institutions publiques, et leur résonance reste forte dans la population étudiante. Encore aujourd’hui des étudiants repèrent des besoins, alertent, réagissent en créant leurs associations, avant que certains des services, ensuite ne s’institutionnalisent dans les universités. Pour encourager le développement des initiatives étudiantes en matière de santé et prévention, Animafac a très tôt lancé des appels à projets sur ces thèmes, a travaillé sur les messages de prévention en donnant la parole aux jeunes via des concours d’affiches, et organise désormais chaque année « un chantier » : série de rencontres nationales entre les responsables étudiants les plus engagés, au cours desquelles ils peuvent mutualiser leurs expériences, rencontrer experts et partenaires et donner davantage d’ambition à leurs projets. C’est également l’occasion d’une veille et de diagnostics, toujours relayés sur notre site Internet, qui nourrissent aujourd’hui cette contribution.
Principes généraux
Idéalement, en matière de santé publique, il faudrait faire correspondre les budgets aux besoins au lieu de faire correspondre les services aux budgets. Une logique de réalisme impose certaines limites, invite de ce fait à définir des priorités efficaces, pour ne pas s’accommoder des situations les plus dramatiques. De ce point de vue, on ne peut pas considérer les étudiants prioritaires en matière de santé par rapport aux autres populations : les jeunes sont d’abord en bien meilleure santé que leurs aînés, et parmi les jeunes, les étudiants sont plutôt mieux couverts et moins malades (ils fument moins par exemple).
En relativisant ainsi le sujet, nous ne souhaitons pas cependant nous en détourner : certains maux existent réellement, identifier les plus grands doit guider la définition d’actes prioritaires.
Les jeunes sont avant tout des adultes en devenir, qui prennent des habitudes. On peut ainsi s’inquiéter de l’augmentation des proportions d’obésité chez les plus jeunes, qui traduisent des comportements alimentaires défaillants. La santé est donc, notamment, une question d’éducation, qui doit être prise en compte très en amont.
Plus tard, les dangers guettant les jeunes sont essentiellement ceux des addictions, des conduites à risque et de difficultés psychologiques, les deux principales causes de mortalité des jeunes restant les accidents de la route et les suicides. Il faut d’ailleurs remarquer que, la jeunesse « s’allongeant », l’importance des décès par suicides est plus grande dans la tranche des 25-34 ans que dans celle des 15-24 ans).
Coté étudiant, les situations sanitaires les plus dramatiques concernent surtout les plus démunis, et parmi eux, les étudiants étrangers. Quand environ 30 000 étudiants (2% d’entre eux) sont considérés en situation de pauvreté grave et durable (une estimation de l’Observatoire de la vie étudiante fondée sur le recours à une aide exceptionnelle d’urgence, hors de tout revenu), ce qui n’est que la partie émergée de l’iceberg, à savoir les étudiants repérés, il faut assurer leur meilleure prise en charge possible. On sait en effet comment les « défaveurs » s’accumulent, une difficulté en entraînant une autre.
L’université doit notamment s’en préoccuper : un étudiant qui va mal, physiquement ou psychiquement n’est pas en condition de réussir, et la lutte contre l’échec est un thème tout à fait actuel. L’effort principal à produire est le repérage, qui passe par une préoccupation en ce sens de toute la communauté universitaire. La difficulté étant que les universités, aujourd’hui, malgré une évolution très positive, ne font pas encore un tout des problématiques de vie étudiante. Le lien entre réussite et santé, entre santé et sport, entre vie associative dynamique et repérage etc. n’est pas encore suffisamment établi, pour que la communauté universitaire existe réellement.
L’information collective est évidemment essentielle. Pour beaucoup, les étudiants changent d’environnement, de ville, et, en bonne santé, ne prennent pas la peine d’avoir un médecin référent. Aujourd’hui, les universités communiquent mieux sur leurs différents services, lors des rentrées universitaires, les services de santé (SUMPS ou SIUMPS) sont signalés, ils sont tous présentés sur les sites Internet, parfois avec le détail des consultations proposées. Il est important de rendre disponible en tous lieux et tous services de l’université ces informations, et notamment avec les tarifs éventuels des consultations. On a pu observer que des étudiants, démunis ou étrangers, ne s’adressaient pas aux services de santé faute d’en connaître par avance le coût, quand bien même les consultations y sont fréquemment gratuites. Il pourrait être intéressant dans cette optique d’envoyer systématiquement une information sur les services de santé avec les attributions de bourses.
Il reste également à garantir l’articulation entre l’offre de l’université et l’offre territoriale. Rien n’institutionnalise la recherche de partenariats et de mise en cohérence d’ensemble, même si les SUMPS tâchent de développer leurs contacts. De ce point de vue des commissions de site « santé » systématiseraient utilement une connaissance entre les différents services, centres, réseaux de santé. Cela favoriserait une bonne orientation des étudiants en fonction de leurs besoins.
Cette attention prioritaire au repérage des étudiants les plus en difficulté et à leur orientation doit s’accompagner de la prise en compte des maux affectant particulièrement les jeunes et étudiants.
On l’a vu, en très grande majorité les étudiants sont en bonne santé. En l’état actuel des moyens, la visite médicale obligatoire nous semble en conséquence un service à remettre en question. Elle absorbe la plupart du temps l’essentiel du budget et des forces des SUMPS. Il nous parait plus important de cibler les publics, en difficulté, mais aussi étudiants en médecine, manipulant des produits dangereux, sportifs de haut niveau etc, tout en proposant une plage solide de consultations ouvertes à tous, fonction du nombre d’étudiants présents, que de privilégier un passage systématique de tout nouvel arrivant à la visite obligatoire. Elle a certes un intérêt : l’étudiant passe au moins une fois au service, c’est l’occasion de quelques paroles de prévention sur les addictions etc. Mais cet intérêt, valable pour d’ailleurs pour tout français, ne nous paraît pas suffisamment fort au regard des autres priorités en matière de santé des étudiants. Et l’on peut en la matière regretter vivement l’absence totale d’articulation entre la médecine scolaire et la médecine universitaire. Le transfert d’un minimum du livret médical devrait être possible entre les différents niveaux du secondaire et le supérieur, pour améliorer le suivi des jeunes. Cela permettrait des efforts bien mieux répartis en matière de santé et de prévention.
Ainsi, la question du mal-être, même si le terme mérite d’être précisément défini, doit conduire à prendre en compte aussi bien le stress qui peut accompagner les examens de l’étudiant que des problèmes psychologiques plus profonds. Le développement des consultations de psychologie ou de psychiatrie dans les SUMPSS doit être poursuivi. Il faut faciliter une approche globale de l’étudiant : un service de santé réunissant toutes les consultations permet à chacun de demeurer anonyme quant à l’objet de sa visite. Des ateliers de « gestion du stress » gagnent à être proposés, à la fois parce que les séances collectives touchent davantage de personnes et comme lieu de repérage éventuel pour des difficultés plus ancrées.
Concernant les addictions et conduites à risques précédemment évoquées (consommations excessives d’alcool, et dangers conséquents sur la route, drogues, diététique et nutrition problématiques, difficultés psychologiques) auxquels on peut ajouter des préoccupations relatives au taux d’IVG qui ne diminue pas ou à la hausse des problèmes d’audition, il nous semble qu’il y a lieu effectivement à conduire des actions particulières, notamment en s’appuyant sur les jeunes eux-mêmes en matière de prévention. Il nous semble en effet que les étudiants sont des relais d’information, de sensibilisation, des acteurs de prévention inexploités. Cela nous conduit à aborder des questions plus spécifiques à notre réseau.
Nos préoccupations particulières
La prévention par les jeunes, pour les jeunes
Vis-à-vis de la jeunesse, la prévention reste une mesure fondamentale. Or les messages de prévention passent mieux de jeune à jeune, d’étudiant à jeune que d’institutions à jeunes. La force du témoignage, la valeur exemplaire et la facilité d’identification que suscitent une parole jeune sont des forts atouts pour privilégier le développement des associations étudiantes de prévention. La Route des jeunes, en important de Belgique le principe du conducteur désigné dans les discothèques l’a bien compris, tout comme les étudiants de Moules Frites, la fédération des associations LGBT pour des messages non moralisateurs invitant à des relations sexuelles protégées. L’empathie des étudiants engagés pour leur public cible est source de bonnes pratiques : ils remarqueront que lors de soirées étudiantes surchauffées, « mettre à disposition des points d’eau potable pour éviter que les jeunes conducteur ne soient pas obligés de boire de l’alcool » est nécessaire...
En matière de prévention et de sensibilisation, les unités d’enseignement libres du système LMD offrent des possibilités intéressantes pour former des étudiants relais. L’association Avenir’ santé, milite ainsi pour intégrer une formation de prévention aux étudiants en médecine, mais propose, quelle que soit la filière un cours théorique (assuré par des professionnels) que les étudiants complètent ensuite de pratique bénévole, par des intervenions dans les lycées.
Quelques services de santé universitaires se sont lancés dans la formation d’étudiants relais, ou tuteurs santé. Formés par le service, et validant parfois ainsi une UE libre « santé », rémunérés sous forme de vacations, ils interviennent lors des événements, des campagnes de sensibilisation, travaillent avec les différents acteurs (élus, Crous, services), pour des actions sur la diététique, le stress, l’université sans tabac etc. Les services s’assurent ainsi de la disponibilité d’étudiants, dont ils reconnaissent la capacité à dialoguer avec leurs pairs. Ces étudiants contribuent à développer une solidarité étudiante qui nous semble fondamentale.
Développement de la solidarité étudiante
- Des cercles de socialisation Nous avons évoqué l’importance de l’émergence d’une communauté universitaire soudée. Il nous semblerait intéressant que les universités soutiennent l’existence systématique dans les filières d’une association englobante, instituée, offrant un cadre de socialisation à tous les étudiants de la filière. Cela suppose qu’elle soit hors du jeu électoral. Une telle association pourrait par exemple veiller à ce que chacun s’approprie le « métier d’étudiant », organiser le tutorat, diffuser et produire de l’information, être relais des campagnes de prévention, elle serait capable de repérer et d’orienter les étudiants isolés, potentiellement en difficulté. Il s’agirait d’un véritable lieu d’échange et de connaissance, avec une dimension de convivialité importante.
- Des associations d’écoute, d’entraide Au sein du tissu associatif universitaire, des associations se mobilisent pour offrir aux étudiants des temps d’écoute, de partage. Il s’agit principalement de travailler sur la prévention du mal-être, souvent lié à la solitude de certaines populations, et qui conduisent à des conduites addictives ou dangereuses. Ainsi, des associations comme DEGEL (Debout Etudiants Gays et Lesbiennes), Wake Up, sur les campus de Jussieu ou de Bordeaux, organisent chaque semaine un temps d’accueil individuel des jeunes qui veulent parler de leur mal-être, offrant ainsi un excellent biais pour aborder la question de la protection VIH et des conduites à risques.
Accompagnement de projet
Après avoir mis en lumière des initiatives dynamiques, et donné un aperçu de la richesse potentielle des projets étudiants en matière de prévention et santé, il nous paraît important de préciser à quels aspects techniques il faut veiller avant de les soutenir et de les encourager comme il se doit.
En effet, les domaines de la prévention et de la santé sont déjà très professionnalisés, et il convient de respecter une claire répartition des rôles, de s’assurer aussi de la qualité des informations transmises par les étudiants bénévoles. Cela rend obligatoire, sur tous les sujets évoqués, une formation spécifique des bénévoles, qui peut être assurée par les associations, par leurs partenaires spécialisés, et qui doit être soutenue financièrement. D’autre part, les bénévoles des actions de prévention doivent pouvoir orienter, écouter, mais ne doivent pas endosser un rôle de prescripteur. Ils doivent être supervisés par des bénévoles plus expérimentés si nécessaire.
En matière d’accompagnement de projet, les universités rendent un service encore insuffisant. Le FSDIE (fond de solidarité et de développement des initiatives étudiantes), permet un premier financement des associations étudiantes mais bien des établissements ne vont pas au-delà. Or le soutien à des actions de prévention, complémentaires à celles des services doit être un des objectifs des bureaux de vie étudiante aujourd’hui assez généralisés. En évitant l’écueil qui consisterait à pallier à des insuffisances budgétaires pour des services réellement publics par la mobilisation de bénévoles. Il faut une meilleure connaissance mutuelle des services des universités, davantage de liens entre services des sports, service de vie étudiante, service de santé, service social, de culture etc.
Lire la contribution d’Animafac mise en page
Lire le rapport de la commission
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