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Fiche 33 : Programmer une journée autour de l’action solidaire
24 Janvier 1997Sur le même thèmeOrganiser une journée autour de l’action solidaire, c’est conjuguer l’utile et l’instructif. Car si vous ne suscitez pas tout de suite des vocations définitives pour l’engagement à l’autre bout de la planète (ce qui n’est peut-être pas le but, finalement...), au moins vous aurez répondu à une attente qui est réelle, car les deux tiers des 18/24 ans se disent " prêts à s’engager à moyen terme ", et vous serez sûrs d’avoir sensibilisé les étudiants sur ces problèmes.
Mais que faire ? Sous quels angles aborder le problème ? Et avec qui ? À toutes ces questions que vous pouvez (légitimement) vous poser - ou non -, nous ne prétendons pas apporter la solution, mais simplement quelques pistes de recherche, quelques idées, quelques thèmes à exploiter pour une journée de sensibilisation réussie.
Avec le thème de l’humanitaire, vous êtes assurés de toucher les étudiants : soixante-six pour cent d’entre eux déclarent vouloir partir pour une action de solidarité... Même si au final, ils ne sont que douze pour cent à s’engager effectivement dans une action de ce genre (cf. Le Monde de l’Éducation, avril 1995). Entretemps, beaucoup se seront sans doute découragés. Perdus dans les arcanes des désirs contradictoires de stabilité et de mouvement, c’est un étudiant rencontrant Pénélope sédentaire et allergique au voyage, un autre obtenant un de ces emplois qui sont à prendre ou à laisser, et qu’en ce moment on ne laisse pas, ou bien un troisième, appelé par le service militaire, et qui n’a pas envie de prolonger trop l’exil. Mais une bonne proportion d’étudiants aura aussi jeté l’éponge faute de résolution, et d’avoir disposé sur la question d’assez d’éléments pour faire son choix. C’est pourquoi ces journées sont particulièrement importantes.
S’engager, pas si simple
Outre qu’elle doit fournir le minimum d’informations vitales sur l’état et les problématiques de la misère du monde, il semble qu’une telle journée devrait insister sur deux messages pour les étudiants : le premier, c’est que s’engager n’est pas si simple, loin de là. À l’étranger, c’est bien sûr le problème du coût et de la logistique. Mais en France, les obstacles ne manquent pas non plus. S’engager dans un projet et se fondre au sein de ce qui est déjà mis en place n’est pas du tout évident, et les organisations humanitaires " sérieuses " sont extrêmement chiches au niveau du recrutement, car elles hésitent à investir pour former des auxiliaires qu’elles perdront six mois ou un an plus tard. Or l’engagement réclame une telle formation : on n’enverra pas un étudiant sur le terrain sans qu’il ait une mission bien précise, à laquelle il correspond parfaitement, dans un milieu qu’il aura appris à connaître. Par ailleurs, partir n’est souvent pas la meilleure solution, et ce n’est pas toujours à l’autre bout du monde qu’on est le plus utile. Il est déjà assez difficile (faute de place, de demandes...) de parvenir à travailler comme bénévole dans une organisation humanitaire en France : celles-ci ont les problématiques et les besoins de toutes les associations, que leur terrain d’action soit à l’étranger ou sur le territoire national. Certes les tâches ne manquent pas, au sein des quelques six mille associations recensées ayant cet objet. Mais comme à l’étranger, l’humanitaire en France se caractérise de plus en plus par un souci qualitatif accru, et tend lui aussi à se professionnaliser sous bien des aspects.
Questions préliminaires
Deuxième message à faire passer : les associations humanitaires, plus encore que les autres, réfléchissent dorénavant beaucoup sur le sens, les fondements, les modalités de leur action. Elles organisent même, toute cette année, des assises de la solidarité internationale à cette intention. Donc il faut avoir résolu certaines questions avant de s’engager (qu’il faut d’abord s’être posées, cela va de soi) : Dans quel esprit part-on ? Avec quel objectif exact ? De quels moyens est-ce qu’on dispose pour accomplir cet objectif ? Quels intérêts va-t-on servir ? N’est-ce pas un palliatif au développement véritable qui, lui, exigerait d’autres moyens ? D’ailleurs, quel est le critère de réussite pour une entreprise solidaire ? La transmission d’un savoir ? Mais peut-on transmettre un savoir sans dépareiller la culture ? Etc.
La conférence
Toutes ces questions sont aussi passionnantes qu’essentielles. Elles devront trouver leur place au sein d’une démarche un peu réflexive et critique qui est celle de l’humanitaire aujourd’hui. Rien ne vous empêche d’organiser votre conférence autour d’une ou plusieurs d’entre elles, de façon à introduire les choses d’une manière un peu polémique. L’humanitaire est traversé de mille courants : il faut en profiter. Le " must " consistant sans doute à poser un peu partout dans la fac des affichettes A3 ou A2 avec des questions un peu percutantes (une par affiche), ou des citations d’un bouquin un peu tranché sur la question (on trouve cela dans Finkielkraut jeune, dans un édito de Baudrillard, ou de Schneiderman dans le supplément télévision du Monde - mais ce ne sont bien évidemment que des exemples...). Rien de tel pour attiser la curiosité d’esprit des étudiants, qu’un paradoxe un rien provocateur ou une position à l’emporte-pièce. Annoncez quelques jours après que vous avez des invités qui vont pouvoir répondre. Cela devrait faire son effet.
Les intervenants (1) : qui dit quoi ?
Parlons en, des invités. Vous vous en doutez, les acteurs de l’humanitaire ont tous une opinion sur leur métier, et celle-ci peut insister sur des aspects très différents du phénomène. Globalement, et pour aller vite, vous pourrez avoir : ceux pour qui c’est la faute au colonisateur, qui doit payer pour réparer ; ceux pour qui on doit pas donner d’argent si les droits de l’homme ne sont pas respectés ; ceux pour qui justement on doit donner de l’argent, car la situation du pays en serait améliorée, et les droits de l’homme pourraient ainsi s’affirmer ; ceux qui font de la consultation des bénéficiaires de l’action le préalable nécessaire à toute intervention ; ce qui vous répètent que " ça ne sert à rien de donner un poisson, il vaut mieux enseigner comment pêcher " ; ceux qui continuent à défendre que le développement occidental n’est pas le modèle unique, mais que chaque pays doit imaginer le sien, et rechercher un développement conforme à son identité ; il y a ceux qui sont fatalistes, mais par optimisme, et qui vous affirment que l’on ne peut rien y faire, et que les pays du sud se développeront de la même façon que ceux du nord ; il y a ceux qui sont fatalistes dans l’autre sens, pour lesquels les pays du sud, quoiqu’on fasse, ne se développeront pas... Soyez conscient de ces tendances, dont l’exposé est loin d’être exhaustif, et servez-vous en pour organiser le débat !
Les intervenants (2) : où se les procurer ?
Si vous hésitez sur la personne de l’intervenant, si vous ne savez pas comment le joindre, ou quel est son sujet de prédilection, ou si véritablement vous n’avez aucune idée de qui choisir (Kouchner est en voyage, l’abbé Pierre n’est plus fréquentable, quant au général Morillon, ce serait bien mais vous avez séché le service militaire...) n’hésitez pas à contacter les associations régulièrement citées dans nos colonnes : elles ont souvent participé à cette fiche pratique ou à d’autres, et seront toutes prêtes à vous faire partager leur savoir. Anima’Fac quant à elle, élabore un réseau de conférenciers, large carnet d’adresses qui est à votre disposition.
Quelques idées pour égayer la journée
Une fois les intervenants réunis, et le fond du débat élaboré, il reste à vous organiser pour faire de votre journée - et de la conférence - un petit événement. Si vous avez bien retenu la fiche pratique sur l’organisation d’une conférence en général, cela ne devrait plus être très difficile. Voici quelques idées simples pour égayer l’organisation d’un débat sur l’humanitaire en particulier.
D’abord, une chose aussi simple que primordiale consiste à élaborer de petits questionnaires à propos du sujet pour tester les connaissances et les lacunes des étudiants. Certes, très vite devrait apparaître un petit effet de vertige face à l’étendue du vide qui se révélera à l’étudiant. Mais au fait, vous le savez, vous, combien de personnes souffrent de malnutrition dans le monde ? Ou quelle est la part du continent africain dans le commerce mondial, rapportée à sa population ? L’évolution de la mortalité infantile ou la progression du sida sont d’autres données que nous sommes sûrs d’avoir déjà entendues quelque part mais dont nous n’avons, en fait, lorsque nous cherchons bien, aucune idée. Distribuez donc aussi des brochures donnant des réponses, car nombre d’entre elles sont précises et très bien faites. " Demain le monde, le Défi alimentaire " est parmi les plus répandues. Ceci avec cette réserve : éviter de donner dans le cliché " Afrique = famine + guerre + sida ". On peut attendre justement d’une telle journée qu’elle positive les richesses des savoir-faire et cultures locaux, et les délivre ainsi des carcans des idées reçues.
À ce titre, profitez donc de la proximité de la journée pour organiser des activités culturelles autour du sujet. Bien sûr, une expo serait du meilleur ton, qu’elle soit journalistique, didactique, artistique, ou les trois à la fois. Photos et films ne manquent pas sur le sujet, et ça peut être une bonne occasion de partenariat avec le ciné-club de votre fac. Mais aussi, pourquoi pas, avec le club théâtre. Invitez poètes, comédiens, romanciers à vous parler de votre sujet. L’art des conteurs est extrêmement vivace en Afrique, continent par excellence de l’oralité et du geste : inviter un conteur africain dans un amphi, le soir, au resto-U, ou, pourquoi pas, dans le hall, à haranguer les étudiants et à leur raconter de vieux mythes africains ne devrait pas être si difficile. Et pour ce qui est de l’animation musicale, là aussi, les musiques du monde laissent l’embarras du choix. Rien de tel qu’un petit concert dans le patio à midi pour se mettre en appétit !
À propos d’appétit, et dans le rayon dégustation, n’oubliez pas de contacter Artisans du Monde pour pouvoir diffuser quelques uns de leurs produits. Cette organisation s’occupe en effet de promouvoir (et plus que cela : de mettre en pratique) le " commerce équitable ". Ici, tous les produits, qu’il s’agisse de nourriture ou de créations artisanales, ont été réalisés dans des conditions de travail très surveillées, d’un bout à l’autre de la chaîne, avec de réels artisans travaillant selon des savoir-faire accordés à la culture locale, et qui sont payés un prix décent avec un salaire normal, ce qui n’est évidemment pas le cas - inégalité des termes de l’échange oblige - de beaucoup de produits en provenance du tiers-monde. Valoriser les productions existantes en les payant leur vrai prix, c’est une façon redoutable de prendre à revers le cercle vicieux de la misère. C’est ce que vous pourrez expliquer sur un stand approprié, où, pourquoi pas, des artisans seraient à l’œuvre devant les étudiants.
Les stands sont bien sûr un complément indispensable. On y installera les associations invitées, que le visiteur pourra interroger à sa guise sur les sujets qui le préoccupent plus particulièrement. On peut y mettre, là encore, un artiste venu exposer deux ou trois toiles. On peut aussi innover un peu, et tâcher, avec du ludique, de faire prendre conscience aux étudiants de certains problèmes économiques ou géopolitiques. Étudiants et Développement, association nationale qui a précisément pour objet l’éducation au développement, vous fournira sans doute des tuyaux sur ces jeux de simulation assez simples, qui permettent de reconstituer, avec quelques feuilles de papier et quelques étudiants pour incarner les pays, le jeu des échanges nord/sud, et d’expliquer pourquoi le sud perd quasiment à tous les coups.
Conclusions...
Si l’organisation d’une telle journée demande une bonne dose d’imagination ainsi qu’un peu d’organisation et de rigueur, elle vous permettra d’animer de façon originale et extrêmement vivante votre lieu d’études, tout en informant intelligemment (c’est-à-dire de façon participative) étudiants et personnel sur les conditions de vie au sud, les moyens d’agir pour les améliorer, et les limites de ces actions.
La règle numéro 1, vous l’aurez compris, est de peaufiner vos partenariats : partenariat avec les intervenants, partenariat avec les organisations humanitaires qui viendront présenter leurs actions, partenariat avec les associations qui animeront votre journée... D’où l’importance de vous constituer un carnet d’adresses, des réseaux de relations, des contacts qui pourront vous être utiles en maintes occasions. À vous de jouer.
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