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Fiche 45 : Mener une action de tourisme solidaire
1 Février 2007Sur le même thèmeRevenu l'été dernier d'un village du Mali, de la cordillère des Andes ou des rizières d'Asie du Sud-Est, vous avez tissé de forts liens d'amitié avec les personnes qui vous ont accueilli, et vous vous demandez comment faire pour qu'aux prochaines vacances, d'autres s'y rendent ? Vous aimeriez que d'autres visiteurs partagent ces modes de vie dans le respect de l'autre et l'échange, de sorte que les retombées économiques bénéficient directement et justement aux habitants ? C'est possible, et pas sorcier, à condition de bien vous y préparer. De la simple " visite " solidaire à l'organisation de projets locaux durables grâce aux ressources d'un tel tourisme, suivez le guide.
1. N'arrivez pas comme un cheveu sur la soupe
Ca y est, vous avez pris la décision avec vos amis d'ici et de là-bas de développer une action de tourisme solidaire. Que ce soit au Burkina Faso ou en Ardèche, votre décision mérite d'être encouragée. Pour éviter les faux départs, prenez d'abord le temps sous l'arbre à palabre.
D'abord, on cause.
Y aller avec un " bonjour, ça va ", plutôt qu'avec un projet déjà en tête est un principe basique mais indispensable. Qui n'est pas uniquement réservé aux pays du Sud : au fin fond de l'Aveyron comme dans un village au Rajasthan, le respect et l'écoute sont primordiaux. Des enjeux et des rivalités sociales peuvent existent entre les maisons, les familles d'une même communauté. Prenez le temps de connaître les gens, leur histoire, le contexte. Si vous arrivez, élément externe, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, le risque est inévitablement de créer des tensions qui pourront dévoyer vos louables intentions. Des étudiantes qui étaient parties chez l'habitant dans un village andin durant leurs vacances, enthousiasmées à l'idée d'y mettre en place des panneaux solaires, se sont ainsi embourbées dans le feu de querelles entre voisins à propos de la maison à qui reviendrait le privilège de voir posés lesdits panneaux. A la longue, heureusement, tout est rentré dans l'ordre.Trouvez une dynamique locale.
Plus fondamentalement encore, établir un bon feeling par la parole vous permettra d'être rapidement fixé sur le sérieux de vos interlocuteurs, condition sine qua none de la réussite de vos projets. Les projets de tourisme solidaire sont souvent issus d'une amitié interculturelle née d'une rencontre, et nécessitent une confiance totale entre les organisateurs. Or une activité commerciale telle que le tourisme rend les convoitises difficilement évitables, convoitises d'autant moins évitables que les écarts de revenus entre le Nord et le Sud sont élevés. L'angélisme est à mettre de côté : il vous faudra vous méfier de ceux qui, uniquement attirés par les rentrées d'argent, ne verraient pas l'aspect humain des rencontres qui vont faire partie de l'aventure.
La clé du succès est que d'un côté comme de l'autre, la motivation autour du projet dans sa globalité soit aussi forte. Et le point de départ est indéniablement la dynamique locale.
Sans une personne relais investie à fond sur place, l'idée de faire venir des touristes français chez l'habitant à Madagascar et de les faire contribuer à un commerce équitable n'aurait pas eu de sens pour l'association étudiante Aina. Les membres de l'association ont appris à se départir de toute candeur : aujourd'hui lorsqu'un nouveau village malgache leur propose de constituer un réseau de familles d'accueil, les membres de l'association préfèrent demander aux nouveaux arrivants de formaliser un peu leur projet, pour avoir la garantie de leur motivation, plutôt que de se lancer tête baissée dans une dynamique à sens unique.2. Concoctez votre formule de tourisme solidaire.
Vous y êtes : vos partenaires sur place sont ultra-motivés pour faire bouger les choses. Mais de quel projet s'agira-t-il, au juste ?
Jouez les intermédiaires.
Pour commencer, vous pouvez proposer à des voyageurs non pas des prestations de services, mais une mise en relation de Français désirant se rendre au Sénégal (ou en Aveyron), avec des Sénégalais (ou aveyronnais) souhaitant les accueillir chez eux, dans le respect des valeurs solidaires que vous aurez déterminé, dans une charte par exemple. C'est là que vos relais investis sur place sont essentiels. Une association qui aura été créée là-bas avec vos amis partenaires peut proposer des services simples : hébergement chez l'habitant, possibilité d'être accompagné par un guide local au long du voyage... Les visiteurs pourront ainsi voyager seuls, en couple ou avec des amis, seront libres de leurs dates, de leurs itinéraires et pourront avoir des projets et objectifs de voyage personnels autres que touristiques (stage, terrain d'études, actions de solidarité...). En somme, chaque voyage sera construit par le visiteur et par le responsable et les membres de l'association interlocutrice dans le pays d'accueil. Cette formule " liberté " a l'avantage d'être souple et de ne pas trop demander de savoir-faire ni moyens logistiques (c'est assez lourd comme ça !).Fixez vos tarifs.
Votre association en France et celle de vos amis sur place doivent se mettre d'accord sur les tarifs et être parfaitement au clair en amont sur les questions d'argent, pour que sur place, quand le visiteur règlera la note à la famille qui l'héberge, aucune ambiguïté ne soit de mise. Dans la formule d'Aina par exemple, chaque voyageur choisit ses dépenses et paye directement les Malgaches (8 € par jour et par personne en pension complète chez l'habitant, moins en demi-pension, 3 € par jour et par groupe pour un accompagnateur, etc.). Dès lors, en complément des frais de séjours directement facturés sur place, les visiteurs ne verseront à votre association que :- Une adhésion (10 € dans le cas d'Aina).
- Des frais de dossiers (20 € pour Aina). Ces frais de dossier peuvent financer pour moitié une indemnité réservée au responsable sur place de votre projet de voyages solidaires.
- Une " contribution solidaire " (20 € minimum pour Aina). En effet, vous pouvez instaurer une contribution qui financerait un dispositif de commerce équitable d'artisanat, ou tout autre projet bénéfique à la communauté qui accueille.
Prévenez le voyageur des différences culturelles qui l'attendent.
Par le biais du site Internet de votre association et dans vos échanges avec les voyageurs, vous gagnez à expliquer que le niveau de vie des familles d'accueil est différent de celui des familles occidentales et qu'une réelle volonté d'adaptation sera nécessaire : un voyageur averti en vaut deux. Face à des habitants dont le sens de l'hospitalité est très fort, il est d'autant plus important de respecter cet accueil en connaissant un peu les réalités de terrain. Purification de l'eau, crudités, compositions des repas, couchage... quelques informations sur ce qui attend les voyageurs, tout en les assurant de garanties minimales dont votre association se porte caution (" Pour la toilette, on vous proposera au minimum un seau d'eau chaude dans un lieu intime ") leur permet de mieux s'y préparer. Ce qui les rendra d'autant plus compréhensifs face aux couacs que le lancement de votre action risque de provoquer au début : des voyageurs débarquant chez des familles d'accueil qui n'avaient pas été prévenues qu'elles auraient des visiteurs, ça s'est vu !
Profitez-en aussi pour leur apporter une introduction culturelle : mettez sur votre site des dictons locaux ou des contes, montrez l'importance en Afrique ou en Inde de ne pas manger avec la main gauche, de retirer ses chaussures quand on entre dans une maison en signe de respect...3. Continuez sur votre lancée sans flancher
Votre projet tourne bien. Fin de l'histoire ? Que nenni : vous pouvez parfaire votre formule, la diversifier, la professionnaliser. Et dès le début en tout cas, songer au plan B si d'aventure votre association disparaissait de la surface terrestre.
Pensez au retour des voyageurs
D'abord, vous aurez sûrement envie de savoir comment s'est passé le périple pour vos premiers visiteurs. A leur retour, prenez des nouvelles ! Récoltez témoignages et photos que vous mettrez sur votre site web, notez les bonnes idées à reproduire et les mauvais pas à éviter, en un mot, faîtes le point de ces retours, pour mieux prévoir ce que vous ferez l'année suivante.Passez à la vitesse supérieure ?
Un bilan de votre action peut vous avoir donné envie d'aller plus loin. Les membres de l'association Aina par exemple ont été attristés de voir que l'engagement de leurs amis et partenaires de l'autre bout du monde se faisait au prix d'heures tardives, de jonglage avec un milieu du travail prédateur et précaire, et une famille à nourrir, dans un pays où la sécurité sociale n'existe pas. L'un des membres diplômé en tourisme a donc décidé de tenter de proposer de véritables forfaits de 2-3 semaines un peu plus cadrés, pour à terme créer des emplois. Vous pouvez vous aussi choisir de standardiser vos produits " touristiques ", et professionnaliser votre offre. Sans forcément y perdre votre âme : la différence entre votre " tour-opérateur " et celui du Club Med, serait celle entre un ébéniste et un constructeur de meubles en kit de masse !
Autre possibilité qui s'offre à vous : développer d'autres destinations, d'autres publics. Les sorties scolaires par exemple : accompagner des enfants pour une ballade d'écotourisme dans les marais de leur ville sous la houlette de votre association environnementale, ça peut être sympa !Prévoyez un atterrissage en douceur.
Votre association fonctionne certainement comme beaucoup d'autres grâce à des sponsors et des subventions publiques, dont la pérennité est aléatoire. Or un projet de tourisme sollicite des structures locales. Si votre association disparaît, les personnes là-bas qui en retiraient des ressources se retrouvent du jour au lendemain sans ces moyens de subsistance : c'est une réalité à prévoir, et à éviter à tout prix.
Cet évitement passera, encore et toujours, par la parole, par un échange et une éducation partagée, citoyenne, au développement. C'est aussi dans cette démarche que s'inscrit un projet de tourisme solidaire : discuter ensemble d'un développement choisi. Il faut pouvoir dire à vos interlocuteurs : demain on peut disparaître, est-ce que tu sais créer un produit touristique, chercher sur Internet, comment on s'organise pour que tu puisses te former à tout ça et que tu puisses te préparer tranquillement à toute éventualité...
Il faut ainsi prévoir dès le départ de mettre en place des modes de formation, vous préoccuper de transmettre à vos partenaires toutes les compétences nécessaires au cas où votre structure coule en France. Pour qu'ils puissent travailler avec d'autres associations, d'autres opérateurs touristiques. Si cela passe d'abord par la parole, c'est qu'au-delà des outils de gestion, de montage de projet, il s'agit d'avoir une bonne écoute : les mentalités ne sont pas les mêmes, en France ou ailleurs. On se projette plus ou moins dans l'avenir, et de façon différente. Chacun a à apprendre de l'autre pour avancer.En guise de conclusion : en être sans devoir vous improviser tout-opérateur
Si vous ne vous sentez pas les épaules d'un voyagiste, néanmoins, sachez que vous avez tous les atouts en main pour être de parfaits acteurs du tourisme solidaire. Vous avez du temps libre ! Avec le système LMD, vous devrez sûrement voyager durant vos études. Vous pouvez vous tourner vers des structures préexistantes avec un projet à porter sur place. Plutôt que d'aller les mains vides en Roumanie ou dans le Cantal pour un stage, glissez dans vos valises un conte fait par des enfants d'une école primaire, et revenez avec un conte roumain ! Vous pourrez en tirer des ateliers de mime, de pochoirs, de danse...et vous marrer comme des fous. Ceux qui l'ont fait à Madagascar ont été très heureux de sentir qu'au lieu de voir des blancs avec les poches pleines d'argent, les enfants ont vu des blancs avec les poches pleines de rêves. A vos sacs à dos !En savoir plus : Merci à Pascal Lombard d'Aina pour ses conseils.http://www.aina-madagascar.org : Le site d'Aina
www.vds.asso.fr association organisant des voyages de tourisme solidaire
http://www.tourismesolidaire.org/ ATES, réseau de voyagistes engagés autour d'une charte commune
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