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Fiche 65 : Planter un arbre
7 Février 1999Sur le même thèmePlanter un arbre, sur le site d'Animafac ? Ne serait-ce pas comme publier une recette de cuisine dans la revue des Taxidermistes associés ? Nous avons choisi, par un exemple de circonstance (venteuse), d'aborder les actions écologiques accessibles aux associations. Replanter un arbre, reboiser une parcelle détruite après les tempêtes, ou les incendies endémiques du mois d'août (chaque saison a sa catastrophe), c'est physiquement peu de chose, et symboliquement bien davantage. C'est une façon de prendre position pour le respect et la sauvegarde de l'environnement. Un seul arbre vous manque et tout est dépeuplé !
C'est pour cela que nous avons choisi de prendre un peu le large et de goûter l'air sylvain et l'odeur de terril, en se joignant au journal La Hulotte pour vous proposer, non pas de reboiser l'ensemble du territoire, ni même de tout savoir sur la meilleure façon de planter un arbre, mais au moins de vous montrer que cela n'est pas hors de portée d'une équipe un peu motivée et débrouillarde.
Un arbre tombé peut en cacher un autre : attention à la tête !La forêt métropolitaine française couvre près de 15 millions d'hectares, soit le quart du territoire. Cette surface, qui n'est pas négligeable (troisième forêt européenne) a doublé depuis le début du XIX° siècle. Mais les tempêtes sont passé par là : rien que sur les forêts publiques, on a évalué les Chablis (les bois abattus et brisés) à 46 368 000 m3.
Ce désastre (le mot n'est pas trop fort) peut avoir des répercussions au-delà de ce constat : dégradation et appauvrissement des sols, bouleversement de l'écosystème mettant flore et faune en danger...
Le promeneur, lui aussi, peut être mis en danger : des arbres qui tiennent encore debout, il est difficile de dire la solidité de l'ancrage au sol, ou de prédire qu'aucune branche désolidarisée n'ira encourager Newton au détriment d'un crâne innocent passant par là. Donc, prudence, même dans les forêts autorisées à la promenade (après la tempête de nombreuses zones boisées ont été interdites à la circulation, pédestre ou routière, sur ordre préfectoral ou municipal, jusqu'à réfection).
L'homme avisé ne regarde pas que ses pieds.Où aller planter ?
Tout dépend de vos intentions et de la situations locale. Vous pouvez choisir de replanter en ville, dans une école pourquoi pas, ou sur le campus, pour accompagner cette action d'une sensibilisation aux questions liées à l'environnement. Planter cet ou ces arbres peut être ainsi l'occasion d'un rassemblement " inaugural " festif, d'une distribution de tracts ou d'un " baptême " officiel...
Ce peut être aussi dans une forêt domaniale ou privée. Vous devrez dans tous les cas demander une autorisation (au propriétaire, ou en contactant un responsable de l'Office national des forêts). On ne plante pas n'importe où, n'importe quoi, chez n'importe qui (on oublie parfois que la grande forêt sombre et giboyeuse qui fut le témoin de nos premières amours moussues appartient à un châtelain bourru, voire armé).Ouyadezarbs ?
Les arbres ne tombent pas du ciel. Il faut donc aller les chercher. Donc, deux possibilités : les acheter, ou les transplanter. Dans le premier cas, fendez-vous d'un coup de téléphone à l'office national des forêts, au chef lieu de votre département, et demandez la liste des adresses des pépiniéristes agréés. Dans le second cas, il s'agit d'évaluer les zones où l'on peut prélever des arbres pour garnir celles qui ont été sinistrées. Là encore, il s'agit de prendre conseil et de demander l'aval du propriétaire ou d'un garde forestier. D'ailleurs, ledit garde forestier mérite souvent d'être connu : au besoin, il pourra vous accompagner pour choisir l'essence, ce que, une fois les feuilles tombées, vous ne serez pas toujours capables de faire tout seuls. Savoir si l'on va planter un charme, un chêne, un érable sycomore ou une aubépine monogyne peut se révéler utile...
Choisir le type d'arbre
Le choix des essences est dépendant des conditions écologiques locales. En zone de montagne, les conifères sont particulièrement adaptés aux rigueurs du climat et seront favorisés dans leur aire naturelle de répartition. Les feuillus (chênes, hêtre, châtaignier...) sont les essences de prédilection en plaine et sur les plateaux. Sur les sols les plus pauvres (roche superficielle, sols sableux...), les pins, essences frugales, s'avèrent les mieux adaptées. Mais la sélection peut s'avérer plus pointue, et prendre en considération les vents, le pourcentage d'humidité, la composition de sols : un feuillu fait plus d'opposition au vent, un chêne (dont les racines sont pivotantes et non traçantes...) tiendra mieux sur un sol détrempé. Avant la migraine, demandez conseil à un spécialiste.
Un exemple ; pour constituer la méridienne verte, longue (chloro-) file d'arbres qui suit feu le méridien de Paris, destinée à célébrer le millénaire naissant, les arbres ont été choisis jeunes (de force 16-18, ce qui correspond à la circonférence haute, en cm) et d'essence robuste : chêne pédonculé, hêtre, cèdre de l'Atlas, châtaignier, houx et if commun.
En tout cas, les spécimen plantés devront être jeunes (de trois à cinq ans) ; attention : ne pas confondre un arbre petit ou rabougri et un arbre jeune. Soyez attentifs à l'allure, élancée, à l'écorce, lisse, aux pousses de l'année (dont l'écorce sera de couleur verte ou brun clair), abondantes et parfois longues d'une vingtaine de centimètres.Quand ?
Sur les sujets délicats, on peut souvent faire confiance aux vieux dictons. "A la sainte Catherine, tout bois reprend racine ! " dit l'un d'eux, qui ne s'y trompe pas : pour avoir toutes les chances de succès, la meilleure période va du 20 au 30 novembre (la sainte Catherine en question étant le 25 de ce mois). Mais on peut considérer que de la mi-octobre à la mi-mars, rien n'est désespéré. En revanche, attention à ne pas s'approcher trop du printemps : le logiciel naturel est implacable et ferait bourgeonner votre arbre avant qu'il ait eu le temps de prendre racine, absorbant une énergie qu'il n'a pas encore et entraînant un assèchement inéluctable.
Planter, nous y voilà !
Préparer un trou
N'ayez pas peur de préparer le trou qui accueillera votre arbre suffisamment longtemps à l'avance : si un coup de gel survient entre temps, il pourra faire éclater les mottes dans la terre extraite, et la rendre ainsi plus friable et poudreuse, ce qui se révélera excellent lors de la replantation. Question dimensionnement, comptez large, pour pouvoir disposer de toute la surface nécessaire au moment fatidique. 1,50 mètre de diamètre et 45 centimètres de profondeur sont des proportions acceptables. En outre, n'omettez pas de séparer la terre arable (elle est foncée et se trouve près de la surface) de la terre de plus mauvaise qualité (moins foncée et plus en profondeur).
Passer à l'action
Avant tout, jetez un coup d'œil sur la météo : évitez absolument les températures en dessous de zéro ainsi que les pluies diluviennes, les premières pour ménager les racines, les secondes pour ménager la terre. Question matériel, prévoyez impérativement une pioche, un petit sécateur et une brouette !
Déplanter un arbre
Si vous choisissez l'option " transplantation " , commencez à travailler l'environnement du pied du spécimen convoité : débarrassez le de tout ce qui pourra gêner, branches mortes, brindilles, lierre... Vérifiez que l'arbre n'est pas un " rejet de souche " , c'est à dire qu'il ne sort pas d'une ancienne souche, qui pourrait se cacher derrière les feuilles mortes. Vous êtes motivés ? Il vaut mieux car le moment crucial arrive. Creusez, avec le pic de la pioche, une sorte de fossé circulaire tout autour du pied de l'arbre, comme si vous dessiniez une grosse pastille d'environ 60-80 cm de diamètres. Coupez toutes les racines à la limite de ce périmètre. Une fois l'arbre ainsi " isolé " , essayez de le soulever par en dessous en se servant de la pioche comme un levier. Dans la mesure du possible, essayez de ne pas trop secouer l'arbre et d'opérer doucement de façon à ce qu'il reste un maximum de terre nourricière entre les racines. En effet, en tombant, les mottes de terre risquent d'entraîner dans leur chute de petites radicelles appelées " chevelu " qui sont essentielles pour son alimentation en eau et en minéraux.
La serpette vous sera précieuse, même si elle n'a pas nécessairement à être en or (sauf si vous comptez vous lancer dans la potion magique) ; c'est l'instrument des spécialistes, idéal pour opérer de façon chirurgicale, sans mutiler. Si vous ne possédez pas de serpette, contentez vous d'un petit sécateur, qui fera très bien l'affaire. Vous n'avez pas non plus de sécateur ? En tout cas n'utilisez jamais de scie. Sur un arbre vivant, cela ferait des ravages.
Attaquons nous d'abord aux racines. Certaines sont trop longues : elles risquent ensuite de se replier et de pourrir. D'autres ont été déchiquetées par les coups de pioche. Ici il est alors nécessaire de substituer à ces plaies informes des coupures franches juste au-dessus des plaies. L'arbre cicatrisera plus facilement et résistera mieux à une éventuelle infection (notamment aux attaques d'un champignon lugubre appelé " pourridié " ). Attention ici : la coupure de la racine doit toujours être propre, tranchée en biseau et dirigée vers le bas, afin de parer aux risques de pourriture.
Autre opération douloureuse mais nécessaire : la coupe des rameaux. Sus aux bourgeons ! En effet, couper les rameaux de votre arbre (toujours de la façon la plus nette possible) dispensera celui-ci de devoir consacrer de l'énergie à répondre à la demande en sève des feuilles. Comme il serait bien incapable d'y répondre, avec les chevelus perdus au cours de la transplantation et les plaies à panser, ces feuilles et ces pousses s'assécheraient alors rapidement et l'arbre serait gravement en danger. Un conseil ici : lorsque vous êtes obligés de couper une branche tout près du tronc, ne laissez jamais d'ergot, coupez toujours à ras.
La gadoue, la gadoue...Enfin un enterrement gai ! Celui de votre arbre, tout frais sorti de terre ou de serre, dans le large trou ci-avant réalisé.
D'abord, faites un mélange à parts égales de terre arable (bonne) et de mauvaise terre, dont vous allez couvrir le fond du trou. Soutenez l'arbre verticalement sur ce tas puis couvrez les racines de terre arable. Comblez enfin par ce qui reste de terre.
À ce moment là, la partie basse du tronc se trouve enterrée, ce qui est mauvais, mauvais, mauvais. Cette partie, appelée collet, qui fait frontière entre le tronc et les racines doit absolument être à l'air libre, sous peine de mort d'arbre. Tirez donc, par petites secousses successives, l'implant (remplacez partout arbre par cheveu, et vous obtenez une fiche pratique pour lutter contre la calvitie !) afin de le faire remonter d'une dizaine de centimètres. Cette précautionneuse ascension aura eu également le mérite de diriger les racines vers le bas, position idéale.
Arrosez beaucoup, afin de plaquer la terre contre les racines, versez un engrais adapté (un mélange d'argile et de bouse bovine, par exemple...), si vous en avez, et recouvrez le sol autour de l'arbre de paille ou, à défaut, d'un lit de feuilles mortes.
Voilà, l'arbre est planté jusqu'à la prochaine tempête (cynisme mal venu !).
Quand le printemps sera venu, après avoir trimé tout l'hiver, vous pourrez danser autour des premiers bourgeons, lors d'une mémorable assemblée générale des bucoliques anonymes. Bon vent ! (voir précédente parenthèse).
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Commentaires
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Envoyé par Berthet franck, 13/11/2009 6:59pm (il y a 3 années )
Merci !!!
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