Créer un média étudiant : quel support choisir ?

Fiche pratique

Vous avez de la motivation à revendre et l’envie de mettre sur pied une nouvelle plateforme d’information ? Avant de vous lancer tête baissée dans cette nouvelle aventure, prenez le temps de vous poser les bonnes questions afin d’évaluer la pertinence de votre projet : quel sera l’objectif de ce nouveau média ? En quoi sera-t-il différent des autres ? Voici quelques conseils pour vous aider à mieux baliser votre projet.


1. Définir vos objectifs

Un média pour qui, et pourquoi ? C’est certainement la première question à se poser lorsque l’on souhaite se lancer dans une telle aventure. A vous de choisir si vous souhaitez vous adresser à un large public ou à un lectorat de niche. Bien que la plupart des médias étudiants se destinent à relayer l’actualité de leur campus, d’autres choisissent de se tourner vers une spécialité comme le magazine Le Souffleur à Paris (culture) ou Europa, magazine étudiant à Nantes (Europe). Le plus souvent, ils se dotent aussi d’une mission pédagogique en proposant des initiations aux techniques journalistiques aux étudiants de leur campus. « Pour entrer à Télé-Sorbonne [télé étudiante parisienne], les étudiants n’ont pas besoin de savoir faire de la vidéo. Nous leur apprenons tout ce qu’il faut savoir à travers une série de petites formations en interne afin qu’ils deviennent autonomes », résume Aladin Farré, ancien président de l’association.

Il vous faudra ensuite regarder autour de vous afin d’identifier les forces en présence : existe-il déjà un journal ou une radio étudiante sur le campus ? Si oui, analysez leur positionnement et leur mode de fonctionnement : à qui s’adressent-ils ? Quelles sont les idées ou les thématiques qu’ils défendent ? Prévoyez-vous de couvrir des domaines différents ? Car il existe de la place pour tout le monde, à condition que votre idée trouve son public. « Avoir plusieurs médias sur le même campus permet de garantir le pluralisme de l’information et de mettre en lumière des angles et des sujets différents », rappelle Marie Camier, ancienne membre de l’association Jets d’encre (association pour la défense et la promotion de la presse d’initiative jeune). Il vous faudra simplement réfléchir à la valeur ajoutée de votre média afin de pouvoir la mettre en avant pour vous démarquer dans le paysage existant.

Avant d’aller plus loin, prenez également le temps de bien analyser la pertinence de votre projet. « Demandez-vous si vous souhaitez vraiment créer un média ou si vous avez seulement envie de monter une nouvelle émission thématique, qui pourrait être proposée à une radio qui existe déjà », souligne Nicolas Horber, le délégué général de Radio Campus France. Car avec l’essor d’internet et des blogs, il n’est plus nécessaire de créer un média pour avoir l’opportunité de s’exprimer…

Il faudra aussi vous questionner sur le temps que vous souhaitez y consacrer, et avec quelle équipe ? « Vous devez vous demander si vous êtes capables de vous engager sur du long terme car créer un média n’est pas simplement de l’amusement… Il faut voir les choses sur la durée! », estime Nicolas. Bien que la création d’un média comporte aussi son lot de démarches administratives, prenez garde à conserver vos objectifs bien en tête… Quitte à commencer petit pour vous tester. « On voit trop de jeunes qui se perdent dans les dossiers de subvention et qui font tout sauf de la radio… Commencez par faire les choses simplement, à engranger de l’expérience avant de penser à vous développer », souligne-t-il. Car il n’est pas rare de voir des projets démarrer en fanfare et s’écrouler quelques mois après, faute de préparation…

Pour éviter les déconvenues, n’oubliez pas de penser aussi aux moyens matériels et financiers sur lesquels vous pourrez vous appuyer pour assurer la faisabilité de votre projet. Comment comptez-vous financer votre média ? Quels partenaires allez-vous démarcher ? Et quels seront vos coûts de production et vos dépenses ? Car même au sein des médias étudiants, l’argent et l’implication des bénévoles (en temps notamment) restent souvent deux conditions sine qua none pour assurer la pérennité du projet.

Les questions à se poser

C’est décidé, vous avez envie de vous lancer… Mais vous êtes-vous posé les bonnes questions avant d’embarquer dans cette nouvelle aventure ? Rappelez-vous que la réussite de votre média ne dépend pas seulement de la motivation de ses fondateurs ! Voici quelques pistes pour vérifier si votre projet peut se montrer viable…

  • Quels sont les objectifs de votre média ? Existe-il d’autres médias étudiants ? Si oui, que comptez-vous apporter de nouveau ? Quel sera votre ton ? Vos sujets de prédilection ?
  • A qui se destine votre média ? Aux étudiants de votre filière ? A la communauté étudiante en général ? Aux 15-25 ans ? Aux habitants de votre ville ? …
  • Quelle sera votre ligne éditoriale ? La ligne éditoriale définit le ton du média, l’angle des sujets et le positionnement face à l’actualité (qu’elle soit centrée sur la vie du campus ou bien ouverte vers l’extérieur). Cette question est étroitement liée au public que vous avez ciblé, mais pas seulement.
  • Quelle sera sa périodicité ? Serez-vous en mesure d’assurer un suivi régulier ? de tenir des échéances fixes ?
  • Quelle est l’implication de votre équipe ? Nombre de personnes qui pourront vous assister, compétences et motivation, disponibilité de chacun… Etes-vous prêt à vous investir sur une longue durée ?
  • Comment allez-vous financer ce média ? Quels moyens humains et matériels vous donnez-vous ? Quels seront les coûts de production ?


2. Choisir votre support

Vous avez décidé de vous lancer, mais vous vous demandez encore quel support choisir : presse écrite, radio ou bien web TV ? Tout dépend d’abord de vos affinités avec l’un de ces médias, du degré de technicité que vous aimeriez obtenir, mais aussi des coûts de diffusion relatifs à chaque support.

LA PRESSE ECRITE

Si vous êtes plutôt tenté par l’écriture et l’ « objet » papier, il vous faudra commencer par réfléchir à la forme que vous souhaitez choisir pour votre production : voulez-vous proposer un magazine ou plutôt un journal ? A quelle périodicité ? La presse écrite est composée de pleins de genres différents, mais il va falloir faire un choix ! Voici quelques infos pour vous guider dans les méandres de la presse écrite…

On distingue généralement la presse quotidienne de la presse magazine, d’une part du fait de leur périodicité, mais également du fait de leur « qualité » : les journaux (presse quotidienne et certains hebdomadaires) sont en effet souvent imprimés sur du papier bon marché tandis que les magazines sont plus luxueux et illustrés. Il vous faudra donc réfléchir au format que vous souhaitez donner à votre production (format A4 classique, format journal ou autre) mais également à votre diffusion papier. Souhaitez-vous une impression en couleur ou en noir et blanc ? En combien d’exemplaires ? Certains médias étudiants choisissent de passer par la case « photocopieuse » pour réduire les coûts, tandis que d’autres font le pari d’aller chez l’imprimeur afin d’obtenir une qualité plus optimale. « Renseignez-vous chez les grands groupes de presse qui proposent parfois des tarifs intéressants pour les associations », suggère Emmanuel Lemoine, rédacteur en chef du journal Europa, longtemps imprimé par le groupe Ouest-France.

Adapter son contenu sur le web

Pour les rédactions qui souhaitent se doter d’un site web, attention à bien appréhender les changements de formats. «Si vous voulez être lu par les internautes, bannissez les longs articles imbuvables. N’hésitez pas au contraire à ajouter des vidéos, à couper les séquences en deux… Il faut tendre vers une écriture plus multimédia ! », rappelle Emmanuel au journal Europa, qui possède son propre site web, complémentaire de la version papier.

La fausse bonne idée est de créer un blog sur lequel serait postée l’intégralité du journal papier. Qu’il soit téléchargeable au format PDF, c’est une chose. Mais l’intérêt d’animer un blog est de proposer d’autres contenus (des photos, des petits articles qui n’avaient pas leur place dans l’édition papier, un best of, etc.).

LA RADIO

Si vous souhaitez vous lancer dans la production audio, internet peut constituer une solution intéressante pour diffuser du contenu à moindre coût, et faire quelques expérimentations. « Le web vous permettra d’arriver au niveau d’un média classique par l’expérience », estime Jules Roques, Président de Radio Campus Avignon. Deux choix s’offrent alors à vous : créer une webradio émettant du contenu en direct à l’image d’une radio traditionnelle, avec possibilité de retrouver toutes les émissions en podcast, ou bien concevoir uniquement des podcasts que les auditeurs pourront télécharger à la carte. Tout dépendra du temps que vous pourrez consacrer à la création de ces contenus, ainsi que du public visé : n’oubliez pas que les jeunes préfèrent souvent les formules à la carte qui leur permettent d’écouter la radio à la demande… C’est d’ailleurs le choix qu’a fait la webradio Trensistor de l’ENS Lyon, en diffusant tous les mercredis une fournée d’émissions sur son site web (http://trensistor.ens-lyon.fr).

Gardez aussi en tête qu’une webradio en direct vous demandera davantage de travail puisque vous devrez assurer un temps d’antenne plus important : impossible de vous retrouver avec des blancs à l’antenne en plein milieu de la journée ! A l’inverse, les podcasts vous offriront davantage de flexibilité puisqu’ils ne présentent aucune contrainte de durée ni de format.

Mais la diffusion par le web possède aussi ses désavantages : vos reportages devront séduire un public volatile, au risque que vos contenus se retrouvent noyés dans l’immensité de la toile… C’est pourquoi Radio Campus Avignon a tout de même choisi de demander une fréquence hertzienne au CSA après avoir commencé sur le web. Plus coûteuse en termes de diffusion, obtenir une fréquence FM vous permettra de toucher néanmoins un public plus large puisque vos émissions seront accessibles sur tous les postes de radio du réseau hertzien et répondront à une écoute plus « traditionnelle» qui a déjà fait ses preuves. En résumé, tous les moyens – de diffusion – sont bons !

Pour en savoir plus sur l’obtention d’une fréquence hertzienne, consultez le guide pratique « Créer et animer un média étudiant », disponible sur www.animafac.net, rubrique « Boîte à outils », « Guides pratiques ».

Intégrer le réseau Radio Campus France ?

Regroupant 26 radios à l’échelle de l’Hexagone, Radio Campus France est un réseau qui accompagne et défend les radios étudiantes en permettant la mutualisation du contenu et des outils entre ses membres. Pour en faire partie, les radios doivent soumettre leur projet à Radio Campus France. «Les candidats doivent nous contacter et nous exposer un projet radiophonique dans une ville où il n’existe pas encore de Radio Campus. Il faut aussi qu’elles aient l’ambition d’obtenir une fréquence délivrée par le CSA et qu’il s’agisse d’un projet associatif étudiant», explique Nicolas Horber, délégué général de Radio Campus France.

Pour le moment, seules cinq radios du réseau des Radios Campus sont des webradios et deux d’entre elles sont en attente d’une fréquence FM de la part du CSA tandis que vingt radios du réseau émettent déjà sur la bande FM. Pour Radio Campus Avignon, toujours en attente d’une fréquence FM qui pourrait lui être attribuée temporairement en octobre prochain, faire partie du réseau lui a permis d’avoir ses entrées au Festival d’Avignon, ainsi qu’au CSA. « Cela nous donne plus de poids ainsi qu’une aide technique lorsque l’on doit monter des dossiers », estime Jules. Car le rôle de ce réseau est aussi d’accompagner les nouveaux membres dans la création et la diffusion de leurs programmes, ainsi que dans la formation de leurs bénévoles. « Nous participons à la création des radios et nous sommes là pour les aider dans les questions touchant l’administratif, le management, la fabrication du contenu… Nous aidons aussi à mettre en lien les différents acteurs universitaires et d’autres acteurs utiles aux radios. », assure Nicolas. Le réseau joue également un rôle d’accompagnement et d’aide au montage de projets pérennes dans les villes qui ne possèdent pas de Radio Campus.

LA TÉLÉ

Pour ceux qui souhaitent se tourner plutôt vers la production de contenu audiovisuel, sachez que les coûts et la logistique sont tels que les médias étudiants passent surtout par le web pour diffuser leurs émissions en podcast. « Vous pouvez négocier avec l’université ou le CROUS afin de diffuser les reportages directement dans les locaux de l’université afin de vous offrir une meilleure visibilité auprès des étudiants », remarque Aladin Farré, à Télé-Sorbonne. Mais même sur le web, la diffusion en direct ne convient pas vraiment aux médias étudiants qui ne possèdent pas les moyens techniques et financiers pour assurer des journées complètes d’antenne. Comptez plusieurs heures à plusieurs journées de travail pour monter et diffuser un reportage de quelques minutes conçu par des étudiants non-professionnels… Car le montage représente souvent un travail fastidieux et complexe pour les nouveaux venus. Il va falloir leur laisser le temps de se faire la main !

Ainsi, si les radios étudiantes ont le choix de diffuser leurs émissions sur le réseau hertzien ou sur le web, il n’en est pas vraiment de même pour les télés étudiantes… Beaucoup moins nombreuses, elles doivent souvent rivaliser d’ingéniosité pour parvenir à être diffusées et à se faire connaître auprès des étudiants. « Avoir une chaîne sur le réseau hertzien ou TNT représente un coût et un travail tellement énorme que cela dépasse les limites de la création étudiante ! », estime Charles Sauvion, rédacteur en chef de la webtv Vlipp.fr, à Nantes. D’autant plus que depuis quelques années, les habitudes des étudiants ont été bousculées par l’usage d’internet : « Les jeunes suivent de plus en plus de vidéos à la demande et ont beaucoup moins tendance à se mettre devant la TV pour regarder une émission du début à la fin », constate-t-il. Une tendance qui a amené Vlipp à ouvrir sa webTV, en plus de diffuser l’une de ses émissions en partenariat avec la TV locale Télé Nantes.


3. Comment bâtir une ligne éditoriale ?

Trouver une façon commune de faire passer son message… C’est le principe de la ligne éditoriale dont tout nouveau média devra se doter pour construire son identité et mettre en lumière sa différence. « Il est préférable que tous les membres de la rédaction se réunissent pour la définir de manière commune car il faut qu’ils s’y reconnaissent. Il peut être utile de préparer des pistes de réflexion à l’avance qui pourront servir de base à la discussion », confie Marie de Jets d’encre.

Une vision du monde

La question à se poser : quels sujets voulez-vous traiter et de quelle façon ? Certains médias étudiants refuseront par exemple de traiter l’actualité people, tandis que d’autres feront le choix de laisser une part minoritaire aux reportages afin de privilégier les rubriques diverses (météo, culture, sports…). « Derrière chaque production se cache une vision du monde. Il est donc important de l’afficher », estime Emmanuel. Son journal Europa a par exemple choisi de décrypter l’actualité européenne à travers l’œil de ses correspondants régionaux en mettant en lumière des problématiques locales. « Après le référendum sur le projet de Constitution européenne, l’Europe est devenu un sujet un peu controversé. Il y a avait les partisans du oui, du non… Nous devions afficher clairement notre position car le journal ne pouvait pas se permettre de soutenir un bord ou un autre ».

Un ton

Plus qu’une façon de traiter l’information, c’est aussi un ton qui doit être choisi lors de l’adoption de la ligne éditoriale. Cette dernière pouvant être informative, humoristique, engagée, neutre, sérieuse… Pour vous donner des idées, feuilletez les magazines (ou écoutez les radios) autour de vous : le Canard enchaîné a par exemple opté pour un ton satirique et engagé (comme Nova par exemple), tandis qu’un journal comme le Parisien – Aujourd’hui en France a un ton plus neutre et plat, simplement informatif (comme France Info).

Des rendez-vous

Pensez également à bâtir un rubriquage qui soit en phase avec la ligne éditoriale choisie. « Cela peut passer par des noms de rubriques humoristiques si vous choisissez ce ton, mais aussi par des rendez-vous que vous pourrez créer pour fidéliser votre public et vous distinguer », avance Marie Camier. Un exemple ? L’Etudiant Autonome, un journal étudiant diffusé sur Paris, Orléans et Tours a instauré un « dossier du mois » afin de traiter un sujet sous plusieurs angles. Du côté de la presse plus instituée, en publiant chaque jour un portrait sur sa dernière page (« La Der »), le journal Libération a conçu un rendez-vous important pour ses lecteurs, à tel point que les meilleurs portraits ont ensuite été publiés dans un livre. Autre exemple : le Duel de France Info pendant la Matinale, au cours duquel deux journalistes aux opinions très marquées débattent sur un sujet d’actu politique.

Des thématiques

Pensez aussi à déterminer les principales thématiques que vous souhaitez évoquer : actualité, politique, international, sciences, local, sport, culture, environnement, bons plans… Quels sujets voulez-vous voir au sein de votre média ? Réfléchissez aussi à la place à accorder aux intervenants extérieurs : donnerez-vous la parole à une personnalité dans une chronique ou une tribune, et à quelle fréquence ? Si vous faites ce choix, une seule condition : ne pas oublier de faire une courte présentation rappelant qui est l’auteur et quelles sont les responsabilités (sociales, professionnelles ou politiques) qu’il exerce.

Pour résumer : réfléchissez bien à l’identité de votre média dans sa globalité, en veillant à ce qu’il constitue un ensemble cohérent et qu’il réponde aux objectifs que vous vous êtes fixés. Mais ne vous mettez pas trop de pression : votre ligne éditoriale pourra toujours évoluer en fonction des changements qui interviendront au sein de l’équipe rédactionnelle. Tout n’est pas gravé dans le marbre !