La boutique de sciences

Fiche pratique

Née d’une initiative étudiante dans les années 1970 aux Pays-Bas, la boutique de sciences* est une interface de communication entre les groupes de la société civile (associations, collectifs, syndicats, etc.) et des institutions de recherche. Ce n’est pas uniquement un mode de diffusion des connaissances, mais également de production puisque le but est de proposer des recherches sur des problématiques identifiées par la société civile. La recherche apparaît ainsi moins déconnectée de son environnement local et la co-construction du savoir permet de nouer un dialogue entre les sciences et la société.


Le fonctionnement d'une boutique de sciences

Une enquête sur l’isolement des personnes âgées en Irlande du Nord, une étude d’impact de l’utilisation de vermifuges dans une réserve naturelle des Pays-Bas, ou encore la création d’un jardin collectif sur un campus de Grenoble, tous ces projets a priori bien différents ont tous bénéficié de l’apport d’une boutique de sciences.

Un groupe de la société civile ayant identifié une problématique entre en contact avec une boutique de sciences et lui soumet son besoin de recherche. Le spectre des recherches dépend de la boutique contactée et de ses spécificités ; pour être accepté, le sujet doit répondre à trois critères :

  • la recherche ne doit pas avoir un objectif commercial et les résultats doivent être diffusés auprès du public, en présentant un intérêt collectif ;
  • le groupe qui a fait la demande doit être en mesure d’utiliser les résultats de la recherche dans ses actions ;
  • les commanditaires ne doivent pas avoir les moyens d’acquérir la recherche auprès d’autres acteurs.

La boutique de sciences mène alors un travail de sélection et de reformulation des sujets retenus afin de définir une problématique de recherche.

Différents types d’études peuvent alors être produites :

  • des études documentaires afin d’étayer un plaidoyer avec des travaux d’expertise ou de contre-expertise ;
  • des études prospectives afin d’aider au positionnement dans les débats et les prises de décisions sur des sujets scientifiques ou techniques ;
  • des études appliquées pour résoudre des problèmes auxquels les structures demandeuses sont confrontées.

La boutique s’occupe de sélectionner les personnes qui conduiront la recherche, dans la majorité des cas des étudiants mais également parfois des doctorants et des enseignants-chercheurs. Lorsque la recherche débute, elle est réalisée par la personne sélectionnée mais la coordination est effectuée par la boutique, souvent sous la supervision d’un enseignant-chercheur, garant de la validité scientifique du travail. Le demandeur est par ailleurs impliqué tout au long de la démarche. Il ne faut pas oublier que la co-construction des connaissances est à la base du projet de la boutique de sciences.


Comment s'impliquer ?

Maintenant que vous êtes familier avec le concept de boutique de sciences, vous vous demandez sûrement comment vous pouvez vous y impliquer. Deux solutions s’offrent à vous !

REJOINDRE UNE BOUTIQUE DÉJÀ EXISTANTE

En tant qu’étudiant, vous pouvez valoriser l’expérience d’une recherche au sein d’une boutique de sciences par l’obtention de crédits universitaires, que ce soit sur une période de stage ou en ayant recours à l’un des sujets proposés par la boutique comme sujet de mémoire (que ce soit en licence ou en master).

L’intérêt est de travailler sur un projet concret qui trouvera un prolongement avec la mise en œuvre des résultats de la recherche, en plus de permettre une valorisation dans votre cursus universitaire et sur votre CV.

Seul bémol, il n’existe qu’une seule boutique de sciences encore active en France, l’Echop’ à sciences mise en place par l’Association pour le développement d’une recherche active (ADReCa), à Grenoble.

CRÉER VOTRE PROPRE BOUTIQUE

Ce n’est pas une décision à prendre à la légère car le fonctionnement d’une boutique de sciences nécessite un important investissement en temps notamment dans la coordination des projets de recherche.

Il convient de se rapprocher d’autres étudiants issus de différentes disciplines, par exemple des doctorants qui possèdent une meilleure connaissance du monde de la recherche. Ne négligez pas l’aide des enseignants-chercheurs, qui peuvent également participer aux recherches, les superviser (notamment celles réalisées par les étudiants afin de fournir une caution scientifique solide) ou participer au cadrage de la problématique. Ils peuvent également servir de personnes-ressources afin de vous guider vers des collègues qui pourront répondre à vos attentes.

Il est à noter que le recours aux boutiques de sciences est généralement gratuit pour les demandeurs, même s’il est admis dans certains cas qu’ils participent aux frais occasionnés par la recherche en fonction de leurs moyens. Cette dimension de non-discrimination par les ressources est au cœur du projet des boutiques de sciences ; les ressources pour le fonctionnement de la structure doivent donc provenir d’ailleurs. En Europe, elles sont couramment liées à des universités.

Un réseau des boutiques de sciences européennes, intitulé « Living Knowledge », vous permettra de bénéficier des expériences de structures ayant parfois plusieurs dizaines d’années d’ancienneté. Chaque contexte influe sur le fonctionnement de la boutique mais des formations et des outils proposés par le réseau vous aideront dans l’organisation de votre projet.

*Pas de panique, il n’y a aucun projet lucratif derrière les boutiques de sciences. L’appellation est une traduction de celle couramment admise au niveau européen : science shop.