Monter un atelier artistique
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Gardez tout d’abord à l’esprit qu’aucune recette miraculeuse ne permet de générer l’atelier artistique absolu. Les projets normés produits au kilomètre restent le plus souvent des miroirs aux alouettes. Cependant, certains ingrédients font figure d’impondérables. La condition nécessaire de l’atelier dit artistique c’est ainsi, en son coeur, la coexistence de trois dimensions : un champ d’action, un/des formateur(s), des participants. Une synergie qu’il faut faciliter, rendre évidente. La condition à cela : une bonne connaissance de chacune des trois dimensions de l’atelier.

Une bonne identification de votre projet d’atelier est l’un des points clés de sa réussite : pour vous, c’est le moyen d’identifier au mieux les besoins et les conditions de bon fonctionnement de votre projet ; pour les participants, c’est le moyen de rendre votre projet plus lisible. Avant de vous lancer, voici quelques points sur lesquels vous devrez avoir les idées claires…

Quel type d’atelier ? Il conviendra en premier lieu d’établir le distingo entre “formation” et “création”. Il ne s’agit pas là d’être restrictif : on peut créer dans un atelier de formation et on apprend beaucoup dans un atelier de création ! Il faut toutefois bien identifier ce que propose l’atelier, et ce que l’on attend des personnes qui en feront partie. Du point de vue du public, ces deux types d’ateliers sont totalement différents : on ne mobilise pas les mêmes ressources lorsque l’on doit créer et lorsque l’on doit apprendre, on ne vient pas à l’atelier dans le même état d’esprit suivant qu’on attend une formation ou un instant de création. A vous de choisir clairement entre ces deux orientations.

Quels objectifs ?

L’objectif de l’atelier : dans certains cas, votre atelier pourra aboutir à une réalisation. Encore une fois, soyez bien au clair sur ce point, en particulier en ce qui concerne les échéances, les disponibilités et l’investissement personnel nécessaire à la réalisation de votre objectif. S’il s’agit d’une représentation par exemple, le mieux est de connaître à l’avance le lieu et la date du spectacle, pour éviter d’éventuelles déconvenues (périodes de stages obligatoires, d’examens, etc). Il peut aussi arriver que cette variable soit un élément déterminant pour les participants : tout le monde en effet n’a pas nécessairement envie de monter sur scène ou d’exposer ses photos. Enfin, tâchez de bien évaluer le travail nécessaire à la réalisation de votre objectif : proposer un planning du projet vous permettra d’en annoncer la teneur.

Quels acteurs ?

  • Les intervenants : si le champ d’action est nécessairement au coeur de tout atelier artistique, sa transmission exige des forces vives. Le choix d’un intervenant de bon niveau, amateur éclairé – voire professionnel en devenir – conscient de ses responsabilités face au public concerné, reste l’atout premier pour la réalisation d’un atelier de qualité. Sachez également qu’en pratique, on ne peut enseigner qu’une partie de ce que l’on connaît. Si vous montez un atelier de danse salsa par exemple, tâchez d’évaluer au mieux le temps que mettra votre public avant de plafonner.
  • Le(s) responsable(s) : l’atelier se déroulera d’autant mieux qu’il sera doté d’un ou plusieurs responsables. Partager les rôles en la matière peut s’avérer très positif. Le rôle du responsable doit être préalablement identifié. L’expérience montre qu’il est préférable que ce dernier soit à l’écoute ; qu’il puisse surtout canaliser le fourmillement d’idées et l’énergie débordante des autres membres du groupe. Notez enfin que les qualités d’un président d’association – le sens de la mission, la capacité décisionnelle – ou d’un professeur de théâtre – la pédagogie, la capacité d’encadrement artistique – ne sont pas nécessairement celles d’un chef d’atelier.
  • Les participants : il convient d’identifier les destinataires présumés de l’opération. “La cible”, comme disent les publicitaires. Réfléchir à la nature du public que l’on souhaite voir concerné par l’opération permet non seulement de mettre en place un accompagnement adéquat mais également d’éviter les difficultés pouvant résulter, en termes d’impact, d’une inadéquation entre public escompté et public réel. Ainsi, public “spontané” ou public spécialisé ? Quelle est la tranche d’âge plus particulièrement concernée ? Quelle est, a priori, sa disponibilité (vous devez programmer une date, une heure) ? Son degré d’implication (dans sa préparation et son déroulement) ?

Des règles fixées clairement à l’avance permettent d’éviter de nombreux désagréments. Une fois votre projet d’atelier établi, c’est à vous de choisir ses modalités de fonctionnement.

Faire savoir

Monter un atelier artistique nécessite de se faire connaître. Faites circuler l’information, mais attention : la pertinence de la communication contribuera fortement au succès ou à l’échec de votre atelier. Vous devrez, soyez sans illusions, relancer sans relâche. N’hésitez pas à demander un avis objectif à vos proches, en particulier ce qu’ils comprennent de votre projet et ce que leur inspire votre démarche de communication. Quoi qu’il en soit, ne désespérez pas et gardez l’esprit ouvert, en particulier vis-à-vis des éventuelles critiques que l’on pourrait vous faire.

Un lieu, des horaires

Monter un atelier artistique, c’est aussi choisir un lieu. En décider croise, de fait, une contrainte extérieure et un objectif artistique. Le lieu et les horaires de l’atelier sont à choisir en fonction du projet. On peut toutefois dire qu’en général un lieu et un horaire fixes sont propices à une plus grande assiduité, même dans le cas où la présence n’est pas impérative. N’oubliez pas de définir si une présence régulière à l’atelier est importante ou pas. S’il est par exemple difficile pour un ensemble musical de répéter un morceau sans basse, la présence du triangle dans le quotidien des répétitions s’avère peut-être moins cruciale.

Des spécificités liées au domaine culturel

La mise en œuvre d’un atelier repose sur la prise en compte des spécificités du ou des domaines concernés, qu’il s’agisse de disciplines purement artistiques (spectacle vivant, arts plastiques) ou par exemple de la lecture. Chaque type de projet implique ainsi des précautions de nature juridique ou déontologique, par exemple :

  • le respect des droits d’auteur en cas de travail sur un texte, même s’il ne s’agit pas d’auteurs professionnels ;
  • le respect du droit à l’image et de la protection de la vie privée (article 9 du Code civil), en particulier dans le cas de productions audiovisuelles, mais aussi d’opérations portant sur la mémoire ;
  • les conditions particulières liées à l’intervention éventuelle d’un artiste, etc. Si l’activité habituelle de l’association organisatrice est de monter des spectacles, elle doit généralement être titulaire de la licence d’entrepreneur de spectacles (renseignez-vous pour cela auprès de la DRAC ou de la préfecture dont dépend le siège de l’association). Pour les spectacles occasionnels, l’article 10 de l’ordonnance du 13 octobre 1945 permet de bénéficier d’une procédure simplifiée (une simple déclaration préalable à la préfecture, dans la limite de deux représentations par spectacle).

Justifications

De manière générale, lorsqu’une association produit un spectacle vivant dans le cadre d’un atelier, son président ou le responsable désigné par le conseil d’administration doit être en mesure de justifier :

  • soit d’une licence d’entrepreneur de spectacle (activité habituelle) ;
  • soit d’une autorisation expresse du ministre chargé de la culture (spectacles d’essai) ;
  • soit de la copie de la déclaration à la Préfecture pour les spectacles occasionnels.

Des partenaires

Dès lors que vous faites appel à des financements extérieurs, publics (ville, région, Etat) ou privés (entreprises, fondations), la question du partenariat à établir se pose. Ce dernier se construit dès la phase d’élaboration, le plus en amont possible et permet la constitution d’un réseau de confiance autour du projet. De manière très générale, posez-vous la question de savoir ce que vous pourriez partager avec vos partenaires, puisez si possible dans l’originalité de votre projet et n’hésitez pas à suggérer des formes de coopérations inhabituelles. De votre point de vue et de celui de votre partenaire, gardez à l’esprit qu’il n’y a pas que l’argent qui compte !

Renseignez-vous auprès de chacun non seulement quant à ses priorités d’action et formes de soutien mais également quant à ses propres procédures, calendriers, contraintes et commissions. Et retenez que l’automne peut s’avérer favorable pour présenter des projets : vous passerez pour un gestionnaire prévoyant s’il s’agit de l’année suivante et décrocherez peut-être, si votre propos accroche, une apaisante inscription au projet primitif.

Évaluer

N’hésitez pas à solliciter, de manière mesurée, les réponses et réactions des membres de l’atelier (intervenants, responsables et participants) aux indicateurs mis en place pour fonder l’évaluation de votre action. Cette évaluation, trop souvent négligée, doit permettre de mesurer la conformité de l’atelier au projet initial ainsi que son impact. Ses outils (tableaux de bord, questionnaires, observations, baromètres de fréquentation) mèneront au-delà des données immédiates brutes que sont fréquentation et réactions du public de l’atelier.

Pour aller plus loin

La structure d’un atelier peut être temporaire ; elle peut aussi être pérenne. Un atelier de création par exemple pourra naturellement se diriger vers une structure plus autonome, plus ambitieuse, une troupe par exemple. Dans ce cas il convient, avant de passer à l’acte, de bien mesurer le changement que cela produira dans la structure du projet : une présence régulière pourra s’avérer souhaitable, les séances pourront devenir plus fréquentes, plus intenses. Bref, avant de faire le pas, assurez-vous que tous les membres de la future troupe sont bien au fait de la situation. Un ultime conseil : reportez-vous aux premières étapes de cette fiche afin de définir votre nouveau projet !

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