Opération commerce équitable

Fiche pratique

Si une bonne majorité des étudiants déclarent avoir déjà entendu parler du commerce équitable, il est difficile de savoir combien d’entre eux en cernent précisément les contours. Les associations ont donc tout leur rôle à jouer dans sa promotion et la sensibilisation des consomm’acteurs de demain…


1. Quelques notions d’économie pour commencer

Pour comprendre ce qu’est le commerce équitable, commençons par reprendre le b.a-ba (très simplifié on vous l’accorde… S’il y a un économiste parmi les lecteurs, qu’il retienne son souffle !). Le principe de l’économie mondiale, qui a pour objectif de favoriser les échanges est assez simple : on détermine les prix grâce à un système basé sur la confrontation de l’offre et de la demande. Grosso modo, cela correspond à l’exemple suivant : le prix d’une matière première est (surtout) déterminé par le nombre de personnes qui en veulent.

Tout cela pourrait être logique si ce système n’était pas perturbé par un curieux phénomène appelé spéculation. Cette perturbation consiste en ce que des acteurs économiques indépendants cherchent à réaliser des plus-values financières en jouant sur les coûts des matières premières (pour plus compréhension, nous prendrons ici l’exemple du café). Cette déviation a pour léger inconvénient de suspendre les prix d’achat au détriment de la vie de quelques millions de petits producteurs et au profit de stratégies d’enrichissement ultra rapides de quelques milliers d’investisseurs.

Pour faire simple, le pouvoir permet d’imposer le prix d’achat.

A partir de ce constat, comparer les pays acheteurs (essentiellement Europe et Etats-Unis) au « grand méchant loup » (avec les dents qui rayent le parquet) serait tentant… mais assez réducteur. C’est en effet sur ce système (appliqué à tout ce qui s’achète) que se base la grande majorité des échanges internationaux. De toute façon, l’objet du débat n’est pas là, et il est avant tout utile d’observer les initiatives visant à améliorer le fonctionnement de ce système.

L’une d’entre elles est plus que remarquable. Il s’agit du « commerce équitable » (les littéraires auront repéré que les lignes précédentes sont des décasyllabes et que la rime est riche).

Cette mouvance est à la croisée des chemins entre l’agriculture biologique (respect de la terre et de celles/ceux qui la cultivent), le développement responsable et les droits humains (rien que ça !).


2. Comment savourer son café tout en sauvant le monde ?

L’avantage de pouvoir sauver l’humanité tout en prenant son café était jusqu’ici réservé à quelques privilégiés : Superman, Batman, les 4 Fantastiques…

Le commerce équitable n’a pas cette prétention mais permet tout de même par des gestes quotidiens d’influer (en bien !) sur les conditions de vie de personnes à l’autre bout du monde. Son principe est globalement assez simple. Revenons à notre exemple du café :

Le gentil marchand européen de café équitable achète le café à des non moins charmants cultivateurs colombiens (ou kenyans, ou autres encore) au minimum 13,60 € le kilo (oui oui, c’est basé sur des calculs scientifiques). Et même si le cours mondial du café passe en dessous des 13,60 €, il continue à payer 13,60 €. Ce qui évite au petit cultivateur d’être ruiné en cas de chute des cours. Et en plus, il paye 60% du café avant la récolte (ce qui permet au paysan de manger même en-dehors des périodes de récolte).

Mais comment font-ils pour qu’au final le café ne soit pas beaucoup plus cher me direz-vous ? Rien de bien compliqué : d’habitude le prix du café est considérablement majoré par les très nombreux intermédiaires (appelés coyotes dans certains pays d’Amérique du Sud) entre le paysan et le marchand. Mais dans le cas présent, l’association diminue le nombre d’intermédiaires (en travaillant directement avec les producteurs, souvent organisés en coopératives) et ne prélève que le pourcentage nécessaire afin d’assurer son propre fonctionnement.


3. Je veux être utile... en buvant mon café.

Bon, effectivement on ne va pas sauver le monde en sirotant son café équitable. Néanmoins l’achat équitable fait partie de ses petits actes quotidiens pas si anodins qui pèsent favorablement sur le sort d’autrui, et permet surtout de se soucier d’autrui – ce qui mine de rien n’est déjà pas mal !

Les conséquences directes et indirectes de l’achat équitable sont légion :

  • Cette méthode de production et de consommation tend à plus de transparence dans les conditions de fabrication du produit.
  • Le commerce équitable permet des transactions commerciales plus humaines. Il va contre l’assistanat en privilégiant l’autonomie des parties. Traduction : on offre la possibilité aux coopératives de café de maîtriser leur développement sur des bases saines, producteurs et acheteurs se mettant d’accord sur le meilleur prix de vente.
  • C’est un acte de solidarité accessible à tous qui n’exige ni disponibilité ni revenus importants.

Des enseignes reconnues

On a pris ici l’exemple du café pour plus de clarté (c’est probablement le plus connu) mais ce type de commerce existe pour de nombreux autres produits. Et de nombreuses associations fonctionnent, avec quelques variantes, sur ce principe de commerce équitable : Artisans du monde, Max Havelaar, Artisanat SEL, le CCFD-Terre Solidaire ou encore Andines en sont quelques exemples.

Ainsi, l’association Artisans du monde achète et vend elle-même des produits dans ses propres boutiques en respectant lesdites conditions. On peut y trouver du café – et du bon – mais aussi d’autres produits de consommation courante ou encore des textiles. De plus, Artisans du Monde informe et sensibilise sur les conséquences parfois dramatiques du système économique actuel.

L’association Max Havelaar, quant à elle, met en relation des torréfacteurs européens et des coopératives africaines, asiatiques et sud-américaines. Le torréfacteur s’engage à respecter les conditions de commerce équitable. Les produits (café et autres) sont labellisés Max Havelaar et vendus en grandes surfaces.

Un geste solidaire… pour pas cher

Ce type d’initiative permet une nouvelle forme de solidarité réellement accessible. Les produits issus du commerce équitable ont en effet des coûts équivalents ou légèrement supérieurs à ceux des marques traditionnelles tout en ayant pour avantage de permettre à des producteurs de vivre dignement. Il est donc possible pour le consommateur de faire un geste (très) utile sans véritablement faire un don (un peu comme les cartes de vœux UNICEF… mais plusieurs fois par an !).

Solidaire pour pas cher : que demande le peuple ?!


4. De l’éthique sur l’étiquette

En dehors de cette opportunité de faire de vous, de façon plus ou moins régulière, des consommateurs solidaires, certaines structures agissent également afin que le commerce équitable ne reste pas un acte ponctuel mais s’inscrive dans la durée comme un acte citoyen.

Le collectif d’associations (ou GIC – Groupement d’intérêt citoyen) Combat Monsanto (www.combat-monsanto.org) a ainsi pour but d’informer et de dénoncer les méthodes de cette firme, déjà poursuivie pour violations des droits de l’homme et de l’environnement en France, en Inde, au Mexique…

Autre exemple : Apple et Foxconn ou « A quand le label commerce équitable pour les ordinateurs ? » En février 2012, des manifestants se sont postés devant plusieurs magasins Apple, dont le plus célèbre en plein New York, afin de protester contre les conditions de fabrication des produits de la marque. Le fournisseur Foxconn, qui alimente Apple depuis la Chine, a été épinglé pour les conditions dramatiques de travail de ses ouvriers, qui ont mené au suicide de plusieurs d’entre eux. Quand la pomme est empoisonnée, il faut la jeter, non ?


5. Mais quel rapport avec les assos étudiantes ?

Le milieu étudiant est très (trop !) peu sensibilisé à la notion de commerce équitable. Néanmoins, une fois connu, ce dernier génère habituellement de l’enthousiasme et les étudiants adhèrent à la démarche. En résumé : en dehors des initiés, personne ne connaît, mais quand on en parle, ça plaît.

Malheureusement, les produits commerce équitable ne sont pas disponibles dans tous les hypermarchés, même si la vente de certains produits comme le café se démocratise. L’existence de ces produits est par ailleurs encore trop peu connue de certaines structures, comme le resto U par exemple. Vous imaginez, des restos U qui proposeraient à des milliers d’étudiants des produits issus du commerce équitable ?! Le chemin est encore long, certes, mais les associations étudiantes ont une place à tenir pour encourager ce type de démarche et la sensibilisation des acteurs qui les entourent.

À part trouver ça bien, que peut-on faire ?

Les initiatives possibles sont tellement variées que toute asso étudiante peut participer à cette campagne. Deux grands types d’action sont envisageables :

  • Vendre et promouvoir la diffusion de produits commerce équitable – et faire d’une pierre deux coups avec la récolte de fonds pour son asso, à l’image des « Juicy Party » organisées par l’association DREAM (www.dream-asso.org). Ces afterwork « éthiques et chics » sont des espaces de rencontres interculturelles et l’occasion de siroter son jus de fruits tout en en apprenant plus sur le commerce équitable et bio !
  • Autre piste : des produits issus du commerce équitable peuvent également être vendus au sein de Maisons Des Étudiants.Informer et sensibiliser,notamment par les multiples animations proposées par Max Havelaar ou encore Artisans du monde. Ces deux associations soutiennent certains événements (étudiants ou autres) afin de familiariser le grand public avec les conditions de production du café, chocolat et autres produits délicieux dans les pays du Sud.
  • Autre piste : des opérations peuvent être tenues sur certains campus en collaboration entre une asso du site et une association de commerce équitable : dégustation de café, expositions, conférences … La Semaine de l’alimentation en octobre, de la solidarité internationale en novembre ou de l’environnement en mars sont autant d’occasion de sensibiliser à un commerce plus équitable !

Pourquoi ne pas demander également à vos élus étudiants d’inscrire à l’ordre du jour des CROUS des motions demandant aux services d’achat de préférer à prix et qualité égale les produits issus du commerce équitable ?

De multiples moyens d’action existent, on n’attend plus que vous pour les mettre en place !

Retrouvez encore plus d’infos dans le guide pratique « Agir pour le commerce équitable », disponible sur www.animafac.net, rubrique « Boîte à outils ».