Organiser une bourse aux livres

Fiche pratique

L’année universitaire a repris. Dès les premiers amphis, les enseignants ont déblatéré l’interminable liste des indispensables manuels, références, précis, documents qu’il fallait se procurer. Or, à la bibliothèque, il faut apprendre à vivre serré. En outre, malgré d’indéniables progrès, le nombre d’exemplaires disponibles est souvent insuffisant. Il faut donc se résoudre à acheter. L’organisation d’une bourse aux livres représente un vrai service rendu aux étudiants.

Pour ceux qui, passant en année supérieure, verront leur propres frais réduits par la vente des bouquins dont ils pourront se séparer comme pour ceux qui doivent à tout prix se procurer quinze volumes sans mettre au clou leur dernière chemise. Attention cependant, c’est une tâche qui prend énormément de temps à celui qui veut la mettre en place.


1. Où ?

Problème crucial : vous allez entreposer des montagnes de livres, puis recevoir des nuées d’étudiants avides. Le lieu d’organisation de votre bourse aux livres est par conséquent un point essentiel.

Ce n’est pas forcément parce que vous disposez d’un local que le débat est terminé. Dans tous les cas, vous pouvez peut-être faire comprendre à l’administration de votre établissement que la bourse aux livres est une date clé du campus et ainsi obtenir provisoirement l’idéal : 200 mètres carrés juste en face de l’entrée principale, avec les étagères de rangement, le coffre pour ce qui est précieux, l’enseigne fluo qui vous fera remarquer et le comptoir pour compléter le tout. Mais bon…

N’hésitez pas, si cela est dans vos cordes, à vous organiser avec plusieurs locaux. Si la bourse aux livres atteint vraiment une grande ampleur, vous ne pourrez plus gérer l’affaire dans la salle de stockage. Mieux vaut protéger un petit coin à soi.

Et puis il est possible d’imaginer une division des lieux par filières, par cycles pour que chacun s’y retrouve. En tout cas, soyez ambitieux en la matière. Les établissements d’enseignement supérieur sont certes absolument à l’étroit, mais, surtout quand tous les TD et séminaires n’ont pas encore repris, il est souvent possible de négocier pour une durée limitée des locaux exceptionnels.

Dernier conseil, ça va mieux en l’écrivant, vérifiez que votre local quel qu’il soit ferme bien à clef. Des bouquins volés, un copain qui passe par là, allume une cigarette et fait flamber les codes civils… Les catastrophes ne sont pas loin et aucune assurance ne vous loupera si vos verrous sont défaillants.


2. Faites du bruit !

On l’a déjà dit, votre bourse aux livres est un moment fort de l’année universitaire. Vous le savez, il faut que tout le monde le comprenne ! Alors, utilisez les grands moyens avec intelligence. Décomposons :

Les grands moyens

Tout le monde doit savoir que la bourse aux livres approche, qu’elle arrive, qu’elle est là. Affichages et tractages sont essentiels. Soyez synthétiques, le concept d’une bourse aux livres est suffisamment simple pour être rapidement compris même par un licencié en droit. Passons sur les interventions en amphi qui font partie des lieux communs (bien que trop souvent négligées…). Prenez le temps qu’il faut pour faire le tour des enseignants, des administrations qui pourront constituer d’excellents relais. Rien de plus efficace qu’un prof qui décrète, du haut de sa chaire, la bourse aux livres indispensable. Vous rendez un service concret à toute la communauté universitaire : appuyez-vous sur chacun de ses pans pour mieux réussir votre opération. N’oubliez pas de contacter les autres associations étudiantes qui peuvent s’intéresser à votre initiative, et s’en faire le relais si c’est demandé gentiment.

Voyez grand. Les ” radios campus ” ou celles qu’écoutent les ” jeunes de notre âge “, France 3 ou M6 et leurs branches régionales, la presse locale gratuite ou non… Votre événement est important : à vous de savoir en convaincre ceux qui pourront vous aider à y faire venir les étudiants.

Si votre association en a les moyens, il est possible de préparer la bourse aux livres par des événements annexes qui attirent l’attention vers vous. Ne perdez pas le fil : ici, on parle juste de la bourse aux livres, et c’est déjà beaucoup de travail ; mais il peut être utile d’animer un peu le campus avant de passer aux choses concrètes.

Avec intelligence

Selon les filières et les cycles voire les établissements, l’utilisation des bouquins change du tout au tout. Alors ne dites pas – et ne prévoyez pas – la même chose pour des scientifiques qui font tous les mêmes exercices tirés d’un même manuel utilisé depuis trois ou quatre ans, et des littéraires dont la bibliographie plus ou moins floue varie beaucoup plus. Pensez aux filières où garder un livre ne sert pas à grand chose, à celles au contraire où il est nécessaire d’accumuler des références. Réfléchissez encore aux limites que vous voulez définir pour votre initiative. Voulez-vous vous consacrer aux seuls manuels, aux bouquins de programme, à l’ensemble des livres ? Que faites vous des revues ? Êtes-vous preneurs ? Méditez bien cela car il s’agit de l’expliquer en avance, de bien fixer les règles pour éviter mauvaises surprises et ambiguïtés. Rien n’est pire que de finir avec des stocks d’invendus qui vous restent sur les bras, quand ils ne sont pas déchirés, humidifiés, volés… avec les vendeurs qui vous réclament des comptes. Faites mijoter tout cela et adaptez votre discours aux choix que vous aurez accomplis.


3. Combien ça coûte ?

Une bourse aux livres réussie, c’est beaucoup d’argent qui circule. Il faut être très rigoureux : nous avons rencontré des associations qui ont ramé pour cause de gestion un peu facile, et plus fréquemment encore d’autres qui faute d’un dispositif à la fois carré et simple ont perdu un temps infini à conclure cet événement. Or, si une bourse aux livres est une bonne initiative de rentrée, cela ne doit pas vous monopoliser pendant un semestre !

Gardez un œil sur les questions fiscales. Si votre association dépasse annuellement 75 000 euros de budget, elle n’est pas assimilée à une toute petite entreprise négligée par les percepteurs. Si son chiffre d’affaire commercial annexe dépasse 38 000 euros, elle devient imposable. Les associations concernées pourront utilement se pencher sur des documents plus complets (voir notamment la fiche pratique sur la fiscalité associative).

Quant à l’organisation pratique, plusieurs écoles existent. Nous vous conseillons de faire remplir une fiche par le vendeur qui aura précisé le prix de vente souhaité. Débattez éventuellement du prix avec lui après avoir examiné l’état de l’ouvrage, son utilité pour les autres étudiants et bien sûr le prix à l’état neuf – que vous devez connaître : renseignez-vous discrètement auprès de votre libraire préféré. Vous devez vous battre pour éviter les invendus ; c’est avant tout à ce moment que cela se joue. Vous voulez en outre rendre service aux étudiants qui doivent dépenser des fortunes, alors vive les prix bas ! L’acheteur qui est d’accord avec le prix indiqué repartira content de son achat, et vous sortirez la fiche du bouquin pour la mettre dans un fichier spécial répertoriant les ventes.

Commençons à décrire les variantes. Il est d’abord normal que votre association soit indemnisée pour son action. Rien que vos frais de communication peuvent être importants. Vous pouvez fonctionner au forfait ou au pourcentage : un à deux euro ou 10% par transaction semblent raisonnables. Vous pouvez ensuite faire tout payer à l’acheteur, au vendeur ou encore répartir cette charge entre les deux, équitablement ou non. Un bon compromis empiriquement séduisant est de faire payer deux tiers par l’acheteur et le reste par le vendeur. Reste à savoir quand placer cette charge. Pour l’acheteur, c’est facile, c’est compris dans le prix du livre. Pour le vendeur, vous avez intérêt à le faire payer lors du dépôt : cela l’incitera à décider de vendre à un prix raisonnable. Mais il est aussi possible de ne prendre cette commission que sur les ventes effectivement réalisées.

Il est aussi faisable (d’après nos reporters) de ne prendre de commissions que sur les ventes et achats des non-adhérents. Cela constitue, vous l’imaginez, un argument efficace pour accroître les effectifs de votre association.

En ce qui concerne les prix de vente des ouvrages, c’est souvent complexe de demander au vendeur un prix de vente de départ et un prix minimum. Si c’est à vous de négocier avec les acheteurs, vous risquez d’endosser toutes les frustrations qui peuvent naître autour de cette transaction. Il est en revanche plus envisageable de faire une vente à deux tours, en s’entendant avec les vendeurs pour que les deux ou trois derniers jours de la bourse aux livres, les prix soient décotés d’un pourcentage que vous gagnerez à avoir fixé dès le départ.


4. Prenez votre temps

Les étudiants ne sont pas toujours rapides à la détente, vous êtes bien placés pour le savoir. Alors sachez prendre le temps nécessaire pour votre bourse aux livres. Il faut bien compter dix jours de collecte et dix jours de vente pour que votre événement puisse bien se développer.

Si vous êtes bien sûr de votre capacité d’organisation, vous pourrez entremêler les deux périodes et continuer à accepter des dépôts alors même que la vente a commencé. Sachez pourtant raison garder et, surtout si c’est votre première expérience en la matière, n’ayez pas les yeux plus gros que le ventre. Une bourse aux livres ratée, nous l’avons déjà dit, ça peut entraîner un trou conséquent dans les caisses de l’association. ça peut aussi vous mettre à dos beaucoup trop d’étudiants déçus. Alors jouez sûrs.


5. Et les livres neufs ?

Ça y est, votre bourse aux livres s’est terminée en apothéose. Tout est parti, vendeurs et acheteurs sont ravis, vos caisses ne sont plus tout à fait vides. Pourtant, une certaine frustration demeure. Ne vous a-t-on pas réclamé à grands cris les dernières éditions des principaux manuels ! Est-il possible d’élargir son action au-delà du marché d’occasion ?

De nombreuses associations nous ont informé de leurs contrats avec des libraires – essentiellement, mais également quelques éditeurs – en matière de vente de livres neufs. Elles ont pu négocier des remises allant jusqu’à 25%.

Attention, l’heureuse loi sur le prix unique du livre qui veut protéger les petits libraires ne permet de décotes supérieures à 5% que si les ouvrages sont vendus ” au sein ” d’un club ou d’une association. Entendez ” aux seuls adhérents “.

Alors n’hésitez pas à prendre votre bâton de pèlerin pour dégotter le professionnel qui s’accordera avec vous sur ce nouveau service éminemment complémentaire à votre bourse aux livres. Mais n’oubliez pas de réclamer leur carte d’adhérent aux étudiants qui viendront vous passer commande pour un ou plusieurs livres neufs, afin de ne pas vous mettre à dos toutes les librairies du monde. La paix civile (et le respect des lois) est à ce prix…