Organiser un événement culturel en milieu hospitalier

Fiche pratique

Pourquoi rester dans sa fac ? Beaucoup d’associations l’ont compris : il ne faut pas hésiter à franchir le pas, déborder les amphis et faire bouger la ville. Mettre une part d’animation dans les hôpitaux est une idée aussi modeste que clairvoyante : ici c’est l’association qui part à la rencontre d’un public dont la paralysie temporaire a de quoi rendre morose – surtout lorsque l’été donne envie de s’évader, et que le temporaire se met à durer. Voici quelques conseils pour mener à bien une initiative belle sous tout rapport.

Le milieu hospitalier n’est pas accessible à toute forme culturelle et il faut souvent s’adapter pour offrir un moment de bonheur ou d’apprentissage. Aux dires des associations concernées un tel événement se prépare dans l’esprit d’être joué en hôpitaux de sa conception à la représentation.

On peut se demander en premier lieu ce qui motive une telle démarche. En général c’est le déclic, l’idée même de le faire, qui oriente un projet vers cette finalité. Le « droit au spectacle » de tous est la plus avancée des motivations, se déplacer pour ceux qui ne peuvent venir en est la dynamique et créer un spectacle accessible et malléable au milieu de l’hôpital en est, sans que ce soit insurmontable, la principale problématique. La principale mais pas la seule. Le milieu hospitalier reste très ouvert à ces manifestations dans la mesure de leurs possibilités et accueille volontiers troupes de théâtre, clown, marionnettes, magiciens, danseurs, voire même expositions, ateliers de jeux, de peinture, etc.

Mais au-delà de problèmes logistiques se situent les contraintes psychologiques, celles qui tiennent au fait que l’hôpital n’est pas qu’un lieu d’espoir et de guérison mais est davantage le symbole d’une prison ou une dernière étape. Nous essaierons dans cette fiche pratique de traiter les deux problématiques tout en sachant que dans la seconde nous ne saurons trop vous conseiller des recherches supplémentaires.


1. La conception du projet

Concevoir un projet dans le but de le présenter en hôpital passe par la prise en compte de nombreux facteurs. Nous ne tenterons ici que d’attirer l’attention sur les plus basiques et ce à l’attention des initiés. Sachez d’abord que votre projet doit être malléable, selon le lieu et les circonstances dans lesquels vous le présenterez. Sa durée ne devra se situer entre une heure et une heure trente. Il est conseillé de ne pas prévoir de bande sonore qui pourrait déranger la tranquillité de l’hôpital, ni de présenter un spectacle bruyant. Ne prévoyez pas de goûter, pour des enfants par exemple, ceux-ci pouvant être astreint à un régime particulier. L’hôpital s’en chargera au cas où.

Vous avez le choix entre une représentation participative ou non. Prenons l’exemple de spectacles pour enfants. Vous pouvez les faire participer à des activités ou à un spectacle. Dans ce cas évitez les activités trop sportives, pour des raisons évidentes, ou les ateliers maquillage, pour des raisons d’hygiène. Faites en sorte de concevoir des activités calmes et faciles et de ne pas favoriser les activités qui pourraient mettre des enfants à l’écart (parce qu’ils ne pourraient pas bouger par exemple). Il est très important d’éliminer toute discrimination en ce domaine. Plutôt que de faire participer un ou deux enfants, préférez n’en faire participer aucun. Ou tous.

Dernière chose, rendez-vous disponibles l’après midi et le week-end, car ce seront les tranches horaires qui vous seront demandées. Signalez également si vous acceptez la présence de la famille durant votre manifestation, ce qui pourrait être envisageable dans les salles assez grandes, et agréable pour les malades.


2. Les premiers contacts avec l'hôpital

Une fois votre projet établi il faut rechercher les hôpitaux qui acceptent et sont capables de recevoir des spectacles. Certains hôpitaux spécialisés ne peuvent se le permettre et d’autres ne disposent pas de salles prévues à cet effet. Sachez cependant que les hôpitaux disposent d’un budget alloué à cet effet et que certains sont même, selon la gestion et la volonté des responsables culturels, en état de demande. Les spectateurs peuvent aller d’enfants, en service pédiatrie, aux personnes âgées, dépassant ainsi le cadre de l’hôpital pour se porter vers les maisons de repos, ou tout simplement mixte, quand les hôpitaux organisent un événement ouvert à tous ceux qui le veulent. Renseignez-vous également sur les motivations de votre public, si c’est un public par choix ou un public imposé, à qui l’hôpital organise un spectacle et lui “impose”. De façon plus particulière, vous pourriez être amené à vous produire dans les chambres pour les malades alités ou ne pouvant se déplacer. Chaque hôpital peut vous accueillir dans différentes conditions. Prévoyez donc d’être souple et de bien connaître les possibilités que vous pouvez offrir tant qu’à votre intervention, comme la taille minimale de l’espace dont vous avez besoin, si vous en avez vraiment besoin d’un espace délimité, l’équipement matériel minimum, les ressources humaines minimum, etc. Une fois ces arguments préparés, vous pouvez commencer votre recherche.

Pour lister les hôpitaux plusieurs possibilités vous sont offertes : les pages jaunes de la région visée et le minitel, mais aussi les mairies, qui disposent d’un service social et même directement l’assistance sociale, qui vous guidera et pourra éventuellement vous aider dans votre recherche. Vous pouvez même faire appel au Secours Populaires ou à d’autres associations concernées. Établissez la liste des noms et des coordonnées des responsables afin de commencer une autre étape : passer entre les structures en place pour présenter votre projet.


3. Présenter son projet

D’abord soyez enthousiaste, votre projet est un moyen de se divertir ou de s’instruire, ne l’oubliez pas dans cette phase de recherche qui semble ne relever que de l’administratif. Ayez préparé toute sorte de documents, photos, dossiers, plaquettes, et si vous avez déjà joué en hôpital, cité le nom du responsable avec qui vous avez déjà travaillé. N’hésitez pas, d’ailleurs, à demander aux responsables d’hôpitaux dans lesquels vous avez déjà organisé un événement une lettre de soutien à votre action ou un mot de félicitation par écrit, ce qui complétera vos dossiers d’un label de qualité, ou tout au moins, d’une preuve de votre expérience en ce domaine.

Vous devrez probablement aussi présenter votre projet à un médecin, comme un pédiatre (là aussi des lettres de soutien de ses collègues seront les bienvenues) . Dans tous les cas n’oubliez pas que votre projet est le plus important, ni que pour le présenter vous devez le connaître sur le bout des doigts et savoir répondre aux questions et des responsables et des médecins. Sachez ensuite intégrer leurs remarques et leur modifications dans ce que vous compter présenter.


4. Le jour J

Le jour de votre intervention vous ne serez jamais seuls avec votre “public”, que ce soient des enfants, des personnes âgées ou toutes autres personnes. Pour des enfants vous aurez avec vous, dans le cas d’enfants sensibles surtout, un éducateur psychologue , qui pourra éventuellement orienter votre événement sur un thème ou sur un débat. Sa présence est conseillée également pour répondre aux éventuelles questions que, par exemple, des enfants pourraient vous poser (Comme “pourquoi tu as des cheveux et pas moi ? “). Comprenez que l’éducateur sera là pour vous aider et si vous avez des doutes, n’hésitez pas à lui demander conseil car il connaît les malades.

Un autre encadrement est nécessaire : celui des soins. Une infirmière (ou médecin) sera présente et s’occupera des malades.
N’interrompez pas vos activités pour autant. Pour les malades les soins sont habituels et y prêter attention n’est pas utile.
Préparez-vous néanmoins à la possibilité d’affronter une situation psychologique difficile. Si vous êtes là pour divertir n’oubliez pas que vous pouvez être touché par les personnes que vous aurez en face de vous. Si vous sentez que la situation vous sera difficile, les personnes qui vous feront face sentiront aussi votre malaise. Si c’est possible, faîtes vous remplacer plutôt que de vous mettre dans une telle situation ou faîtes intervenir l’éducateur psychologue.


5. Quelques recommandations au-delà de l'organisation

Parce que vous allez évoluer dans un milieu où des difficultés psychologiques pourraient apparaître voici quelques conseils d’une psychologue pour enfants.

Avant tout, puisque vous vous déplacez et considérez les personnes hospitalisées au même titre que les autres, restez dans cet état d’esprit. Marquer une différence serait rappeler, et à vous et à eux, les “mauvais côtés” de leur situation. Il n’y a donc a priori aucun sujet à éviter durant votre intervention, mais il est essentiel ici de rencontrer l’équipe médicale qui s’occupe des malades pour leur parler de votre intervention. Ceci non dans le but d’aseptiser ce que vous allez présenter, mais dans celui de prévoir les réactions que vous pourriez rencontrer.Un entretien avec le psychologue s’occupant des malades serait ici idéal puisqu’il connaît les malades au cas par cas et leurs antécédents, même familiaux. Si une réaction du public ou d’un élément du public se fait tout de même sentir, ou voire éclate, ne vous arrêtez pas. L’équipe d’encadrement est précisément présente pour ça. S’arrêter serait là encore marquer la différence, et du groupe et des éléments du groupe réagissant.

Dans un ordre général laissez le public intervenir s’il le désir. Un enfant, par exemple, qui s’adresse à vous pendant un spectacle, ne doit pas être ignoré. Si c’est possible intégrez sa remarque dans le spectacle et répondez lui, mais tout au moins faîtes lui un sourire et surtout ne l’ignorez pas. Si son intervention est gênante, le service d’encadrement se chargera de lui faire comprendre.

On peut également se demander quel comportement avoir avec les malades. Soyez naturels, ne forcez pas vos gestes d’affections. Si certaines personnes sont démonstratives, ne vous efforcez pas de l’être à votre tour. Les personnes sensibles remarquent bien quand la nature de gestes ou de paroles est forcée, et mieux vaut sembler sincère que de susciter le doute.
Après chaque rencontre nous vous conseillons de faire un bilan des difficultés que vous avez rencontré, afin de prévoir vos réactions la fois prochaine.

Assez paradoxalement c’est vous qui aurez peut-être le plus besoin d’une préparation psychologique. Après tout, les malades savent pourquoi ils sont hospitalisés et connaissent le milieu hospitalier. Vous non. Vous pourriez donc êtres plus facilement choqués par des choses qui font parties de leur quotidien. Évacuez au besoin ce que vous auriez ressenti de votre côté, parlez-en tous ensemble et essayez d’en tirer quelque chose de constructif pour vos prochaines manifestations. Si le psychologue avec qui vous avez travaillé a le temps, faites ce bilan avec lui, sur le modèle d’un groupe de parole, ce qui en ressortira sera constructif et pour lui, qui aura l’occasion de voir ce que vous avez observé, et pour vous, qui aurez la possibilité d’avoir ses conseils.

Étant donné que ces actions ne sont pas ouvertes au public on pourrait penser que leur médiatisation et la recherche de partenaires sont inutiles. C’est vrai en partie, mais organiser un événement culturel en milieu hospitalier dépasse la relation vous/hôpital/patient : d’une part parce que la médiatisation de cette collaboration entraîne une généralisation de la prise de conscience des conditions culturelles en milieu hospitalier et d’autre part parce que ces événements peuvent être les médiateurs de vos sponsors et des hôpitaux, dans le sens d’une ouverture bilatérale de l’un et de l’autre.

Nous vous conseillons donc de lancer une recherche de sponsors, avec, par exemple, une orientation vers les magasins de jouets, les ballons imprimés, les costumes, les décors, les vêtements, etc.
Ils pourront vous apporter un soutien en nature qui sera l’heureuse occasion de jouer au père Noël de temps à autre…

Pour plus de renseignements vous pouvez contacter le Bureau d’Aide Humanitaire à l’Ecole Supérieure de Gestion
25, rue Saint Ambroise 75011 Paris
Tél. 01 49 23 09 72
Fax. 01 40 21 59 07