Organiser un événement éco-responsable

Fiche pratique

La réussite d’un événement ne se mesure pas forcément au nombre de mégots et de cadavres de bouteilles jonchant le sol au petit matin. Les Vieilles Charrues ou la Technoparade l’ont bien compris en décidant de réduire leur empreinte écologique. Le pari : laisser un site aussi propre qu’un jardin anglais, mais également réduire au maximum les transports, imaginer une communication économe en matières (papier, encres…), diminuer la production de déchets, etc. Voici quelques conseils pour mettre vos évènements au vert.

 


1/ Partir du bon pied

CHOISIR LE SITE ADÉQUAT

Un site accessible

Oubliez les auberges coincées entre deux routes de campagne au beau milieu de la Creuse. C’est très bucolique, mais moins votre site est accessible, plus vous obligerez vos hôtes à se déplacer en véhicules individuels : voiture, moto… Or qui dit périples motorisés dit émissions de gaz à effet de serre nuisibles à la planète. Privilégiez les lieux proches de votre public et/ou accessibles en transports en commun.

En pleine nature : évitez les milieux sensibles

Parfaite pour une sortie naturaliste, la prairie bordée d’une rivière et parsemée de fleurs rares est à éviter si vous invitez une centaine d’étudiants déchaînés. Outre les dommages causés à la pelouse et au cours d’eau, les décibels échappés des enceintes ont tendance à faire fuir la faune. Avant de jeter votre dévolu sur un site, vérifiez donc qu’il n’est pas un lieu naturel protégé auprès du Conservatoire du patrimoine de votre région. Contactez également les associations écologiques locales : Ligue pour la protection des oiseaux, Les Amis de la Terre, France Nature environnement… Elles s’assureront, avec vous, que le lieu ne recèle pas quelques espèces protégées.

 

En intérieur : visez les bâtiments éco-respectueux

À défaut de louer un local HQE (Haute qualité environnementale, www.assohqe.org), vérifiez que certains éléments sont éco-respectueux. Première destination : les toilettes. Assurez-vous que les WC sont équipés d’une double chasse et de robinets à arrêt automatique. Fuyez les lieux surchauffés en hiver (pas plus de 19°) et hyper climatisés en été (pas moins de 24°). Enfin, le bâtiment doit vous permettre de profiter au maximum de la lumière naturelle et disposer d’un local pour le tri des déchets.

Que l’université vous réserve des salles ou que vos moyens financiers ne vous permettent pas de faire les difficiles, vous n’aurez pas toujours le loisir d’exiger ces infrastructures. Reste quelques gestes simples pour customiser les lieux : équiper les lampes d’ampoules basse consommation, couper le chauffage, aérer en été, limiter la consommation des appareils électriques, par exemple en n’explosant pas le quota de décibels quand vous branchez la sono…

 

SOULAGEZ LA PLANÈTE
En pleine nature ou dans un local mal équipé en sanitaires, n’hésitez pas à faire installer des toilettes sèches. Louables pour des sommes modiques, elles vous permettront de proposer des WC propres et écologiques grâce aux économies d’eau, mais aussi car leur « contenu » est transformé en un compost riche pour la terre. Pour en savoir plus : www.ecotoilettes.net

DONNER L’EXEMPLE

Difficile de promouvoir un événement vert si votre association n’adopte pas elle-même un comportement exemplaire. Avant de lancer les hostilités, prévoyez un petit briefing avec l’équipe pour vous fixer des règles : privilégier les échanges par mail et, lorsque cela n’est pas possible, imprimer en qualité brouillon, recto-verso et recycler le papier ; grouper vos déplacements afin de limiter les transports, etc.

Le site choisi et votre organisation éco-conceptualisée, vous pouvez vous lancer dans la mise en place de l’événement. Petit voyage dans le monde fascinant des fournisseurs bio et de l’offre écologiquement responsable.

2/ Penser sa logistique

LES TRANSPORTS

Promouvoir les transports en commun

Trains, bus, cars sont les solutions les plus économes en émissions de gaz à effet de serre. Pour vanter leurs mérites auprès de vos invités, faîtes appel à leurs bas instincts matériels : la SNCF propose des billets à tarifs réduits pour les groupes. Version courageuse, vous pouvez acheter des billets « congrès » (valables pour les festivals) à moins 20 % et les revendre aux participants. Version « faut pas abuser », vous signalez sur votre site que les groupes de plus de dix personnes peuvent obtenir jusqu’à 75 % de remise et proposez aux inscrits d’acheter leurs billets en commun.

La gare est très éloignée du site ? Prévoyez des cars. Si des bus desservent déjà ce parcours, appelez les compagnies en leur demandant si elles peuvent affréter quelques véhicules en plus, qui, vous le jurez, seront pleins à craquer. Vous pouvez également faire appel à une société privée (coordonnées auprès de la Mairie, des Chambres de commerce ou des Conseils généraux) et inclure le prix de la location dans la place ou dans vos demandes de subventions.

 

Organiser du co-voiturage

Vous n’avez pas suivi nos (judicieux) conseils pour choisir votre site et vous retrouvez perdu au milieu de nulle part, ne laissant aux participants qu’une seule solution : la voiture. Rassurez-vous, vous pouvez encore rattraper les choses en proposant, par le biais d’un forum Internet, de mettre ceux qui le souhaitent en contact afin qu’ils fassent le trajet ensemble. Si la conception d’un forum vous semble un exploit informatique, vous pouvez vous tourner vers les experts du secteur.

 

En dernier recours, proposer de compenser

Compenser, c’est financer des projets économes en carbone afin de réduire ailleurs les émissions dûes à vos comportements peu écologiques. Il ne s’agit pas de s’acheter une bonne conscience : cette alternative n’a de sens qu’à condition de faire des efforts personnels à côté ! Des sites comme www.actioncarbone.org, www.co2solidaire.org ou www.climatmundi.org calculent vos dépenses en CO2 et y associent une somme équivalente.

Un aller-retour Paris-Marseille en avion coûtera, par exemple, entre 5 et 10 euros selon les sites. Lesquelles sommes seront investies dans des projets de développement propre, pour la plupart dans les pays du Sud. Même s’il n’est pas sûr que des étudiants fauchés feront le sacrifice de ces quelques deniers, expliquer le concept et proposer un lien vers ces sites peut être un bon moyen de notifier aux participants que leurs choix de déplacements ne sont pas anodins.

 

L’ÉCO-COMPARATEUR
Pas le temps, l’envie, la motivation de gérer les transports de vos invités ? Proposez au moins un lien vers l’éco-comparateur de la SNCF qui permet de calculer le trajet le plus économe en émissions de CO2. En savoir plus : www.voyage-sncf.com

LE BUFFET

À boire et à manger

Acheter des denrées cultivées ou fabriquées près du lieu de l’évènement évite un parcours du combattant nocif pour la planète : transports, stockage dans des chambres froides… Pain, fruits, légumes, jus de fruit, vin : tout ce qu’il vous faut pour dresser un buffet se trouve bien souvent dans les 50 kilomètres environnants. Adressez-vous à des producteurs locaux via les Chambres d’agriculture ou le réseau des AMAP (Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne).

Pour le thé et le café, peu produits en France, tournez-vous vers les labels de commerce équitable. Max Havelaar, Artisans du monde ou Lobodis accepteront peut-être de vous offrir de quoi réchauffer la salle si vous leur expliquez votre démarche militante et associez leur logo à votre évènement.

 

La vaisselle

Les couverts en plastique (surtout les gobelets) sont l’une des principales sources de déchets dans les évènements festifs. Abandonnés dans la nature, ils mettent de 100 à 1 000 ans pour se décomposer. Afin d’éviter cette pollution, optez pour de la vaisselle à usage multiple (couverts en plastique et en amidon, lavables en machine) ou compostable et biodégradable. La société Biosylva propose toute une gamme de produits, de l’assiette au sac poubelle recyclable, pour contenus froids ou chauds. Les prix sont, certes, plus élevés que de la vaisselle classique, mais le tout est réutilisable et bien plus économique pour la planète.

LES STANDS

Évitez de faire voyager chaises et bureaux à travers la France dans un gros camion polluant. Si vous souhaitez du matériel solide, louez-le sur place. Vous pouvez également construire vous-même vos stands en utilisant des matériaux recyclables et écologiques comme le carton (http://camillecarton.free.fr). Pour des espaces un peu plus pro, vous pouvez contacter Natexpo, le Salon des professionnels du bio : ils proposent des stands écologiques sur mesure à leurs exposants qu’ils pourront peut-être vous prêter moyennant un partenariat.

LA COMMUNICATION

Une bonne communication ne passe pas forcément par une pléiade d’impressions. Faites la part entre ce qui peut être communiqué via Internet (invitations, dossiers et communiqués de presse, annonce de l’événement, etc.) et ce qui doit absolument être imprimé : quelques affiches et flyers, la signalétique et, éventuellement, des badges pour les participants.

Évaluez au plus juste le nombre d’impressions : inutile de faire imprimer 500 badges alors que vous savez pertinemment que vous ne serez pas plus de 200.

Assurez-vous que l’imprimeur auquel vous vous adressez est bien détenteur du label Imprim’vert, qui garantit qu’il ne rejette pas de substances toxiques dans l’atmosphère. Demandez à ce que vos impressions soient réalisées sur papier éco-labellisé, vérifiez que les fibres proviennent de matières recyclées ou de forêts gérées durablement, et que l’encre utilisée est végétale.

Surtout, n’oubliez pas de préciser sur vos documents de communication à quel point la promotion de votre événement, et l’événement lui-même, sont éco-responsables. Non seulement cela donnera des idées aux participants souhaitant organiser des projets identiques, mais vous pourrez, en plus, en retirer une certaine publicité auprès des médias, des subventions de la part d’organismes sensibles à ces questions et / ou souhaitant associer leur nom à des « petits jeunes aussi éthiques », ainsi que la reconnaissance des riverains ravis de vous voir prendre soin de leur environnement.

Vous avez tout en main pour organiser un événement dont la faible empreinte écologique ferait pâlir d’envie une communauté hippie. Reste à convaincre les participants de jouer le rôle des chevelus.


3/ Sur place, tout reste à faire

LE TRI DES DÉCHETS

Mettre des poubelles bleues, jaunes, vertes à disposition, c’est bien. Mais ça ne suffira pas à empêcher les déchets sauvages. Première chose, donc, communiquer largement sur le tri sélectif et signaler abondamment et visiblement les poubelles. Sur chacune, notez clairement ce qu’elle peut accueillir afin que les participants trouvent la bonne case sans trop faire travailler leurs méninges embués.

Pour éviter que les gens utilisent un gobelet différent chaque fois qu’ils veulent se désaltérer, mettez en place un système de consigne. Chacun paye le premier verre un euro plus cher, ce qui inclut le prix du gobelet. Il pourra payer les boissons suivantes au prix normal, à condition qu’il revienne avec sa timbale, et pourra récupérer ses deniers en fin de soirée s’il ramène son gobelet. Enfin, si vous vendez des canettes en aluminium, équipez-vous d’un compacteur qui vous permettra de gérer directement ce déchet. La société CKFD les loue, au cas par cas, aux organisateurs d’évènements pour un forfait d’environ 350 euros pour un mois.

SENSIBILISER PENDANT L’ÉVÉNEMENT

Votre événement se veut écologiquement responsable. Vous l’avez martelé pendant l’organisation, redit lorsque chacun s’est inscrit, appuyé quand ils sont arrivés. C’est le moment de leur expliquer pourquoi vous avez entamé cette démarche et, dans la foulée, de leur apprendre quelques gestes utiles qu’ils pourront mettre en pratique durant la fête, mais également en rentrant chez eux.

Proposez quelques stands de sensibilisation avec des animations sur le tri des déchets ou le calcul de l’empreinte écologique, des dépliants rappelant les éco-gestes… Le Défi pour la Terre a également édité un livret « Éco-cool » recensant les bonnes pratiques des festivaliers que vous pourrez distribuer.

Pour réaliser cette sensibilisation, faites appel à des ONG instituées, à des associations étudiantes de votre université ou de la région qui ont l’habitude de mener ce type d’actions. Vous pouvez également vous exercer au dur métier de sensibilisateur, mais n’oubliez pas, tout de même, de profiter un peu de l’événement que vous avez si brillamment et écologiquement organisé !

 

L’HEURE DU BILAN

Combien de festivaliers ont pris des transports en commun, combien sont venus avec leur véhicule personnel ? Quel volume de déchets a été trié ? Pour le savoir, envoyez, quelques jours après l’évènement un questionnaire par mail aux participants. Vous pouvez également réaliser le bilan carbone de votre événement. Le REFEDD vous présente les démarches à effecteur dans ce guide pratique.

Ce bilan vous aidera à évaluer votre organisation et à faire mieux… La prochaine fois !