Organiser une exposition

Fiche pratique

Monter une exposition n’est pas tout à fait aussi simple que d’aligner des photos de vacances sur le mur du salon. C’est pourquoi cette fiche pratique s’attaquera comme son nom l’indique, aux aspects techniques d’une telle entreprise. Tout cela afin que votre fibre artistique et vos neurones en ébullition puissent s’exprimer librement, loin des tracasseries matérielles !


1. Une exposition en forme

On a dit qu’on ne donnerait pas de conseils artistiques, et nous allons tenir parole ! Pour les néophytes de l’exposition, voici néanmoins quelques tuyaux pour aborder le premier vernissage.

UNE EXPO = UN THÈME

Votre exposition doit être conçue de manière à ce que le message que vous souhaitez faire passer soit aisément compréhensible. Il est donc important que vous vous interrogiez non seulement sur ce que signifient vos œuvres, mais également sur la manière de les agencer. Comme pour une composition écrite, fixez un angle puis déroulez votre sujet selon une logique définie. Le but : que tous les objets exposés soient liés. Si le fil conducteur ne vous paraît pas facilement identifiable, vous pouvez choisir de commenter vos œuvres ou de les illustrer à l’aide d’un fond sonore, qui permettra de donner des pistes de lecture aux visiteurs.

 FOTOMEXCABIA

Le projet Fotomexcabia, mené par Jean-Félix Fayolle de l’association Kouakilariv’, a bien ciblé ses sujets. À l’issue d’un reportage photo de 5 mois ponctué d’ateliers participatifs en Colombie, au Nicaragua, au Salvador, au Mexique et au Guatemala, plusieurs expositions ont vu le jour. L’une est consacrée au quotidien en images de jeunes de plusieurs gangs de quartiers, dont la Mara 18 et le MS 13 au Salvador, rendus célèbres par le film « La vida loca ». Une autre met en parallèle un quartier populaire de Grenoble (la Villeneuve) et un quartier populaire de San Luis Potosi au Mexique (Pavon). Une troisième dresse 33 portraits de jeunes rencontré.e.s lors de son périple. Pour les autres, de la situation des indigènes Emberas en Colombie, totalement oubliés et vivant au cœur du conflit armé, aux portraits d’enfants ou clichés de paysages sur la route, il a fait, à chaque fois, le choix d’une « lorgnette » par laquelle présenter son exposition.

DEHORS LES COMPLEXES

Par ce qu’elles expriment, les œuvres exposées auront vocation à sensibiliser le public autour des questions qui vous sont chères.

Mais doit-on forcément renoncer à monter une exposition sous prétexte qu’on ne se sent pas l’âme d’un Cartier-Bresson ? La réponse est, bien évidemment, non. Si la succession de photos de voyage sans fil rouge est à bannir, l’art se trouve en toute chose, même dans des objets au premier abord banals. Par exemple, si les dessins exposés ont été réalisés par une catégorie de population en particulier, dont votre exposition veut parler, cela se défend, pour peu que vous l’ayez bien pensé en amont.

Il existe de très nombreuses expositions ajoutant une part d’écrit au visuel. Elles se présentent souvent sous forme de panneaux alliant des photos ou dessins et des éléments écrits donnant des axes de débat et de réflexion plus concrets. Très pédagogique, ce type d’événements est parfait pour sensibiliser un public non averti.

Attention cependant à ce que vous écrivez, lorsque le sujet est pointu. Dans le doute, ayez toujours le réflexe de faire relire vos panneaux par des experts avant de les exposer au grand public. Si l’aspect écrit ne vous convient pas, vous pouvez tout à fait vous pencher vers d’autres modes de communication : diffusion simultanée d’un documentaire audio, visites guidées assurées par des membres de votre association…

FAIRE OU EMPRUNTER ?

Si vous ne vous sentez pas de réaliser vous-même des panneaux d’exposition ou un travail artistique, reste la solution de l’emprunt. Plusieurs structures travaillant sur votre thème de prédilection proposent peut-être de prêter gratuitement des éléments.

FIGÉ OU MOUVANT ?

Finie l’époque où il était strictement interdit de toucher les œuvres et où chacun.e se mettait à la queue-leu-leu pour observer, pendant les cinq minutes réglementaires, la peinture dignement accrochée au mur. Désormais, on touche, on palpe, on vit l’œuvre afin de mieux la comprendre. De nombreux musées et artistes tentent de mettre le visiteur en situation afin de lui faire mieux ressentir le propos de l’exposition : parcours du réfugié reconstitué façon « l’expo dont vous êtes le héros », cellules en tailles réelles pour sensibiliser à l’univers carcéral, intégration de films ou parcours sonores au milieu d’ œuvre s figées… Il s’agit là bien sûr d’une option à laquelle vous pouvez, ou non, adhérer mais qui a au moins le mérite de procurer des émotions fortes au visiteur. Un atout pour sensibiliser à l’étrangeté de l’être, et a fortiori à toute cause dont au départ le public pourrait n’avoir que faire. En un mot, permettre à des personnes qui ne les ont pas vécues de ressentir des injustices, des réalités présentes sur notre planète dont il est important de se sentir partie prenante.


2. Une exposition en pratique

Nous en arrivons à ces fameuses considérations matérielles et techniques, qui sont le ciment d’une mise en scène rendant justice à la création artistique. On va donc faire vite et bien, pour vous faciliter la tâche.

CHOISIR LE LIEU DE L’EXPOSITION

C’est évidemment la première démarche, primordiale et inévitable, à moins que vous n’ayez envie d’exposer dans votre chambre. L’avantage d’une exposition, c’est qu’elle n’a pas forcément vocation à se dérouler dans une pièce carrée. Des marches d’escalier, un couloir, voire des images habilement réparties sur l’ensemble d’un bâtiment peuvent même parfois permettre de donner plus de vie à votre affichage.

À qui m’adresser pour trouver un lieu adéquat ?

  • Votre université, en premier lieu, dispose certainement de locaux pour de tels projets.
  • Il peut néanmoins être intéressant de sortir des murs de la fac pour que votre exposition touche un public plus large. Renseignez-vous auprès des bars, galeries, lieux associatifs, théâtres, médiathèques, mairies de votre région qui pourraient proposer à de jeunes artistes d’afficher leurs compositions.
  • Vous pouvez également vous adresser aux délégations locales des associations et institutions travaillant sur votre thème de prédilection. Si elles-mêmes ne disposent pas de locaux suffisants, elles pourront peut-être vous orienter vers des lieux culturels pouvant accueillir votre manifestation.

Au moment de choisir l’endroit où vous exposerez, veillez à quelques détails qui ont leur importance. Car si l’endroit n’a pas forcément à être spacieux, il doit au moins permettre aux visiteur.se.s de prendre leur temps devant chaque œuvre sans que cela crée des embouteillages jusqu’à la porte d’entrée.

La lumière doit ainsi être suffisante pour que les amateurs ne s’estropient pas les pupilles en déchiffrant les photos. Si vous envisagez un éclairage spécial, assurez-vous que la salle est à même de vous le fournir (prises électriques, fenêtres…).

Idem pour les attaches : quand vous visitez les lieux de votre future exposition, demandez-vous toujours où et comment vous pourrez installer les différents éléments. Et profitez en pour demander au propriétaire s’il est d’accord : tous ne sauteront pas forcément au plafond à l’idée de vous voir épingler, agrafer ou scotcher vos œuvres sur leurs précieux murs. Lorsque le lieu devient trop bruyant ou trop sombre pour une exposition digne de ce nom, projeter les images sur un écran est encore le moyen le plus sûr de leur rendre hommage.

À titre d’exemple, voici trois lieux d’exposition testés par le projet Mexcabia (voir encadré plus haut), avec leurs avantages et leurs inconvénients. Même si cela concerne un autre continent, les principes sont facilement transposables en France.

L’école du quartier

Au Salvador, l’exposition est venue clore un atelier photo d’une semaine impliquant les élèves. Avantage : les jeunes ont pu profiter d’un événement calme et sans accrocs alors que la rue est d’ordinaire pour eux un environnement urbain peu sécurisé. Après avoir sélectionné une cinquantaine de photos, ils ont monté leur exposition sur une journée, et se sont vu remettre un diplôme pour clôturer l’atelier. Inconvénient : l’exposition était peu ouverte sur l’extérieur, n’ayant pu se tenir que sur une journée et dans une enceinte protégée.

La place du marché

Dans le quartier populaire de Pavon au Mexique, l’atelier photo s’est conclu par une exposition sur la place principale un samedi, jour de grande affluence. Cinq grandes bâches en plastique blanc sur lesquelles étaient collées les photos plastifiées ont été disposées, à la portée du regard des nombreux.ses habitant.e.s venus faire leurs courses. L’expo se déroulant en terrain neutre, les membres de différentes bandes de la ville sont venus, le photographe les ayant au préalable invités à passer. « J’ai vu ma photo » , « Pourquoi tu n’as pas mis la mienne ? », les jeunes ont ainsi pu observé leurs clichés et ceux d’autres bandes qu’ils connaissaient, mais qu’ils n’avaient jamais vues à travers l’objectif. Avantage : la mixité des publics est atteinte. Inconvénient : l’éparpillement du public.

Le centre culturel de la ville

Le centre des arts à San Luis Potosi au Mexique a sollicité le porteur de l’exposition pour monter avec lui un projet impliquant les habitants des quartiers de la ville, ne sachant pas réellement comment s’y prendre pour toucher ces publics. Avantage : l’envergure prise par le projet grâce à un tel soutien. Inconvénient : les lourdeurs administratives et les barrières de l’élitisme à dépasser !

ASSURER SON EXPOSITION

Dans la plupart des salles, il est obligatoire de souscrire une assurance « responsabilité civile » couvrant les dégâts matériels occasionnés à la salle et les dommages causés aux personnes. Pensez à faire les démarches nécessaires au plus vite : l’attestation peut en effet être une condition sine qua non pour louer une salle ou du matériel. Le délai entre la demande d’affiliation et la réception de l’attestation est d’environ une semaine.

Pour les expositions empruntées, il vous sera généralement demandé une caution qui ne sera débitée que si vous endommagez des éléments. S’il s’agit de votre exposition et que certains éléments ont de la valeur (encadrement coûteux, attaches, matériel…), vous avez intérêt à souscrire une extension « tout risque matériel » pour vous couvrir en cas de vol ou de détérioration. Le prix de cette extension dépend de la valeur de votre matériel et de la durée de l’exposition mais le tout excède rarement les 20 euros.

L’APAC, service assurance de la Ligue de l’enseignement, propose une affiliation spéciale « Associations étudiantes » au tarif de 80 euros par an. Pour en savoir plus, www.etudiants.laligue.org

COLLECTER QUELQUES DENIERS

Vos frais devraient rester dans la limite du raisonnable, les ressources proposées étant majoritairement gratuites ou peu chères. Il est néanmoins certain qu’un tel événement pourrait vous demander quelques dépenses : buffet (solidaire), documents de communication, tirages photos, encadrement, assurance.

Si votre association ne peut assurer ces frais, passez au système D. De nombreux clubs photos, associations d’artistes, mais aussi magasins spécialisés accepteront peut-être de vous aider gratuitement ou pour des sommes modiques si vous leur expliquer la nature de votre projet… Et que vous leur promettez d’apposer leur logo sur vos documents de communication. Si vous souhaitez organiser un buffet le jour du vernissage, demandez à la structure qui vous accueille si elle accepte de le prendre en charge. Sollicitez également des contributions en nature de la part de structures travaillant sur votre thématique ou avec le public ciblé (université, lycée, mairie…). Enfin, s’il s’agit d’adultes, vous pouvez demander aux visiteurs une participation symbolique ou libre : à moins de 5 euros, vous rentrerez dans vos frais sans décourager les spectateurs.

ZOOM SUR UN OUTIL POUR VOS EXPOS TOUT TERRAIN
L’association Sztukart à Grenoble (qui organise le festival « L’idée du Bonhomme » et accompagne les artistes de la région) a fait le constat « qu’il existe très peu de salles d’expo intermédiaires, c’est-à-dire de lieu se situant entre le bar restau et le musée et permettant aux artistes d’exposer leurs œuvres ». Seule solution, le système D, s’arranger avec des structures publiques disposant de lieux qui ne sont pas a priori des lieux d’exposition. Mais comment organiser une exposition temporaire dans un gymnase où a lieu un concert, sans que ce soit sur une grille d’expo cradingue noyée sous les gradins ? 

Sztukart a bricolé une structure déplaçable : 40 panneaux autoportés et auto-éclairés de 2,25m x 1,25m, qui permettent de transformer n’importe quel espace en véritable lieu d’exposition. Des cloisons immenses en bois, couvertes de peinture blanche, permettent à l’artiste de peindre à même le support s’il le souhaite. Son œuvre sera ensuite recouverte à la peinture blanche pour la prochaine utilisation. Ces 40 panneaux s’accrochent les uns aux autres, et comportent au dessus de chacun 40 toits détachables encastrant des circuits électriques intégrés : deux spots orientables de 30 watts, que l’on peut éteindre à l’unité, la lumière permettant de créer une autre ambiance. Un petit bijou qu’il faut néanmoins transporter en camion, et qu’on met une heure à décharger. Si vous souhaitez bénéficier de cette structure mobile pour vos expositions et profiter des conseils de Sztukart pour la mise en place de votre manifestation, contre participation aux frais, contactez l’association. Association SZTUKART Tél. +33 (0)6 27 08 68 04Fax. +33 (0)4 76 07 50 83

projet@sztukart.com


3. Une exposition en vedette

Il est temps de faire parler de vous et de vanter les mérites de votre exposition auprès du public en faisant de la com’

VOUS FAIRE CONNAITRE

Dès que vous connaissez la date et le lieu de votre exposition, lancez la communication sur internet en annonçant les informations sur votre site et vos comptes sur les réseaux sociaux et sur les murs de l’université !

Vous trouverez des conseils et des outils dédiés à la communication sur les réseaux sociaux dans la fiche pratique « Faire connaître son association sur les réseaux sociaux » disponible ici.

Réalisez des affiches ou flyers qui vous permettront de signaler l’événement. Pas besoin de les imprimer en couleur sur papier glacé, mais pensez à soigner la présentation : une communication attrayante est très importante, surtout lorsqu’il s’agit d’une manifestation artistique. Si vous voulez faire des économies, effectuez votre affichage et votre diffusion dans des endroits stratégiques, afin d’atteindre le public visé : bars et universités s’il s’agit d’étudiants, associations culturelles et lieux d’expositions si vous voulez toucher un public amateur d’art…

À cette campagne d’affichage, vous pouvez ajouter un mailing auprès des associations de votre connaissance, mais aussi auprès des structures travaillant sur vos sujets et des médias locaux. Une semaine avant le début de votre exposition, sonnez le rappel de tous ceux qui se sont dits intéressés par cette manifestation.

ORGANISER UN ÉVÉNEMENT DE LANCEMENT

S’il est important que le public se déplace tout le temps que durera l’exposition, il est également nécessaire de prévoir un vernissage pour en marquer les débuts. Ce sera l’occasion de rencontrer vos visiteur.se.s et de leur expliquer votre démarche. Le vernissage permet également de remercier les partenaires qui vous ont soutenu, financièrement et matériellement. Enfin, il vous permettra de peaufiner vos relations avec les médias qui auront accepté votre invitation.

Réfléchissez-y à deux fois au moment de lancer les invitations afin de n’oublier personne : un manquement envers les partenaires traditionnels de votre association, ou ceux spécifiquement dédiés à ce projet, pourrait vous causer quelques tracas.

Qui dit vernissage dit au minimum buffet. Personne ne s’attend à du Dalloyau pour une manifestation étudiante, mais veillez tout de même à présenter le tout joliment et de manière accessible. Pour les horaires, choisissez de préférence le début de soirée, entre 18h et 19h30, afin de ne pas vous priver de ceux qui travaillent sans pour autant frustrer ceux qui ont des obligations par la suite.

ET APRÈS ? 

Tout cela ne signifie pas, bien entendu, que vous avez le droit de vous désintéresser de l’exposition une fois le vernissage passé. Pensez à prévoir quelques plaquettes expliquant le projet et le contenu de l’exposition pour les visiteur.se.s qui ne pourraient pas bénéficier de vos explications en direct. Il sera également bienvenu d’organiser des « tours de garde » entre les membres de votre association afin que le public puisse se tourner vers une personne référente en cas de question.

Enfin et surtout, pensez à tirer un bilan de cette expérience. D’abord pour vous et votre association, car un tel projet mérite d’être mis avantageusement en valeur dans votre prochain dossier de présentation. Ensuite pour vos partenaires qui, grâce à l’envoi d’un compte-rendu, seront tenus informés de l’écho obtenu par votre manifestation. N’oubliez donc pas de prendre des photos, de tenir un livre d’or pendant l’exposition… En bref, pensez à tout ce qui vous permettra, par la suite, de rendre compte de votre projet.

Pour finir, songez également à informer les centres de ressources et associations que vous aurez pu rencontrer que vous mettez votre exposition à disposition.


4. Les ressources pour organiser une expo photo

Photographie.com. Le magazine de la photographie propose des newsletters, des actus sur les expos, un agenda, des bourses… www.photographie.com

Actuphoto.com. L’actualité photo, les photographes, les expositions, les concours photo, l’annuaire, les entretiens et toutes les news, c’est ici ! www.actuphoto.com

Photography-now.com. La plateforme internationale en ligne de photographie et d’art vidéo. www.photography-now.com

Étudiants et Développement met gratuitement des expos à disposition des associations membres du réseau. Pour les non-adhérent.e.s, et sous réserve de disponibilité, il faut compter 20 euros de frais de location. www.etudiantsetdeveloppement.org

L’Union des photographes professionnels. La plateforme propose des outils pratiques aux photographes tels qu’un annuaire, des conseils juridiques et une documentation détaillée. www.upp-auteurs.fr

Le must avec les expos, c’est encore d’en voir ! De nombreuses galeries et lieux culturels d’excellence proposent des expositions gratuites, profitez-en ! Consultez également les sites et magazines spécialisés.