Organiser une soirée européenne (sans porter la cravate)

Fiche pratique

Ah, l’Europe ! Ses délégués en costumes trois pièces et tempes grisonnantes, ses textes de lois abscons, ses institutions à tiroirs… Pas de quoi exciter l’imaginaire d’une jeunesse en mal d’action. Et pourtant, l’Europe a toujours fait partie de notre quotidien. Nous voyageons, payons, mangeons, parlons et votons européen. Et si votre association se faisait, le temps d’une soirée, l’ambassadrice de cette Europe du cœur et du vécu ? Mode d’emploi.


1. Trouver une bonne raison de fêter l’Europe

Prévoir des temps forts pour « vivre l’Europe » ne permettra pas forcément aux institutions de l’Union de trouver soudainement grâce aux yeux de la jeunesse. Ces moments ludiques peuvent néanmoins être l’occasion d’amorcer un travail de désape consistant à démontrer que, oui, on peut parler d’Europe sans ressentir une furieuse envie de piquer du nez.

CHOISIR UNE DATE

Votre mission : trouver une date européenne symbolique pour « justifier » votre événement. L’avantage : vous ne serez pas le seul à vous intéresser à l’Europe ce jour-là. Vous pourrez, par conséquent, espérer avoir plus d’écho à la fois auprès des invités et éventuels intervenants que vous solliciterez, mais aussi auprès des médias locaux et nationaux, bien plus enclins à relayer votre événement.

Cette date, vous pouvez la piocher parmi les nombreux anniversaires ponctuant la construction européenne. Les 50 ans du Traité de Rome, le 25 mars 2007, ont par exemple fourni un prétexte à Animafac pour organiser une quinzaine de soirées à travers toute la France.

Pour des évènements moins formels, vous pouvez également profiter des dates qui marquent la vie de votre campus : départ et arrivée des étudiants Erasmus, fêtes nationales de pays particulièrement représentés dans votre université…


2. Trouver un bon concept

Bien sûr, on pourrait imaginer un débat sur le décret L.0024 régulant la commercialisation des cintres en bois dans la zone de Schengen. Néanmoins, l’idée de soirée implique que vos invités soient là pour s’amuser. Ce qui ne doit pas vous empêcher d’en profiter pour leur inculquer quelques notions sur l’Europe, voire pour raviver leur flamme citoyenne. Voici quelques propositions d’animations pour permettre à l’Union de faire partie de la fête.

METTRE LA CULTURE EN COMMUN

Le meilleur moyen de se sentir européen, c’est encore d’apprécier et d’adopter quelques-uns des modes de vie de nos voisins européens. Pas trop désagréable quand il s’agit de s’initier aux plaisirs de la table et de la lecture…

Carte postale gourmande

De la « délicatesse » belge (comprendre une saucisse de la taille d’un barreau de chaise) au fromage français, en passant par le rollmops hollandais, les européens regorgent de recettes culinaires aussi étranges que variées. Une soirée « dégustation », où chacun ramène les spécialités de sa région, agrémentée d’échanges de tuyaux de cuisine reste un concept de rassemblement qui, bien que légèrement éculé, fait toujours recette.

L’AEGEE Lyon (Association des états généraux des étudiants d’Europe) a un peu rénové le concept en organisant des « switching table ». L’idée : des équipes en binômes préparent l’une des composantes du repas : entrée, plat ou dessert. A partir de 19 heures, les binômes « entrée » accueillent chez eux un autre binôme pour qu’ils dégustent leur création ; à 21 heures ils se rendent à leur tour chez un « binôme plat » (différent du premier, cela va de soi) ; à 22 heures ils partent rencontrer le « binôme dessert ». Si vous suivez bien, chaque « couple » aura rencontré six personnes dans la soirée, et même un peu plus, la « switching table » s’achevant traditionnellement dans un bar avec tous les participants.

Bourse aux livres

Si chacun de nous peut citer au moins un plat et une boisson venant des 25 pays de l’Union, le pari n’est pas évident lorsqu’il s’agit de littérature contemporaine. Pourquoi ne pas proposer à chacun de venir muni d’un livre européen qu’il a apprécié ? Si la taille et la forme de la soirée le permettent, cet échange peut déboucher sur une table ronde durant laquelle chacun expliquerait en quelques minutes ce qui lui a plu dans le livre.

Si les convives sont trop nombreux, laissez les discussions se faire de manière informelle. Petite précision : pour ne pas frustrer les vocations littéraires de certains, pensez à demander des versions accessibles pour tous (anglais et français notamment). Jouer à apprendre Préparez un jeu pour distraire leur attention, casez deux ou trois éléments de réflexions qu’ils ingurgiteront sans même s’en rendre compte, agitez un coup en les faisant danser et, au matin, vous aurez obtenu de parfaits européens convaincus… !

Le quizz à l’anglaise

« Je suis un jeu qui se pratique traditionnellement le dimanche soir dans les pubs anglais, se joue en équipe et permet de gagner des bouteilles de champagnes en répondant correctement à un maximum de questions, je suis, je suis… ». C’est trop facile, on vous a déjà donné la réponse au début du paragraphe.

Comme vous l’avez sans doute compris, le quizz à l’anglaise se compose d’une multitude de questions articulées autour de différentes thématiques : cinéma, sport, politique, institutions européennes, etc.

En début de partie, des feuilles vierges sont distribuées aux équipes participantes (de 3 à 6 personnes). Un animateur pose les questions et laisse un temps égal à chacun pour écrire sa réponse (les textos à des connaissances sachant taper très vite sur Internet sont prohibés, mais cette règle n’est malheureusement que très rarement respectée). Le jeu se divise généralement en deux ou trois rounds à l’issue desquels les premiers résultats des équipes sont annoncés et une pause accordée aux participants. A la fin de la partie, l’équipe gagnante reçoit un prix, généralement une bouteille de champagne. Si votre association a les moyens, vous pouvez même penser à récompenser les trois premiers, histoire de faire plus d’heureux.

L’avantage du quizz est qu’il permet de faire jouer toute la salle, pendant un temps assez long et sans trop gêner les conversations, voire en les favorisant.

Le Time’s up

Le Time’s up (traduire : le temps est fini) consiste, dans un premier temps, à écrire des noms propres (européens, ça va de soi) sur des bouts de papier.

Lesdits papiers sont plongés dans un saladier ou une bassine, peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Deux équipes de cinq personnes environ s’affrontent. A tour de rôle, un membre de chaque équipe doit faire deviner le maximum de noms propres à son équipe en un temps limité (30 secondes en général).

La partie se divise ensuite en trois manches. Première manche : les joueurs peuvent utiliser tous les mots, mimes ou autres moyens de persuasion à leur disposition pour que leur équipe comprenne l’identité écrite sur le papier. La manche se termine lorsque toutes les cartes ont été jouées. Pour la deuxième manche, on remet les mêmes papiers dans le saladier : les participants doivent à nouveau faire deviner les noms propres, mais en utilisant cette fois seulement trois mots. Troisième manche : plus un mot, les mêmes noms sont à deviner uniquement à l’aide de mimes.

Le Time’s up se joue avec moins de participants que le quizz : à plus d’une dizaine de personnes, le jeu devient difficile à gérer. Il dure également moins longtemps, ce qui peut permettre de faire différentes parties, selon les heures d’arrivée des différents invités.

Ces exemples de divertissements ne sont bien sûr pas exhaustifs et rien ne vous empêche d’inventer vos propres jeux pour faire connaître l’Europe. Et si vous êtes en panne d’idées, n’hésitez pas à aller faire un tour sur le site de l’association de jeux « A quoi tu joues ».


3. Monter une bonne soirée

Vous avez une date, vous avez un concept. Reste à trouver un lieu et des invités pour le remplir.

CENT LIEUX DE LA FÊTE

Votre soirée présente plusieurs atouts dignes de convaincre le plus réfractaire des patrons de bar. Vous lui promettez, en premier lieu, de remplir et de faire connaître son espace à des étudiants, cosmopolites qui plus est, ce qui n’est jamais négligeable pour un commerçant souhaitant attirer une clientèle jeune. La soirée ne peut, par ailleurs, lui apporter que des bénéfices : en échange d’une entrée libre et d’un local réservé, toutes les consommations sont à son crédit.

Fort de ces arguments, vous pouvez vous consacrer au repérage de l’endroit le plus propice pour organiser votre soirée. Commencez par vous renseigner auprès de votre association sur les bars qui ont coutume d’organiser des soirées associatives, ceux qui sont très fréquentés par les étudiants, voire les cafés installés sur les campus universitaires. Choisissez un espace ni trop grand ni trop petit dans lequel vous pourrez accueillir le nombre d’invités souhaité sans pour autant perdre la maîtrise de l’espace. Préférez les lieux avec une seule salle, pour que tout le monde puisse se rencontrer et participer aux animations.

LANCER LES CARTONS

Si vous savez que votre sauterie pro-Union ne sera pas un pensum rébarbatif, vos futurs invités, eux, ont sans doute une vision peu folichonne de ce à quoi peut ressembler une soirée européenne. Il est donc important de communiquer sur l’aspect festif et ludique de la soirée : insistez sur les animations qui seront proposées et le caractère informel du lieu, prenez le contre-pied des objections possibles en affirmant d’emblée qu’il ne s’agit pas de refaire les institutions européennes.

Si vous avez la possibilité d’éditer des flyers, évitez les cartons trop institutionnels, misez sur un visuel et des polices pas trop académiques.

Pour vous éviter de courir dans tous les sens à la recherche de jeunes motivés, concentrez votre action. Allez dans les lieux, bars, quartiers, résidences universitaires rassemblant un grand nombre d’étudiants. Contactez les associations avec lesquelles vous entretenez des liens afin qu’elles relayent l’information sur votre soirée. Si vous n’en connaissez aucune, n’hésitez pas à pointer votre nez dans des forums associatifs ou maisons des étudiants afin d’en rencontrer.

Point important, enfin, pensez à inviter des européens. Car que serait une soirée de sensibilisation à la citoyenneté européenne sans quelques accents latins, germains ou anglosaxons ? Mais, me direz-vous, où rencontrer des européens ? Là encore, les associations menant tout au long de l’année des événements permettant la rencontre avec des étudiants européens peuvent être un bon relais pour votre soirée. Pensez également aux cités universitaires qui accueillent souvent de nombreux étudiants Erasmus. N’hésitez pas, enfin, à vous rendre dans les lieux d’activités culturelles traditionnellement fréquentés par les jeunes étrangers : cafés linguistiques, cours de théâtre en langue étrangère…

Ca y est, vous voilà officiellement ambassadeur de l’Union Européenne. Si d’aventures, ce rôle vous inspirait quelques nouvelles idées, réflexions ou anecdotes à partager, n’hésitez pas à nous en faire part !