Sensibiliser au handicap

Fiche pratique
Vous souhaitez agir pour sensibiliser à la condition des personnes en situation de handicap ? L’originalité de votre action n’aura pour limite que votre imagination, tant les moyens de sensibiliser un public donné sont divers : organiser des rencontres entre valides et non valides ; sensibiliser par le jeu, par une projection débat ou par les arts vivants à différents types de handicap ; alerter les pouvoirs publics sur une situation particulière ; encourager les innovations qui amélioreront le bien-être de tous (vêtements adaptés, plans de l’université en relief)… Dans votre université et hors du campus, avec une bonne dose d’humour pour parer aux coups durs, mode d’emploi pour que votre action soit une réussite.
1. Tenter une première approche
« L’un des obstacles les plus importants qui se dresse sur la route d’une personne en situation de handicap, ce n’est justement pas son handicap, mais la perception que cette personne et celles qui l’entourent peuvent en avoir », expliquait Lionel Hoffmann alors qu’il était vice-président d’Handisup Nantes. Parce que les préjugés ont la vie dure, parce que changer les mentalités se fait par petites touches, rien de tel pour aborder votre public qu’un événement permettant de provoquer la rencontre.
Un ÉVÉNEMENT AU SEIN DE LA fac
Pour rendre visibles les enjeux liés au handicap, vous pouvez par exemple organiser une journée portes ouvertes dans votre fac. Au programme : débats sur la loi du 11 février 2005 sur le handicap, témoignages, visite de votre fac à travers le regard d’une personne non-voyante ou en fauteuil roulant,
animations…
Pour appuyer votre démarche, vous pouvez inviter des associations spécialisées dans le handicap à intervenir : Handicap international, l’APF, l’UNAPEI, l’APAJH, FEGAPEI, l’UNAFAM…
Pour retrouver leurs coordonnées, rendez-vous à la fin de cette fiche.
Il vous sera normalement facile d’obtenir leur accord : ces associations
seront ravies de se faire connaître auprès du public étudiant. Une fois que vous aurez trouvé ensemble une date, définissez le thème de leur intervention.
Si vous choisissez d’inviter ces associations à tenir des stands d’information dans le hall de votre fac, inciter les passants à rester plus de deux minutes sur un stand s’avérera au moins aussi aisé que d’improviser un numéro d’équilibriste : les mouvements de va et vient et l’ambiance «métro parisien» sont peu propices à un échange approfondi… D’où la nécessité de bien préparer votre événement en amont. Des enseignements sur le handicap sont dispensés dans votre fac ? Mobilisez professeurs et étudiants et concoctez ensemble le programme de votre journée pour que le public soit au rendez-vous.
Un tel événement demande un gros travail de préparation et vous y prendre à la dernière minute risque de se révéler très frustrant. Il vous faudra donc commencer tôt et mobiliser du monde pour vous aider. La fac peut quant à elle vous assister techniquement : offrir les repas aux invités à midi, mettre à votre disposition des salles, du matériel (micros, vidéoprojecteurs, sono, chaises…)…
Une projection
En complément de votre journée ou en tant qu’événement à part entière, projeter des films expliquant les difficultés et défis relevés par les étudiants handicapés peut s’avérer un puissant moyen de bousculer les mentalités. Nationale 7, film sur la sexualité des handicapés en institution, avait ainsi été projeté lors de la journée portes ouvertes organisée par l’association CHE 93 à Paris 8, le réalisateur étant par ailleurs venu échanger avec le public après la projection.
Lors de vos projections, pensez à sous-titrer les films pour les malentendants : c’est rapide et peu coûteux. L’association audiovisuelle 1000 Visages, engagée pour la diversité et la mixité, sous-titre ainsi toutes ses productions.
Pour élargir votre public et éviter que seuls les individus concernés viennent, vous pouvez aussi organiser quelques séances dans des salles classiques, en dehors de la fac. Par exemple, en collaboration avec le cinéma l’Ecran à Saint Denis, CHE 93 était arrivé au deal suivant pour ses projections : mise à disposition gratuite de la salle mais entrée payante, dont le bénéfice était laissé au cinéma exploitant. Des associations
partenaires ont mobilisé les foules et le tour était joué !
Un parcours ludique
La diversité du public étant un défi récurrent dans une action de sensibilisation au handicap, il s’agira plus que jamais pour un premier événement de miser sur une approche ludique. Qu’il s’agisse de traverser un parcours d’obstacles en fauteuil roulant, de découvrir l’université les yeux bandés, de s’initier au braille lors d’un jeu de piste ou de demander son chemin en langue des signes, les parcours ludiques sont toujours une réussite. Prenez le temps de tester votre parcours et de le modifier le
cas échéant avant de le proposer au public. Une exposition sensorielle (peintures en relief, installations sonores dans une salle obscure) peut également être une bonne idée à mettre en place dans votre université. A La Villette, le parcours ludique d’Andreas Heinecke invitait ainsi les spectateurs, munis de casques isolants, à faire l’expérience d’un monde
sans bruit.
Sensibiliser par le spectacle vivant
De nombreux musées, mais aussi des théâtres et salles de concert adaptent leur offre au public handicapé : vous pouvez organiser une sortie ou un événement en partenariat avec eux. L’association Accès culture, basée au théâtre national de Chaillot, équipe ainsi les théâtres pour les spectateurs sourds muets et aveugles.
Une association de L’Institut national des Jeunes Aveugles (INJA) organise régulièrement un concert de gospel et de musique d’Amérique latine réalisé par des non-voyants, dont les fonds servent à aider un projet d’ouverture d’école pour jeunes aveugles au Cameroun. A défaut de pouvoir organiser
un événement similaire, vous pouvez toujours les inviter à se produire dans votre fac !
Un grand succès dans le domaine du théâtre vivant est celui rencontré par les contes en langue des signes. Le «théâtre aveugle» est également une expérience très enrichissante à vivre, pour les voyants comme pour les non-voyants. La pièce «La Isla Desierta» de Roberto Arlt jouée pendant des années au centre culturel Konex à Buenos Aires en Argentine est travaillée
à partir de l’absence totale de lumière, et jouée par un groupe d’acteurs parmis lesquels certains sont non-voyants. L’expérience transmet des sensations olfactives, tactiles (une bruine de pluie fine, la mer, le vent) et auditives où l’absence totale d’images impose au spectateur un exercice des autres sens. On entre à la queue leu leu et se tenant à ses voisins,l’action a lieu dans un bureau d’expert-comptable, au dixième étage d’un immeuble dont les fenêtres donnent sur le port. Un bruit de fond de machines à écrire, de calculettes, de téléphones et de départs de bateaux complète le tableau. Pourquoi ne pas vous lancer à votre tour et proposer à une association de théâtre de monter avec vous une pièce de théâtre aveugle ?!
Sensibiliser par le sport
Les disciplines sportives propices à la sensibilisation et aux fous rires se trouvent à la pelle : le céci-foot par exemple, se pratique entre non-voyants et voyants, ces derniers ayant les yeux bandés.
En voile, l’association Orion (http://orion-brest.com) permet aux
déficients visuels la pratique de la voile avec le plus d’autonomie
possible, les sensations liées au vent offrant un panel de repères exploitables sans la vue.
Le cercle Aéromantique de l’Estaca (www.cercleaeroestaca.com) démocratise également les activités aéronautiques et organise en partenariat avec l’association Flying West (http://flyingwest.free.fr), une journée Handi-Fly. Deux personnes handicapées ont ainsi participé à un voyage au Sénégal sur les traces des pionniers de l’aéropostale.
Vous pouvez aussi organiser une projection de championnat handisport dans un cadre chaleureux, au sein de votre fac ou dans un bar que vous aurez sensibilisé.
Sortir prendre l’air
Toute occasion est bonne pour rompre les barrières entre valides et non valides, sans pour autant les infantiliser et les protéger. Au menu avec l’association Starting-block, les balades handivalides. Du fait de la difficulté à se déplacer, peu d’handicapés ont une vie sociale épanouie. En mettant à disposition un matériel simple à utiliser, mais cher, l’association banalise le fait de sortir : elle organise grâce à la joëlette, le monopousseur et le tandem, des promenades en espace vert.La joëlette, tout terrain, est un fauteuil sur une roue fonctionnant sur le principe de la chaise à porteur. Des brancards à l’avant et à l’arrière permettent aux accompagnateurs de faire rouler l’engin et de le porter le cas échéant. Le monopousseur, quant à lui, est une sorte de demi – vélo qui s’articule à l’arrière du fauteuil d’une personne handicapée et dont les poignées font office, pour l’accompagnateur, de guidon. Notoirement plus connu, le tandem est un vélo à deux places, et fait le délice des personnes déficientes visuelles qui se laissent ainsi guider.
Autre sortie à tenter : le café en langue des signes. Au Café Signes, premier café parisien tenu conjointement par des sourds et des entendants, inutile de hausser le ton pour passer commande : mieux vaut réviser votre grammaire gestuelle. Une expérience que vous pouvez improviser dans n’importe quel bar : un rendez-vous au cours duquel sourds et entendants sont invités à partager un moment d’échanges est par exemple organisé chaque mois à Angers. Ce moment est devenu incontournable pour ceux qui souhaitent s’initier à la langue des signes, ou simplement la mettre en pratique.
Un défilé de mode ?
Créer une ligne de vêtements adaptés aussi bien aux personnes valides qu’handicapées, c’est le pari que s’est lancé Chris Ambraisse, étudiant aux Beaux-Arts. Matières ultra-pratiques, scratchs et ouvertures à gogo… Pour le plus grand bonheur de tous ! La preuve que mode et handicap, c’est possible. Vous pouvez donc imaginer un défilé très hype pour chambouler les
idées reçues et montrer que la mode est accessible à tous.
À l’école aussi
Organiser des jeux et parcours ludiques pour que petits et grands se familiarisent avec les fauteuils roulants, les cannes d’aveugles, ou suivent un parcours avec les chiens guides sont autant de possibilités qui s’offrent à vous en matière d’intervention scolaire.
Avec son programme «Handivalides», l’association Starting Block vise ainsi à socialiser ensemble élèves valides et handicapés. Les actions développées en ce sens sont des jumelages entre classes d’enfants valides et classes d’enfants en situation de handicap : balades, pique-niques, jeux et loisirs sportifs permettent à tous de se rencontrer et de vaincre certaines appréhensions et méconnaissances : «ces rencontres sont magiques
car les enfants handicapés vivent habituellement en monde clos et là, valides et handicapés se rencontrent. De vrais liens se nouent, surtout grâce au sport : les enfants handicapés peuvent trouver leur place autant que les enfants valides, c’est un bon moyen de fédération» note Marion, bénévole de l’association. Exemple de jeux à exploiter : le quart de singe pour jouer entre voyants et non voyants ou le mime pour jouer entre entendants et malentendants.
2. Passer à la vitesse supérieure
Une fois que vous aurez séduit et informé votre public, essayez d’aller plus loin avec cette communauté mobilisée en organisant une campagne de fond visant à favoriser la prise de conscience des institutions et du grand public.
Agir au sein de votre fac
Vous pouvez agir avec les étudiants handicapés pour sensibiliser, faciliter la mobilité, les démarches, les études et l’insertion professionnelle, mettre en place des services communs… Des exemples précédents de réussites montrent à quel point se mobiliser peut aboutir à des progrès pour tous.
L’association CHE 93, dont nous vous avons parlé tout au long de cette fiche, a par exemple été à la base de la création de la cellule handicap de l’université Paris 8, grâce à ses efforts de sensibilisation.
Une association de dimension nationale comme le GIHP (Groupement pour l’insertion des personnes handicapées physique), fédérant aujourd’hui une trentaine d’antennes locales ou régionales, en charge d’autant de services de transport adapté aux personnes handicapées physiques, n’était, à l’origine, constituée que d’une poignée d’étudiants en fauteuil qui, empêchés de se rendre jusqu’à la fac, s’étaient bricolés une vieille fourgonnette!
La tâche ne vous sera pas facile car il vous faudra convaincre au moins trois acteurs : les étudiants handicapés eux-mêmes, qui peuvent parfois se renfermer sur eux-mêmes ou avoir une attitude consommatrice vis à vis des services que propose votre association ; les étudiants valides, qui se sentent a priori peu concernés ; l’université, dont les services administratifs sont à amadouer. C’est pourquoi réussir des événements
festifs et fédérateurs, comme évoqués précédemment, peut contribuer à dénouer un certain nombre de craintes.
Faire du lobbying pour améliorer les conditions d’études
Votre association peut ainsi contribuer à la création d’espaces
pour les étudiants handicapés dans votre fac, avec prêt de matériel
d’adaptation aux cours.
Faites cependant attention à désamorcer les rivalités qui pourraient
naître avec le service handicap de votre fac. Sensibilisez-les à un partenariat constructif, votre expérience associative et votre connaissance du terrain pouvant compléter leur rigueur et leur professionnalisme.
Votre association pourra par exemple contribuer à mobiliser des bénévoles tuteurs pour un accompagnement, créer un site web ou un blog permettant aux étudiants handicapés d’accéder à vos services, qui pourront d’ailleurs viser un public beaucoup plus large. CHE 93 projette ainsi de mettre en ligne une base de données de bailleurs dont elle dispose dans ses tiroirs pour en faire profiter les autres associations étudiantes.
Travailler votre argumentaire
Mais pour obtenir quelque pécule et une reconnaissance, il vous faudra convaincre. Parmi les arguments forts à mettre en valeur, insistez sur le fait que votre association a pour but de faciliter l’intégration des étudiants handicapés, qui font partie du corps universitaire : s’ils se sentent mieux dans leurs études, les résultats se répercuteront sur la vie étudiante en général. Vous pouvez aussi rappeler les universités à leur obligation d’accompagnement des étudiants handicapés.
Pour en savoir plus, consultez le guide Loi / Handicap : www.solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/guide_loihandicap-2.pdf
Faire campagne
La loi du 11 février 2005 sur le handicap comporte de nombreuses avancées par rapport à celle de 1975. Mais peu d’entreprises respectent l’obligation d’emploi d’au moins 6% de travailleurs handicapés pour les entreprises de plus de 20 salariés et, sur le terrain, les moyens déployés par les établissements universitaires pour accompagner au mieux les étudiants ne suivent pas.
Il peut donc vous sembler utile d’alerter les pouvoirs publics et la population sur cette situation. Voici quelques conseils pour mener campagne de façon efficace : l’union faisant la force, vous gagnerez à unir le maximum d’acteurs et à trouver des appuis ailleurs que dans le milieu du handicap, les associations mobilisées autour de cette thématique étant
souvent structurées par catégorie de handicap (sensoriel, moteur…).
Le mouvement interassociatif «Ni pauvre ni soumis» (www.nipauvrenisoumis.org), créé en novembre 2008, se mobilise
pour les handicapés vivant sous le seuil de pauvreté, autour du slogan «Handicap, maladie invalidante : l’urgence d’un revenu d’existence». Pour la cause, le mouvement a ratissé large : outre le fait d’avoir réussi à rassembler de nombreuses associations, toutes catégories de handicap confondues, il compte également des associations comme Act up ou France
Terre d’Asile parmi ses partenaires.
Autre exemple de sensibilisation réussie dans la ville : le street marketing. Le fait d’utiliser les marches de lieux publics (métro, gare, centre commercial…) comme support publicitaire n’est pas nouveau mais si le dispositif place directement ces escaliers au coeur du message, le résultat est autrement plus efficace ! Des étudiants de la School of Visual Arts de New York ont ainsi appliqué un visuel représentant l’Everest sur des marches afin de témoigner de la difficulté rencontrée par les personnes handicapées face à ce type d’obstacle urbain. On pouvait y lire le message suivant : «For some, It’s Mt. Everest. Help build more handicap facilities» ; “Pour certains, c’est l’Everest. Aidez-nous à améliorer les
conditions d’accessibilité”.
Des ressources pour sensibiliser au handicap
Des associations étudiantes pleines d’idées
CHE 93 – Convergence Handicap Etudiant
2, rue de la Liberté 93526 Saint-Denis
01 49 40 64 23 – handiparis8@yahoo.fr
Starting Block
23 rue des Balkans 75020 Paris
www.starting-block.org et www.campagne-handivalides.org
01 53 26 79 25 – info@starting-block.org
Handisup
Maison de l’Université – Université de Rouen – 76821 Mont-Saint-
Aignan cedex www.handisup.asso.fr
02 32 76 92 52 – handisup@handisup.asso.fr
ALEPA – Association de Loisirs pour Enfants Atteints de
Pathologie Autistique alepa86@gmail.com
Signes de sens : Ce groupe de jeunes a créé un spectacle accessible
aux sourds comme aux entendants.
9/2 petite rue de l’alma 59000 LILLE www.signesdesens.org
contact@signesdesens.org 03 20 06 00 45 – 06 98 68 67 96
Psychomotricité en Action (PEA) : l’association réalise
des projets de solidarité internationale à destination
d’enfants handicapés 9, rue Buzelin 75018 PARIS
www.klubasso.fr/pea – 06 79 70 85 84
Des films à projeter
«Elle s’appelle Sabine», de Sandrine Bonnaire (2008).
Au travers d’archives personnelles recueillies durant 25 ans, Sandrine
Bonnaire livre un portrait de sa soeur Sabine, autiste de 38 ans.
«Nationale 7», de Jean-Pierre Sinapi (2000). Dans un foyer
pour handicapés près de Toulon, René est unanimement détesté
de tous. Myopathe de cinquante ans, il possède un caractère
irascible et rebelle.
«Le Huitième jour», de Jaco van Dormael (1995).
Harry est un homme seul qui se voue sept jours sur sept
à son travail. Tout va basculer quand il rencontre Georges,
trisomique, qui vit dans l’instant.
«Les Lumières de la Ville» (City Lights) de Charlie Chaplin
(1931) Charlot le vagabond tombe amoureux d’une vendeuse de
fleurs aveugle. Il se fait passer pour un riche bienfaiteur.
«Freaks ou La Monstrueuse Parade» de Tod Browning (1932).
Au sein d’une troupe de gens du cirque exhibant leurs malformations
spectaculaires, Hans, héritier d’une fortune importante,
est séduit par la belle trapéziste, Cléopâtre.
«Edward aux mains d’Argent» de Tim Burton (1990)
Edward est la création d’un vieil inventeur génial qui
décède avant d’avoir terminé son oeuvre, le laissant avec des
ciseaux gigantesques en guise de mains.
Sortir
CAFE SIGNES
33, avenue Jean Moulin 75014 Paris
www.cafesignes.com – 01 45 39 37 40

Vous souhaitez agir pour sensibiliser à la condition des personnes en situation de handicap ? L’originalité de votre action n’aura pour limite que votre imagination, tant les moyens de sensibiliser un public donné sont divers : organiser des rencontres entre valides et non valides ; sensibiliser par le jeu, par une projection débat ou par les arts vivants à différents types de handicap ; alerter les pouvoirs publics sur une situation particulière ; encourager les innovations qui amélioreront le bien-être de tous (vêtements adaptés, plans de l’université en relief)… Dans votre université et hors du campus, avec une bonne dose d’humour pour parer aux coups durs, mode d’emploi pour que votre action soit une réussite.


1. Tenter une première approche

« L’un des obstacles les plus importants qui se dresse sur la route d’une personne en situation de handicap, ce n’est justement pas son handicap, mais la perception que cette personne et celles qui l’entourent peuvent en avoir », expliquait Lionel Hoffmann alors qu’il était vice-président d’Handisup Nantes. Parce que les préjugés ont la vie dure, parce que changer les mentalités se fait par petites touches, rien de tel pour aborder votre public qu’un événement permettant de provoquer la rencontre.

Un événement au sein de la fac

Pour rendre visibles les enjeux liés au handicap, vous pouvez par exemple organiser une journée portes ouvertes dans votre fac. Au programme : débats sur la loi du 11 février 2005 sur le handicap, témoignages, visite de votre fac à travers le regard d’une personne non-voyante ou en fauteuil roulant, animations…

Pour appuyer votre démarche, vous pouvez inviter des associations spécialisées dans le handicap à intervenir : Handicap international, l’APF, l’UNAPEI, l’APAJH, FEGAPEI, l’UNAFAM…

Pour retrouver leurs coordonnées, rendez-vous à la fin de cette fiche.

Il vous sera normalement facile d’obtenir leur accord : ces associations seront ravies de se faire connaître auprès du public étudiant. Une fois que vous aurez trouvé ensemble une date, définissez le thème de leur intervention.

Si vous choisissez d’inviter ces associations à tenir des stands d’information dans le hall de votre fac, inciter les passants à rester plus de deux minutes sur un stand s’avérera au moins aussi aisé que d’improviser un numéro d’équilibriste : les mouvements de va et vient et l’ambiance «métro parisien» sont peu propices à un échange approfondi… D’où la nécessité de bien préparer votre événement en amont. Des enseignements sur le handicap sont dispensés dans votre fac ? Mobilisez professeurs et étudiants et concoctez ensemble le programme de votre journée pour que le public soit au rendez-vous.

Un tel événement demande un gros travail de préparation et vous y prendre à la dernière minute risque de se révéler très frustrant. Il vous faudra donc commencer tôt et mobiliser du monde pour vous aider. La fac peut quant à elle vous assister techniquement : offrir les repas aux invités à midi, mettre à votre disposition des salles, du matériel (micros, vidéoprojecteurs, sono, chaises…)…

Une projection

En complément de votre journée ou en tant qu’événement à part entière, projeter des films expliquant les difficultés et défis relevés par les étudiants handicapés peut s’avérer un puissant moyen de bousculer les mentalités. Nationale 7, film sur la sexualité des handicapés en institution, avait ainsi été projeté lors de la journée portes ouvertes organisée par l’association CHE 93 à Paris 8, le réalisateur étant par ailleurs venu échanger avec le public après la projection.

Lors de vos projections, pensez à sous-titrer les films pour les malentendants : c’est rapide et peu coûteux. L’association audiovisuelle 1000 Visages, engagée pour la diversité et la mixité, sous-titre ainsi toutes ses productions.

Pour élargir votre public et éviter que seuls les individus concernés viennent, vous pouvez aussi organiser quelques séances dans des salles classiques, en dehors de la fac. Par exemple, en collaboration avec le cinéma l’Ecran à Saint Denis, CHE 93 était arrivé au deal suivant pour ses projections : mise à disposition gratuite de la salle mais entrée payante, dont le bénéfice était laissé au cinéma exploitant. Des associations partenaires ont mobilisé les foules et le tour était joué !

Un parcours ludique

La diversité du public étant un défi récurrent dans une action de sensibilisation au handicap, il s’agira plus que jamais pour un premier événement de miser sur une approche ludique. Qu’il s’agisse de traverser un parcours d’obstacles en fauteuil roulant, de découvrir l’université les yeux bandés, de s’initier au braille lors d’un jeu de piste ou de demander son chemin en langue des signes, les parcours ludiques sont toujours une réussite. Prenez le temps de tester votre parcours et de le modifier le cas échéant avant de le proposer au public. Une exposition sensorielle (peintures en relief, installations sonores dans une salle obscure) peut également être une bonne idée à mettre en place dans votre université. A La Villette, le parcours ludique d’Andreas Heinecke invitait ainsi les spectateurs, munis de casques isolants, à faire l’expérience d’un monde sans bruit.

Sensibiliser par le spectacle vivant

De nombreux musées, mais aussi des théâtres et salles de concert adaptent leur offre au public handicapé : vous pouvez organiser une sortie ou un événement en partenariat avec eux. L’association Accès culture, basée au théâtre national de Chaillot, équipe ainsi les théâtres pour les spectateurs sourds muets et aveugles.

Une association de L’Institut national des Jeunes Aveugles (INJA) organise régulièrement un concert de gospel et de musique d’Amérique latine réalisé par des non-voyants, dont les fonds servent à aider un projet d’ouverture d’école pour jeunes aveugles au Cameroun. A défaut de pouvoir organiser un événement similaire, vous pouvez toujours les inviter à se produire dans votre fac !

Un grand succès dans le domaine du théâtre vivant est celui rencontré par les contes en langue des signes. Le «théâtre aveugle» est également une expérience très enrichissante à vivre, pour les voyants comme pour les non-voyants. La pièce «La Isla Desierta» de Roberto Arlt jouée pendant des années au centre culturel Konex à Buenos Aires en Argentine est travaillée à partir de l’absence totale de lumière, et jouée par un groupe d’acteurs parmis lesquels certains sont non-voyants. L’expérience transmet des sensations olfactives, tactiles (une bruine de pluie fine, la mer, le vent) et auditives où l’absence totale d’images impose au spectateur un exercice des autres sens. On entre à la queue leu leu et se tenant à ses voisins,l’action a lieu dans un bureau d’expert-comptable, au dixième étage d’un immeuble dont les fenêtres donnent sur le port. Un bruit de fond de machines à écrire, de calculettes, de téléphones et de départs de bateaux complète le tableau. Pourquoi ne pas vous lancer à votre tour et proposer à une association de théâtre de monter avec vous une pièce de théâtre aveugle ?!

Sensibiliser par le sport

Les disciplines sportives propices à la sensibilisation et aux fous rires se trouvent à la pelle : le céci-foot par exemple, se pratique entre non-voyants et voyants, ces derniers ayant les yeux bandés.

En voile, l’association Orion (http://orion-brest.com) permet aux déficients visuels la pratique de la voile avec le plus d’autonomie possible, les sensations liées au vent offrant un panel de repères exploitables sans la vue.

Le cercle Aéromantique de l’Estaca (www.cercleaeroestaca.com) démocratise également les activités aéronautiques et organise en partenariat avec l’association Flying West (http://flyingwest.free.fr), une journée Handi-Fly. Deux personnes handicapées ont ainsi participé à un voyage au Sénégal sur les traces des pionniers de l’aéropostale.

Vous pouvez aussi organiser une projection de championnat handisport dans un cadre chaleureux, au sein de votre fac ou dans un bar que vous aurez sensibilisé.

Sortir prendre l’air

Toute occasion est bonne pour rompre les barrières entre valides et non valides, sans pour autant les infantiliser et les protéger. Au menu avec l’association Starting-block, les balades handivalides. Du fait de la difficulté à se déplacer, peu d’handicapés ont une vie sociale épanouie. En mettant à disposition un matériel simple à utiliser, mais cher, l’association banalise le fait de sortir : elle organise grâce à la joëlette, le monopousseur et le tandem, des promenades en espace vert.La joëlette, tout terrain, est un fauteuil sur une roue fonctionnant sur le principe de la chaise à porteur. Des brancards à l’avant et à l’arrière permettent aux accompagnateurs de faire rouler l’engin et de le porter le cas échéant. Le monopousseur, quant à lui, est une sorte de demi – vélo qui s’articule à l’arrière du fauteuil d’une personne handicapée et dont les poignées font office, pour l’accompagnateur, de guidon. Notoirement plus connu, le tandem est un vélo à deux places, et fait le délice des personnes déficientes visuelles qui se laissent ainsi guider.

Autre sortie à tenter : le café en langue des signes. Au Café Signes, premier café parisien tenu conjointement par des sourds et des entendants, inutile de hausser le ton pour passer commande : mieux vaut réviser votre grammaire gestuelle. Une expérience que vous pouvez improviser dans n’importe quel bar : un rendez-vous au cours duquel sourds et entendants sont invités à partager un moment d’échanges est par exemple organisé chaque mois à Angers. Ce moment est devenu incontournable pour ceux qui souhaitent s’initier à la langue des signes, ou simplement la mettre en pratique.

Un défilé de mode ?

Créer une ligne de vêtements adaptés aussi bien aux personnes valides qu’handicapées, c’est le pari que s’est lancé Chris Ambraisse, étudiant aux Beaux-Arts. Matières ultra-pratiques, scratchs et ouvertures à gogo… Pour le plus grand bonheur de tous ! La preuve que mode et handicap, c’est possible. Vous pouvez donc imaginer un défilé très hype pour chambouler les idées reçues et montrer que la mode est accessible à tous.

À l’école aussi

Organiser des jeux et parcours ludiques pour que petits et grands se familiarisent avec les fauteuils roulants, les cannes d’aveugles, ou suivent un parcours avec les chiens guides sont autant de possibilités qui s’offrent à vous en matière d’intervention scolaire.

Avec son programme «Handivalides», l’association Starting Block vise ainsi à socialiser ensemble élèves valides et handicapés. Les actions développées en ce sens sont des jumelages entre classes d’enfants valides et classes d’enfants en situation de handicap : balades, pique-niques, jeux et loisirs sportifs permettent à tous de se rencontrer et de vaincre certaines appréhensions et méconnaissances : «ces rencontres sont magiques car les enfants handicapés vivent habituellement en monde clos et là, valides et handicapés se rencontrent. De vrais liens se nouent, surtout grâce au sport : les enfants handicapés peuvent trouver leur place autant que les enfants valides, c’est un bon moyen de fédération» note Marion, bénévole de l’association. Exemple de jeux à exploiter : le quart de singe pour jouer entre voyants et non voyants ou le mime pour jouer entre entendants et malentendants.


2. Passer à la vitesse supérieure

Une fois que vous aurez séduit et informé votre public, essayez d’aller plus loin avec cette communauté mobilisée en organisant une campagne de fond visant à favoriser la prise de conscience des institutions et du grand public.

Agir au sein de votre fac

Vous pouvez agir avec les étudiants handicapés pour sensibiliser, faciliter la mobilité, les démarches, les études et l’insertion professionnelle, mettre en place des services communs… Des exemples précédents de réussites montrent à quel point se mobiliser peut aboutir à des progrès pour tous.

L’association CHE 93, dont nous vous avons parlé tout au long de cette fiche, a par exemple été à la base de la création de la cellule handicap de l’université Paris 8, grâce à ses efforts de sensibilisation.

Une association de dimension nationale comme le GIHP (Groupement pour l’insertion des personnes handicapées physique), fédérant aujourd’hui une trentaine d’antennes locales ou régionales, en charge d’autant de services de transport adapté aux personnes handicapées physiques, n’était, à l’origine, constituée que d’une poignée d’étudiants en fauteuil qui, empêchés de se rendre jusqu’à la fac, s’étaient bricolés une vieille fourgonnette!

La tâche ne vous sera pas facile car il vous faudra convaincre au moins trois acteurs : les étudiants handicapés eux-mêmes, qui peuvent parfois se renfermer sur eux-mêmes ou avoir une attitude consommatrice vis à vis des services que propose votre association ; les étudiants valides, qui se sentent a priori peu concernés ; l’université, dont les services administratifs sont à amadouer. C’est pourquoi réussir des événements festifs et fédérateurs, comme évoqués précédemment, peut contribuer à dénouer un certain nombre de craintes.

Faire du lobbying pour améliorer les conditions d’études

Votre association peut ainsi contribuer à la création d’espaces pour les étudiants handicapés dans votre fac, avec prêt de matériel d’adaptation aux cours.

Faites cependant attention à désamorcer les rivalités qui pourraient naître avec le service handicap de votre fac. Sensibilisez-les à un partenariat constructif, votre expérience associative et votre connaissance du terrain pouvant compléter leur rigueur et leur professionnalisme.

Votre association pourra par exemple contribuer à mobiliser des bénévoles tuteurs pour un accompagnement, créer un site web ou un blog permettant aux étudiants handicapés d’accéder à vos services, qui pourront d’ailleurs viser un public beaucoup plus large. CHE 93 projette ainsi de mettre en ligne une base de données de bailleurs dont elle dispose dans ses tiroirs pour en faire profiter les autres associations étudiantes.

Travailler votre argumentaire

Mais pour obtenir quelque pécule et une reconnaissance, il vous faudra convaincre. Parmi les arguments forts à mettre en valeur, insistez sur le fait que votre association a pour but de faciliter l’intégration des étudiants handicapés, qui font partie du corps universitaire : s’ils se sentent mieux dans leurs études, les résultats se répercuteront sur la vie étudiante en général. Vous pouvez aussi rappeler les universités à leur obligation d’accompagnement des étudiants handicapés.

Pour en savoir plus, consultez le guide Loi / Handicap : www.solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/guide_loihandicap-2.pdf

Faire campagne

La loi du 11 février 2005 sur le handicap comporte de nombreuses avancées par rapport à celle de 1975. Mais peu d’entreprises respectent l’obligation d’emploi d’au moins 6% de travailleurs handicapés pour les entreprises de plus de 20 salariés et, sur le terrain, les moyens déployés par les établissements universitaires pour accompagner au mieux les étudiants ne suivent pas.

Il peut donc vous sembler utile d’alerter les pouvoirs publics et la population sur cette situation. Voici quelques conseils pour mener campagne de façon efficace : l’union faisant la force, vous gagnerez à unir le maximum d’acteurs et à trouver des appuis ailleurs que dans le milieu du handicap, les associations mobilisées autour de cette thématique étant souvent structurées par catégorie de handicap (sensoriel, moteur…).

Le mouvement interassociatif «Ni pauvre ni soumis» (www.nipauvrenisoumis.org), créé en novembre 2008, se mobilise pour les handicapés vivant sous le seuil de pauvreté, autour du slogan «Handicap, maladie invalidante : l’urgence d’un revenu d’existence». Pour la cause, le mouvement a ratissé large : outre le fait d’avoir réussi à rassembler de nombreuses associations, toutes catégories de handicap confondues, il compte également des associations comme Act up ou France Terre d’Asile parmi ses partenaires.

Autre exemple de sensibilisation réussie dans la ville : le street marketing. Le fait d’utiliser les marches de lieux publics (métro, gare, centre commercial…) comme support publicitaire n’est pas nouveau mais si le dispositif place directement ces escaliers au coeur du message, le résultat est autrement plus efficace ! Des étudiants de la School of Visual Arts de New York ont ainsi appliqué un visuel représentant l’Everest sur des marches afin de témoigner de la difficulté rencontrée par les personnes handicapées face à ce type d’obstacle urbain. On pouvait y lire le message suivant : «For some, It’s Mt. Everest. Help build more handicap facilities» ; “Pour certains, c’est l’Everest. Aidez-nous à améliorer les conditions d’accessibilité”.

Des ressources pour sensibiliser au handicap

Des associations étudiantes pleines d’idées

CHE 93 – Convergence Handicap Etudiant 2, rue de la Liberté 93526 Saint-Denis 01 49 40 64 23 – handiparis8@yahoo.fr

Starting Block 23 rue des Balkans 75020 Paris www.starting-block.org et www.campagne-handivalides.org 01 53 26 79 25 – info@starting-block.org

Handisup Maison de l’Université – Université de Rouen – 76821 Mont-Saint-Aignan cedex www.handisup.asso.fr 02 32 76 92 52 – handisup@handisup.asso.fr

ALEPA – Association de Loisirs pour Enfants Atteints de Pathologie Autistique alepa86@gmail.com

Signes de sens : Ce groupe de jeunes a créé un spectacle accessible aux sourds comme aux entendants. 9/2 petite rue de l’alma 59000 LILLE www.signesdesens.org contact@signesdesens.org 03 20 06 00 45 – 06 98 68 67 96

Psychomotricité en Action (PEA) : l’association réalise des projets de solidarité internationale à destination d’enfants handicapés 9, rue Buzelin 75018 PARIS www.klubasso.fr/pea – 06 79 70 85 84

Eurotrotters : des bénévoles ont fait le tour de l’Europe pour dénicher tous les coins accessibles pour les personnes en situation de handicap, découvrez leur projet dans cet article de Say Yess.

Des films à projeter

«Elle s’appelle Sabine», de Sandrine Bonnaire (2008). Au travers d’archives personnelles recueillies durant 25 ans, Sandrine Bonnaire livre un portrait de sa soeur Sabine, autiste de 38 ans.

«Nationale 7», de Jean-Pierre Sinapi (2000). Dans un foyer pour handicapés près de Toulon, René est unanimement détesté de tous. Myopathe de cinquante ans, il possède un caractère irascible et rebelle.

«Le Huitième jour», de Jaco van Dormael (1995). Harry est un homme seul qui se voue sept jours sur sept à son travail. Tout va basculer quand il rencontre Georges, trisomique, qui vit dans l’instant.

«Les Lumières de la Ville» (City Lights) de Charlie Chaplin (1931) Charlot le vagabond tombe amoureux d’une vendeuse de fleurs aveugle. Il se fait passer pour un riche bienfaiteur.

«Freaks ou La Monstrueuse Parade» de Tod Browning (1932). Au sein d’une troupe de gens du cirque exhibant leurs malformations spectaculaires, Hans, héritier d’une fortune importante, est séduit par la belle trapéziste, Cléopâtre.

«Edward aux mains d’Argent» de Tim Burton (1990) Edward est la création d’un vieil inventeur génial qui décède avant d’avoir terminé son oeuvre, le laissant avec des ciseaux gigantesques en guise de mains.

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CAFE SIGNES 33, avenue Jean Moulin 75014 Paris www.cafesignes.com – 01 45 39 37 40