Service civique : comment accueillir un volontaire dans son asso ?

Fiche pratique

L’œil dubitatif et le sourcil circonflexe, vous vous demandez sans doute quels avantages votre association pourrait bien avoir à accueillir un volontaire vu que : s’il s’agit de main d’œuvre, vous avez déjà des bénévoles ; s’il s’agit de lâcher des sous, vous n’en avez pas ! Et bien, sachez-le, non seulement le service civique n’est pas du bénévolat, puisque ce statut permet à des jeunes motivés de s’engager à plein temps dans une association, pendant six ou neuf mois, moyennant une indemnité de 573 euros par mois. Mais en plus, votre association n’aura à financer que 85 euros par mois de cette indemnité.


1. Petite présentation du service civique

LA NAISSANCE DU VOLONTARIAT ASSOCIATIF

La saga du volontariat commence en l’an de grâce 1997, lorsque notre désormais ex-Président Chirac abolit le service militaire. Soulagement dans les rangs des bacheliers, liesse chez les militaires qui n’auront plus à former ces ……. Bref, tout le monde est content même si l’on regrette le brassage social, la formation professionnelle et le sens de la citoyenneté apportés aux jeunes générations. Experts et énarques se souviennent alors d’une revendication des associations : créer un statut pour permettre et reconnaître un engagement bénévole dense et de courte durée. Brassage social, acquisition d’expérience, citoyenneté, tout y est.

En 2000, sont votés les premiers statuts de volontaires indemnisés… dont personne, ou presque, n’entend parler.

En 2005, des émeutes interviennent dans les banlieues. Pressé de remédier à la « crise » de la jeunesse, le gouvernement fait aboutir un projet de loi sur le volontariat associatif, en discussion depuis deux ans. Le 14 juillet 2006, alors que la France s’endort devant le discours annuel du Président Chirac, ce dernier réveille les troupes en annonçant la création d’un label « service civil volontaire », chapeautant l’ensemble des statuts existants et finançant 90 % de l’indemnité du volontaire, à condition que celui-ci ait moins de 26 ans. Animafac décide alors de demander un agrément, pour en faire bénéficier toutes les associations du réseau. Avec le service civil volontaire, Animafac a ainsi accueilli plus de 1200 volontaires en mission dans les associations du réseau.

En 2010, l’Etat décide de réformer ce dispositif pour le rendre plus accessible et permettre à un plus grand nombre de jeunes d’en bénéficier. C’est ainsi qu’apparaît le service civique, pour lequel Animafac est de nouveau agréé.

À SAVOIR : Animafac a développé ce dispositif afin de permettre aux associations à projet de développer leurs actions. Il ne s’adresse donc pas aux associations se présentant aux élections universitaires ou ayant un mandat syndical.

VOLONTAIRE, QUI ES-TU ?

Est-ce un salarié ? Est-ce un bénévole ? La réponse est, bien entendu, ni l’un ni l’autre.

Le volontaire n’est pas un salarié

Le but du service civique n’est pas d’employer des salariés sous-payés, mais de permettre à des jeunes de s’engager dans l’associatif. Les 573 euros touchés mensuellement par le volontaire ne sont pas un salaire, mais une indemnité lui donnant les moyens financiers de s’investir pleinement sans avoir recours à papa-maman ou au McDonald. Le volontaire ne peut en aucun cas effectuer un travail qui aurait dû normalement incomber à un salarié. Il n’y a pas non plus de lien hiérarchique entre l’engagé et l’association, le service civique ne se trouvant pas dans le cadre du droit du travail.

Le volontaire n’est pas un bénévole

Comme le bénévole, le volontaire s’engage par conviction. Leurs statuts sont néanmoins différents. Si l’on se réfère au dictionnaire, le volontaire « accepte de son plein gré une tâche » quand le bénévole « fait quelque chose sans être rémunéré et sans y être tenu. » Pour ceux qui n’auraient pas compris la finesse de langage, cela signifie que, lorsqu’un bénévole ne fait pas ce qu’on lui a demandé, on peut tout au plus le regarder d’un air courroucé. Le volontaire, lui, s’engage par contrat à accomplir une mission. Pas de « j’ai eu la flemme » qui tienne, s’il ne met pas tout en œuvre pour mener à bien ce projet, l’association qui l’accueille peut lui demander des comptes, voire rompre son contrat.

À SAVOIR : il n’existe pas de critères de nationalité pour le service civique. Il suffit, pour être volontaire, de justifier d’un an de résidence en France.

VOLONTAIRE, QUE FAIS-TU ?

Un volontaire n’arrive pas dans une association les pieds en espadrilles et les doigts en castagnettes. Il est accueilli pour une mission précise, déterminée avec l’association qui le reçoit. Cette mission doit être intéressante pour le volontaire, l’association d’accueil et contribuer à l’intérêt général. Ne sont pas considérées comme telles les tâches consistant à faire le ménage, classer les mails du président ou participer à la recherche de subventions pour l’association.

Participer à la préparation d’un festival, à des actions de sensibilisation au développement durable sur le campus ou au développement d’ateliers pédagogiques auprès d’enfants en difficulté sont, en revanche, des exemples typiques de missions « d’intérêt général ».

A priori, vous avez compris ce qu’est le service civique. Reste à savoir en quoi cela peut servir à votre association ou à vous-même si vous souhaitez endosser le costume du volontaire.


2. De l’utilité du service civique

CÔTÉ ASSOCIATION

Sans prétendre à l’exhaustivité, voici quelques raisons qui peuvent pousser une association à recourir au service civique.

Scénario n°1 

Petite structure cherche une personne pour participer à la coordination d’un projet. Parce que l’étudiant voyage et qu’il lui arrive de vouloir suivre, voire terminer ses études, les jeunes associations souffrent souvent d’un déficit de temps et de suivi. Exemple… Septembre : on décide d’organiser un festival cet été, tout le monde est enthousiaste. Février : avec tous ces partiels, personne n’a eu le temps de planifier les étapes du projet. Avril : zut, le président de l’association est parti en stage agricole au Pérou. Juin : on remet ça à l’année prochaine ? Imaginez maintenant une personne présente 24 heures par semaine pour participer à l’organisation et faire le lien entre les membres de l’association. Pour de petites structures, la présence d’un volontaire est une opportunité de réaliser les projets qui n’étaient pas mis en œuvre faute de moyens humains.

Scénario n°2

Grosse structure cherche regard neuf pour nouveaux projets. Le problème n’est évidemment pas le même pour de grosses associations nationales rassemblant des centaines de bénévoles et des salariés. Le volontaire peut alors apporter une contribution moins experte que les salariés, mais plus investie que les bénévoles, pour développer des volets demandant un véritable engagement associatif : animation du réseau, création de liens entre l’association et le quartier…

CÔTÉ VOLONTAIRE

Scénario n°1

Associatif passionné cherche statut pour valoriser son engagement. L’associatif passionné se reconnaît à sa capacité à parler, des heures durant, de son joyau, sa raison de vivre, son association. En période de rush, il ne dort plus (ou dans les locaux de l’association), ne se lave plus (ou sous la contrainte des autres membres de l’association) et peut devenir passablement hystérique pour des sujets apparemment sans importance. Il n’a pas de temps pour un boulot et, sauf à avoir des parents compréhensifs, est actuellement très fâché avec son banquier. Le service civique offre à tous ces passionnés la possibilité de vivre leur rêve, quelles que soient leurs ressources familiales. Le statut permet également de faire passer cet engagement de la case « loisir » à la case « expérience professionnelle » sur le CV.

TÉMOIGNAGE
« Avant de devenir volontaire, j’étais déjà investi à temps plein dans mon association. Ce statut m’a permis de vivre cet engagement en laissant de côté les problèmes financiers. Pour Dévorateur d’espace, ça a été une bulle d’air : une sorte de subvention en nature concentrée sur les moyens humains. »Florian, 25 ans, volontaire à Dévorateur d’espace (Paris)

Scénario n°2

Jeune motivé cherche porte d’entrée associative. Pas besoin d’être pieds et poings liés avec une association pour devenir volontaire. Beaucoup ont en effet choisi de s’investir dans cette aventure pour faire une pause dans leurs études, découvrir le monde associatif, réfléchir à leur orientation professionnelle…

TÉMOIGNAGE
« Pour moi, le volontariat a été une chance d’accéder au monde associatif. Le projet proposé par l’association était très intéressant et il m’a permis de nouer de nombreux contacts. C’est tout de même plus intéressant que d’accumuler les petits boulots ! » Jonathan, 21 ans, volontaire à Apha’zik (Grenoble)

LES PETITS PIÈGES DU VOLONTARIAT

Cependant, nul système n’étant parfait, l’expérience d’Animafac a d’ores et déjà permis de repérer quelques terrains glissants.

Bisbilles avec les bénévoles

Certains bénévoles ont tendance à penser que, puisque le volontaire est indemnisé pour être là, il n’a qu’à tout faire. Attention, donc, à bien communiquer pour éviter que volontariat ne rime avec baisse de motivation des bénévoles.

TÉMOIGNAGE
« Il est important de clarifier le statut du volontaire et ses missions auprès des membres de l’association. Dans mon cas, les choses n’avaient pas été bien posées. Les bénévoles se sont reposés sur le fait que j’étais présente, et indemnisée pour cela, pour me déléguer des tâches et se consacrer plus à leurs études. De mon côté, au lieu de les remotiver, j’ai mené les projets dans mon coin. Au final, les membres de l’association étaient contents du travail accompli. Mais je crois que plus de communication aurait permis de montrer que, même si le volontariat permet d’être plus investi, les projets doivent être menés par l’ensemble de l’association. »Marjorie, 24 ans, volontaire à EtoupsY (Toulouse)

Salades avec les salariés

Il arrive, lorsque la mission demande beaucoup d’investissement et que le volontaire côtoie, au jour le jour, des salariés qui reçoivent deux fois plus d’argent, que celui-ci s’interroge : « Je serais pas en train de me faire couillonner, là dis donc ? » Ne laissez pas germer ce type de sentiment : prévoyez, régulièrement, des temps de parole durant lesquels le volontaire pourra exprimer son ressenti. A l’association d’expliquer que ce qu’elle demande au volontaire (qualités humaines, engagement) et ce qu’elle peut lui apporter (expérience de vie, ouverture) n’a rien à voir avec ce qu’elle attend d’un salarié (expertise, efficacité). À l’association également de donner des preuves de bonne foi en étant, par exemple, plus souple sur les horaires avec le volontaire qu’avec les salariés.

Vous voilà, normalement, convaincu de l’utilité d’accueillir un volontaire. Passons maintenant aux aspects pratiques.


3. Amusements administratifs

SOLLICITER L’ACCUEIL D’UN VOLONTAIRE EN SERVICE CIVIQUE

Première étape de votre marathon administratif : remplir, sur le site d’Animafac, un formulaire de demande d’accueil dans lequel vous décrirez votre association, définirez la mission du volontaire et expliquerez ce que signifie pour vous l’accueil d’un volontaire en service civique (un test pour vérifier que vous avez bien lu cette fiche pratique…)

Une fois votre demande bouclée, elle est scrutée, analysée, décortiquée par une commission interne au réseau afin de vérifier que l’association est assez organisée et solide pour proposer une mission intéressante, que le volontaire sera accueilli dans de bonnes conditions, et qu’il s’agit bien d’un projet d’intérêt général…

Le dossier accepté, vous pouvez sélectionner votre volontaire. Vous devrez remplir une fiche de renseignement sur le volontaire et son tuteur, y joindre un procès verbal de CA et un RIB. Il est également demandé à l’association de verser d’emblée la totalité de sa part de l’indemnité du volontaire : 85 euros multiplié par le nombre de mois de présence du volontaire (6, 8 ou 9), ça fait, ça fait… Vous pouvez y arriver !

La sélection d’un volontaire est concrétisé par la signature d’une convention entre Animafac et l’association d’accueil, et d’un contrat entre Animafac et le volontaire.

PENDANT LA MISSION

Le dispositif du service civique prévoit quelques obligations de l’association envers son volontaire, au cours de sa mission. Dans l’ordre :

Le tuteur

L’association d’accueil doit désigner un tuteur qui s’occupera de co a cher le volontaire. Le tuteur est une personne qui dispose de réelles qualités d’écoute, d’analyse, de dialogue et fait preuve de maturité. Outre un suivi au jour le jour du volontaire, qui peut permettre d’éviter les soucis précédemment évoqués, le tuteur doit également former le volontaire si la mission nécessite des compétences particulières.

Les formations civiques

Permettre aux volontaires de prendre conscience de l’importance des valeurs civiques et de l’intérêt d’agir pour la communauté est l’un des buts premiers du service civique. Les associations d’accueil sont donc tenues de proposer à leur volontaire des journées de formation civique. Pour leur faciliter la tâche, Animafac réunit l’ensemble des volontaires des associations du réseau pour des sessions communes. Au programme, par exemple : réflexion sur le travail de mémoire, débat sur l’Europe ou jeux sur les différences interculturelles.

L’accompagnement au projet d’avenir

L’accompagnement au projet d’avenir des volontaires figure parmi les obligations des tuteurs. Plus précisément, il s’agit de préparer l’après le service civique, en fonction de ce qui intéresse le volontaire, que ce soit en terme de projet professionnel, de formation ou encore de projet personnel (monter une association, partir à l’étranger etc.)

Faire le point régulièrement permet d’accompagner l’engagé.e dans la planification de son avenir et à le mettre en réseau avec partenaires qui peuvent  l’aider en ce sens. L’idée est que le volontaire sache qui solliciter pour l’après service civique et que la dynamique crée par l’engagement puisse continuer. Le volontaire peut, s’il le souhaite, consacrer du temps au cours de sa mission à la recherche d’un travail ou d’une formation.

À savoir : l’association d’accueil comme le volontaire peuvent rompre le contrat avant son terme moyennant un préavis d’un mois.

APRÈS LA MISSION

Tuteurs et volontaires devront exposer brièvement les résultats obtenus, les compétences développées et les savoir-faire acquis par le volontaire. Cette dernière formalité permettra au volontaire de recevoir un certificat de service civique. Vous avez désormais toutes les cartes en main pour accueillir un volontaire dans votre association. Et s’il vous reste des questions qui vous empêchent de dormir, n’hésitez pas à écrire un mail à volontariat@animafac.net !

Pour faire une demande d’accueil de volontaire au sein de votre asso : http://civique.animafac.net

Pour aller plus loin : www.service-civique.gouv.fr  

Vous pouvez également consulter le guide du volontaire, édité par Animafac.