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Jérôme Dehondt, porte-parole du MIRAMAP : "Les groupes qui se montent avec l'appui d'un réseau tiennent plus longtemps"
12 Juillet 2010 - EnvironnementSur le même thèmeLes AMAP existent depuis dix ans. La croissance des initiatives et la structuration de réseaux régionaux a mené à la récente création du Mouvement Inter-Régional des AMAP, le MIRAMAP.
Dans cet interview, Jérôme Dehondt, AMAPien parisien, administrateur du Réseau AMAP Ile-de-France et porte-parole du jeune mouvement national, revient sur l'histoire de la mise en réseau des AMAP, parle de la nécessité et de l'utilité d'être connectés, de l'articulation des différentes échelles territoriales (local, régional et national) et de l'importance des projets étudiants pour transformer les politiques environnementales à long terme.
En filigrane, une interrogation prospective sous-tend cet entretien : à maturité, le mouvement des AMAP Campus se structurera-t-il en réseau ?
Animafac : Pour commencer, qu'est-ce que le MIRAMAP ? Comment est née l'idée ?
Jérôme Dehondt : L'idée est ancienne et simple : mettre en réseau les AMAP locales et les réseaux d'AMAP qui existent depuis quelques années dans différentes régions. La première tentative de 2006 n'a pas abouti. Le MIRAMAP actuel est né d'une nouvelle initiative, prise par Alliance Provence en 2008. Les principaux réseaux régionaux se sont rencontrés pour mettre en place une coordination inter-régionale. L'objectif est de mutualiser, échanger et capitaliser les expériences des dix ans d'existence du mouvement AMAPien.
En 2009, nous avons abouti à une initiative nationale que l'on a appelé le Printemps des AMAP. Durant le Printemps, un week-end de travail a eu lieu à Paris sur des thématiques qui sont développées par tous les réseaux : l'accessibilité des paniers pour tous, les questions liées à l'installation et au foncier et les perspectives de ces échanges en lançant une coordination inter-régionale large et ouverte. Une rencontre nationale des AMAP a eu lieu en décembre 2009 à Anneyron (Drôme) préparée par un comité de pilotage bénévole et une personne embauchée pendant six mois pour l'organiser. Le succès était au rendez-vous avec plus d'une centaine de participants sur deux jours.
Qu'a-t-il été entériné au cours du Printemps des AMAP ?
Nous avons créé à l'unanimité une association formelle nationale rassemblant des réseaux territoriaux et des AMAP isolées. La structuration régionale en Haute-Normandie a valeur d'exemple. Au départ, les AMAP de cette Région s'impliquent seules dans la création du MIRAMAP. Après la construction du mouvement national, elles ont décidé de se structurer au niveau régional afin de monter un inter-AMAP.
L'objectif est de favoriser la formalisation au niveau le plus pertinent possible. Aujourd'hui, l'échelon régional semble être le plus juste car c'est là que se trouvent les instances politiques et institutionnelles opérationnelles dans le domaine agricole, c'est-à-dire la Région, les Chambres d'Agricultures régionales, la SAFER pour le foncier et les Agences de l'eau. Cependant, le local reste le maillon fondamental à travers le soutien aux paysans. Le niveau national est quant à lui intéressant pour les liens avec le Ministère de l'Agriculture et le développement de certains outils.
Quel type d'outils ?
Nous mettons en place un fonds de garantie pour les paysans en AMAP. L'idée est de se porter caution pour les emprunts qu'ils vont faire soit pour s'installer, soit pour pérenniser leur ferme. Les acteurs les plus pertinents que l'on a trouvé pour monter ce projet sont des organismes nationaux de finance solidaire, la NEF et France Active.
Êtes-vous inscrits dans d'autres réseaux ?
Au niveau local, avec l'AMAP des Lapereaux de Thermopyles à Paris (14ème), je travaille avec un centre social, avec une association locale pour la mise à disposition de locaux, avec une boutique Artisans du Monde pour échanger sur la consommation responsable. Au niveau régional, le Réseau AMAP Ile-de-France s'engage avec Terre de Liens et avec le Groupement des Agriculteurs Bio (GAB) à la faveur d'une certaine complémentarité. Au niveau national, le MIRAMAP travaille avec d'autres partenaires, par exemple, la Confédération Paysanne, pour influer sur les politiques agricoles.
Dans la pratique, comment articulez-vous les différents échelons ?
Sur le plan opérationnel, nous redescendons au niveau régional parce que les fonds territoriaux qui permettent de financer les projets locaux sont à cet échelon. La mise en place est nationale, la mise en œuvre régionale. Un dialogue s'établit du haut vers le bas et du bas vers le haut. La structuration n'est pas pyramidale ou fédéraliste.
Nous touchons ainsi des acteurs et de potentiels partenaires aux positions différentes. Le paiement par une AMAP locale de la cotisation d'adhésion à son réseau régional donne lieu à des explications aux membres en début de saison. Il ne faut pas rater ce temps.
Comment intervient un réseau comme celui d'Ile-de-France ?
Les groupes qui se montent avec l'appui du réseau tiennent plus longtemps. L'objectif est de mettre les bons groupes avec les bons producteurs. Les niveaux de maturité du projet sont différents selon les groupes et les producteurs. Certains sont installés depuis longtemps et veulent augmenter leur capacité de production. D'autres sont en cours d'installation et il sera plus judicieux de les mettre en face des groupes plus expérimentés. Nous manquons de personnes pour plancher sur ces questions-là, salariés et bénévoles.
A votre avis, comment est-ce que cela peut fonctionner pour les initiatives étudiantes ?
Cette logique-là doit prévaloir dans la construction des initiatives étudiantes parce qu'il faut trouver ce que peut apporter la structuration et à quel niveau ? D'une part, une initiative AMAPienne étudiante n'a de sens que si elle se place dans une démarche globale, de développement durable, de consommation responsable, de sensibilisation et d'éducation populaire. D'autre part, il faut connecter les initiatives étudiantes avec celles qui tournent autour de l'économie sociale et solidaire.
Ça peut se faire à un niveau très local sur une même fac ou une même école. Parfois, il est intéressant que ça se passe à un autre niveau territorial. Pourquoi pas national ? Notamment pour la mutualisation et le partage des idées ! Des questions complexes apparaissent dans le cadre du développement des AMAP étudiantes surtout pour gérer la période estivale.
Quelles alternatives peut-on proposer pour compenser les absences estivales ?
Les étudiants sont absents lors des pics de production. J'imagine qu'il y a des ébauches de réponses qui ont été élaborées. Il ne faut pas réinventer la poudre à chaque fois et se servir des retours d'expérience. J'ai participé à une étude prospective de ville post-carbone à Fontainebleau. L'idée était d'associer les étudiants à cette démarche de consommation responsable de produits de saison. Une relation avec les restaurateurs locaux, qui travaillent beaucoup en pleine saison dans ce lieu touristique, permettrait de compenser le creux étudiant. Ça peut fonctionner dans d'autres villes.
Ensuite, le lobbying des milieux étudiants a une réelle influence sur le politique et les médias sur des thèmes précis. Ils ont une capacité à réfléchir et à produire de la matière dans ces domaines (sociologie, géographie, économie, droit, etc.). La question est : comment va-t-on faire pour favoriser le développement des AMAP alors que les freins sont importants ? Actuellement, un chantier est en cours sur les aspects juridiques des AMAP. Une enseignante d'une université rennaise a fait travailler un groupe d'étudiants là-dessus.
Justement, à l'Institut de Géographie (Paris 1, Panthéon-Sorbonne), des étudiants de Licence 3, à l'initiative de l'association de filière MPEPS, ont réalisé tout un travail dans le cadre d'un cours de méthodologie d'enquête de terrain afin de savoir si une AMAP sur le campus est viable ?
Au niveau méthodologique, c'est pertinent. Les groupes prennent rarement ce temps de réflexion. Cette méthode et le questionnaire qui l'accompagne doivent inviter les groupes à s'interroger sur la justesse de leur intuition. De plus, un certain nombre d'écoles et d'universités sont propriétaires fonciers. Elles ont des difficultés à financer l'entretien de ces espaces verts qui pourraient être cultivés pour les étudiants.
A l'Institut, l'objectif est de mobiliser le corps enseignant et le personnel administratif afin de stabiliser l'AMAP. Est-ce une bonne idée ?
Un peu comme à l'École Polytechnique. Le développement de l'épicerie ELSE1 a associé le personnel technique. Ça sensibilise le personnel de restauration à ces questions. Des salariés de l'École sont impliqués sur l'AMAP des Jardins de Cérès. Les décideurs accueillent très bien ce projet parce qu'il est porté par les étudiants.
L'émergence des AMAP dans l'enseignement supérieur est récent. Il a deux ou trois ans. Elles sont souvent rattachées à des associations qui travaillent sur les questions environnementales. Est-ce un bon stabilisateur malgré le turn over ?
Une des grandes difficultés, qui n'est pas propre aux AMAP étudiantes, est que l'on ne monte pas une AMAP pour récupérer des paniers de légumes frais et bio. Une AMAP est créée pour aider un paysan. S'approvisionner en légumes de saison en circuit court, c'est bien, cependant l'objectif premier de l'AMAP est le soutien à l'agriculteur. De nombreuses autres alternatives existent pour obtenir des paniers bio. L'AMAP pose une question : veut-on participer à cette aventure qui consiste à aider un producteur à maintenir localement son activité, à la développer ou à s'installer ?
Comprendre cette problématique est difficile... plus complexe que de seulement vouloir s'approvisionner en paniers bio ?
Si la première des motivations n'est pas prise en compte dans le projet, cela créera des contraintes qui ne vont pas répondre aux attentes des étudiants et du producteur. L'expérience sera en danger. Il faut favoriser la diversité des initiatives et trouver celles qui s'adaptent le mieux au projet des partenaires. L'AMAP est une forme, parmi les plus engagées, qui permet de répondre à cette nécessité de maintenir une agriculture paysanne.
En général, les noyaux durs des groupes prennent en compte cela, mais ce n'est pas nécessairement le cas des consommateurs qui se greffent ensuite au projet.
Là, intervient la gestion du turn over. Ça renvoie au projet associatif et aux valeurs que l'on met en son cœur. Les valeurs sont fondamentales. Si celle des AMAP ne correspondent pas à nos attentes, il faut partir sur un autre projet.
1Épicerie ELSE fournie par les Jardins de Cérès, AMAP du plateau de Saclay dans l'Essonne.
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