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Le livre de Franck Chaumont, "Homo Ghetto". L'homosexualité dans les cités rime t'elle avec clandestinité?
29 Octobre 2009« La certitude qu’il existe une société à deux vitesses sur la question de l’homosexualité s’est imposée à moi il y a un peu plus de dix ans ». Voici, l’affirmation par laquelle Franck Chaumont débute son livre Homo-ghetto. Gays et lesbiennes dans les cités : les clandestins de la République, publié aux éditions le cherche midi. Cette « certitude », Franck Chaumont l’a vu grandir au cours de son parcours associatif et professionnel : ex -journaliste à Beur FM, ancien directeur de la communication à Ni putes Ni soumises. Selon lui, il ne s’agit plus seulement « de considérer l’homophobie dans les cités comme un prolongement du sexisme. C’était un phénomène qui méritait d’être étudié en soi ». Voilà ce dont à quoi s’attache F. Chaumont durant deux ans : étudier l’homosexualité dans les cités.
Deux années d’enquête qui lui seront nécessaires pour obtenir des témoignages: la difficulté de parler en dit déjà long sur le silence autour de l’homosexualité dans les cités. Douze témoignages sont rassemblés dans la première partie, chacun d’entre eux nous livrent une manière de vivre son homosexualité dans les cités : le déni, la double vie, se cacher, la fuite, l’utiliser comme un outil de revendication sociale et politique… S’il existe différentes manières de la vivre, il semble que la réaction de l’entourage soit quasi toujours la même : le rejet, allant parfois jusqu’à la violence.
Par ailleurs, à la lecture de ces témoignages, aussi différent soient-ils, des mots ne cesseront de se faire écho tels que « solitude », « double jeu », « schizophrénie », « respect des codes de la cité », poids de la religion, violence, fuite, combat, ignorance…
Ces témoignages illustrent parfaitement cette « communauté gay à deux vitesses ». La première représente celle des centres villes qui manifeste pour les mêmes droits que les hétérosexuels. La seconde est celle des banlieues où l’homosexualité doit être cachée, où la vérité ne peut pas être avouée, celle des cités qui est une zone de non droit pour les homosexuels. Ce fossé Franck Chaumont cherche à l’expliquer dans la seconde partie, pour cela il souligne la coupure géographique et culturelle des banlieues, ce qui en fait des « enclaves ethniques ». Cette césure facilite le fondamentalisme religieux, le règne de la « loi du plus fort », combiné au mythe de la virilité et aux images péjoratives de l’homosexualité qui parviennent aux jeunes.
De plus, Franck Chaumont souligne la « double discrimination » faites aux homosexuels des cités. Tout d’abord celle d’être homo dans la cité, mais aussi le fait d’être originaire de cité dans la communauté homosexuelle, car ils représentent l ’ « exotisme », l’imagerie sexuelle du ghetto.
Quelles solutions ?! Pour Franck Chaumont, « seul un investissement massif dans l’éducation, la lutte contre le chômage et en faveur de la mixité sociale pourront inverser la donne ». Il note tout de même quelques ouvertures dans son ouvrage : Internet qui permet de sortir de l’isolement de la cité avec discrétion. L’utilisation des mots, de la littérature car « les mots dès qu’ils sont capables de produire ou de dire une émotion, parviennent à ouvrir les esprits ou les bouches les plus hermétiquement fermés ». C’est ce que nous montre la MJC de Ris Orangis où des jeunes ont interprétés la pièce « Place des mythos », et le témoignage de Katherine, qui utilise le roman pour mettre en débat l’homosexualité dans des classes de cités.
Et nous, associations étudiantes luttant contre les discriminations (LGBT, sexisme, racisme…) mais aussi celle du champ de l’éducation populaire, ou encore celle de la culture : quelles sont nos réactions face à l’alerte lancée par Franck Chaumont ? N’est ce pas aussi à nous de refermer le fossé séparant centre ville et cité, et comment ?
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Commentaires
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Envoyé par Olivier, 17/11/2009 7:18pm (il y a 3 années )
Il est vrai que l'homophobie est particulièrement présente dans les banlieues, cependant ce n'est pas le seul lieu, ni le seul milieu où elle est très présente : on pourrait évoquer les petits villages ou petites villes, certains métiers très masculins (BTP, camionneurs,..), certains milieux (le foot, et nous en avons quelques exemples très récemment entre le refus de jouer contre le Paris Foot Gay, le "petite tarlouze" de Louis Nicolin, etc). C'est pourquoi je ne suis pas persuadé qu'il faille ainsi stigmatiser un territoire qui l'est déjà suffisamment.
Celà ne signifie pas pour autant qu'il ne faut pas s'interroger sur cet état de fait ni essayer d'agir. Évidemment que ces bastions de l'homophobie doivent tomber, mais cela ne peut se faire juste en brandissant un mot d'ordre sur cette question à la gay pride. C'est beaucoup plus par un travail au quotidien dans tous les lieux d'éducation et en particulier d'éducation populaire que le combat peut se gagner.
Que peut-on faire?
- Monter des assos LGBT dans les quartiers? Aucun intérêt, personne n'osera franchir la porte, en revanche ceux qui y seront prendrons des risques.
- Un mot d'ordre à la gay pride? Pour demander quoi? A part stigmatiser la banlieue et se donner bonne conscience, du genre "voilà on ne pourra plus nous reprocher de ne pas avoir posé le problème", je ne vois pas à quoi il pourrait servir.
Moi je crois beaucoup plus à l'éducation, d'abord à l'éducation populaire, car c'est aussi l'un des rôles de nos assos mais aussi à l'éducation nationale. car pour le coup elle est la seule à être présente sur tout le territoire et à pouvoir toucher tous les jeunes. Il y a donc un énorme travail à faire avec toutes les structures éducatives. A Lyon, avec Moove nous avons fait plusieurs formations auprès des personnels des CRIJ, MJC et missions locales qui sont régulièrement en contact avec des jeunes en mal d'insertion. Il est important que dan ses structures là la parole puisse se libérer sur l'homophobie. Car s'il est une spécificité de l'homophobie par rapport aux autres discriminations c'est que le jeune homo n'a même pas la possibilité de se confier dans sa propre famille, qui, potentiellement, peut le rejeter pour ce motif.
Il est donc nécessaire que dans ces structures, dans les associations des quartiers, dans les collèges, dans les lycées les personnels soient :
1) capables d'entendre la souffrance d'un/une jeune homo et ne le rejettent pas
2) le jeune puisse savoir à qui il peut s'adresser (mettre tout simplement une affiche de la ligne azur dans son bureau est un bon signal)
3) capables de ne pas plus tolérer des insultes homophobes que des insultes racistes, antisémites ou sexistes
Cela demande donc une formation des personnels, et les associations peuvent être de bon relais (et cela fonctionne très bien au Quebec).
D'autre part il faut bannir des manuels scolaires les clichés sexistes et homophobes, cesser de taire l'homosexualité de personnages célèbres surtout quand celle çi fait partie intégrante de leur œuvre (je pense en particulier à Raimbaud et Verlaine), évoquer la déportation des homosexuels pendant la seconde guerre mondiale, etc. Il y a plein d'occasions, dans le cadre des programmes d'évoquer l'homosexualité sans être stigmatisant ou méprisant.
L'éducation, parce qu'elle touche tout le monde est la meilleure réponse à l'intolérance et à la discrimination, y compris dans les banlieues, et ce sans pour autant rajouter un stigmate à d'autres stigmates.
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