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Les Droits de l’Homme dans le monde : quel minimum garanti ?
27 Décembre 2005 - CitoyennetéSur le même thèmeEnracinés dans la rationalité occidentale et promus par le droit international, les droits de l'Homme oscillent sans cesse entre deux dynamiques contradictoires : l'universalisme et le relativisme culturel. La première défend le principe de droits communs à l'ensemble des êtres partageant la condition humaine. À l'encontre de cette tradition, les cinquante dernières années ont vu fleurir de toutes parts des chartes de droits humains intégrant la culture, la condition sociale et économique, la religion de certaines régions ou de certains groupes donnés.
L'universalité des droits de l'Homme reste plus que jamais à conquérir. Il existe aujourd'hui un risque d'application "à géométrie variable" de leurs principes fondamentaux, dissous dans les multiples délimitations. Aux côtés des définitions étroites, protégeant les droits civils et politiques, de nombreuses associations et ONG privilégient une définition large des droits de l'Homme, intégrant les libertés publiques et le droit humanitaire. L'ONU, tout en reconnaissant l'existence de "droits économiques, sociaux et culturels", s'en tient aux instruments juridiques de protection des droits de l'Homme. Ces instruments se sont par ailleurs régionalisés, avec la Convention américaine, limitée à l'Amérique (1950), la Charte africaine des droits de l'Homme (1981) ou la Charte arabe des droits de l'Homme et des peuples (1981). Ces nouveaux textes enjoignent d'agir non plus seulement au niveau des individus, en garantissant leurs libertés, mais au niveau collectif, en protégeant langues, cultures et modes de vie au sein des communautés. La Déclaration des droits de l'Homme en Islam, adoptée au Caire en 1990, fait valoir un enjeu symbolique autant que juridique : l'éthique, la religion, la philosophie et le droit y sont étroitement imbriqués. La loi islamique, la Chariaâ, inspire largement ce texte, progressiste à certains égards. Mais la référence à la démocratie, explicite dans la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948, y a complètement disparu. Le principe même d'égalité n'y subsiste qu'en termes de devoirs et responsabilités, et non plus de droits.
Cette prolifération des définitions, qui rend la situation complexe, signale la persistance d'un malaise. La mise en place progressive d'un contrôle international, au moment de la Guerre Froide, continue d'être vécue comme une ingérence insupportable, de type néo-colonialiste. Il est révélateur que les pays du Sud insistent, dans leurs traités successifs, sur le principe de solidarité qui caractériseraient leurs cultures. Les droits de l'Homme, tels qu'ils ont été formulés en 1948, révèleraient l'individualisme possessif des pays riches, vecteur d'atomisation de la société. L'argument anti-ethnocentriste peut également revêtir une dimension morale et philosophique. Entérinant la domination d'une rationalité occidentale, la Déclaration universelle des droits de l'Homme serait incompatible avec le sens du sacré. Elle prônerait, contre les sociétés traditionnelles, holistes ou religieuses un vaste modèle de "société administrée".
Ces attaques sont à certains égards justifiées :la très grande majorité des rédacteurs de Déclaration de 1948 étaient européens et américains. Mais elles se révèlent souvent encore plus ethnocentristes que les textes qu'elles dénoncent. Assumer le "droit à la différence", souci nécessaire des législateurs, ce n'est pas accepter les revendications de quelques dirigeants locaux. Outre l'incohérence juridique de certaines situations, la notion de recours juridique varie considérablement d'un texte à l'autre, nous risquons d'enfermer des individus dans leurs cultures régionales, voire de valider le mépris de leurs droits individuels. Que faire de la plainte d'un ressortissant, par exemple, lorsque son État a refusé le principe d'une juridiction internationale susceptible, le cas échéant, de le condamner ? En intégrant les exigences particulières, nous régressons par rapport au cosmopolitisme, conçu comme une idée régulatrice des droits de l'Homme.
Le contenu philosophique des "droits de l'Homme", leur idéal d'universalisme se sont considérablement enrichis depuis le siècle des Lumières. Il serait temps que l'ensemble des acteurs, du Nord et du Sud, s'accorde à présent sur "un minimum garanti", un socle commun susceptible d'intégrer le pluralisme culturel. Entre les deux écueils de l'hégémonisme moral et de l'éclatement juridique, il reste à inventer des droits de l'Homme reconnus partout et respectueux de tous.
Lire aussi : Face au massacre des civils
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