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Les étudiants dans la ville : des moteurs pour le développement local ?
10 Décembre 2004 - Solidarités localesSur le même thèmeGardons-nous des représentations simplistes qui instaurent une fracture entre étudiants et jeunes des cités : à quel point est-elle réelle, imaginaire, encouragée ? Face à la massification des effectifs étudiants, n'est-ce pas nier que les jeunes doivent aujourd'hui agir ensemble, et briser un mur tenace entre les facs et la ville ?
Dès qu'il s'agit de jeunesse, les bons sentiments ruissèlent. Élus, journalistes, fonctionnaires, les leaders de tout poil et leurs services nous veulent du bien. Ils le répètent sur tous les tons, surtout lorsqu'il s'agit de prendre l'initiative et d'animer une association. Mais ces discours n'empêchent ni l'insupportable paternalisme de ceux qui considèrent qu'avant 40 ans, on est certainement trop jeune pour assumer la moindre responsabilité ; ni l'ignorance des situations réelles de la jeunesse. Ce qui conduit naturellement à rendre tout à fait vaines ces professions de foi, même les plus sincères.
Une des erreurs les plus communes consiste à se focaliser à tout prix sur l'appui aux projets des jeunes les plus en difficulté. Pouvoirs publics voire mécènes privés se précipitent sans intercesseur pour apporter la bonne parole républicaine dans les quartiers les plus périphériques, aux jeunes les moins intégrés. A l'inverse, hormis quelques écoles d'élite où il fait bon rencontrer ceux qui demain prendront la relève, le monde étudiant est largement boudé. Les " privilégiés " qui fréquentent l'université ne mériteraient pas toutes ces attentions.
C'est se leurrer à plusieurs titres. C'est d'abord négliger l'étonnante massification des effectifs étudiants. Depuis dix ans, l'enseignement supérieur accueille nettement plus de deux millions d'étudiants. Ainsi, si sa démocratisation est effectivement très limitée, les enfants des classes populaires sont aujourd'hui bien plus nombreux à atteindre le bac et à poursuivre au-delà. Le corollaire de cette mutation est évident : les étudiants ne sont plus les héritiers privilégiés décrits voici quelques dizaines d'années. Pas plus qu'il n'est possible de définir le jeune " moyen ", il n'existe d'étudiant type. La diversité des trajectoires rend caduques les représentations que de nombreux aînés gardent en tête.
Après l'erreur sociologique vient l'erreur politique. On souhaite encourager l'engagement chez les moins favorisés. Le vœu est admirable, la préoccupation essentielle. Mais comment retisser des liens politiques lorsque, si majoritairement, la jeunesse se défie des institutions ? Se tourner vers les cités en négligeant les campus, c'est ignorer la nécessité d'une médiation patiente pour qu'une large génération reprenne un peu confiance dans la démocratie.
Bien sûr, la vie associative étudiante est souvent autocentrée, pour ne pas dire un peu vaine. La socialisation par les soirées corpos ou l'organisation de services périscolaires ont une réelle utilité dans l'intégration au campus, mais aussi de vraies limites devant les principaux enjeux politiques. Mais en protégeant leur environnement, en exprimant leur créativité artistique, en organisant une solidarité chaleureuse entre eux, dans leur quartier ou avec des correspondants ailleurs dans le monde, les étudiants se mobilisent en nombre pour le bien commun. Leur concentration dans quelques lieux, la souplesse de leurs emplois du temps dans la plupart des filières, leurs compétences nécessairement acquises dans le dialogue avec les institutions, leur relative confiance en celles-ci (et réciproquement, quoique) les disposent mieux que d'autres plus isolés, plus fragiles, à contribuer à des projets civiques et solidaires.
D'ailleurs, le dernier avatar des mouvements nationaux de jeunes de banlieue, Stop la violence, comptait plusieurs étudiants parmi ses principaux animateurs. Et parmi les leaders de groupes de rap, combien d'étudiants en philo comme celui de New African Poet à Strasbourg ?
Ce sont là les paris que nous voulons relever. Agir résolument pour la cohésion sociale, vivifier par la voie associative une démocratie essoufflée, et grâce à la force du bénévolat, donner des perspectives plus souriantes à toutes les jeunesses.
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