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Spectacle vivant : quand les statuts font carton-pâte
1 Mars 2005 - CultureSur le même thèmeL'ensemble hétérogène que constituent les membres des deux à trois mille associationss étudiantes du spectacle vivant interroge. D'amateur à professionnel, la palette est large. Le cadre associatif en suivra certains dans la vie active, en accompagnera d'autres dans leurs moments de loisirs. En crise, le spectacle vivant ? Une question que pose l'art à la société, quand une seconde de grâce sur scène ne trouve pas de statut sur mesure.
En tant que jeune metteure en scène, je fais partie de ceux pour qui l'engagement associatif est une démarche professionnelle. Parmi les étudiants, il y a ceux comme moi et il y a les autres, ceux pour qui le spectacle vivant est une pratique amateur, un extra. C'est l'un des nœuds particuliers au secteur associatif étudiant culturel. Si je vous précise maintenant que la frontière entre les deux statuts est ténue, vous en perdez votre latin ! Permettez moi néanmoins, en tant que professionnelle du spectacle en devenir, de vous exposer trois épineux problèmes liés a ma pratique associative.
Pour créer une compagnie, la forme associative est la forme d'usage, mais elle n'est pas adaptée aux jeunes porteurs de projets culturels. Lancée dans l'entreprise et après avoir réfléchi aux différentes formes que cette compagnie pourrait épouser (SARL, SCOOP...), je me suis finalement tournée vers la seule structure adaptée pour un premier pas, une association loi de 1901. Seulement voilà, l'association est une formule liée à la notion de but non lucratif et cela implique que ses responsables (membres du bureau) restent entièrement bénévoles. Alors que faire ? La responsabilité artistique ne peut pas se doubler au départ de la responsabilité administrative. Il faut donc que les jeunes artistes s'entourent de personnes acceptant d'endosser le rôle de président, de trésorier, etc, alors que ces personnes n'ont pas de rôle à jouer au niveau artistique dans le cœur du projet !
Par ailleurs, il existe une zone très floue séparant l'artiste amateur du professionnel. Et c'est là ce qui me tracasse le plus. Les toutes premières subventions sont maigres et ne permettent généralement pas de salarier l'équipe. Elles offrent surtout la possibilité de ne pas engager de fonds personnels dans la création d'un spectacle. Dès que cela est possible, on tente de professionnaliser la compagnie et de payer les gens pour leur travail. Mais lorsqu'on ne peut donner que trois cachets au taux minimum à quelqu'un pour deux mois et demi de travail, on ne respecte évidemment pas le taux du salaire minimum qui protège les employés en France. Dans les faits, la transition d'amateur à professionnel est semée d'embûches.
Tiraillée.
Aujourd'hui, je monte un nouveau projet pour le début de la saison 2005-2006. Je voudrais obtenir des financements. Mais la plupart des subventions sont destinées aux titulaires d'une licence d'entrepreneur du spectacle. Et l'obtenir implique le respect du code du travail et des législations relatives à l'embauche. Je me retrouverais donc hors la loi si avec une licence en poche, je n'obtenais pas de subventions pour remplir mon devoir d'employeur. C'est assez inquiétant lorsque l'on sait que la Mairie de Paris, par exemple, n'accorde théoriquement pas de budget à une compagnie qui ne s'engagerait pas à produire au moins 24 fois son spectacle dans l'année. Et qu'il faut avoir une licence d'entrepreneur pour jouer plus de 7 fois son spectacle en un an dès lors que les participants ne sont pas des amateurs bénévoles.
Enfin, voilà : il y a de quoi angoisser et perdre quelques plumes. Celles justement qui permettent de s'envoler dans des mondes imaginaires pour en rapporter témoignage et faire rêver les gens.
Heureusement, je reste convaincue que ce n'est pas le statut qui fait l'artiste mais bien son urgence à dire, à être au monde. Et le public vibre lorsque qu'un comédien l'emmène, l'embarque... Peu importe qu'il ait tel ou tel statut. La réussite n'est pas dans la reconnaissance des collègues théâtreux, dans l'arrachage de subventions ou dans le nombre de lignes accordées par les journaux... mais bien dans le partage d'un moment fort avec un public qui est là, qui retient son souffle dans le noir.
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