Animafac et la Sorbonne Nouvelle expérimentent un statut de responsable associatif étudiant

L’université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 et le réseau national des associations étudiantes Animafac signeront ce mercredi une convention de partenariat pour l’expérimentation du statut de « responsable associatif étudiant ».

La Sorbonne Nouvelle et Animafac s’engagent depuis plusieurs années à promouvoir l’engagement étudiant. Selon Coline Vanneroy, déléguée générale d’Animafac, « l’esprit d’initiative des étudiants mérite d’être plus encouragé qu’il ne l’est aujourd’hui. Au-delà de l’impact social des projets, le développement de la vie associative est en effet un facteur sous-estimé de la réussite des étudiants de par la socialisation et l’acquisition de compétences qu’elle induit ».

Afin de faciliter l’engagement étudiant, en partenariat avec l’association Animafac, l’université expérimentera cette année universitaire un nouveau dispositif : le statut de responsable associatif étudiant articulé avec la formation suivie à l’université. Inspiré du statut de sportif de haut niveau et complémentaire du statut d’étudiant entrepreneur, il s’adresse à des étudiants ayant d’importantes responsabilités au sein d’associations et souhaitant exercer leurs missions associatives sans être pénalisés dans leurs études.

Le dispositif permettra aux étudiants concernés de bénéficier d’un statut dérogatoire au contrôle continu, de voir leur expérience associative reconnue comme un stage lorsque cela est cohérent pédagogiquement, mais aussi et surtout de bénéficier d’un accompagnement qui leur permettra de mieux identifier les compétences acquises au cours de leur engagement.

Selon Tristan Héraud, président de l’Association Théâtrale des étudiants de Paris 3 (ATEP3), « ce dispositif peut être extrêmement profitable aux étudiants et les encourager à poursuivre leur engagement, avec plus de sécurité et de sérénité ». Vice-président de la Commission de la Formation et de la Vie universitaire de la Sorbonne Nouvelle, Jean-Marie Fournier souhaite que le statut encourage plus d’étudiants à construire leur expérience étudiante et à participer à l’animation du campus.

Co-pilotée par Animafac et le Bureau de la vie étudiante de l’université, cette expérimentation donnera lieu à une évaluation à la fin de l’année universitaire, avec l’ambition de voir ce statut se généraliser à toutes les universités françaises.

 

Tristan Héraud est co-président de l’ATEP3, une association de théâtre de Paris 3. Il nous parle de la difficulté de concilier ses études et un engagement très prenant. L’expérimentation d’un statut de responsable associatif étudiant à la Sorbonne Nouvelle est pour lui une vraie chance de mieux concilier l’ensemble de ses responsabilités, mais aussi une façon d’être reconnu.  

Peux-tu te présenter brièvement et présenter ton parcours associatif ?

J’ai 21 ans, et j’étudie actuellement en Licence 3 d’Etudes Théâtrales à l’université Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Avant cela, j’ai étudié deux ans à Sciences Po Paris puis j’ai fait un service civique. C’est ce dernier qui m’a plongé, à 19 ans, dans le monde associatif.

A la fin de ma première année de Licence, je suis devenu bénévole à l’ATEP3, une association très active sur le campus qui organise des cours de théâtre, des représentations, et un festival étudiant de théâtre, le festival A Contre Sens. Un an après, nous avons organisé une co-présidence avec la direction artistique d’une part et la direction administrative d’autre part. J’ai été élu co-président en charge de la direction artistique.

Ton engagement associatif a-t-il eu des répercussions sur tes études ?

Avant d’être président de l’association, je consacrais entre 5 et 10 heures par semaine à l’ATEP3, j’arrivais assez bien à gérer mes études, mon job et mon engagement. Les choses se sont compliquées cette année. Je consacre maintenant entre 15 et 20h par semaine à ma mission de président, mes études sont plus difficiles et j’ai toujours un job étudiant.

Le moment le plus intense de mon année d’étudiant engagé est le festival A Contre Sens qui a accueilli en avril dernier 31 compagnies et 3300 spectateurs. Par conséquent, pendant le festival, j’ai raté quasiment la totalité de mes cours, pendant deux semaines. Évidemment, les profs sont compréhensifs et il est toujours possible de rattraper le cours, mais c’est tout de même ennuyeux.

Cette année, les soirs où je suis disponible, je reste au local associatif pour assurer le suivi. On ne s’en rend pas compte lorsque l’on est spectateur mais organiser ne serait-ce qu’une représentation à l’université implique énormément de choses : trouver un spectacle, un lieu adapté, communiquer, assurer la logistique, etc.

Néanmoins, il faut voir tout ce travail d’un œil positif. Étant étudiant en licence de théâtre, intéressé par l’action culturelle, évènementielle, et la production artistique, mon engagement associatif se confond idéalement avec mon parcours universitaire. J’ai en quelque sorte la possibilité de mettre directement en pratique ce que j’apprends à l’université et c’est génial !

Selon toi, en quoi un statut d’étudiant engagé peut-il faciliter le quotidien des étudiants concernés ?

En premier lieu, je pense que ce statut permettrait aux étudiants concernés d’obtenir une reconnaissance au sein du monde universitaire. Via ce statut, l’université reconnait l’importance de l’engagement bénévole et permet aux étudiants concernés d’être identifiés par leurs enseignants.

Le statut peut aussi donner une crédibilité aux étudiants dont les associations œuvrent en dehors de l’université.

Enfin, cela peut donner un sérieux coup de pouce pédagogique. Je pense aux étudiants qui doivent obtenir des dispenses de cours. L’UE Pro « Valorisation de l’engagement associatif » permet de dispenser d’une UE libre, mais ce n’est qu’un premier pas dans la bonne direction. Ce statut va plus loin. Par exemple, je dois, dans le cadre de la licence, effectuer un stage de professionnalisation dans des entreprises du spectacle, dans des domaines tels que la création théâtrale, la communication, les relations publiques, l’organisation et le suivi d’événements culturels. En 2ème et 3ème année, ces stages doivent être de 75h et 90h minimum, ce qui peut être assez contraignant.

Il s’avère, on l’aura compris, que mon engagement au sein de l’ATEP3 s’inscrit parfaitement dans le cadre de ce stage, à l’exception que ce n’est pas un stage. Mais il me semble que je travaille dans la plupart des domaines listés ci-dessus, et il est évident que ma charge de travail s’élève, sur une année, à bien plus que 90 heures.

Par conséquent, ce dispositif peut être extrêmement profitable aux étudiants, et les encourager à poursuivre leur engagement, avec plus de sécurité, et de sérénité.

Jean-Marie Fournier est le vice-président de la Commission formation et vie universitaire de la Sorbonne Nouvelle, la commission compétente en matière de vie étudiante. Selon lui, la création du statut de responsable associatif étudiant illustre la confiance accordée aux bénévoles par l’université.

Quelle est la politique de la Sorbonne Nouvelle en matière de vie étudiante ?

Notre université compte 18 000 étudiants en licence, licence professionnelle, master et doctorat, en majeure partie réunis sur le Campus Censier. Les étudiants y passent beaucoup de temps chaque semaine, nombre d’entre eux étant loin de leur domicile. Le rôle de l’université est donc non seulement de leur garantir de bonnes conditions d’étude, quel que soit leur statut (étudiant à distance, salarié, engagé, chargé de famille, etc.), mais aussi de leur proposer un cadre global d’épanouissement sur le campus.

Depuis plusieurs années, la Sorbonne Nouvelle a développé une véritable politique en ce sens : en créant des espaces modulaires pour les étudiants, utilisables comme des lieux de convivialité, de repos ou de travail ; en leur proposant des temps de découverte et de rencontre avec les associations étudiantes et les partenaires culturels de l’université durant la Semaine vie de campus ; en développant l’animation de la vie de campus au moyen de différents types d’événements (la Semaine vie de campus, les Départementales, la Soirée de vie étudiante, la Semaine des Beatles, ou encore les cérémonies de remise du titre de docteur Honoris Causa). Notre intention est non seulement de favoriser le bien être des étudiants, de favoriser leur sentiment d’appartenance à la communauté universitaire, mais aussi de les encourager à participer à la vie culturelle et associative du campus, et ainsi à enrichir leur expérience étudiante.

Pourquoi avoir accepté de suivre Animafac dans l’expérimentation de ce statut ?

Le rôle d’accompagnement des associations étudiantes qu’assure Animafac au sein de son réseau en fait un interlocuteur incontournable sur les problématiques de l’engagement étudiant. Il y a quelques années, Animafac avait observé la difficulté des étudiants engagés en association à faire reconnaître les compétences acquises au cours de leur engagement. Mettre en place des projets, coordonner des actions, animer une équipe de bénévoles, gérer un budget, développer des relations partenariales, sont de véritables de compétences, qui viennent compléter celles que les étudiants acquièrent au cours de leur formation.

C’est d’autant plus vrai pour les étudiants de la Sorbonne Nouvelle inscrits dans des disciplines d’Arts, Lettres, Langues et Sciences humaines et sociales. En proposant à la Sorbonne Nouvelle de mettre en place le statut de responsable associatif étudiant, Animafac nous a rendus attentifs à la nécessité de rendre cet engagement possible en pratique, et de le valoriser.

Quels messages adresseriez-vous aux universités qui cherchent à favoriser les activités solidaires des étudiants ?

Les étudiants débordent d’idées et d’initiatives. L’université doit simplement les aider à les réaliser. Ils ont un besoin d’accompagnement et de financement, auquel peuvent répondre le Bureau de la vie étudiante et le Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes, deux outils que la circulaire du 23 novembre 2011 nous incite fortement à mettre en place. Pour permettre à ces activités de se multiplier et de prendre toute leur place dans une véritable vie de campus, il suffit de mettre les associations étudiantes en lien les unes avec les autres en favorisant les lieux de rencontre… et de leur faire confiance !

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