Animafac a initié en 2009 le programme Bénévolat et compétences, portant sur la valorisation des compétences acquises par la pratique associative. Soutenue par le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse (FEJ), cette initiative a bénéficié d’une évaluation externe, réalisée par le cabinet ASDO-études, qui a permis d’en mesurer les apports. En voici les principaux résultats.

 

Bénévolat et compétences est un programme visant à accompagner les bénévoles et les volontaires dans l’identification et la valorisation des compétences acquises sur le terrain associatif. Il a été initié à la suite d’une étude réalisée par le laboratoire Printemps du CNRS, portant sur les spécificités des associations gérées et dirigées par des jeunes. Dans ses conclusions, celle-ci mettait en avant le fait que le temps de l’engagement est un temps formateur, qui permet d’acquérir des compétences, mobilisables sur un CV car transférables dans le monde du travail. Or, trop souvent, les jeunes associatifs ne le mentionnent pas au moment de chercher un emploi.

 

Le programme Bénévolat et compétences se structure donc autour d’un axe d’accompagnement, pour permettre aux bénévoles et aux volontaires de lever les freins à la valorisation de leur parcours associatif. Concrètement, cela se traduit par la mise à disposition d’un portfolio de compétences, outil permettant de retracer son parcours associatif, de repérer les compétences qui y ont été développées et de bénéficier de conseils pour savoir comment les valoriser selon la nature de son projet. Cet outil va de pair avec l’organisation de sessions d’accompagnement, permettant aux participants d’identifier les compétences acquises au cours de leur expérience associative et de rencontrer des recruteurs qui les accompagnent dans l’optimisation de leur présentation sur un CV, une lettre de motivation ou au cours d’un entretien.

 

Un axe de sensibilisation des entreprises a également été développé, l’objectif étant d’inciter les entreprises à porter une plus grande attention aux expériences associatives des candidats à un emploi, pour en tenir compte dans leur processus de recrutement.

 

 

Bilan de l’expérimentation

 

 

>> LE PROGRAMME EN CHIFFRES

 

65 sessions d’accompagnement sur l’ensemble du territoire
575 personnes formées
Mobilisation d’une trentaine de recruteurs et responsables ressources humaines, issus du groupe Adecco, d’Algoé, de la MACIF ou mobilisés par l’intermédiaire de l’association Passerelles & Compétences
Diffusion de 10 000 portfolios de compétences
Réalisation de 6 événements de sensibilisation auprès des entreprises
Diffusion de 1 000 plaquettes de sensibilisation auprès des entreprises
Réalisation d’un kit de transférabilité de la démarche, incluant un mode d’emploi
Prises de contact avec une dizaine de structures dans l’optique de la transférabilité de la méthode

 

Un impact avéré de la démarche sur les bénéficiaires

 

Le rapport d’évaluation, rédigé par le cabinet ASDO-Études, atteste que les sessions d’accompagnement sont perçues comme utiles par une majorité des personnes en ayant bénéficié. Elles permettent notamment d’identifier les savoir-faire et compétences acquis dans un cadre associatif et de savoir comment les mettre en mot (85 % des personnes interviewées après formation affirment qu’elles sont utiles en ce sens-là), levant ainsi un des principaux freins à la valorisation de son parcours associatif.

 

Ainsi, l’évaluation souligne que deux tiers des jeunes bénévoles et volontaires modifient leur CV après la formation, notamment pour remonter l’expérience associative dans la partie « expérience professionnelle » du CV ou encore pour détailler les tâches réalisées ainsi que les résultats obtenus au cours des différentes missions associatives.

 

Le dispositif d’évaluation a également mesuré la capacité des jeunes à faire valoir leur parcours associatif dans un contexte de recrutement. Une vingtaine de simulations d’entretien ont été réalisées, sur la base d’annonces réelles, afin d’évaluer la pertinence de la présentation de ses expériences associatives par le candidat. La note moyenne attribuée pour la manière dont l’expérience associative a été mobilisée au cours de l’entretien est de 3,8 sur 5. Par ailleurs, 18 candidatures ont reçu un avis favorable ou très favorable, l’expérience associative ayant joué un rôle important ou très important pour 16 d’entre elles.

 

Des entreprises formellement acquises à la question de la valorisation de l’expérience associative… à certaines conditions

 

Si, lors des formations ou des simulations d’entretien réalisées pour les besoins de l’évaluation, les jeunes associatifs parviennent à pleinement valoriser les compétences qu’ils ont pu acquérir au cours de leur parcours associatif, ces temps n’en restent pas moins des temps spécifiques au programme. La valorisation de l’expérience associative auprès des entreprises reste encore à améliorer.

 

Le retour sur les actions de sensibilisation révèle en effet que si les entreprises affirment reconnaître l’expérience associative des jeunes, cette reconnaissance se restreint le plus souvent aux savoir-être, occultant la dimension d’apprentissage de l’expérience associative. Les associations ne sont donc pas reconnues spontanément par les entreprises comme des lieux permettant l’acquisition de savoir-faire. Le rapport d’évaluation souligne même que si « les entreprises rencontrées se déclarent convaincues de l’utilité de la valorisation de l’expérience associative [elles le font] notamment pour des métiers exigeant peu de qualifications et des savoir-être importants ».

Par ailleurs, lorsque la valorisation de la compétence se fait, elle semble plus efficace lorsque s’efface la spécificité associative.

 

L’effacement de la spécificité associative ?

 

L’étude pointe un paradoxe qui interpelle : l’exercice de valorisation des compétences acquises dans un cadre associatif est considéré comme réussi dès lors que la mention même d’association disparaît…

La notion de compétences, dans sa dimension transversale et transférable, tend à recouvrir les spécificités du travail associatif, caractérisé par un « faire » collectif et la dimension d’engagement.

 

Un apport dépassant le champ de la valorisation de l’expérience associative

 

Le rapport d’évaluation souligne que l’apport de Bénévolat et compétences excède la question de l’expérience associative. En effet, pour beaucoup de ses bénéficiaires, les sessions d’accompagnement du programme sont l’occasion d’une première confrontation avec la question de l’insertion professionnelle, question qui reste encore peu abordée par beaucoup dans le cours des études. La formation permet alors l’obtention de conseils sur le CV, la lettre de motivation, l’entretien et permet de manière générale l’acquisition d’un réflexe « compétence » et d’un vocabulaire adapté. Ainsi, près de la moitié des personnes reprenant le portfolio après la formation s’en servent pour analyser des expériences non associatives (stage ou  contrat court).

 

Un dispositif pleinement transférable

 

Cet aspect souligne la transférabilité du programme Bénévolat et compétences, à la fois pour d’autres types d’expérience donc, mais également vers d’autres publics que celui du réseau Animafac. Comme le souligne le rapport d’évaluation : « Que l’on se situe dans une association ou dans une structure privée, que l’on soit bénévole ou stagiaire ou salarié précaire, le principe reste le même. Il s’agit bien d’initier un processus de réflexion qui permet à partir de situations vécues et réelles d’identifier des compétences, de les nommer et de savoir les promouvoir. La nécessité est bien de valoriser ce que l’on sait faire. La difficulté à « parler le RH » pour de nombreuses populations ouvre de nombreux champs d’applications pour Bénévolat et compétences. »

 

Parmi les pistes qu’il est suggéré d’explorer, celle des jeunes accompagnés par les missions locales ou n’ayant pas de diplôme de l’enseignement supérieur à faire valoir. Pour ces derniers, la valorisation et la reconnaissance d’expériences associatives pourraient avoir un impact important dans le parcours d’accès à l’emploi.

 

 

Les suites de l’expérimentation

 

Le programme Bénévolat et compétences, dont l’évaluation a démontré l’efficacité pour les associatifs étudiants, va être pérennisé et inscrit au calendrier des activités régulières d’Animafac. Plusieurs formations ont déjà été organisées en 2012 et un renforcement est prévu, via le lancement d’une campagne d’affichage, sur le thème « Votre expérience associative a de la valeur, faites-en un atout professionnel ».

 

A venir, une campagne d’affichage nationale sur le thème de la valorisation de l’expérience associative. 

 

Enfin, le programme Bénévolat et compétences va également faire l’objet d’un essaimage. Toute structure concernée par la question de valorisation des expériences des jeunes pourra ainsi s’en approprier les outils et au besoin les adapter, avec l’aide d’Animafac. Des démarches en ce sens ont déjà été effectuées auprès d’associations, de collectivités ou d’universités, et vont se poursuivre dans les prochains mois.

 

Retrouver ci-dessous l’intégralité de l’évaluation du programme Bénévolat et compétences.

EVALBenevolatetcompetences

Soyons sociaux
Réagir c'est agir