Donner corps aux âmes : un campus en poésie

Interview réalisée par Arthur Rignon, volontaire en service civique chez Animafac à Grenoble.

Alors que débute le 20ème Printemps des Poètes, festival national de poésie, coup de projecteur sur les assos qui font vivre cet art littéraire sur le campus grenoblois ! Nous avons rencontré Eloïse, présidente de l’Aémd (Association des étudiant.e.s du master diffusion de la culture) qui organise le Printemps des Poètes grenoblois, et John, président de Kiffer la Prose, revue étudiante et participative de poésie/graphisme/photographie, qui fête son 3ème numéro intitulé “reflets”.

 

Pour commencer, comment sont nés vos projets?

John : L’idée traînait depuis longtemps, dès mon arrivée en licence de Lettres, quand nous nous sommes rendus comptes que nous étions nombreux sur le campus à écrire, dans notre coin et pour notre plaisir. Des petites créations diffusées sur internet, ou parfois gardées dans un tiroir. On s’est alors dit que ce serait sympa de créer un support de diffusion pour ces petites créations informelles & personnelles. D’autant que sur la scène culturelle étudiante, très dynamique sur notre campus, la littérature était la grande absente. Et voir ce qui se faisait autre part nous a convaincu qu’il n’était pas irréaliste de produire une revue littéraire avec et pour les étudiant·e·s.

Eloïse : Nous c’est tout autre chose ! L’asso existe depuis près de 15 ans et c’est la 11ème édition du Printemps des Poètes (PDP) grenoblois qui lui est confiée. Notre implication dans cette asso fait partie de notre cursus de diffusion culturelle, on est évalués sur nos activités et sur la manière dont on mène le projet. Organiser ce festival, c’est un peu un prétexte pour nous former à la gestion de projets culturels et ses différents aspects. Mais ce n’est pas pour ça qu’on est pas à fond dedans, au contraire puisque nous souhaitons pour la plupart faire de la production/diffusion culturelle notre métier. 

Mais d’un autre côté, on peut dire que le projet renaît chaque année puisque l’équipe se renouvelle tous les ans, la gestion de l’association étant dévolue aux M1 diffusion de la culture. Les professeurs qui nous encadrent nous laissent entièrement libres de l’interprétation du thème imposé par le PDP et des choix de programmations, selon nos goûts et envies collectives. Ainsi, rien ne dit qu’une édition du PDP grenoblois ressemblera à une autre !

 

Quelle place et quelle forme donnez vous à la poésie dans vos projets?  

John : La poésie, ou en tout cas la littérature, l’écriture, est centrale dans Kiffer la Prose, ça représente la majorité de nos publications. La revue a été crée principalement sur ce contenu là ! On fonctionne par appel à participation publique autour d’un thème pour chaque numéro, et toute les formes d’écritures sont acceptées. Mais on reste dans une poésie littéraire, bien que l’on soit ouvert aux autres formes de la poésie, dans le dessin ou la photo ( on en est même friand ! )

En plus comme le projet, au delà d’une revue de littérature, c’était aussi un peu de donner corps aux inspirations artistiques étudiantes, on se retrouve sur initiative de nos membres à créer sur des supports divers (revue papier, lectures publiques, court métrage…). Certains étudiants nous ont mêmes proposé de soutenir leurs projets musicaux ! En bref, on a plein de propositions et d’opportunités, il ne s’agit pas toujours de poésie au sens traditionnellement entendu mais toujours des créations étudiantes qui cherchent à toucher la sensibilité de leurs publics.

Eloïse : Pour nous, le nom du festival donne le ton ! Mais peu d’entre nous étions habitué·e·e à l’écriture, on voit plus ça dans l’optique production d’événement culturel. Mais ça nous amène à redécouvrir un peu la poésie, à la penser, elle et sa diffusion. Beaucoup dans le master viennent de filières littéraires, mais d’autres pas du tout, et au fond cela n’a pas d’importance. La sensibilité que l’on peut éprouver au contact de la poésie est indifférente au bagage culturel. C’est aussi ce qu’on s’est dit quand il a fallu penser la programmation du festival. Comment amener la poésie au plus proches de publics divers ?  

Et personnellement ça m’a fait réaliser que la poésie n’était pas un texte, et qu’il y a plein de manières de l’amener aux publics ! Par l’oral notamment, ainsi on a envoyé des chuchoteurs de poèmes adresser quelques vers aux usagers du tram. La poésie, ça peut paraître un peu abstrait, ou ça évoque de grands auteurs. On a voulu mettre plutôt en avant des créations faites par le public grenoblois, et favoriser ainsi son investissement dans le festival et l’amener à la poésie en douceur. On a proposé aux usagers de nombreux bars grenoblois de nous laisser leur petites créations sur notre thème “Corps et âmes” dans des boîtes dédiées. Ces poèmes, après relecture, seront déclamés en place publique pendant le festival. C’est un joli moyen de donner à la fois aux gens l’occasion de s’essayer à l’écriture sans pression et d’amener ces créations instinctives dans l’espace public, au contact d’un public très diversifié.

Ce travail d’écriture avec des publics divers, nous le faisons également dans le cadre d’ateliers d’écriture, avec un groupe d’écriture de senior et une classe de collégiens, ou bien encore les réfugiés hébergés au Patio Solidaire. Les créations qui ressortent de ces ateliers ne sont pas exposées de manière brute, ça arrête peu le regard du passant, alors elles sont mises en forme par une asso étudiante (Déclics IEPG) par du Light Painting.

 

Comment avez vous procédé dans la réalisation de ces projets ? Avez vous rencontré des difficultés?

John : Une fois qu’on a eu l’idée de la revue, les choses se sont faites un peu d’elles-mêmes. On a la chance d’avoir eu une équipe aux compétences diverses. Dylan, le vice-président de Kiffer la Prose, avait déjà une expérience personnelle de la production de contenu via une chaîne YouTube de vulgarisation littéraire. Un autre de nos membres avait fait un BTS design, il a pu nous transmettre plein de connaissances sur la manière de mettre en page les revues, de faire des visuels… Dès de le départ, on a voulu quelque chose qui “fasse pro” pour ne pas donner corps aux clichés des assos étudiantes “bac à sable”, et pour mieux mettre en valeur nos productions et celles des étudiant·e·s participant·e·s.

Alors on s’est lancé·e·s, et en Février 2017 on a lancé notre premier appel à participation autour du thème du Monstre. Du fait du peu de fonds dont on disposait alors, cette première édition était en noir et blanc et vendue à prix libre. Puis on a commencé à recevoir le soutien de la COMUE, de l’Université et du CROUS, et on a rapidement pu faire imprimer les revues en très bonne qualité et en couleur, et surtout on a pu les passer en distribution gratuite.

 

 

Eloïse:  Le premier souci qu’on a rencontré, c’est évidemment celui de la passation ! En tant qu’asso de filière, aucun membre ne reste plusieurs années, tout est à reprendre à zéro à chaque fois. Des temps de rencontre entre l’ancienne et la nouvelle promotion sont quand même organisés en début d’année, mais je ne trouve pas que ce soit suffisant. Avec de tels renouvellements, on perd complètements les bons plans, les tips et le réseau. Surtout le réseau ! Ça m’a fait prendre conscience de l’importance de se constituer un réseau propre dans ce milieu, et de ne pas être dépendant de celui des anciens, et des profs dans notre cas.

Mais d’un autre côté, ça permet de tout changer à chaque fois, on a pu être libre de proposer une prog’ mêlant swing, slam, ateliers d’écritures, concerts, criées publiques… De présenter la poésie dans toutes les formes que nous lui imaginons, selon nos goûts et nos aspirations.

 

Vous pouvez retrouvez ces deux associations, leurs créations et leurs drôles de moyens de diffusion de la culture jusqu’au 20 Mars sur le Printemps des Poètes de Grenoble, auquel participe évidemment Kiffer la Prose avec son numéro “reflets”.

 

Pour en savoir plus : 

Kiffer la Prose: https://www.facebook.com/kifferlaprose/

AEMD: https://www.facebook.com/printempsdespoetesgrenoble/http://printempsdespoetesgrenoble.fr

 

Avant de terminer, un petit tip’s d’Elo !

L’une des choses les moins faciles à gérer en tant que présidente, c’est sans doute le moral & la motivation de l’équipe ! D’autant que dans notre cas, pas grand monde ne se connaissait avant. Les relations au sein de l’asso se sont construites en direct pendant l’année.

Alors pour maintenir une bonne ambiance, même dans les moments tendus ( aka les dernières semaines avant le festival), j’ai mis en place un système d’enveloppes nominatives, pour que chacun·e laisse un mot gentil aux autres. Ça n’a l’air de rien, mais ça met une bonne ambiance dans le groupe et ça peut sauver une journée de trouver un petit mot gentil dans son enveloppe !

Oui on est très “ peace and love”…

 

 

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