Faire vivre une culture associative sur les campus

D’abord publié dans « les idées en mouvement », l’article Faire vivre une culture associative sur les campus qui suit vise à donner un rapide aperçu des phénoménales évolutions de l’université et du monde étudiant, en s’attachant particulièrement aux transformations des formes d’engagement dans cet univers. Il permet également de mettre en évidence plusieurs propositions, dont certaines ont depuis été mises en oeuvre par le Ministère de l’enseignement supérieur et les universités.

L’histoire des engagements étudiants montre un balancement entre la prédominance du politico-syndical, avec des avancées successives vers la démocratisation de l’enseignement supérieur rythmées par des mouvements de mobilisation, et la vivacité de l’esprit corpo, soudant les solidarités au sein des facultés. Et, si depuis les années soixante, les pratiques artistiques ou sportives ont pu prendre leur essor sur les campus au sein d’associations spécialisées, c’était en profitant de la grande souplesse du cadre associative, plus que la marque de nouvelles réflexions sur la culture associative et le projet collectif.À vrai dire, les campus, exclus des villes par des édiles craintifs de manifs et autres monômes aussi bien que par le splendide isolement qui va si bien aux universitaires, n’ont jamais vraiment cherché à se doter d’une vie sociale interne, qui aurait demandé l’éclosion d’associations en grand nombre. Fondé à un moment où plusieurs facteurs sollicitaient une évolution en ce sens, le réseau Anima’fac, partenaire étudiant de la Ligue de l’enseignement, plaide sur les campus si mal éduqués la cause associative.

La lente émergence d’une « vie étudiante »

Durant l’essentiel du siècle, les politiques d’enseignement supérieur ont méconnu voire nié l’intérêt des associations. Quand l’importance de l’organisation des étudiants par eux-mêmes était reconnue, quelquefois au plus haut niveau de l’État, c’était dans une logique quasisyndicale de représentation d’un des corps de la communauté universitaire. Les lois Faure puis Savary organisent dans cet esprit la démocratie universitaire.

Ce n’est qu’au cours des dix dernières années que plusieurs facteurs ont radicalement changé les perspectives des politiques publiques en la matière. Cela provient d’une part des évolutions des engagements, à l’instar de ce qui est constaté dans la société comme la crise du syndicalisme et des engagements idéologiques et, à l’inverse, l’engouement pour les projets concrets, souvent menés dans des petites associations.

Mais ces phénomènes sont trop loin des préoccupations de la rue de Grenelle et plus encore des directions des établissements pour provoquer ce nouveau climat d’ouverture. Il faut plutôt chercher la raison de ces évolutions à d’autres niveaux. Ainsi, les nouvelles constructions universitaires du plan Université 2000, le plus souvent établies en centre-ville ont elles montré que loin de faire peur comme il y a trente ans, l’étudiant des années 90 est perçu comme une chance pour une ville. D’ailleurs, la course quelquefois déraisonnée de la plupart des villes moyennes à l’ouverture d’un site universitaire, la place accordée par les candidats aux prochaines élections municipales aux questions universitaires et étudiantes sont autant de preuves de ce récent regain d’appétit.

La massification des effectifs étudiants, nettement au-dessus de la barre des deux millions, avait de toute façon eu ses effets : un groupe social de cette importance ne peut plus être ignoré, ni même considéré que pour sa dimension symbolique. Mais la stagnation actuelle des effectifs, accompagnée de la croissance de la mobilité étudiante, en France et dans le monde, entraîne un effet supplémentaire : aujourd’hui, les établissements se sentent volontiers en concurrence. Pour conserver voire accroître leur population étudiante, aux différents niveaux de formation ils rivalisent à tous les niveaux. Dernière grande évolution ici utile à décrire, la massification des effectifs signifiant évidemment l’entrée de « nouveaux publics » dans l’enseignement supérieur, selon la litote consacrée, de graves difficultés pédagogiques ont été constatées. L’énorme taux d’échec en DEUG a été stigmatisé. Parmi ses raisons, un mal-être profond : ces nouveaux étudiants manquent de repères, ils peinent à se socialiser. Quelle meilleure réponse à ces besoins qu’un développement de la vie de campus, et notamment de la vie associative !

Des évolutions récentes du côté des politiques publiques

Le plan social étudiant voté en 98 y faisait une première allusion. En collaboration étroite avec Anima’fac, la Conférence des Présidents d’Université y consacrait deux colloques, d’ailleurs les deux premiers de son histoire consacrés aux… étudiants. La Direction de l’Enseignement Supérieur rédigeait une « charte de la vie étudiante »…. qui, au bout de deux ans, n’est pas encore paru. Mais si l’absence d’habitude et la force des inerties rend chaque mouvement difficile, il est clair qu’au cours de la seconde partie des années 90, l’enseignement supérieur est devenu un terrain propice pour plaider la cause des associations étudiantes.

Anima’fac plaide également pour l’esprit associatif et pour l’esprit d’initiative. C’est sur la complémentarité des résultats concrets des actions, de la formation périscolaire inhérente à la conduite de projets et des progrès consécutifs en matière d’éducation civique et de culture démocratique que nous fondons notre argumentaire. Mais s’il est vraisemblable qu’il existe plus de 10 000 associations étudiantes, ce qui n’est pas mal, le monde des associations étudiantes est encore bien loin de réaliser tout son potentiel. Les étudiants, premiers concernés, ne sont pas seuls responsables de ce hiatus. La puissance publique ne peut négliger ces enjeux, d’autant que plusieurs mesures simples peuvent être prise dans ce sens.

Les plaidoyers d’Animafac

Le Ministère de l’Éducation nationale est de plus en plus sensible à ces plaidoyers. Jack Lang a d’ailleurs reçu en décembre une importante délégation des fédérations associatives étudiantes menée par Anima’fac. Un certain nombre de préoccupations ont été exprimées à cette occasion. Pour développer une vie associative exigente dans l’enseignement supérieur français, il faudra :

  • généraliser la mise en place de bureaux de la vie étudiante au sein des campus. Les associations doivent avoir des interlocuteurs dans les établissements, vers lesquels se retourner.
  • appliquer une politique d’incitation, facilitant l’émergence de nouveaux projets. Accorder de la publicité à des projets, éditer des annuaires recensant les associations existantes, diffuser des modes d’emploi de la création d’association et de la conduite de projets, organiser des formations, sont autant de moyens efficaces d’encourager l’initiative.
  • améliorer et clarifier le fonctionnement du Fonds d’Amélioration de la Vie Étudiantes (FAVE). Instrument majeur de financement des projets étudiants, ce fonds, abondé d’environ 50 francs par étudiant, sert aujourd’hui à la fois au soutien aux initiatives et à des aides sociales exceptionnelles, dans la plus grande confusion.
  • encourager le bénévolat étudiant, suivant notamment l’expérience ACTe menée à Nancy par l’Association de la Fondation Étudiante pour la Ville. En effet, la multiplication de formes d’intervention sociale menée par des étudiants nous paraît être une piste importante de « banalisation » du bénévolat, de la solidarité et autres attitudes propices au développement de la vie associative.

Guillaume Houzel

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