Favoriser la mobilité internationale des jeunes : les propositions du réseau Animafac

Différents freins, à la fois psychologiques et financiers, expliquent les faibles chiffres de la mobilité internationale des jeunes. L’angoisse d’être confronté à la solitude, dans un pays dont on ne maîtrise pas la langue, s’allie à la peur de ne pas voir son expérience reconnue sur le plan académique, ou encore à la méconnaissance des dispositifs de soutien financiers.

Animafac souhaite donc soumettre au ministère quelques propositions pratiques contribuant à stimuler la mobilité internationale.

Regrouper et rendre lisibles les différents dispositifs financiers d’aide à la mobilité

Les dispositifs de soutien à la mobilité sont nombreux mais peu lisibles et épars. Les établissements d’enseignement supérieurs, les différents échelons des collectivités locales, l’Etat, l’Union Européenne, proposent presque toujours des bourses. Mais l’information n’est pas centralisée : le candidat au départ doit donc dans un premier temps chercher à repérer les différents acteurs pouvant soutenir son dossier, puis constituer un (épais !) dossier pour chacun d’eux : un parcours qui découragera de nombreuses bonnes volontés !

Nous suggérons que des comités de pilotage, réunissant les différents acteurs du soutien public à la mobilité, soient créés, afin de réfléchir à la création d’un guichet unique de la mobilité (probablement au niveau régional) et à une meilleure diffusion de l’information. L’initiative de la région Aquitaine (dispositif AquiMob : dossier unique de candidature permettant de postuler à l’aide ministérielle à la mobilité, à l’aide régionale, aux aides Erasmus études ou stage ainsi qu’à l’ensemble des aides propres aux établissements universitaires) constitue certainement un exemple à démultiplier.

Parier sur la sensibilisation par les pairs

Pour stimuler le désir de mobilité des jeunes français, un travail de sensibilisation, permettant de lever les appréhensions de chacun et de répondre aux multiples interrogations, ou tout simplement susciter l’envie du départ, est indispensable. Pour ce faire, rien ne vaut l’échange avec des jeunes ayant eux-même vécus des expériences réussies. Nous préconisons donc de multiplier les initiatives basées sur la sensibilisation par les pairs.

Organisation d’une semaine de la mobilité internationale

Animafac initie cette année une nouvelle campagne thématique, la semaine étudiante de la mobilité internationale. Du 24 au 30 novembre 2008, des étudiants ayant pris part à une expérience de mobilité internationale (Erasmus, stage à l’étranger, VIE, VAE, SVE,…), pour la plupart organisés en associations (Erasmus Student Network, AIESEC, Parlement Européen des Jeunes, nombreuses associations d’accueil d’étudiants étrangers, etc.), iront à la rencontre des néophytes pour leur faire partager leur vécu, échanger, et inciter d’autres étudiants à se lancer dans une aventure dont ils savent à quelle point elle a été enrichissante, tant sur les plans humain que culturel, linguistique ou encore académique. Un kit de campagne, conçu par le centre de ressources, est mis à disposition des porteurs de la campagne : il comprend un quizz sur l’Europe, prétexte à la discussion, avec à la clé des pass interrails à gagner, et un leaflet « mobilité internationale, mode d’emploi », détaillant les dispositifs de mobilité existants, les démarches à accomplir, ainsi que les systèmes d’aides financières. De nombreux portraits et interviews de jeunes étant partis à l’étranger illustrent ce livret. Menée dans plus d’une vingtaine de villes, on estime que cette campagne permettra de sensibiliser plus de 30 000 étudiants.

Création d’une agence de la mobilité internationale

Nous préconisons que soit créée une agence de la mobilité internationale. Opérateur national et privé (sous forme associative), cette agence constituera à la fois un centre de ressources et une plateforme de coordination de toutes les associations étudiantes et jeunes agissant pour la promotion de la mobilité ainsi que l’accueil et l’intégration des étudiants étrangers. Elle accompagnera en outre le développement de telles associations dans les villes où il n’en existe pas aujourd’hui.

Cette agence poursuivra trois objectifs prioritaires :

  • outiller les associations (organisation de formations, conception de guides et fiches pratiques, d’un site internet concentrant l’information sur la mobilité, de kits de campagnes, de matériel de sensibilisation sous forme de jeux, de vidéos ou encore d’expositions,…) afin qu’elles mènent à bien des initiatives de promotion de la mobilité en direction des jeunes : intervention sur les lieux de vie et d’études des jeunes, organisation d’évènements et d’animations diverses, happenings,… Parce que nous sommes persuadés que c’est la proximité avec des expériences réussies qui motivera les jeunes à franchir à leur tour le pas, ces associations mobiliseront des jeunes ayant vécu une expérience internationale pour aller à la rencontre de leurs pairs. Ils seront certainement les meilleurs ambassadeurs de la mobilité.
  • accompagner ces associations dans la mise en œuvre d’activités favorisant la socialisation et l’intégration des étudiants étrangers en France, via la mise en place de parrainages et l’organisation de nombreuses initiatives socioculturelles (visites de la ville, organisation de week-end de découverte, ateliers linguistiques, journées interculturelles, etc.), afin d’éviter le syndrome du « vase clos », dont on sait qu’il concerne beaucoup de jeunes effectuant leurs études à l’étranger, et de favoriser les rencontres entre jeunes français et étrangers. La France gagne en effet à proposer un accueil de qualité aux étudiants étrangers et à être populaire pour que les meilleurs étudiants internationaux souhaitent venir étudier en France.
  • Favoriser la circulation de l’information relative à la mobilité internationale auprès des jeunes. On sait que l’institution peine à faire « passer des messages » auprès d’un public jeune : une telle agence, qui s’appuiera sur des responsables associatifs jeunes, qui sont généralement des leaders d’opinion, constituera un relais efficace.

Si on peut imaginer qu’une telle association vise dans un premier temps un public prioritairement étudiant (dont on sait qu’ils irriguent toute la jeunesse et dont on peut donc penser qu’ils seront les « locomotives » de la mobilité), on peut aussi imaginer demander aux jeunes acteurs de cette agence d’effectuer un travail de médiation qui dépasse les universités (interventions en lycée, dans les foyers de jeunes travailleurs, etc).

Une telle agence s’appuiera sans peine sur de nombreux bénévoles, motivés par la découverte de l’altérité, de l’interculturalité et par le désir d’élargir leurs cercles d’amis. Mais elle pourra également utilement mobiliser des jeunes en service civil volontaire, qui auront ainsi l’occasion de vivre une expérience à la fois utile et enrichissante.

Animafac se tient à la disposition du ministère pour étudier de façon précise et opérationnelle les différentes étapes nécessaires à la mise en place de cette agence, et se propose d’en être le coordonnateur.

Favoriser les expériences de mobilité courte : 1000 bourses pour les jeunes engagés

Le rapport du centre d’analyse stratégique sur la mobilité des jeunes démontre qu’une expérience de mobilité courte incite les jeunes qui l’ont vécue à envisager un temps de mobilité plus long par la suite. Il paraît donc pertinent d’élargir la gamme des dispositifs de mobilité existants (essentiellement académiques) et de proposer également des séjours de plus courte durée.

Animafac, en partenariat avec l’OFAJ, a mené l’été dernier une initiative qui pourrait ainsi être démultipliée. De jeunes associatifs allemands ont été accueillis durant un mois (juillet) dans des radios associatives étudiantes françaises, au sein desquelles ils ont effectué un stage. Nul doute que de nombreux associatifs étudiants seraient enthousiastes à l’idée de recevoir leurs pairs européens et internationaux, ou inversement de découvrir le fonctionnement d’une association étrangère. Un système de bourses dédié pourrait faciliter ce type expériences. De plus, les jeunes pourraient facilement être hébergés durant la période estivale au sein des cités universitaires, largement disponibles à cette période de l’année.

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