Portait de Gabrielle, développeuse et intervenante de l’Adaweek

Du 12 au 18 octobre se déroule l’Adaweek. Une semaine de conférences et d’ateliers sur la place des femmes dans les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM). Vaste sujet. Animafac sera présent dès l’ouverture de cette semaine avec l’expo maintenant bien connue, « Les découvreuses anonymes ». À cette occasion, Gabrielle, super développeuse et intervenante à l’Adaweek m’a raconté son histoire.

 

« Mais pourquoi tu m’interviewes moi ? Je suis personne moi ! »

Contrairement à ce qu’elle essaie de me faire croire, Gabrielle est tout sauf personne. C’est une amie, une développeuse de jeux vidéos et cette année, la co-animatrice d’un atelier d’initiation à Twine dans le cadre de l’AdaWeek. Twine, kezako ? Il s’agit d’un moteur de création de jeux hypertextuels. Vous vous souvenez des jeux dont vous êtes le héros ? Eh bien les jeux hypertextuels, c’est un peu le même principe. Sauf que de plus en plus, on peut en être l’héroïne. « Le plus dur dans la création de jeux vidéos, c’est de se lancer. Du coup la démocratisation des outils de création, ça a permis d’attirer un public qui est moins représenté dans ce secteur là : des femmes, des personnes LGBT… ».

 

Gabrielle a voulu au départ rentrer par la grande porte.

Après le bac, elle rentre dans une école de game design. Elle n’y reste pas longtemps. « Ce gigantesque entre-mecs, ça m’a vite mise mal à l’aise. Et puis dans cette école, ils t’apprenaient à bosser bien comme il faut pour des grosses boîtes. C’est pas ce dont j’avais envie. » Dépitée, elle se tourne vers la presse. Elle trouve un stage à Nolife à la suite duquel la chaîne l’embauche. « Mes collègues de Nolife ont toujours été très cools avec moi. Même après mon coming-out. »

Car en 2014, Gabrielle annonce à son entourage qu’elle est une femme. Avant cela, tout le monde — y compris le médecin qui a assisté à sa naissance — la considérait comme un homme. « Si j’avais été perçue comme une femme à l’époque où j’ai commencé dans la presse, ça aurait été beaucoup plus difficile. » En effet, le portrait que la développeuse brosse du monde de la presse jeux vidéos est très hostile à la gent féminine. « Il y a tout un tas de pervers et de harceleurs en tout genre. Et ceux qui ne participent pas, ça les fait marrer. » Gabrielle se retire peu à peu du milieu pour ne rester qu’à Nolife et se remet à sa première passion : la création de jeux vidéos. Ce sont des jeux créés par des femmes et des personnes LGBT qui lui ont redonné goût au game design. Elle s’approprie en autodidacte différents outils, dont Twine. Ceux-ci lui permettent de créer de petits jeux au style très marqué. « Quand on est une femme transexuelle et bisexuelle, les gens ont vite fait de t’exotiser : ils veulent toujours que tu parles de ton vécu, des difficultés. On t’enferme là-dedans. » Elle prend le contre-pied de ces attentes en créant des jeux à l’humour décalé, comme Anglade Souls : un jeu où vous pouvez incarner l’acteur français Jean-Hugues Anglade afin de…tester différentes façons de mourir. Et quand elle parle de transidentité comme dans son autre jeu A Strange Morning, c’est avec optimisme et une bonne dose d’humour qu’elle présente son vécu. « J’ai envie de faire des jeux qui font du bien aux gens. »

 

Transmettre son savoir à des développeuses en herbe avec l’Adaweek

Gabrielle est optimiste sur le milieu de la création : « Depuis 5 ans, on voit de plus en plus de femmes dans les équipes de création. Ça passe pas mal par la scène indé, et aussi par la création amateur. C’est mieux pour tout le monde parce que rester dans l’entre-soi, c’est toujours néfaste. » Idem du côté des joueuses. « Les gameuses commencent à se rassembler et à avoir du poids dans la communauté. Elles s’affirment plus. » C’est grâce à cette communauté que Gabrielle a été contactée par Alexis Moroz, co-organisateur de l’atelier : depuis plusieurs mois, elle est en contact avec Mar_lard, une joueuse et blogueuse très influente sur les réseaux sociaux. En 2012, elle avait écrit un long article sur les méfaits du sexisme dans la sphère vidéoludique. Pour beaucoup de joueuses francophones, cet article a marqué la libération de la parole sur ce sujet. C’est elle qui a recommandé Gabrielle à Alexis pour l’atelier de création sur Twine qui aura lieu lundi soir, à l’Adaweek. La solidarité féminine a le vent en poupe.

Participez à l’atelier organisé par l’asso Les Gameliers et Gabrielle  » Le jeu vidéo pour tou.te.s : initiation à la narration interactive sur Twine »

Retrouvez plus d’infos sur l’Adaweek.

Pour passer à l’action : consultez et téléchargez le kit d’actions pour la favoriser la visibilité des femmes scientifiques.

 

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