Évaluer et faire progresser les bureaux de la vie étudiante

La création d’un bureau de la vie étudiante, point d’appui au développement de la vie associative étudiante, est la première marque de l’engagement de l’établissement en la matière.

Demandée en 2001 par la circulaire Demichel, à nouveau souhaitÈe par le ministre en 2003, la généralisation des Bureaux de vie étudiante est en cours. Mais leur installation s’est effectuée dans des environnements très variés, avec des moyens très hétérogènes, à partir de cultures différentes. Nombre d’entre eux ne jouent pas à plein leur rôle d’interface entre l’administration et les associatifs étudiants, leur politique en matière de vie associative se limitant trop souvent à la gestion des fonds du FSDIE. Or, les Bureaux de vie étudiante peuvent mettre en place une véritable politique en matière d’accompagnement de projet.

Nous souhaitons notamment que les établissements proposent régulièrement, via les Bureaux de vie étudiante, des formations spécifiques pour les responsables d’associations étudiantes. Conduire des projets nécessite des compétences. En quelques demi-journées, il est possible de transmettre les bases de la gestion d’une association et de la conduite d’un projet, ou au moins de donner quelques pistes pour approfondir ces sujets et ne pas être pris au dépourvu.

Nous souhaitons également que les Bureaux de vie étudiante médiatisent davantage les initiatives étudiantes, via un annuaire des associations du campus et un agenda en ligne des manifestations organisées par ces associations. De façon générale, la communication en direction des étudiants, comme acteurs de l’université, pourrait faire l’objet d’une plus grande attention : outre les exemples ci-dessus, chaque université gagnerait à créer son journal, dans lequel les étudiants associatifs auraient une place, mais aussi à encourager les médias étudiants. Il serait également important d’organiser un système performant d’affichages, pour annoncer les manifestations mais aussi égayer des murs souvent sinistres ou confisqués par les annonces de soirées commerciales.

Enfin, nous préconisons que soit conduite une enquête pour dresser un état des lieux du fonctionnement des Bureaux de la vie étudiante et discerner bonnes idées comme échecs enrichissants, afin que chaque établissement profite des expériences des autres. Nous estimons souhaitable une réunion nationale des Bureaux de vie étudiante, pour que les résultats d’une pareille enquête soient publiquement débattus, et pour permettre aux animateurs de ces structures d’échanger leurs pratiques et de réfléchir, ensemble, à des perspectives enrichissantes.

Nous sommes certains que beaucoup d’associations étudiantes, et particulièrement la coordination qu’est Animafac, sont prêtes à contribuer autant qu’il le faudra à la réussite de ce processus d’évaluation.

Aménager autrement le temps et l’espace dans les campus, pour y encourager la vie associative

Cette question cruciale concerne l’ensemble de l’organisation des établissements d’enseignement supérieur, à juste titre critiqués pour être fermés presque aussi souvent qu’ils sont inaccessibles. Nous n’aborderons pourtant ici que quelques-unes des pistes, celles qui peuvent contribuer à l’essor des engagements étudiants.

Il est évident que la vie associative est une victime de cette organisation. Dans des établissements dont les deux missions fondamentales sont la recherche et la certification des connaissances, tout ce qui a trait à la vie de la communauté universitaire est négligé, faute de moyens mais aussi d’attention.

Créer des liens entre les individus, favoriser la créativité civique et solidaire, dynamiser l’action culturelle, s’ouvrir à son environnement ne sont en rien des processus naturels. Ils réclament des aménagements adéquats, dont nous allons tâcher ici de donner quelques exemples. En remontant en arrière, de l’aboutissement d’une démarche à son origine, il apparaît que :

# Il importe de faciliter l’utilisation de locaux tels que les amphithéâtres, les salles de cours, mais aussi les restaurants universitaires – comme cela se fait déjà dans certains CROUS – pour les activités associatives, y compris le week-end et en soirée, moment les plus propices.

# Pour préparer un projet, il faut en avoir les moyens matériels. Or, la tradition universitaire conduit souvent à n’attribuer de locaux qu’aux amicales de filières et aux organisations représentatives des étudiants. Pas aux associations qui conduisent des projets ! Il n’est pas toujours souhaitable de leur confier des locaux permanents. On peut néanmoins être inventif et octroyer, par exemple, des locaux de manière éphémère à des projets. Des locaux centraux peuvent également être un moyen de faciliter les échanges et les rencontres entre associations. Pour l’instant, les locaux de filières sont disséminés, alors que l’on voit bien, dans les écoles, le rôle d’émulation que peuvent jouer les BDE.

Il est en tout cas indispensable de repenser un système qui oblige trop souvent les associations à candidater à des élections dans le simple objectif d’obtenir le local qui leur permttra de préparer une représentation théâtrale ou d’éditer un journal.

Pour que se constituent puis se renouvellent des associations, des lieux de rencontres sont indispensables. Des progrès importants ont été enregistrés ces dernières années. Il est assez fréquent aujourd’hui qu’un bâtiment compte quelques bancs dans ses couloirs, une ou deux salles de documentation et/ou de discussion, et même, quelquefois, une cafétéria agréable. Mais le chemin est encore long pour faire des campus des lieux de vie.

Penser le dialogue avec le plus grand nombre

Les lois Faure (1968) et Savary (1984) organisent la présence des étudiants dans les instances de l’université. Cela conduit trop souvent les universités à ne dialoguer avec – et à ne reconnaître – que ceux qui investissent ces conseils, c’est-à-dire ceux qui se présentent aux élections universitaires. Elles ne « pensent » pas le dialogue avec d’autres acteurs étudiants de l’université.

Or, consulter davantage les acteurs associatifs permettrait d’être au plus près de la réalité et des besoins des étudiants. Les associations d’accueil des étudiants étrangers pourraient travailler intelligemment avec les services internationaux, les associations d’étudiants handicapés avec les services concernés, les associations artistiques avec le service culturel. Bien que cela se fasse déjà de temps en temps, de manière informelle, il faut tenter d’aller audelà, instituer le dialogue… Et le faire savoir.

Plus largement, c’est avec l’ensemble des étudiants qu’il faut faire vivre le dialogue. L’étape de la négociation des contrats pluriannuels entre l’État et les établissements s’y prête tout particulièrement. Il y a tout à gagner à ouvrir largement le débat, en s’appuyant sur un questionnaire bien diffusé, en réunissant l’ensemble des corps intermédiaires dans des réunions ad hoc, bref, en reprenant les méthodes les plus efficaces utilisées à l’occasion des enquêtes publiques dans les territoires.

Pour une contractualisation entre les associations et les établissements

La logique que nous souhaitons voir s’imposer est celle de la reconnaissance du rôle des associations étudiantes dans le projet des établissements. Dans l’esprit de la circulaire interministérielle du 1er décembre 2000, nous souhaitons que soit plus fréquemment utilisée une procédure de conventionnement, pourquoi pas pluriannuelle, entre les associations et les établissements. Cette procédure permettrait d’énoncer les objectifs communs aux deux parties, les moyens mis en œuvre pour y parvenir et les modalités d’évaluation des réalisations.

Pour aller encore plus loin, il est possible de s’appuyer sur la procédure en œuvre à l’Institut d’Études Politiques de Paris. L’idée est de définir un système de droits et de devoirs des associations étudiantes. Pour obtenir un certain nombre de droits (domiciliation de l’association au sein de l’établissement, panneaux d’affichage, facilité pour tenir des stands et réserver des salles, etc.), les associations sont tenues à quelques devoirs (statuts démocratiques, A.G. régulières, dépôt en préfecture, publication de bilans annuels, mais aussi collecte d’un petit nombre de signatures étudiantes de soutien afin qu’elles s’ouvrent et se renouvellent).

Repenser les critères d’attribution du FSDIE

Le FSDIE est un outil réel de gestion de la vie associative dans les universités. Constitué à partir d’un montant prélevé sur les droits d’inscription des étudiants, il peut rassembler des sommes très importantes. L’attribution des subventions aux associations étudiantes se fait sur dossier, parfois via des appels à projet.

Il arrive régulièrement que les universités se retrouvent en position de solliciter des projets car elles n’arrivent pas à utiliser la totalité du fonds. Ceci résulte largement d’un défaut de communication, de nombreuses associations présentes sur le campus ignorant l’existence de ce fond.

Pourtant, les universités hésitent à financer de manière ambitieuse certains projets étudiants, préférant accorder peu à beaucoup. Les universités sont également très réticentes à l’idée d’investir dans du matériel qui peut disparaître avec le changement d’équipe de l’association, voire la disparition de cette dernière.

Trop souvent, les universités attendent essentiellement des associations qu’elles animent le campus. Seul importe, finalement, le spectacle produit, l’exposition décorative, les universités en viennent presque à subventionner des projets étudiants comme elles achèteraient des prestations d’animation. Elles négligent alors tout ce qui, plus discrètement, est nécessaire à la vivacité réelle du monde associatif étudiant. De nombreuses associations, dont les projets ne se déroulent pas sur les campus ont les plus grandes difficultés à obtenir des financements, alors même que leur utilité civique et sociale n’est plus à démontrer.

Nous souhaiterions donc que les critères d’attribution du FSDIE soient repensés au regard de ces remarques, et clairement exposés aux associations qui souhaitent déposer une demande de subvention. Au même titre que les associations doivent être transparentes sur la manière dont elles utilisent ces fonds, l’administration devrait faire preuve de transparence sur la manière dont elle les attribue.

Enfin, on peut regretter que les commissions FSDIE, composées d’élus étudiants, de responsables universitaires permanents ou élus, ne jugent pas utile de faire siéger également quelques porteurs de projets étudiants, pour décider de la répartition des fonds. À l ‘échelle nationale, une structure comme le Conseil de la vie associmanière paritaire État / association, sans inclure les syndicats.

Pour une mise en place concertée des dispositifs de validation de l’expérience associative

Dans les politiques de soutien de la vie associative, est récemment apparu un volet « reconnaissance pédagogique », consistant à intégrer dans les cursus universitaires les différentes formes d’engagements étudiants.

Ce nouvel outil est particulièrement délicat à mettre en œuvre, car il n’est pas sans poser quelques questions de fond. En particulier, la reconnaissance pédagogique ne risque-t-elle pas de dénaturer le bénévolat ? L’essence de ce dernier est en effet d’être un engagement libre. Si son objet devient l’acquisition d’une (bonne) note délivrée par un enseignant, l’engagement change radicalement de nature. Du bénévolat, on passe à des « travaux pratiques », pour lesquels ce qui importe devient la capacité à mettre en pratiques des compétences utiles pour la vie professionnelle.

La valeur civique d’une association ne peut pas être évaluée dans un cadre académique. On peut sensibiliser et former à la démocratie, mais sa mise en œuvre dépend de l’assemblée générale. C’est pourquoi il nous semble plus juste de parler de l’évaluation d’une expérience associative plutôt que d’engagements étudiants. Il s’agit bien d’une expérience, circonscrite dans le temps, et non de la valeur d’un engagement bénévole.

Par ailleurs, il ne nous semble pas utile que l’engagement soit nécessairement en rapport avec le cursus de l’étudiant. Le caractère transversal aux UFR des UE que nous avons examinées nous semble intéressant.

Nos préconisations pour la mise en œuvre de dispositifs de validation de l’expérience associative sont les suivantes :

# Qui est concerné ?

Tous les bénévoles actifs qui ne se limitent pas à payer leur cotisation doivent pouvoir participer à ces dispositifs. Il serait dommage de limiter l’expérience aux seuls étudiants associatifs expérimentés. Les associations doivent toutes pouvoir y avoir accès à partir du moment où elles ont une convention leur permettant d’évaluer le dispositif. Il n’est pas forcément utile d’avoir un fort encadrement. L’auto-formation entre pairs a aussi fait ses preuves. Bien sûr, nous ne sommes jamais à l’abri d’associations fantoches qui ne sauraient, toutefois, décrédibiliser le dispositif.

# L’évaluation

Le nombre de crédits généralement attribués lors de ces UE varie entre 2 et 6 ECTS, attribués le plus souvent une seule fois dans le diplôme. La possibilité de suivre une UE quel que soit le semestre offre une souplesse bienvenue qui respecte le rythme de l’association. En revanche, ne proposer une offre pédagogique que sur un semestre paraît suffisant, les étudiants appréciant le temps libéré. Limiter la validation à un seul semestre ne nous semble, par contre, pas très adapté au calendrier associatif dont les projets courent généralement sur l’année universitaire entière.

Il est important que l’évaluation ne soit pas une simple formalité : cela risquerait de décrédibiliser l’UE. Les critères d’évaluation doivent être discutés, idéalement avec chaque association, comme le montre l’exemple de Clermont. La VEA est alors une occasion de favoriser une véritable culture du partenariat entre les associations et l’université. De nombreuses associations ont exprimé l’intérêt d’avoir des oraux dans l’évaluation afin de dépasser le cadre souvent trop restrictif du « rapport de quelques pages ».

En conclusion, la mise en place de la VEA offre une excellente occasion de tester ce fameux « dialogue civil » que l’on appelle de nos vœux. En effet, il faut discuter avec le plus grand nombre d’associations en amont des modalités de la mise en œuvre. L’étude que nous avons menée sur ce sujet (document ci-joint) vise à donner des éléments pour ce dialogue : aux associations étudiantes surtout, mais éventuellement aussi aux services concernés.

Ouvrir les campus à leur environnement… et réciproquement

Les campus ressemblent, bien souvent, davantage à des ghettos repliés sur eux-mêmes, coupés de la ville et de ses habitants, qu’à des lieux de vie étudiante. L’équilibre des territoires et la nécessaire cohérence de la ville appellent l’interactivité entre villes et campus. Il faut considérer les étudiants, les universitaires, comme des acteurs de leur ville et ne plus voir les campus comme des sanctuaires clos du savoir.

L’impact d’un site d’enseignement supérieur sur un environnement ne peut plus être négligé. Dans chaque domaine, il importe que des contacts se nouent, que des échanges s’organisent, entre tous les protagonistes. Parmi les enjeux les plus évidents apparaissent les questions de logement, le transport et la sécurité. Mais d’autres champs sont à considérer avec la même attention : l’action artistique et culturelle, les pratiques sportives, l’insertion professionnelle et le développement économique, jusqu’aux relations internationales, puisqu’il serait aberrant que collectivités territoriales, écoles et universités décident de politiques contradictoires par défaut de concertation. Même l’aide sociale et l’action sanitaire méritent d’être examinées dans un esprit de complémentarité et de mutualisation, tant il est souhaitable d’organiser un maillage des politiques publiques qui transcende les divisions administratives pour s’efforcer de répondre aux besoins des habitants.

Les associations étudiantes et les étudiants participant au développement local, représentent des acteurs essentiels à cet esprit d’ouverture. Des Radios Campus aux festivals culturels étudiants se déroulant dans la ville, de l’accompagnement scolaire à la participation des étudiants aux processus de délibérations, les exemples montrant une forte capacité de médiation sont légion. Quelles que soient les modalités envisagées pour organiser ces dialogues et délibérer ensemble, selon les situations locales, il est essentiel de respecter plusieurs principes directeurs :

– L’interdépendance est telle aujourd’hui, que toute évolution des politiques publiques, en particulier la définition d’un projet d’établissement ou d’un schéma directeur urbain, doit prendre en compte cette nécessaire complémentarité ;

– Cet esprit doit trouver une démonstration dans des rencontres régulières aux plus hauts niveaux entre établissements d’enseignement supérieur, collectivités locales, services déconcentrés de l’État et corps intermédiaires intéressés.

– Il faut développer le rôle de médiateur permanent, mais aussi de laboratoires, que peuvent jouer les associations étudiantes, par leur dynamisme, leur souplesse et leur inventivité.

Promouvoir le volontariat associatif

De nombreux jeunes souhaitent participer à temps plein, durant plusieurs mois, à un projet civique et solidaire, en interrompant le cours de leurs études, ou avant d’entrer dans la vie professionnelle.

Le statut du volontariat associatif, allié au dispositif du service civil volontaire, facilite désormais cet engagement. Chaque jeune âgé de 16 à 26 ans peut aujourd’hui faire le choix de consacrer une période de sa vie à un engagement civique, en bénéficiant d’une indemnité qui lui permet de s’assumer. Il est certain qu’une pareille expérience peut s’avérer très riche. Elle peut permettre au volontaire de mûrir en tant que citoyen, mais aussi que professionnel, à la société de mobiliser de nouvelles forces vives pour créer des liens sociaux et politiques supplémentaires, mais aussi d’expérimenter des pratiques originales dans des champs négligés.

Si le volontariat associatif constitue un formidable outil de participation civique, nous souhaitons également insister sur son potentiel en terme d’utilité sociale. Il nous semblerait particulièrement intéressant de définir un certain nombre de chantiers prioritaires (comme l’accueil des étudiants étrangers, le lien intergénérationnel ou encore la sensibilisation à l’environnement), sur lesquels il serait possible de faire davantage, en imaginant des dispositifs impliquant des volontaires associatifs.

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