Les associations étudiantes du réseau s’investissent dans des champs thématiques variés. Leurs expériences de terrain nous permettent de nourrir des réflexions et de formuler un certain nombre de propositions sur différents secteurs des politiques publiques.


La santé des étudiants

Sans être, par sa nature généraliste, un réseau associatif spécialisé en matière de santé, Animafac compte parmi ses membres de nombreuses associations étudiantes préoccupées des problématiques de prévention et de santé. Ce n’est pas un hasard : la sécurité routière, aussi bien que la lutte contre le SIDA, sont des sujets qui ont été portés par le monde associatif avant d’être pris en charge par les institutions publiques, et leur résonance reste forte dans la population étudiante. Encore aujourd’hui, des étudiants repèrent des besoins, alertent, réagissent en créant leurs associations, avant que certains des services, ensuite, ne s’institutionnalisent dans les universités. Pour encourager le développement des initiatives étudiantes en matière de santé et de prévention, Animafac a très tôt lancé des appels à projets sur ces thèmes, travaillé sur les messages de prévention en donnant la parole aux jeunes via des concours d’affiches, et organise désormais chaque année « un chantier » : série de rencontres nationales entre les responsables étudiants les plus engagés, au cours desquelles ils peuvent mutualiser leurs expériences, rencontrer experts et partenaires et donner davantage d’ambition à leurs projets. C’est également l’occasion d’une veille et de diagnostics, toujours relayés sur notre site Internet, qui nourrissent aujourd’hui notre analyse.


Principes généraux

Idéalement, en matière de santé publique, il faudrait faire correspondre les budgets aux besoins au lieu de faire correspondre les services aux budgets. Une logique de réalisme impose certaines limites, invitant de ce fait à définir des priorités efficaces, pour ne pas s’accommoder des situations les plus dramatiques. De ce point de vue, on ne peut pas considérer les étudiants comme prioritaires en matière de santé, par rapport aux autres populations : les jeunes sont d’abord en bien meilleure santé que leurs aînés, et parmi les jeunes, les étudiants sont plutôt mieux couverts et moins malades.

En relativisant ainsi le sujet, nous ne souhaitons pas, cependant, nous en détourner : certains maux existent réellement. Identifier les plus grands doit guider la définition d’actes prioritaires.

Les situations sanitaires les plus dramatiques concernent surtout les plus démunis, et parmi eux, les étudiants étrangers. Quand environ 30.000 étudiants sont considérés en situation de pauvreté grave et durable, ce qui n’est que la partie émergée de l’iceberg, à savoir les étudiants repérés, il faut leur assurer la meilleure prise en charge possible. On sait, en effet, comment les « défaveurs » s’accumulent, une difficulté en entraînant une autre.

L’université, notamment, doit s’en préoccuper : un étudiant qui va mal, physiquement ou psychiquement n’est pas en condition de réussir, et la lutte contre l’échec est un thème tout à fait actuel. L’effort principal à produire est le repérage, qui passe par une préoccupation en ce sens de toute la communauté universitaire.

L’information collective est, évidemment, essentielle. Il est important de rendre disponible, en tous lieux et tous services de l’université, ces informations, avec, si besoin est, les tarifs éventuels des consultations. On a pu observer que des étudiants, démunis ou étrangers, ne s’adressaient pas aux services de santé faute d’en connaître par avance le coût, quand bien même les consultations y sont fréquemment gratuites.

Cette attention prioritaire au repérage des étudiants les plus en difficulté et à leur orientation doit s’accompagner de la prise en compte des maux affectant particulièrement les jeunes et étudiants.

On l’a vu, en très grande majorité les étudiants sont en bonne santé. En l’état actuel des moyens, la visite médicale obligatoire nous semble en conséquence un service à remettre en question. Elle absorbe la plupart du temps, l’essentiel du budget et des forces des SUMPS. Il nous paraît plus important de cibler les publics, en difficulté, mais aussi les étudiants en médecine, manipulant des produits dangereux, les sportifs de haut niveau etc, ; tout en proposant une plage solide de consultations ouvertes à tous, fonction du nombre d’étudiants présents, que de privilégier un passage systématique de tout nouvel arrivant à la visite obligatoire.

La question du mal-être, même si le terme mérite d’être précisément défini, doit conduire à prendre en compte aussi bien le stress qui peut accompagner les examens de l’étudiant, que des problèmes psychologiques plus profonds. Le développement des consultations de psychologie ou de psychiatrie dans les SUMPSS doit être poursuivi.

Concernant les addictions et conduites à risques (consommations excessives d’alcool, et dangers conséquents sur la route, drogues, diététique et nutrition problématiques, difficultés psychologiques) auxquels on peut ajouter des préoccupations relatives au taux d’IVG qui ne diminue pas ou à la hausse des problèmes d’audition… Il nous semble qu’il y a effectivement lieu à conduire des actions particulières, notamment en s’appuyant sur les jeunes eux-mêmes en matière de prévention. Les étudiants sont, en effet, des relais d’information, de sensibilisation, des acteurs de prévention inexploités. Cela nous conduit à aborder des questions plus spécifiques à notre réseau.

Nos préoccupations particulières

La prévention par les jeunes, pour les jeunes

Vis-à-vis de la jeunesse, la prévention reste une mesure fondamentale. Or les messages de prévention passent mieux d’étudiant à jeune que d’institutions à jeunes. La force du témoignage, la valeur exemplaire et la facilité d’identification à une parole jeune sont des forts atouts pour privilégier le développement des associations étudiantes de prévention. La Route des jeunes, en important de Belgique le principe du conducteur désigné dans les discothèques, l’a bien compris, tout comme les étudiants de Moules Frites, la fédération des associations LGBT, pour des messages non moralisateurs invitant à des relations sexuelles protégées. L’empathie des étudiants engagés pour leur public est source de bonnes pratiques : ils remarqueront que lors de soirées étudiantes surchauffées, « mettre à disposition des points d’eau potable pour éviter que les jeunes conducteur ne soient pas obligés de boire de l’alcool » est nécessaire…

En matière de prévention et de sensibilisation, les unités d’enseignement libres du système LMD offrent des possibilités intéressantes pour former des étudiants relais. L’association Avenir’ santé, milite ainsi pour intégrer une formation de prévention aux étudiants en médecine, mais propose, quelle que soit la filière un cours théorique (assuré par des professionnels) que les étudiants complètent ensuite de pratiques bénévoles, par des intervenions dans les lycées.

Quelques services de santé universitaires se sont lancés dans la formation d’étudiants relais, ou tuteurs santé. Formés par le service, et validant parfois ainsi une UE libre « santé », rémunérés sous forme de vacations, ils interviennent lors des évènements, des campagnes de sensibilisation, travaillent avec les différents acteurs (élus, CROUS, services), pour des actions sur la diététique, le stress, l’université sans tabac etc. Les services s’assurent ainsi de la disponibilité d’étudiants, dont ils reconnaissent la capacité à dialoguer avec leurs pairs. Ces étudiants contribuent à développer une solidarité étudiante qui nous semble fondamentale.

Développement de la solidarité étudiante

« Des cercles de socialisation ». Nous avons évoqué l’importance de l’émergence d’une communauté universitaire soudée. Il nous semblerait intéressant que les universités soutiennent l’existence systématique, dans les filières, d’une association englobante, instituée, offrant un cadre de socialisation à tous les étudiants de la filière. Cela suppose qu’elle soit hors du jeu électoral. Une telle association pourrait, par exemple, veiller à ce que chacun s’approprie le « métier d’étudiant », organiser le tutorat, diffuser et produire de l’information, être relais des campagnes de prévention, elle serait capable de repérer et d’orienter les étudiants isolés, potentiellement en difficulté. Il s’agirait d’un véritable lieu d’échange et de connaissance, avec une dimension de convivialité importante.

« Des associations d’écoute, d’entraide ». Au sein du tissu associatif universitaire, des associations se mobilisent pour offrir aux étudiants des temps d’écoute, de partage. Il s’agit principalement de travailler sur la prévention du mal-être, souvent lié à la solitude de certaines populations, et qui conduisent à des conduites addictives ou dangereuses. Ainsi, des associations comme DEGEL (Debout Etudiants Gays et Lesbiennes), Wake Up, sur les campus de Jussieu ou de Bordeaux, organisent chaque semaine un temps d’accueil individuel des jeunes qui veulent parler de leur mal-être, offrant ainsi un excellent biais pour aborder la question de la protection VIH et des conduites à risques.

Accompagnement de projet

Après avoir mis en lumière des initiatives dynamiques, et donné un aperçu de la richesse potentielle des projets étudiants en matière de prévention et santé, il nous paraît important de préciser à quels aspects techniques il faut veiller avant de les soutenir et de les encourager comme il se doit.

En effet, les domaines de la prévention et de la santé sont déjà très professionnalisés, et il convient de respecter une claire répartition des rôles, de s’assurer aussi de la qualité des informations transmises par les étudiants bénévoles. Cela rend obligatoire, sur tous les sujets évoqués, une formation spécifique des bénévoles, qui peut être assurée par les associations, par leurs partenaires spécialisés, et qui doit être soutenue financièrement. D’autre part, les bénévoles des actions de prévention doivent pouvoir orienter, écouter, mais ne doivent pas endosser un rôle de prescripteur. Ils doivent être supervisés par des bénévoles plus expérimentés si nécessaire.


L’accueil des étudiants étrangers

Il nous semblerait particulièrement important que chaque campus compte en son sein une association œuvrant pour l’accueil et l’intégration des étudiants étrangers, en les impliquant dans l’organisation d’activités socio-culturelles (cafés polyglottes, visite de la ville ou sorties culturelles, organisation de soirées à thème autour d’un pays, etc). Une récente étude de l’Observatoire de la Vie Etudiante confirme le rôle prépondérant des associations étudiantes dans l’accueil et l’épanouissement des étudiants étrangers. Elles constituent souvent le premier interlocuteur des nouveaux arrivants, les accompagnant dans leurs démarches administratives et leur proposant un espace de socialisation. Elles permettent aux étudiants étrangers de s’impliquer dans une structure qui leur offre les moyens d’agir, leur permettant de se démarquer de l’image de la population toujours en demande d’une prise en charge pour endosser un rôle positif et actif. Car un étudiant étranger est aussi un formidable pont vers son pays d’origine, atout précieux dans bon nombre de projets : monter des actions de solidarité internationale plus proches des réalités locales, donner la couleur du vécu à la construction européenne ou mieux comprendre la diversité des cultures étrangères. Les étudiants étrangers ont beaucoup à apporter, encore faut-il savoir voir leurs ressources et leur donner les moyens de les faire valoir par eux-mêmes.


L’insertion professionnelle

Notre nature de réseau associatif nous conduit à aborder certains angles spécifiques de cette question. Nous sommes en effet convaincus que le développement des pratiques associatives chez les étudiants est à même de participer à leur meilleure insertion professionnelle.

En effet, le bénévolat et la conduite de projets constituent des atouts indéniables pour l’insertion professionnelle, car ils apportent aux étudiants de multiples compétences transversales, complémentaires de leur formation : meilleur sens du contact, des responsabilités, du travail, plus grande ouverture d’esprit, capacité à gérer une équipe, à négocier, à mener une réunion, à intervenir à l’oral : le savoir-être y complète le savoir faire.

D’ailleurs, de plus en plus, les employeurs prêtent attention à l’exercice de responsabilités associatives. À niveau de diplômes équivalent, elles font une différence entre les CV des différents candidats, les responsables des ressources humaines valorisant l’esprit d’initiative.

On oppose fréquemment grandes écoles et universités sur le thème du développement associatif, oubliant que les écoles supérieures n’ont compris l’intérêt d’inciter les étudiants à mener leurs propres projets que dans les années 90 et plus récemment encore. Elles ont en conséquence fortement soutenu l’implication associative, celle-ci devenant une norme, un passage évident pour tout étudiant. Aujourd’hui, pour les étudiants en grandes écoles, la participation associative fait partie d’une conception des études, dans une stratégie partagée, commune aux écoles, aux étudiants mais aussi aux entreprises. Celles-ci sont nombreuses à soutenir financièrement les initiatives des étudiants des grandes écoles. D’abord parce que les associations jouent les intermédiaires entre les recruteurs et les étudiants, mais aussi parce qu’elles-mêmes constituent un vivier de candidats potentiels. Beaucoup d’entreprises expliquent ainsi que leur politique de recrutement se fonde sur les compétences comportementales, comme l’esprit d’équipe ou la capacité de se démarquer. Les associations sont donc un cadre privilégié pour repérer ces compétences.

De plus, les engagements permettent aux étudiants de se tester, dans une logique préprofessionnelle. Nombreux sont par exemple les étudiants qui envisagent de préparer les concours de l’IUFM et qui s’engagent au sein d’une association de soutien scolaire.

Enfin, il nous faut souligner que les initiatives menées par certaines associations étudiantes ont un impact très positif sur l’insertion professionnelle des étudiants qui y participent :

Ainsi, les Juniors Entreprises permettent aux étudiants de mettre en application l’enseignement dispensé au sein de leur formation en réalisant des études. Fonctionnant sur le modèle des cabinets de conseil, elles assurent à leurs membres une formation avant l’heure aux mécanismes de la gestion d’une entreprise et de management d’une équipe. Très présentes dans les grandes écoles, elles commencent aujourd’hui à faire leur apparition dans les universités (35 à ce jour). De telles initiatives gagneraient à être démultipliées, car elles contribuent au développement d’un « esprit d’entreprendre » encore bien peu partagé, et particulièrement utile dans deux directions : le monde universitaire, souvent désemparé face à ces enjeux ; les jeunes femmes, régulièrement en retrait pour de bien mauvaises raisons.

Les associations d’anciens, qui font la force des grandes écoles, sont largement absentes de nos campus universitaires. Sans créer des réseaux « privilégiés », il nous semble important que chaque formation donne lieu à la création d’un réseau d’anciens, formalisé par un annuaire donnant idée des possibles aux étudiants qui abordent ladite formation. Les réseaux d’anciens dans les universités ont en effet plusieurs rôles importants à jouer. Ils doivent faciliter des rencontres avec des employeurs, en organisant débats, conférences, offrant ainsi aux étudiants des moyens d’aborder l’univers professionnel sous un angle ouvert. C’est l’occasion de sensibiliser à des secteurs variés, associations et monde mutualiste compris. Une autre activité intéressante peut consister à faire un travail de consultation des entreprises pour « profiler » des stages qui répondent à la fois aux attentes des étudiants et à celles des entreprises, mais aussi pour valoriser des travaux de recherche. Enfin, ces associations ont aussi le potentiel pour intéresser les étudiants aussi bien que les acteurs du monde professionnel aux problématiques de lutte contre les discriminations, à l’insertion professionnelle des jeunes issus de ZUS, sujets qui ne sont jamais abordés à l’université et qui demandent essentiellement du dialogue et de la sensibilisation.

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