C’est au cours de la préparation du premier forum des associations étudiantes que cette importante contribution a été conçue par un collectif d’animateurs de fédérations nationales. Moins de six mois après cette publication, la Direction de l’enseignement supérieur diffusait la première circulaire relative à l’essor du bénévolat étudiant, qui s’inspire largement de ces réflexions.

 

Beaucoup d’établissements ne marquent pas d’intérêt particulier pour cet aspect de la vie de la communauté universitaire. À l’inverse, il existe des établissements très vivants, où fleurissent en permanence des initiatives remarquables. Ceux-là savent mettre en valeur ces énergies associatives, mais savent aussi favoriser leur essor.

 

C’est notamment par une incitation à monter des projets, par une mise en valeur de ce que l’établissement attend et souhaite aider qu’il est possible de changer l’atmosphère d’un campus. La publication d’un annuaire des associations, mais aussi de statuts types pour inciter à fonder de nouvelles organisations, la mise en valeur des initiatives dans les médias de l’établissement sont autant de moyens efficaces pour donner du souffle à la vie associative.

 

Chaque établissement est à la fois autonome et spécifique. Une solution heureuse ici peut être inefficace ailleurs. L’application des mesures que nous préconisons doit absolument tenir compte de ces réalités hétérogènes, dans le cadre d’une stratégie générale de reconnaissance et de volonté de développement des initiatives étudiantes.

 

Le Ministère de l’Éducation Nationale peut pourtant agir, en s’appuyant sur ses capacités incitatives. Il peut d’abord par la publication de circulaires, dont certaines (réforme du FAVE, bureaux de la vie étudiante..) gagneraient à être réglementaires, attirer fortement l’attention des gouvernements d’université sur ce domaine actuellement délaissé.

 

Il peut surtout programmer des crédits spécifiques, dans le cadre de la négociation des contrats d’établissement, pour offrir des moyens supplémentaires aux établissements qui s’engageraient véritablement dans ces perspectives.

 

Au-delà, chaque acteur local a son rôle à jouer, dans les universités, les autres établissements d’enseignement supérieur, voire les collectivités, les associations de quartiers, les entreprises… pour attirer l’attention sur l’utilité du développement de la vie associative étudiante et sur les meilleures pistes pour y parvenir.

 

Après un an de travaux et à l’occasion du forum des associations étudiantes, Animafac propose à la discussion 8 mesures pour développer la vie associative étudiante.

 

1 – Généralisation des bureaux de la vie étudiante dans les grands établissements

 

Nous proposons que soit mis en place dans chaque établissement un bureau de la vie étudiante, comme il en existe déjà dans certains campus. Son objet : être le premier point d’interlocution entre les associations étudiantes et leur établissement, pour tout ce qui concerne la circulation de l’information (initiatives des associations ou dispositifs mis en place par les administrations), toutes les sollicitations mutuelles, toutes les difficultés rencontrées, etc.

 

Ses modalités peuvent varier selon les situations constatées localement. Il paraît pourtant important que ce bureau dépende soit du président de l’établissement soit du président du Conseil des Études et de la Vie Universitaire, et qu’il soit doté d’un personnel administratif, même minimal. En outre, il ne faut pas confondre l’action culturelle universitaire et la vie étudiante, toutes deux également légitimes, souvent complémentaires, toujours différentes.

 

Le bureau de la vie étudiante, point d’appui au développement de la vie associative étudiante est la première marque de l’engagement de l’établissement en la matière.

 

2 – Pour une contractualisation entre les associations et les établissements

 

La logique que nous souhaitons voir s’imposer est celle de la reconnaissance du rôle des associations étudiantes dans le projet des établissements. Dans l’esprit de la circulaire interministérielle du 1er décembre 2000, nous souhaitons que soit plus fréquemment utilisée une procédure de conventionnement, pourquoi pas pluriannuel entre les associations et les établissements. Il s’agit d’énoncer les objectifs communs aux deux parties, les moyens mis en œuvre pour y parvenir et les modalités d’évaluation des réalisations.

 

Pour aller encore plus loin, il est possible de s’appuyer sur la procédure en œuvre à l’Institut d’Études Politiques de Paris. L’idée est de définir un système de droits et de devoirs des associations étudiantes. Pour obtenir un certain nombre de droits (domiciliation de l’association au sein de l’établissement, panneaux d’affichage, facilité pour tenir des stands et réserver des salles..), les associations sont tenues à quelques devoirs (statuts démocratiques, A.G. régulières, dépôt en préfecture, publication de bilans annuels, mais aussi collecte d’un petit nombre de signatures étudiantes de soutien, ce qui les entraînent à s’ouvrir et à se renouveler).

 

3 – Réforme du FAVE et de Culture-Action

 

Un nouvel élan pour la vie étudiante passe nécessairement par une amélioration des méthodes de gestion du Fonds d’Amélioration de la Vie Étudiante (FAVE) et du dispositif Culture-Action géré par les CROUS.

 

Il s’agit d’abord de bien définir l’identité de ces dispositifs. Dans le cas du FAVE, qui sert aussi bien à des aides sociales d’urgence qu’au soutien aux initiatives étudiantes, un « fléchage » des fonds s’impose, tant il est impossible de comparer les deux catégories. Ce « fléchage » peut d’ailleurs être plus précis, selon l’exemple de l’université de Paris Val-de-Marne, pour faire apparaître les priorités de l’établissement, en faveur de l’accueil des étudiants étrangers, de l’action culturelle ou de la formation des responsables associatifs.

 

Dans le cas du dispositif Culture-Action, au départ réservé aux initiatives culturelles, désormais ouvert aux projets sportifs ou « humanitaires », il s’agit de remettre à plat son identité. Pourquoi ne pas assumer le fait que Culture-Action est aujourd’hui accessible aux initiatives étudiantes quelles que soit leur domaine ? En outre, au vu du caractère « territorial » des CROUS, et sachant que les établissements financent surtout les initiatives qui ont lieu en leur sein, une attention particulière pourraient être portée aux activités « en ville » ?

 

D’autres critères sont encore à préciser. Y a t-il un sens à refuser de subventionner deux années de suite un excellent projet renouvelé ? Est-il cohérent de subventionner par le FAVE des projets réalisés dans le cadre des études ? Comment réfléchir au traitement spécifique de la représentation étudiante, à l’instar de ce qui existe au niveau national ?

 

Une meilleure définition des critères doit être suivie d’efforts conséquents en matière de communication et de transparence. Le minimum nous semble être une large publication de la liste des projets financés par les établissements et du bilan général des dispositifs.

 

4 – Des formations pour les porteurs de projets

 

Conduire des projets nécessite des compétences. Connaître la loi afin de la respecter ne va pas de soi. Or, beaucoup d’initiatives bénévoles, mises en place dans un élan spontané, sont menées, et c’est heureux, par des personnes inexpérimentées. Beaucoup d’énergie est ainsi gâchée par ceux qui sont contraints de « réinventer l’eau chaude », en l’absence de médiateur prêt à les accompagner dans leurs premiers pas.

 

Plus grave, des risques inutiles sont pris par les responsables des actions mais aussi par leur environnement (par exemple l’établissement avec elles) quand elles ne sont pas bien assurées, qu’elles n’ont pas réfléchi à toutes les questions de sécurité, que leur situation comptable n’est pas bien tenue à jour.

 

Nous souhaitons donc que les établissements proposent régulièrement des formations spécifiques pour les responsables d’associations étudiantes. En quelques demi-journées, il est possible de transmettre les bases de la gestion d’une association et de la conduite d’un projet, à tout le moins de donner quelques pistes pour approfondir ces sujets et ne pas être pris au dépourvu.

 

5 – Vers une unité d’étude « découverte des associations »

 

Au-delà des mesures de développement des associations en tant que personne morale, nous proposons des mesures touchant « l’individu étudiant ».

 

Ainsi, il est souvent question d’une valorisation des engagements étudiants dans le cadre des cursus. Il s’agit de manier avec beaucoup de précaution ce qui peut aussi bien représenter une piste intéressante qu’un risque de perversion de l’essence même du bénévolat. Nous proposons quant à nous la mise en place d’une unité d’étude optionnelle, accessible au plus grand nombre d’étudiants, autour de la connaissance des associations.

 

Cette unité d’études pourrait comprendre des enseignements sur l’histoire et la sociologie des associations, une partie juridique importante (cadre de la loi de 1901, responsabilité civile et pénale de dirigeants, etc.) et surtout un apprentissage de la « conduite de projet ». Elle serait évaluée de manière classique (études de cas, examens, etc.) et prendrait une place normale dans la grille des enseignements.

 

Mais elle permettrait la diffusion de connaissances utiles à l’organisation d’initiatives, montrant indirectement l’intérêt de l’établissement pour une vie associative ambitieuse et éveillant pourquoi pas de nouvelles vocations.

 

6 – Les associations, lieux d’accueil de stages

 

Si l’engagement associatif doit rester de l’ordre du don de soi, la participation à des activités associatives peut représenter une voie de découverte de la vie professionnelle, de mise en pratique et d’acquisition de compétences valant bien l’immersion dans une entreprise.

 

Rédiger une convention avec le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel au compte d’une association étudiante, organiser un événement culturel, rechercher des partenaires financiers pour une manifestation, rédiger des articles dans une publication associative… sont autant d’exemples probants de cette assertion.

 

Les établissements et leurs composantes doivent prendre en compte cette donnée et permettre largement à leurs étudiants d’effectuer des stages au sein d’associations. À condition toutefois, mais cela est tout autant valable en ce qui concerne les stages en entreprises, que soit convenablement évaluées la pertinence pédagogique du stage et les conditions de son déroulement, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

 

7 – Des associations pour le bénévolat étudiant

 

Nombre d’étudiants choisissent de s’impliquer dans la réalisation de projets dont ils prennent eux-mêmes l’initiative et prendre rapidement des responsabilités. D’autres préfèrent plus simplement consacrer de leur temps à des actions déjà établies et rejoignant des associations dirigées (comme le GÉNÉPI) ou non (comme le Secours Populaire, les Restos du cœur) par des étudiants.

 

Ce bénévolat étudiant peut apporter beaucoup à notre société. Les besoins sociaux sont tels qu’il importe d’accroître considérablement le nombre de ceux qui participent, même modestement, à des actions pour y répondre. Les pays anglo-saxons mais aussi plusieurs expériences et études en France montrent tout le bienfait qu’il y a à tirer d’une pareille dynamique.

 

Nous proposons que soient créés des associations pour le bénévolat étudiant, pour inciter les étudiants à devenir bénévoles, pour les orienter vers les associations intéressées, pour dialoguer aussi avec des associations pas toujours très aptes à bien accueillir et former des jeunes bénévoles.

 

Il paraît cependant néfaste de séparer trop fortement les engagements bénévoles de la prise d’initiative associative. Aussi, il nous semble que ces centres doivent être également informés des associations installées « en ville » que de la vie associative du campus. Nous préconisons aussi qu’ils soient eux-mêmes des associations passant convention notamment avec les établissements d’enseignement supérieur.

 

8- inscrire les campus dans les territoires

 

La vie associative est un formidable tisserand de liens entre des univers trop cloisonnés. Ainsi, alors qu’il est fréquent de regretter le trop grand enfermement des campus sur eux-mêmes, les associations, notamment dans le domaine de la solidarité de proximité ou de l’action culturelle sont d’importants acteurs de l’inscription des établissements d’enseignement supérieur dans leur territoire.

 

Inversement d’ailleurs, de plus grandes collaborations font apparaître de nouveaux besoins, font naître de nouvelles envies et de là, de nouvelles associations et des ambitions plus grandes.

 

Aussi, le plan pour développer la vie associative étudiante que nous proposons ne peut passer sous silence ce qui reste à faire pour mieux lier l’ensemble des acteurs d’un territoire avec la communauté universitaire. Depuis 1998, le Ministère de l’Éducation Nationale a certes demandé la mise en place de « commissions de sites » pour remplir cette fonction. Certaines sont encore dans les limbes ; d’autres existent depuis plusieurs années, parfois avec une dénomination différente.

 

Il s’agit de donner un nouvel élan à ces commissions de sites, dont il faut définir avec suffisamment d’exhaustivité les centres d’intérêt (transport, logement, mais aussi action culturelle, vie sportive..) et la typologie des parties prenantes (établissements universitaires mais aussi écoles, collectivités locales, autres établissements publics, associations socioculturelles, etc.). Pour réussir, ces commissions de sites nécessitent l’investissement politique des premières autorités locales, autour du recteur lui-même et des principaux représentants des collectivités locales.

 

 

 

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