Les écoles d’ingénieur se bougent dans le Nord-Ouest : enquête.


Présentation

Matthieu Augustin, 22 ans en 2ème année à l’ENSI Caen (Ecole Nationale Supérieur des Ingénieurs) suit un cursus au nom faussement barbare, l’Eléctronique majeure, génie nucléraire éléctronique.

C’est le 5 septembre 2005 que Matthieu découvre l’association Ingénieur Sans Frontières. Ce jour là, il entre pour la première fois dans les locaux de son école d’ingénieur, il vient pour les inscriptions. L’école édite une plaquette, dite alpha, qui vante toute la vie étudiante de l’école, les clubs de sports, culturels, les animations, sorties et surtout toutes les associations du BDE. Par simple curiosité, Matthieu s’engage pour ISF Caen, même s’il ne sait pas encore ce que ça signifie.

L’antenne locale de Caen anime de nombreux repas insolents, poker équitable, forums régionaux et autres campagnes comme Campus vert pour inviter les caennais à réfléchir sur nos modes de consommations, sur les gaspillages et sur notre place dans le monde d’aujourd’hui. En parallèle, des projets se développent avec les pays du sud, collecte de fournitures scolaires pour un village en Guinée, aide au développement de fermes de cultures qui permettent à la communauté de communes d’Agnam au Sénégal de lutter contre le paludisme, ou encore enquête sur la place des Ingénieurs du sud dans les projets « Eaux » en Afrique.

Si Matthieu a vite saisi que l’association était très active, et que l’ampleur de la tâche était grande, il a mieux cerné ISF quand il a su qu’il existait 39 groupes locaux répartis dans tout le territoire français. Au niveau national, les projets sont multipliés par 39, Ingénieur Sans Frontières développe donc de nombreux projets d’aide avec les pays du Sud et travaille beaucoup sur la sensibilisation aux inégalités, dans les pays du Nord. Mais ISF fait aussi parti du réseau E&D, Etudiants et Développement, qui regroupe toutes les associations étudiantes de solidarité internationale. Ces deux réseaux d’envergure nationale donnent une autre perspective aux actions entreprises. Et devant l’ampleur de la tâche, Matthieu, sans expérience associative passée, est finalement devenu Président d’ISF Caen.


L’interview

Quel est ton parcours universitaire avant d’arrivée à l’ENSI ?

Avant d’être à Caen, j’étais à l’île de la Réunion. C’est là-bas que j’ai eu mon Bac et que j’ai suivi une prépa physique et technologie pendant deux ans. J’ai eu un bac Scientifique, au cas où tu avais un doute ! J’ai passé le concours et je suis arrivé à l’ENSI Caen, en septembre 2005. Je n’avais jamais été bénévole dans une asso avant.

Pourquoi avoir voulu faire partie d’une association ?

Par curiosité, comme je te l’ai dit je n’avais jamais fait partie d’une asso avant et j’adore découvrir de nouvelles choses, c’est toujours enrichissant de se confronter à la nouveauté, que l’on aime ce que l’on découvre ou pas d’ailleurs.

Pourquoi ISF parmi toutes les activités proposés par l’école ?

Faut pas se mentir, au début, tu vois un peu le côté  » agence de voyage  » quand ils parlent des actions dans les pays du Sud. Et puis, il y a Médecin Sans Frontière, Véto Sans Frontières, alors j’ai voulu aller voir ce que faisaient les ingénieurs. Au début, je n’avais aucune notion par rapport à la solidarité internationale, mais dans ce type d’asso t’es obligé de te poser des questions et de te mettre à réfléchir plus sérieusement, et ça dès le premier jour à la première réunion en début d’année. Quand l’année associative a démarré, j’ai tout de suite vu les choses différemment et j’étais content de m’y être engagé.

Justement, que représente pour toi l’engagement associatif ?

La réponse est un peu dans la question, c’est l’engagement, donc je répondrai un synonyme, implication. L’essentiel dans ce que tu fais pour l’assso, c’est que ce soit  » Toujours un plaisir, jamais une contrainte « .

Oui mais dans une asso on ne fait pas toujours que ce qui nous plait ?

En fait ce que je veux dire, c’est que si tu n’es plus passionné par ce que tu fais, par les objectifs que tu veux atteindre, il vaut mieux laisser tomber. Je vais toujours aux réunions avec la banane parce que je sais qu’on va discuter des projets, échanger et travailler ensemble. Si un jour je commence à aller aux réunions à reculons, je saurais qu’il est temps d’arrêter. C’est ce que je voulais dire par rapport à implication.

Au bout d’un an, tu es devenu président, qu’est-ce que ça a changé ?

Ben déjà, j’me la pète beaucoup plus (rires). C’est vrai que pour moi, il y a un avant et un après avoir été président. Déjà, tu passes plus de temps sur l’asso mais ça c’est normal. Par contre, ce qui est nouveau c’est que tu es sans cesse en réflexion sur ton asso, comment l’améliorer et aussi sur la solidarité internationale de façon plus générale. D’un côté plus pratique, c’est une excellente expérience pour apprendre la gestion de projets qui peuvent se faire sur plusieurs années, et aussi, et surtout la gestion des ressources humaines. Gérer les rapports humains, ça s’apprend, et sur le long terme, c’est toujours mieux si un bénévole t’aide parce qu’il en a envie, plutôt que parce que tu lui as donné un ordre.

Quelle est la reconnaissance au niveau de l’école ?

L’association est bien implantée à l’ENSI, on a de très bons rapports avec notre directeur d’étude et avec l’administration en général. Ils sont assez regardants sur nos actions, nos résultats. Cela fait aussi partie de la renommée de l’école quelque part. En plus, c’est l’école qui est notre principale source de financement, mais nous menons aussi de nombreuses actions qui nous rapportent un peu d’argent, et il y a aussi les cotisations des membres.

Le parcours associatif est-il inclus dans le parcours d’études ?

Oui et non. L’engagement associatif est complètement en dehors du cursus, tu n’es pas obligé de t’inscrire dans une asso. Par contre, tu peux avoir des points de bonification dans la moyenne. Pour être plus précis, les assos ont des coefficients. Coefficient 2 pour les assos de petite ampleur et coefficient 5 pour les assos qui portent de plus grandes responsabilités, par exemple le BDE, ISF ou le club de théâtre. Les coefficient

s ne dépendent pas des thèmes, seulement de l’activité de l’association. En fin d’année, le président est convoqué chez le directeur d’études et il doit attribuer une note à chacun de ses bénévoles. J’en dis pas plus, la fin de l’année approche et je redoute déjà le moment où je devrai faire ça.

Après tes études, tu souhaiterais continuer à faire partie d’une association ?

C’est déjà préparé, ma reconversion est faite, je ne suis plus président d’ISF depuis la semaine dernière mais je viens de devenir membre au CA d’ISF France pour un an, jusqu’à janvier 2009. Bientôt je pars en stage aux état-unis pour 3 mois et ensuite je serai en Erasmus toute l’année universitaire 2008-2009.

Tu n’as pas peur que la distance nuise à ton implication au sein d’ISF ?

Non, parce que ma place est différente, au CA, c’est plus de la réflexion générale sur la Solidarité Internationale. Cet aspect là, je pourrai le travailler tout seul dans ma chambre universitaire, 1 ou 2h par soir. C’est vrai que ça va être plus solitaire, mais tant que tu n’as pas agi, tu ne peux pas réfléchir en profondeur. Par exemple, une question à laquelle tu n’as pas pu répondre pendant une campagne, tu vas la garder à l’esprit, et tu vas réfléchir dessus. Même si j’ai un peu peur de perdre le groupe et l’énergie de l’asso, je trouve ça bien que l’action mène à la réflexion.

Merci Matthieu.

Merci Animafac.

EN SAVOIR PLUS :

www.ecole.ensicaen.fr/~isf

 

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