Vendredi 2 février, le groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat a rendu les conclusions scientifiques de son 4e rapport. Qualifié de « sonnette d’alarme » par Greenpeace, les résultats de ce rapport ont permi aux ONG environnementale de rappeler l’urgence de la situation. Un cri d’alarme pris très au sérieux par les associations étudiantes qui se mobilisent, sur les campus, pour mener des actions concrètes.

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Les ONG environnementales ont profité du battage médiatique autour de la venue du GIEC pour faire parler d’elles : black out, thermomètres géants et rappel de leurs exigences auprès des gouvernements… Pas question de se laisser oublier à quelques mois de Présidentielles dont l’issue aura un rôle déterminant sur les politiques environnementales à venir.

C’est mieux qu’un sondage. À la question, « êtes-vous prêt à éteindre vos lumières pour préserver la planète ? » , 3 millions de foyers français ont répondu « oui », jeudi dernier de 19h55 à 20h00. Ces « 5 minutes de répit pour la planète » lancées à l’initiative de 70 associations vertes réunies dans l’Alliance pour la planète, ont ainsi entraîné une chute brutale de la consommation d’énergie équivalent à 1% de la consommation totale des Français. L’équivalent de l’énergie utilisée par une ville comme Marseille.

La ville avait d’ailleurs fait éteindre les lumières de Notre-Dame-de-la-Garde, alors que la Mairie de Paris avait donné l’autorisation que soient mis en veille les 336 spots éclairant habituellement la Tour Eiffel. À la même heure une centaine de délégations gouvernementales bataillait, au siège de l’ONU à Paris, pour valider, phrase par phrase, le rapport du GIEC.

L’idée de ce black out, les ONG environnementales l’ont longtemps mûrie avec une certitude : impossible de ne pas profiter du battage médiatique provoqué par la venue du groupe intergouvernemental d’experts pour rappeler l’urgence à agir contre le réchauffement climatique ; et un doute : comment provoquer un événement d’ampleur nationale sans faire passer les écolos pour d’affreux « khmers verts » souhaitant faire revenir la France à l’âge de la chandelle ?

C’est donc avec toutes les précautions du monde qu’ont été proposées ces cinq minutes de « non-consommation électrique ». « Le but de cette action n’est pas d’économiser de l’énergie cinq minutes ce jour-là pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pour cela les actions doivent être durables, quotidiennes et concerner tous les postes de consommation d’énergie. C’est avant tout une action symbolique et un moyen de permettre aux citoyens d’exprimer leur inquiétude et leur détermination sur l’urgence de faire cesser le gaspillage d’énergie » explique patiemment le communiqué émis par l’Alliance pour la planète.

Sans pour autant lever toutes les objections de ceux qui prévoyaient, entre autre, un bug géant du réseau électrique, l’appel a néanmoins fait le tour des boîtes mails, poussant son incursion jusqu’aux écrans de télévisions et aux postes de radios, contaminant des villes européennes alentours comme Bruxelles, Barcelone ou Madrid. Pour relayer l’événement, Greenpeace a également délégué 22 « grimpeurs » aux pieds de la Tour Eiffel afin qu’ils accrochent des banderoles « il n’est pas trop tard » et un thermomètre rougi à deux degrés, la hausse de température au-delà de laquelle, selon les experts, la terre encourt de graves dangers.

Réduire de 30 % les émissions des pays industrialisés.
Mais au-delà de ces « opérations coups de poing », la venue du GIEC a également été l’occasion de rappeler les engagements gouvernementaux exigés par les ONG environnementales. « Les pays industrialisés, principaux responsables du réchauffement actuel, doivent réduire leurs émissions de GES de 30 % en 2020 et de 80 % en 2050 tout en aidant les pays en développement à juguler progressivement leurs émissions » revendique le RAC (Réseau action climat France). Quant à la France, « ses actions restent très dessous des attentes de la société française et des ONG ». Pour atteindre l’objectif de diviser par quatre les émissions d’ici 2050, fixé par le Président de la république en 2005, l’hexagone devrait en effet réduire ses émissions de 3 % par an, quand ces dernières ne sont actuellement diminuées que de 1,8 %.

Et pour être sûr que cet objectif ne sera pas la dernière roue du carrosse présidentiel, l’Alliance pour la planète veille. En novembre dernier, chaque parti politique a reçu une note (pas fameuse) pour son action gouvernementale en faveur de l’environnement ces dix dernières années. En février, les candidats recevront une note sur leurs propositions chiffrées pour l’avenir. Attention aux cancres…

En savoir plus :

www.lalliance.org

 

 

Premiers concernés par le réchauffement climatique, les étudiants investissent la lutte écologique… En commençant par leur campus. A Grenoble, le collectif Effet Papillon mène un projet d’installation de panneaux solaires.


Ils ont 20 ans aujourd’hui, en auront 60 en 2050, seront sans doute la première génération à vivre les effets du réchauffement climatique et à mettre au monde des enfants qui en subiront de plein fouet les conséquences. Pour les étudiants, l’évolution du climat ne résonne pas comme un hypothétique scénario futuriste et apocalyptique mais comme un problème bien réel qu’il convient de traiter par des actions concrètes. C’est armé de cette conviction que trois associations étudiantes « vertes » du campus de Grenoble – Clim’act, Fac verte et la Fédération Rhône-Alpe de protection de la nature du campus – ont décidé de mettre leur compétences en commun pour faire évoluer leur université vers l’ère de la sobriété énergétique. Nom de code de l’opération : Effet Papillon, ou comment de petits gestes en apparence anodins peuvent entraîner des bouleversements de grande échelle. Un nom de circonstance, à une nuance prêt : leurs petits gestes à eux n’ont rien d’anodins.

Dès sa création en 2005, le collectif décide de répondre à l’appel à projet « Campus vert » lancé par Solar Generation. Ce projet initié par Greenpeace favorise les actions d’associations étudiantes souhaitant mettre en place des mécanismes d’économie d’énergie ou installer des énergies propres sur ce lieu de vie qu’est leur université. « Solar Generation nous aide à mieux définir notre projet et nous met en contact avec d’autres associations menant le même type d’action afin que nous puissions partager nos expériences. Et puis ça nous permet d’avoir une visibilité nationale, ça n’est pas rien quand on tente de convaincre l’administration ou des partenaires » explique Sylvain, membre du collectif.

C’est fort de ce soutien qu’Effet Papillon lance un projet ambitieux : couvrir le toit de l’Espace de vie étudiante (EVE) du campus de panneaux solaires photovoltaïques. Objectif : assurer 30 à 40 % de la consommation de ce bâtiment où la plupart des étudiants du campus viennent passer leurs moments de détente. Mais attention, pas question de se contenter de trouver des financements, de faire poser les panneaux et d’en rester là. « Notre objectif est que les étudiants puissent se sentir participer pleinement à cette opération. On a fait dimensionner les panneaux par les élèves d’une école d’ingénier du campus et ce seront les étudiants eux-mêmes qui poseront les panneaux » explique Sylvain.

Action et sensibilisation.

Le grand événement aura lieu en avril prochain et, d’ici là, difficile d’ignorer le projet. « Tous les mois, on propose une action, un petit événement afin d’attirer les étudiants, de faire qu’ils se sentent concernés. » Ce mois-ci, atelier « construction de voitures solaires » : une cagette et des panneaux pour faire marcher chaque roue. Vous voulez tourner ? Vous cachez le panneau responsable de la roue. Le mois prochain, ce sera une conférence sur les énergies du futur. En mars, Sylvain se propose de construire un four solaire qui sera installé devant l’espace de vie étudiante pour que les étudiants puissent y réchauffer leur déjeuner.

Plus qu’un simple effet d’annonce, toutes ces actions visent à sensibiliser les étudiants. « Quand les panneaux solaires seront posés, il faudra trouver un moyen, compteur ou autre, de montrer aux étudiants l’électricité économisée. C’est important qu’ils comprennent ce que cette action apporte. » Et parce que, dans leur vie de tous les jours, les étudiants doivent également avoir les bons gestes, Effet Papillon a décidé d’investir les bâtiments logeant les élèves à l’aide d’un petit jeu concours : compétition entre les étages, à celui qui consommera le moins.

Et au-delà des frontières du campus, Effet papillon continue de sensibiliser. Le jeudi 1er février, le collectif a profité de la venue de Ségolène Royal à Grenoble pour manifester contre la création d’une nouvelle rocade dans la ville. « 5 minutes de répit pour la planète » oblige, la protestation s’est muée en marche à la torche dans les rues grenobloises. En matière de lutte écologiste, les ONG n’ont pas de souci à se faire, les étudiants sont là pour reprendre le flambeau.»

Pour en savoir plus : http://effetpap.free.fr/

 

 

La présentation des différentes démarches d’éducation au développement durable par Yveline Nicolas, présidente de l’association Adéquations, a ouvert une séance particulièrement interactive de l’Université populaire, où l’on a vu que la pratique intensive du dialogue dérange les habitudes déjà prises en un an, bouleverse le rythme établi, mais constitue aussi un bon moyen d’accéder au contenu, pour un public hétérogène qui ne partage pas a priori les mêmes représentations et valeurs. Des recherches qui vont se poursuivre tout azimut dans les prochaines séances avec une représentation théâtrale, du théâtre-forum ou encore du cinéma… L’université populaire n’a pas fini d’innover et de surprendre !

La notion de développement durable se répand à partir du sommet de Rio en 1992, mais le démarrage est un peu plus tardif en France avec la stratégie nationale de développement durable lancée après 2002. Si en juillet 2006, 60% des Français ont entendu parler de développement durable, ils n’étaient que 23% dans ce cas en 2002. Dans l’agenda 21 de Rio, tout un chapitre est consacré à l’éducation avec l’objectif de changer de mode de développement d’ici à …l’an 2000 (sic). Un programme international est lancé en 1996. Devant le peu de résultats, le sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 décide de lancer une nouvelle initiative, confiée à l’UNESCO, la décennie (2005-2014) de l’éducation au développement durable. En France, cette relance se traduit par un observatoire, par la charte de l’environnement, par l’intégration de « l’éducation à l’environnement vers un développement durable » aux programmes scolaires, selon la formulation officielle de 2004, non comme une nouvelle discipline à part entière mais comme une dimension des différentes matières enseignées.

Yveline Nicolas a quelque peu déstabilisé l’assistance en ouvrant une discussion sur « éducation au développement durable » ou « éducation vers un développement durable ». Les avis sont très partagés. « Vers » apparaît trop vague à certains, révélant le flottement des décideurs ou, plus positif, indiquerait le caractère non achevé, évolutif du développement durable pour d’autres. Tandis que « au » soulignerait le caractère acquis, constitué du développement durable. Dans la préposition « vers », Yveline Nicolas décèle plutôt une injonction à se plier à un nouveau modèle alors que « au » pose plutôt un concept qu’il faut certes connaître mais que l’on peut questionner.

Un des enjeux de cette discussion est la place de l’environnement. En France, les réseaux et les démarches d’éducation à l’environnement sont structurés et reconnus par la circulaire de 1977 ; ils sont séparés de ceux consacrés à l’éducation à la solidarité internationale. Cette organisation est bousculée par la référence au développement durable. Les associations environnementalistes craignent une déperdition de contenu, la perte de la référence à la nature. L’intégration aux disciplines scientifiques fait redouter la mise en avant d’une biodiversité théorique sans lien avec la nature. Une personne dans la salle remarque qu’on évoque souvent « l’éducation à l’environnement en vue d’un développement durable » mais jamais « l’éducation à l’économie solidaire en vue d’un développement durable » ! Une façon de pointer le chemin qui reste encore à parcourir entre la prise de conscience de la situation et une volonté politique résolue d’y remédier. Un hiatus qui reviendra dans une discussion sur la portée des éco-gestes.

Jean-Claude Oliva

L’Université populaire de l’eau et du développement durable, c’est tous les mardis de 19h à 21h à l’Agence de développement du Val de Marne, 23 rue Raspail à Ivry, métro mairie d’Ivry.

 

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